COMPAGNON ET SECRÉTAIRE DE SYNDICAT
On ne s’occupait jamais de politique dans la maison de ma mère. Nous y étions totalement indifférents. Non seulement ma mère mais aussi mon beau-père ne se souciaient point de la politique intérieure allemande, des aspirations du mouvement ouvrier, des efforts tentés par les autorités pour réprimer le mouvement ouvrier à l’aide de la police et des lois d’exception. Aussi là-dessus mon inexpérience était complète. D’ailleurs, en ce temps-là, il n’était pas tout à fait sans danger pour un ouvrier de s’occuper de politique, surtout s’il travaillait dans un arsenal ou une usine de l’État. S’il avait des idées avancées ou s’il était socialdémocrate, il se trouvait constamment menacé d’être congédié. Le père d’un de mes anciens camarades de classe, un excellent ouvrier à l’arsenal royal, avait été convoqué par le directeur parce que son fils et moi avions été vus dans une assemblée socialiste ; le fait avait été signalé aussitôt par la police à la direction de l’usine. On se borna à lui donner un « avertissement ». Mais on exigea qu’il interdît à son fils l’entrée de la maison paternelle.
Ce que les parents nous cachaient quant à la politique, de tels procédés nous l’apprenaient. D’ailleurs, et quelque rudimentaire que fût le plan d’études, nous étions poussés vers la politique à l’école même. En effet, les conférences de nos maîtres sur la « malignité »
de la social-démocratie nous amenaient, sans que ceuxci s’en doutassent le moins du monde, à réfléchir sur l’organisation de l’État et sur ceux qu’on nous présentait comme les adversaires de cette organisation.
Je fus conduit à m’occuper pour la première fois de la social-démocratie quand j’avais treize ans, et cela par mon propre maître de classe, le directeur de l’école, M. Thons. Je vois la chose comme si c’était hier. Bien entendu, Thons était un conservateur rigide, très sévère avec nous, mais toujours équitable. Il était d’origine paysanne et ce qu’on appelle une « tête carrée » ; néanmoins, il me plaisait. C’était au moment des élections de 1893 au Reichstag. Après l’échec de la loi contre les socialistes, le 30 septembre 1890 le nombre des voix socialistes avait doublé, passant de 763 000 à 1 427 000. Le gouvernement voulait tout faire pour empêcher que, dans les élections qui se préparaient, le nombre des voix socialistes s’accrût encore. Aussi songea-t-on à se servir de l’école comme moyen de « conservation sociale ». Les maîtres reçurent des instructions leur recommandant d’exercer une influence sur les enfants et, par leur intermédiaire, sur leurs pères (les femmes n’avaient pas alors le droit de vote). Ce fut le directeur qui se chargea chez nous de cette tâche « utile ». Il chercha à nous démontrer combien il serait « insensé », de la part de nos pères, de voter pour les candidats sociaux-démocrates. La socialdémocratie n’avait rien créé, jamais et nulle part. Elle posait les exigences les plus « absurdes », sans réfléchir si elles étaient réalisables, et semait l’agitation dans le peuple. Toutefois M. Thons évita de nous dire quelles étaient ces exigences socialistes, et en quoi résidait leur « absurdité ». Or, nous possédions déjà un certain sens critique. Notre maître se borna à nous faire sentir la contradiction intérieure dont souffrait le programme des sociaux-démocrates, telle qu’elle apparaissait dans le nom même du parti. Social et
socius , nous dit-il, servent à désigner une communauté et des méthodes générales d’entr’aide mutuelle, toutes choses naturelles et désirables. Mais démocrate et démocratie sont des choses qui ne conviennent pas du tout au peuple allemand, bien que cela existe dans d’autres pays et que cela puisse être même profitable à d’autres peuples. Par contre, la réunion de ces deux concepts en un seul mot, telle qu’elle est réalisée dans le terme social-démocratie, est quelque chose d’impossible et d’absolument insensé.
Cet enseignement « politique » ne remplit pas, apparemment, son but. C’est en tout cas ce que démontrèrent les résultats des élections, même dans notre petit cercle électoral. Le nombre total des voix obtenues par les socialistes s’accrut de 350 000. Cela me donna à réfléchir, et non seulement à moi mais à plusieurs de mes camarades. Depuis lors la « politique » devint notre nouveau sujet de conversation.
Le 31 juillet 1897, en quittant mon patron, muni de mes certificats, j’étais plein de courage et j’espérais fermement entrer bientôt dans une nouvelle place. Je me mis en campagne, mais je ne trouvai de travail nulle part. Je chômai pendant près d’un mois. Il n’existait pas encore, alors, de secours de chômage. Il m’était très pénible de ne pas travailler et de ne pas gagner d’argent car j’étais ainsi à la charge de ma mère et de mon beau-père. Celui-ci, qui n’avait jamais connu le chômage, vivait encore dans l’idée que seuls les paresseux chôment. Je courais du matin au soir dans Berlin, et d’une fabrique à l’autre. Enfin le 27 août, je réussis à être engagé par la maison Ebel et Lohmann. J’étais enchanté, et ma mère aussi, celle-ci surtout parce qu’ainsi l’animosité de mon beau-père à mon égard disparaissait. Dans ma nouvelle usine on pratiquait les méthodes rationnelles de travail. Mais je m’adaptai très vite à ce système, nouveau pour moi, et, comme on travaillait aux pièces, je gagnai
LA TRÀGI-COM ÉDI1S
bientôt très bien. Je restai près d’un an dans cette fabrique, jusqu’au milieu de juin 1898. Jusqu’au 12 janvier 1900 je travaillai encore dans quatre autres maisons de Berlin.
Ayant lu une annonce dans la Berliner Volkszeitung je décidai de partir pour Leipzig; le 19 janvier 1900 j’entrai chez Erich et fils, fabrique d’ornements en métal; j’y restai jusqu’au 22 février et ne m’en allai que par solidarité envers un collègue congédié et bien que la maison m’eût volontiers gardé. En mars, j’avais déjà trouvé de nouveau du travail à Offenbach-sur-le-Mein.
En quittant l’usine de Leipzig, je décidai d’entreprendre mon tour d’Allemagne. Ma mère avait été déjà effrayée lorsqu’elle avait appris après coup mon départ de Berlin. J’avais pu le faire à son insu car, depuis le milieu de l’année 1899, j’habitais seul, en meublé, à Berlin. J’avais quitté la maison maternelle parce que, entre temps, j’avais déjà commencé mon activité syndicale et je ne voulais pas qu’à cause de celle-ci mon beau-père fût congédié de l’arsenal royal, où il travaillait depuis quinze ans. Mais, lorsque ma mère apprit que maintenant je parcourais les routes d’Allemagne comme compagnon, elle se fâcha pour tout de bon. Toutes les belles cartes postales que je lui envoyai de Dresde, Chemnitz, Weissenlels, Apolda, Weimar, Gotha, Erfurt, Eisenach, la Wartburg, et les descriptions romantiques que je lui fis sur le charme de la vie des grandes routes ne parvinrent point à l’apaiser.
Mais peu importe, c’était une belle vie. En quittant Leipzig je n’avais que sept pfennigs en poche. J’avais dépensé joyeusement avec des amis mon salaire de sept semaines. Avec mes sept pfennigs j’achetai du pain chez un boulanger de Leipzig-Lindenau et je mendiai un morceau de saucisson chez un boucher. Mais je dus apprendre à me débrouiller, car le secours alloué par l’association syndicale n’était que de deux
pfennigs par kilomètre parcouru. En outre je n’étais pas seul à vivre avec cet argent, je considérais de mon devoir de venir en aide à mes deux compagnons : mon camarade congédié et un ouvrier relieur qui n’appartenaient pas à un syndicat. Au départ j’étais très bien équipé. J’avais un pardessus de demisaison, des caoutchoucs, un parapluie et une montre. Je dus abandonner les ^caoutchoucs sur la route, je cassai mon parapluie et je mis mon pardessus au clou à Weissenfels, pour neuf marks. Plus tard je mis aussi en gage ma montre, que j’avais achetée avec l’argent économisé durant mon apprentissage. J’en obtins sept marks ; elle en avait coûté trente. En arrivant à Francfort-sur-le-Mein je trouvai à la poste restante un colis de provisions, envoyé par ma mère. J’avais très faim ; le romantisme de la vie sur les grandes routes ne m’avait pas rassasié. Mais elle ne m’avait pas envoyé de l’argent, bien que je l’en eusse priée. Je trouvai d’abord du travail à Ofïenbach, puis à Francfort même, à la fabrique de lanternes Ludwig Hoffmann. Je travaillai là sans interruption du 8 mai 1900 au 30 juin 1906.
J’ai toujours entretenu de bons rapports'‘avec mes camarades et attaché du prix à cette camaraderie. Gela ne veut pas dire que j’aie toujours été aimé. Au contraire, j’entrais souvent en conflit avec eux ; car, quand j’avais adopté un point de vue, je ne m’en laissais pas facilement détourner. Mais mes camarades avaient confiance en moi, peut-être parce qu’ils sentaient que, précisément, j’avais sur toutes choses un point de vue et que je savais ce que je voulais. Et surtout ils croyaient à ma fidélité et à mon sentiment de solidarité à leur égard, dont je ne faisais pas mystère. De même, je ne me gênais pas pour exprimer ma pensée devant mes supérieurs, à la fabrique ou à l’atelier, quand je croyais être dans mon droit. Il arriva ainsi que je devins bientôt l’homme de confiance de mes
collègues, et souvent leur porte-parole. J’étais à peine au courant, alors, des luttes entreprises par la classe ouvrière pour acquérir une influence dans l’État, obtenir l’égalité des droits dans l’économie et participer activement à l’établissement des salaires. Même à Berlin, l’organisation syndicale moderne était encore peu développée. L’influence des quelques petites associations alors existantes se faisait à peine sentir sur le régime des salaires. Les ouvriers syndiqués n’étaient encore que peu nombreux dans les entreprises et ils parlaient peu de leurs syndicats. Moi-même je n’appartenais pas encore au syndicat de ma branche, qui était celui des ouvriers du métal. Personne n’était venu solliciter mon adhésion. Si j’avais demandé conseil à ma mère elle m’aurait certainement dissuadé de m’inscrire. D’autre part, déjà, pendant mon apprentissage s’était développé en moi un sentiment très vif de solidarité à l’égard de mes camarades. La propagande, en dehors des ateliers, en faveur des syndicats était très active ; des réunions publiques et des conférences étaient organisées à l’intention des délégations des diverses entreprises. A Berlin, le syndicat des ouvriers du métal avait déjà un employé payé, le bureau était situé dans l’Annenstrasse.
Au début de décembre 1897 une réunion fut organisée à l’intention des ouvriers de mon usine et, bien entendu, j’y participai. L’orateur était Paul Litfin. Il nous dit que les ouvriers devaient s’unir en de grandes associations, et qu’ainsi ils pourraient mieux lutter contre les patrons, pour la défense de leurs intérêts. Gela me parut fort juste, car j’avais déjà fait en cette matière des expériences de toutes sortes. Mais l’orateur poursuivit en parlant des buts économiques du mouvement ouvrier et du socialisme. Il nous expliqua que la propriété privée des moyens de production était nuisible et essaya de nous prouver que le sol, la terre et les trésors que celle-ci
renferme : le charbon et le fer, devaient être soustraits à la propriété privée et passer aux mains de la collectivité. C’est seulement ainsi qu’on pourrait efficacement lutter contre l’exploitation de la classe ouvrière et faire que le bénéfice du travail des ouvriers revînt à toute la collectivité. Cet exposé était pour moi quelque chose de tout à fait nouveau. Étant donné mon sens critique et ma tournure d’esprit pratique, les conceptions de Lit fin m’apparurent comme une pure utopie, je tins celles-ci pour irréalisables et l’orateur pour un fou. Mais j’entrai tout de même dans le syndicat des ouvriers du métal. L’union de tous les ouvriers pour la meilleure défense de leurs intérêts me parut utile et nécessaire. Je ne reçus mon livret de membre qu’après des semaines et non sans que je dusse le réclamer expressément. Je suis entré dans le syndicat des ouvriers du métal le 27 décembre 1897 et j’en ai fait partie pendant trente-cinq ans sans interruption, jusqu’au 2 mai 1933, date à laquelle les nationaux-socialistes ont « mis au pas » tous les syndicats allemands.
Dès lors, j’employai tous mes loisirs à m’instruire sur le mouvement syndical, la politique ouvrière et la social-démocratie. Je lus les oeuvres de Ferdinand Lassalle, Édouard Bernstein, Karl Kautsky, Franz Mehring, etc., les brochures et les journaux publiés par les syndicats et le parti ; je fis moi-même certaines expériences sur les mesures vexatoires prises par mes patrons chaque fois que je voulais défendre mes intérêts ou ceux de mes collègues, et petit à petit les buts du socialisme m’apparurent sous une autre lumière. Maintenant, ce que Lit fin nous avait prêché il y a des années ne me sembla plus une « folie ». Je devins bientôt un syndicaliste et un social-démocrate zélé et convaincu, et le suis resté depuis lors, et le resterai toujours.
Le 24 mars 1900 j’entrai à Ofïenbach-sur-ie-Mein
dans le parti social-démocrate dont je devins bientôt l’un des fonctionnaires. En 1905 j’étais déjà élu président de la section locale. A ce titre j’entrepris, avec l’aide d’un collègue venu de Berlin, la réorganisation de l’appareil du parti qui s’était montré fort défectueux lors des précédentes élections communales. Je m’essayai aussi comme orateur. Ma toute première tentative, à Berlin, avait lamentablement échoué. C’était à l’automne de 1899, dans une assemblée publique du syndicat des ouvriers du métal. Une oratrice, Mme Emma Ihrer, avait parlé sur les méfaits des heures de travail supplémentaires. Pendant son exposé j’avais pris rapidement quelques notes. Cela me donna du courage et je demandai la parole. C’est ce que je n’aurais pas dû faire ! Lorsque je montai sur l’estrade et que je vis devant moi cette foule humaine — l’assemblée était fort nombreuse — le trac me saisit et j’oubliai sur-le-champ tout ce que j’avais à dire. Mes « notes » ne me furent plus d’aucun secours. Je commençai : « Mes chers collègues, » mais je ne pus continuer plus avant ; je bégayai encore quelques mots sans suite et, profondément humilié, je revins m’asseoir à ma place. Je m’étais rendu ridicule. Cependant, l’assemblée s’était montrée compréhensive et indulgente à mon égard ; très peu d’auditeurs avaient ri et, d’ailleurs, mon extrême jeunesse était une excuse.
A Ofïenbach je tentai de nouveau de parler devant un cercle étendu d’auditeurs. Entre temps, j’avais appris qu’avant de vouloir parler, il faut avoir quelque chose à dire, et qu’il faut savoir à peu près exactement d’avance ce qu’on veut dire. J’avais aussi trouvé d’excellentes indications là-dessus dans l’ouvrage du docteur Edouard David : VArt de Vorateur. Avant tout je m’étais pénétré de ce principe fondamental que l’orateur social-démocrate doit toujours se maintenir sur un plan élevé ; il ne doit pas s’abaisser au niveau de ses auditeurs mais au contraire s’efforcer de les hausser
à lui. Je crois n’avoir jamais tenu un discours « démagogique », mais au contraire je me suis toujours efforcé de rester sur le plan des réalités, et j’étais toujours personnellement persuadé de la justesse des thèses que je défendais. Je n’ai jamais rien promis ni exigé que je ne tinsse sincèrement pour possible et équitable. J’en ai donné maintes preuves par la suite, à la grande surprise de mes adversaires et même de mes amis.
Je m’occupai, d’abord, des questions spéciales de la législation du travail et de la politique sociale. Les professeurs Sommerfeld et Rubner furent mes maîtres. Ma première conférence à Offenbach traita de ce thème : « Secours de chômage ou assurance-chômage? » C’était une question encore peu connue en Allemagne. Je conclus en faveur de V assurance, dans le cadre des assurances-travail, invalidité et vieillesse déjà existantes.
Bientôt j’entrai également en contact avec la presse. J’ai retrouvé dernièrement une coupure de YOffenbacher Abendblatt du 10 novembre 1902 : c’est une lettre adressée à la rédaction où j’expose les observations que j’ai pu faire au conseil des prud’hommes, et où je prends position sur les importantes questions de la saisie et de la retenue des salaires. Plus tard j’entrai en rapports encore plus étroits avec la presse. Je fus nommé membre de la « Commission de la presse » de Y Offenbacher Abendblatt , l’organe du parti socialdémocrate ; cette commission était chargée de contrôler la rédaction et l’administration du journal. Les commissions de presse ne sont jamais très aimées ; j’ai pu me convaincre qu’on les chargeait d’assumer des tâches impossibles. C’est pourquoi j’ai toujours refusé, plus tard, d’en faire partie.
Au début de juin 1906 la section d’Offenbach du syndicat allemand des ouvriers du métal cherchait un secrétaire appointé. Je posai ma candidature et je
fus élu, malgré l’active campagne menée par mon concurrent. J’entrai dans mes nouvelles fonctions le 1 er juillet. Je dus quitter l’usine de Francfort où j’avais travaillé pendant six ans. Mon patron ne me vit pas partir de bon cœur, car je m’étais fait chez lui une excellente situation. De même, mes camarades regrettèrent mon départ.
Je consacrai toutes mes énergies à ma nouvelle tâche. Grâce à une propagande intense, une amélioration de l’organisation administrative, la distribution de tracts enflammés et l’organisation de nombreuses réunions publiques je réussis bientôt à accroître très sensiblement le nombre des nouvelles adhésions. Grâce à quoi nous pûmes commencer à entreprendre des mouvements pour la hausse des salaires. Et de fait nous réussîmes à obtenir de sensibles augmentations des salaires et une diminution des heures de travail dans les fabriques de machines et d’objets métalliques d’Offenbach, ainsi que dans les ateliers, et cela sans qu’il fût nécessaire d’avoir recours à la grève. Un mouvement plus considérable, qui s’étendit sur toute la province du Rhin et du Mein réussit de même, après une courte grève. Le lock-out des patrons avait échoué.
Mes années d’Offenbach, qui allèrent de mars 1900 à novembre 1907, furent mes années d’apprentissage dans le domaine syndicaliste et politique. Pendant ces six années et demie j’ai beaucoup appris. Le fait que je suis, en quelque sorte, « sorti du rang », m’a beaucoup servi plus tard. L’activité d’un secrétaire de syndicat allemand est extrêmement variée. Si on l’a beaucoup discréditée dans les luttes politiques des dernières années, c’est par ignorance et pure haine partisane. Cette activité s’étend à tous les domaines de la vie privée et publique. Dès qu’ils se trouvent aux prises avec une difficulté quelconque, les ouvriers et ouvrières ont recours à l’homme de confiance de leur
organisation professionnelle. Ils viennent aussi à lui, même s’ils ne font pas partie du syndicat. La conscience qu’il prend des intérêts professionnels de ses camarades oblige le secrétaire syndical à approfondir les questions économiques et sociales, à se tenir au courant de la situation politique. Il y a peu de branches du droit dont il n’ait à s’occuper, sans parler de la législation et de la jurisprudence sociales. Et, comme il doit entrer souvent en rapports avec les autorités, il doit aussi acquérir des notions suffisantes sur l’administration de l’État et des communes. Si, comme c’est souvent le cas, le secrétaire syndical est encore membre d’un conseil de prud’hommes quelconque, ou conseiller communal ou municipal, etc., il lui faut étendre ses connaissances également dans ces domaines. En somme il ne doit cesser d’apprendre tout au long de sa vie. Et s’il veut utilement défendre les intérêts des salariés, il doit en savoir davantage que ceux devant qui il s’assied à la table des négociations. Mais avant tout, il doit être un organisateur.
Bientôt, mon organisation m’appelait à un poste plus élevé. Le 20 novembre 1907, j’allai habiter Gassel avec ma famille ; je m’étais marié à Ofîenbach en février 1901, et deux filles m’étaient nées de ce mariage.