‹ La tragi-comédie de la République allemandeChapitre 9 sur 38 · AU MINISTÈRE DE LA GUERRE ET A L’OFFICE DE LIQUIDATION DU REICH · texte numérisé non relu

AU MINISTÈRE DE LA GUERRE ET A L’OFFICE DE LIQUIDATION DU REICH

Le sous-secrétaire d’État à la Guerre Paul Gôhre avait démissionné au début de 1919 et était devenu sous-secrétaire d’État au ministère d’État prussien. Gôhre avait connu avant la guerre une certaine célébrité du fait que, quoique ancien pasteur, il avait adhéré au parti social-démocrate. En ce temps-là, c’était un acte courageux. Dans son livre Comment un pasteur est devenu social-démocrate il expliqua, pour justifier son acte, que la social-démocratie lui était apparue comme le seul parti politique dont les buts se rapprochaient le plus des vraies conceptions chrétiennes. Il avait travaillé incognito comme ouvrier, pendant trois mois, dans une fabrique de machines de Chemnitz. Il voulait, par ce moyen, se rendre compte de visu de la situation réelle de la classe ouvrière. Il raconta ses expériences dans un autre livre : Trois mois comme ouvrier d'usine. En 1912 il avait été élu au Reichstag. Il fit la guerre comme officier. Lorsque éclata la révolution, il devint sous-secrétaire d’État au ministère prussien de la Guerre. Sa tâche consistait à surveillèr la bureaucratie militaire. Malheureusement son activité n’avait pas beaucoup de résultats. Il lui manquait l’énergie nécessaire pour s’imposer.

Son passage au ministère d’État avait laissée vide la

place de sous-secrétaire à la Guerre. Les sociauxdémocrates insistèrent pour que ce poste, si important du point de vue politique, eût de nouveau un titulaire. Je fus proposé à l’unanimité. Sur la base de cette proposition, et en accord avec le cabinet du Reich, je fus nommé le 16 juin 1919 sous-secrétaire d’État au ministère de la Guerre. Je pris possession de mon poste le lendemain.

Je me trouvais, dans ce nouveau poste, en terrain complètement inconnu; comme on sait, je n’avais jamais été soldat. Ma tâche principale consistait à collaborer avec le ministère, notamment pour tout ce qui concernait l’administration, l’approvisionnement et les ouvriers, et ainsi pour les affaires qui avaient été réservées aux représentants des soldats. Au décret du gouvernement du Reich, qui me nommait soussecrétaire, le ministre de la Guerre avait ajouté une circulaire où mes pouvoirs et prérogatives étaient exactement définis. Mais je savais que tous ces droits resteraient lettre morte si je ne m’employais énergiquement à les faire observer. Un poste n’a jamais que l’importance que prend celui qui l’occupe. Au début, j’étais encore une personnalité peu connue à Berlin. Au moment de ma nomination, qui avait été officiellement annoncée par l’agence Wolff, la Germa nia , l’organe berlinois du centre, avait publié ce commentaire laconique : « Nous ne connaissons point M. Grzesinski. Il semble que ce soit une célébrité locale de deuxième ou de troisième ordre. »

Je ne me laissai pas troubler par cet accueil peu amical, mais me mis au travail et tout d’abord m’informai des moyens indispensables qui me permettraient de mener ma tâche à bien. Le ministère prussien de la Guerre devait être dissous, de même que les ministères correspondants de Munich, Dresde et Stuttgart. La nouvelle armée, autorisée par l’Entente, devait être exclusivement une armée du Reich. Non seulement

payée par celui-ci, mais aussi administrée par un ministère de la Reichswehr et soumise au gouvernement du Reich. Le ministère prussien de la Guerre devait d’abord administrer ce qui restait de l’ancienne armée, s’attaquer aux travaux de liquidation de la guerre, et aider à la constitution du nouveau ministère de la Reichswehr et de la nouvelle armée.

J’avais pour mission de veiller à ce que, des ruines de l’ancienne armée, ne se constituassent point de nouveaux corps francs qui eussent mis en danger l’existence de la jeune République. Ce danger n’était pas médiocre car dans tout le pays il y avait des armes en quantité ; et il y avait beaucoup de soldats qui, faute d’une autre occupation, fussent restés volontiers soldats, et à qui cette vie de soldat plaisait. Étant donnée la situation peu sûre, aussi bien à la frontière orientale qu’à l’intérieur du pays, il fallait au plus vite organiser des formations légales de volontaires. Il se constituait, au contraire, un grand nombre de corps illégaux dont on ne savait rien au ministère de la Guerre. Tous ces corps vivaient de l’espoir d’être incorporés dans la nouvelle armée.

Je fourrai mon nez partout. C’était mon devoir, mais aussi mon droit. Comme je devins bientôt gênant, ce droit me fut contesté. Jp dus lutter plus d’une fois avec les directeurs du ministère et avec le ministre lui-même pour sauvegarder mon influence, et pour l’imposer. Je ne trouvai un appui ni auprès de Noske ni auprès d’Ebert. Il apparut bientôt que nos conceptions sur les besoins militaires de la nouvelle République étaient radicalement différentes. J’entrai d’abord en conflit avec les vieux militaires et les généraux sur la question des chefs, des insignes des officiers, du salut obligatoire et des marques extérieures de respect. Ces deux dernières questions pouvaient paraître de médiocre importance, mais à tort. Non seulement les soldats exigeaient qu’il existât, entre les officiers et

eux, des rapports de confiance mais ils voulaient encore élire eux-mêmes leurs officiers. Ils ne voulaient plus rien savoir des usages de l’ancienne armée et, dans tous les domaines, entendaient créer du nouveau. L’exemple de la révolution russe était, ici, très puissant. La revendication ayant trait à l’élection des officiers me parut, à moi-même, aller trop loin. Mais il est certain qu’un grand nombre d’officiers n’avaient rien appris et ne pouvaient se défaire du vieil esprit militariste dans lequel ils avaient été élevés. Je m’employai à ce que les officiers qui ne s’adaptaient plus aux temps nouveaux fussent congédiés. Pour le reste, les exigences des soldats à l’égard des officiers étaient humaines. Elles correspondaient à ce que tout le monde tenait alors pour légitime. En ce qui concernait le salut militarie, j’exigeai la réciprocité ; et les manquements, de la part du soldat, comme de la part de l’officier, étaient également passibles de peines disciplinaires.

Pendant l’été de 1919, une vive émotion s’empara des officiers allemands lorsqu’on apprit que l’Entente allait exiger qu’on lui livrât Guillaume II et un certain nombre de chefs d’armée. L’agitation fut si violente qu’elle menaça, un moment, l’existence même de la République. Partout les officiers se réunirent et rédigèrent des protestations. On demanda aux soldats, non seulement de s’opposer par la force à ce que fussent livrés leurs anciens chefs et même Guillaume II, mais aussi de renverser la République et d’établir une dictature militaire. Les vieux sous-officiers tenaient il est vrai pour la République ; ils n’avaient rien perdu avec la chute de l’Empire. Aussi les officiers ne comptaient pas tant sur eux que sur les jeunes troupes qu’ils cherchèrent, par des promesses, à éloigner de leurs sous-officiers. Dans plusieurs mess d’officiers les bustes et les portraits du kaiser, qui en avaient été enlevés avec la révolution, furent réexposés. A Brandebourg, à la suite d’une revue, le général von Lüttwitz, com-

mandant de la Reichswehr pour la région de Berlin, tint un discours où il fit allusion aux intentions de l’Entente. Il déclara qu’il fallait s’y opposer, même au risque d’une nouvelle guerre. Il espérait qu’à l’heure du danger, ses officiers se grouperaient autour de lui. C’était en août 1919. L’agitation dura jusqu’à ce qu’on apprît que les Alliés passeraient sur leurs exigences. Mais elle avait gagné jusqu’aux hautes sphères de l’armée. Il semble même que certains cercles militaires n’étaient pas fâchés de ce prétexte pour mener campagne contre la République.

Dans mes notes d’alors je trouve les détails suivants : Le matin du 9 février 1920, le général von Seeckt, chef de la direction de l’armée, agissant en tant qu’officier le plus ancien en grade, réunit tous les directeurs et officiers du ministère de la Guerre pour leur communiquer ses vues personnelles sur les exigences de l’Entente. Il débute en priant ses auditeurs de faire de la propagande, auprès de leurs camarades, en faveur des idées qu’il va leur exposer. Il envisage le cas où le gouvernement consentirait à livrer les chefs d’armée inscrits sur la liste de l’Entente, ou à les traduire devant un tribunal neutre. Il est prêt à s’opposer à toute tentative de ce genre par tous les moyens en son pouvoir. Il ne croit pas d’ailleurs que l’Entente veuille occuper de nouveaux territoires allemands et avancer jusqu’à Berlin. Les soldats anglais et français sont, eux aussi, fatigués de la guerre. Voici comment il conçoit l’exécution de son plan : tout ce qui est en état de porter les armes doit se concentrer sur la frontière occidentale, y défendre le sol pas à pas et se retirer lentement vers la Weser ou l’Elbe, où les troupes s’établiront sur une position défensive. Entre temps on lancera une offensive à travers la Pologne pour tendre la main à la Russie des Soviets. Les bolcheviks se seraient déjà beaucoup assagis; ils seraient maintenant à peu près aussi à droite que les socialistes

majoritaires allemands, sinon plus à droite encore. Comme on lui objecte qu’on ne possède, en quantité suffisante, ni munitions, ni gros canons, ni lance-mines, le général répond qu’il va demander à l’office compétent qu’on ne vende ni ne détruise plus de matériel de guerre. Et Noske contresignera cet ordre. (L’instruction fut effectivement envoyée et elle portait la signature de Noske ; pour justifier la mesure on déclarait que les négociations du ministère des Affaires étrangères avec l’Entente, en vue de constituer une armée allemande de 200 000 hommes, n’avaient pas encore abouti.) Par ailleurs, l’armée continuerait à être réduite sur le papier, mais on cesserait de licencier de nouvelles troupes. Le général von Lüttwitz, avec qui il se mit en rapport, partagea sa manière de voir. Il en informera également Ebert.

Les directeurs du ministère transmirent, selon la consigne, la substance de la déclaration de von Seeckt aux hauts fonctionnaires de leurs départements. Cela donna l’occasion à l’un de ceux-ci de demander au colonel von Kress, directeur du département des armements, si le général von Seeckt n’entendait pas que, dans des circonstances données, on instaurerait une dictature militaire. Le colonel répondit qu’il lui semblait que c’était bien cela que von Seeckt avait voulu dire. Comme on lui demandait encore s’il croyait que le dictateur serait von Seeckt, il répondit qu’on ferait sans doute appel à une autre personnalité ; on pensait pouvoir obtenir le consentement de Noske.

Cela se passait un mois avant le putsch de von Kapp. J’en fus informé le lendemain et je me rendis aussitôt auprès du chancelier Bauer qui, après m’avoir entendu, convoqua Noske, ministre social-démocrate de la Reichswehr. Bien entendu, on ne fit rien contre les auteurs de plans militaires. Quand on sut que, grâce à une « indiscrétion », quelque chose avait transpiré des intentions de Seeckt, l’agitation régna de

nouveau au ministère de la Reichswehr. On apprit qu’après l’entretien que Noske avait eu avec Bauer il avait convoqué Seeckt, et que tout s’était arrangé. On conçoit sans peine qu’un tel incident n’était pas pour consolider l’autorité du gouvernement d’alors.

Le 20 août 1919 les ministères de la Guerre de Prusse, Bavière, Saxe et Würtemberg avaient été dissous et transformés en « commandements de la Reichswehr ». Par ce moyen, le ministère de la Reichswehr et l’état-major pensaient pouvoir procéder seuls à la liquidation de l’ancienne armée ; la liquidation eût été opérée par ces « commandements ». Elle aurait duré des années et n’eût sans doute jamais été menée à bien. J’en avais la conviction. Aussi je me rendis chez Erzberger, qui était alors ministre des Finances du Reich et le seul en qui j’espérais trouver encore quelque énergie et du bon sens. Je lui fis part de mes craintes au sujet de la lenteur imprévisible que pouvait assumer la liquidation de l’armée si l’on y procédait par de telles méthodes ; en même temps je lui exposai comment j’envisageais moi-même cette liquidation. Avant tout, il fallait en enlever la charge au ministère de la Reichswehr. Elle devait être assumée par une organisation spéciale, munie de pouvoirs exceptionnels et placée sous l’autorité du ministère des Finances. C’est seulement de cette manière que les intérêts de la République et les finances du Reich pourraient être sauvegardés.

J’avais eu cet entretien avec Erzberger au début d’octobre 1919. Plus tard nous nous étions revus plusieurs fois. Les opinions sur Erzberger étaient très partagées, même parmi ses amis. J’ai appris à apprécier beaucoup Erzberger. Il avait le cœur à la bonne place, voyait grand et savait ce qu’il voulait et oû était son devoir. Dans son ministère il était le « chef », et pas seulement le plus haut personnage. D’après ce que j’ai pu observer, on ne pouvait, malheureuse-

ment, dire cela de tous les ministres républicains d’alors. Erzberger avait une compréhension extrêmement vive qui lui faisait découvrir sur-le-champ le nœud des questions les plus compliquées.

On mena bientôt contre lui une bien misérable campagne de calomnies. Elle était conduite par le docteur Helfîerich, ancien ministre des Finances du kaiser, qui trouva plus tard la mort dans un accident de chemin de fer, en Suisse. En sortant, le 26 janvier 1920, d’une séance du procès qu’il avait intenté à Helfîerich, Erzberger essuya un coup de revolver d’un ancien aspirant, Olfwig von Hirschfeld. C’était le premier attentat mené contre lui ; il s’en tira avec une blessure peu grave. Le second attentat, qui devait lui être fatal, fut commis le 26 août 1921, pendant qu’Erzberger faisait une promenade avec le député Dietz aux environs de Griesbach, dans la Forêt Noire ; il fut assailli par deux nationalistes, Heinrich Schulz et le lieutenant Tillessen, et abattu. La campagne d’excitations menée contre lui avait fait son œuvre.

Sa disparition fut une grande perte pour la République. Ses assassins devaient être fêtés, dans le Reich de Hitler, comme des héros. Une des causes de la haine soulevée par Erzberger était due au fait qu’il avait signé l’armistice, le 11 novembre 1918, dans la forêt de Compiègne. Or le traité d’armistice avait été, en réalité, accepté par Hindenburg qui avait, par télégramme, donné l’ordre à Erzberger de signer. Ce télégramme, le voici :

Le chef de Vétat-major général de Varmée au ministère prussien de la Guerre et à la Commission allemande de V armistice.

Grand quartier général, le 10 novembre 1918.

On devra s’efforcer d’obtenir un adoucissement des conditions de l’armistice sur les points suivants : (Suit Vénoncé des points.)

Si l’on ne réussissait pas à obtenir des conditions moins rigoureuses, il faudrait signer tout de même.

Si l’on refusait un accord sur les points un, quatre, cinq, six, huit, neuf, il faudrait élever une protestation enflammée et en appeler à Wilson.

Prière de presser le gouvernement de prendre une décision dans ce sens.

Politiquement, il eût été plus juste de laisser Hindenburg signer l’armistice.

Le traité de Versailles exigeait la dissolution de P ancienne armée impériale et de toutes ses organisations. L’appareil administratif militaire s’était, au cours de la guerre, indéfiniment étendu. A la fin de la guerre il y avait dans les quatre ministères de la Guerre de Prusse, de Bavière, de Saxe et de Wiirtemberg, dans les commandements généraux, intendances, commandements de district, etc., environ 150 000 hommes : officiers, sous-officiers, soldats, employés et ouvriers. Et ne figurent pas dans ce chiffre les ouvriers et employés occupés dans les arsenaux militaires ; leur nombre se montait à plusieurs centaines de milliers.

Du moment que la guerre était terminée, il était de l’intérêt économique aussi bien que financier de la jeune République de congédier ces hommes le plus vite possible et de les renvoyer aux travaux de la paix. Le 31 octobre 1919 le cabinet du Reich institua l’organisme indépendant que j’avais demandé : l’Office de la liquidation dont les attributions s’étendaient à tout le Reich. Le décret conférait au chef de cet office des pouvoirs très larges, qui furent encore étendus par la suite. Le 11 novembre je fus nommé par Erzberger commissaire du Reich à la liquidation et chef de l’Office.

Je fis usage sans ménagement des pouvoirs qui m’étaient conférés et fus du reste obligé d’agir ainsi. Tout d’abord, il fallait se rendre compte de l’étendue de la liquidation à réaliser, car jusqu’alors on avait procédé tout à fait à l’aveuglette. L’activité de l’Office de la liquidation n’intéressait pas moins de treize millions d’hommes, touchant de près ou de loin à l’armée. A lui seul, le répertoire des formations militaires comprenait 10 000 pages imprimées. La tâche de l’Office était de procéder au licenciement régulier des soldats, de délivrer des passeports militaires, des extraits du matricule, des renseignements sur les prisonniers, les disparus et les morts, d’établir des feuilles d’invalidité pour le règlement des assurances, des indemnités diverses, ainsi que de réduire les exigences des fournisseurs et de régler la situation personnelle des officiers et des rengagés. En outre, il fallait trier le formidable matériel qui revenait du front et le diriger vers les ministères correspondants ; il fallait donner des renseignements de toute nature sur la livraison aux anciennes puissances ennemies d’instruments, matériel, machines, ouvrages d’art, en exécution du traité de paix. Etc., etc.

Les résistances auxquelles se heurtait ma volonté d’arriver à une prompte liquidation étaient énormes. Personne ne se laisse volontiers priver de sa place. Et pourtant, c’était là ma mission. J’entrai ainsi très souvent en conflit avec les représentants des fonctionnaires de l’armée, des officiers et des employés parce que, dans leur intérêt, ils désignaient comme indispensables des fonctions que je considérais, moi, comme superflues. Ainsi je n’étais nullement persuadé qu’il fallait continuer à délivrer des passeports militaires, à conférer des ordres et des décorations, à promouvoir des officiers en grade, etc., etc. Je me trouvais constamment entre deux feux : d’un côté la Commission de contrôle interalliée insistait pour

que la liquidation s’opérât le plus rapidement possible ; d’autre part les intéressés voulaient garder leur place le plus longtemps possible. Plus d’une fois, officiers, sous-officiers, employés et ouvriers — ce sont ces derniers pourtant qui firent preuve de la meilleure compréhension des nécessités de l’heure — formèrent contre moi un bloc résolu. Mais, en tant que fidéicommissaire du Reich, j’étais obligé de hâter la liquidation et pour obtenir l’exécution de mes mesures je dus même, parfois, user de ruse.

Souvent la Commission de contrôle interalliée exigeait de moi les mesures les plus absurdes et voulait me contraindre à imprimer à la liquidation un rythme qui eût porté de graves dommages à la cause ellemême que nous devions défendre. Il me fut souvent très difficile de convaincre le général Barthélemy, le représentant du général Nolîet, du bien-fondé de mes méthodes. Bien que j’aie toujours trouvé chez les membres de la Commission les dispositions les plus conciliantes, j’ai été obligé de constater combien ceuxci connaissaient peu l’organisation de l’armée allemande, et comme ils interprétaient faussement certaines mesures de la liquidation. Ils ne cessaient de craindre que l’on voulût conserver le cadre, qui permettrait une reconstitution de l’ancienne armée. Or c’était absolument faux, bien qu’ici et là subsistât le désir, dans certains milieux, de conserver tout au moins les commandements de district comme bureaux de recrutement des volontaires, et les rôles de ces commandements pour l’avenir.

Une autre tâche importante de l’Office était la liquidation des contrats conclus entre les fournisseurs et l’armée. Le chiffre de ces contrats se montait, à la fin de la guerre, à environ 40 000. Il fallait examiner chaque contrat, réduire les exigences des entrepreneurs, lesquelles étaient souvent exorbitantes, si l’on

ne voulait pas que le Reich se vît lésé de centaines de millions de marks.

Pour cet immense travail je n’avais fait appel qu’à un état-major relativement restreint de fonctionnaires et de spécialistes des carrières commerciales et libérales. Le 31 mars 1921 ce travail était terminé et l’Office de la liquidation pouvait être dissous.

Je pris d’abord quelques mois d’un repos bien gagné. J’avais reçu du docteur Wirth, successeur d’Erzberger au ministère des Finances, et du président Ebert, des lettres de remerciements et de reconnaissance pour le travail accompli. Le 15 juillet 1921, sur le désir exprimé par le ministre Brauns et le docteur Wirth, j’entrai au ministère du Travail du Reich comme « commissaire avec attributions spéciales ». C’était pour moi un pis-aller et une occupation qui était loin de faire appel à toute ma capacité de travail. Je gardai ce poste jusqu’au 10 novembre 1922.

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