CHAPITRE III
NEERWIKDEN ET LODVAIN
ASure da Gaiise
I. La réuuioD n'avait pas adouci le sort de la Belgique ni calmé ses ressentiments. La population suivait d'un regard attentif les progrès de Duraouriez en Hollande ; mais, comme disait Cliaussard, elle restait de glace, et l'esprit public était nul. Aussi, dès que les commissaires apprirent l'échec d'Aix-la-Chapelle, demandèrenti'.s des renforts. î^'avaieat-i!s pas annoncé que si les Français faisaient un seul pas en arrière, les Vêpres siciliennes sonneraient dans toute la Belgique? Goguet, qui commandait à Bruxelles, prit le ton de la menace et déclara rudement aux administrateurs provisoires que beaucoup de leurs concitoyens étaient gangrenés, mais
NKKBWISDKN ET LOUVaIN 79 V
que s s'il se trouvait des assassins dans leur ville, 11 s'y trouverait aussi des incendiaires ' ».
Un dernier acte acheva d'exaspérer les Belges- Les commissaires de la Convention chargèrent les agents du pouvoir exécutif de faire transporter à Lille, o pour !a mettre à l'abri des événements », l'argenterie des communautés soumises au séquestre. La mesure ne s'appliçaait ni aux églises paroissiales ni aux objets nécessaires à la décence du culte divin. Mais ces distinctions ne furent pas observées. On s'introduisit à force ou- «rle dans les temples, ou crocheta les serrures, on emporta tout ce qu'on trouva, et l'on détruisit ce qu'on ne put emporter. Les commissaires ne parlaient que de l'argenterie; on enleva les missels, les linges, les dentelles, le galon, les vêtements sacerdotaux. L'argenterie devait être transportée à la Monnaie; on la mit au pilon. Pas un administrateur n'assistait à l'opératioa, personne ne vérifiait les matières et les poids, ne dressait d'inventaire. Le pillage s'organisa. On vola, on vendit des pièces d'orfèvrerie du travail le plus précieux. « Plusieurs militaires, même des officiers, écrivait un de nos agents, sont en arrestation comme coupables ou complices de vols et auires excès; quelques-uns ont jusqu'à 40 à 50 louis, produit de leur brigandage *. »
Pendant trois jours, le 6, le 7 et le S mars, Sainte- (îudule fut en proie aux sans-culottes du capitaine Ilendrickx. Ils enfoncèrent les portes, brisèrent les châsses, dispersèrent les ossements des saints, violèrent les tombes, mirent les troncs à sec, enlevèrent les registres baptismaux. Les officiers se jetaient les hosties ou les
' ChauEsarii, Méa., 116; 2- rapport, 216 (Rct. AuUtd, 11, ISl); Bo^oQt, II, 242-243. (
• Milon à BaurnoQTÎlle, 17 mars n93 [A, G.).
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foulaient aus pieds. Les soldats, affublés de chapes et cbaDtant d'obscèues chansons, formaient à travers la cathédrale une procession houfTonne, L'assemblée des représentants provisoires dénonça ce sacrilège aux: commissaires : les uns repondirent que a l'opération émanait d'une autorité supérieure o, et qu'elle était s commandée par l'inlérêt de deux peuples, formant désormais une seule famille a ; les autres, qu'ils « n'approuvaient pas les violences « et qu'ils avaient " renvoyé la plainte au commandant de place ' ».
Il était impossible de blesser plus profondément le peuple brabançon. Tout Bruxelles allait considérer avec horreur les dévastations de Sainte-Gudule et ces i profanatious que n'oublieraient jamais les Belges dévots s. Déjà couraient par le pays des bruits merveilleux. Un Français qui portait les maius sur le taheruacle était tombé mort ; un autre avait été, comme Héliodore, fustigé par des verges invisibles; à liai, la Vierge avait de son regard terrassé les impies qui voulaient lui ravir ses joyaux '.
Sur plusieurs points on courut aux armes, et, naïve' meut, les commissaires de la Convention s'étonnaient de ces « insurrections assez fortes s qui se produisaient <r. même dans des lieux où la réunion avait été votée ' s. A Hal et à Nivelle, on brisa les scellés. A Alosl, on arrêta une voiture chargée des objets du culte.
A Tournai, on sonna le tocsin, on dépava les rues, on tira par les fenêtres sur les Français. Trois volontaires furent tués et jetés dans l'Escaut. Gonchon se vit arracher sa cocarde et dut se faire jour, le pistolet au poiag
' Adresse bruielloise du 22 msia 1"93.
> Àlon., 26 mars 1793 (lettre du 20) ; id., 13 février.
s Rec, Aulard, II, 319.
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' è travers la Toule. 0"Moran défendit = da se réunir en nombre au-dessus de deux personnes dans les rues et sur les places d, et déclara qu'il Terait traduire les émeutiers devant une commission militaire et raser toute maison d'oîi partiraient des pierres ou des coups de fusil'.
A Soignies, au sortir de la messe, la foule se jeta sur la garnison française et la désarma. Il fallut envoyer de Mons un détachement pour (étouffer l'émeute'.
Mêmes troubles, même fermentation à Bruges et à Gand. Les prêtres et les moines, les antipmpies, écrivaient les commissaires nationaux, se montrent et lèvent la tête; les patriotes, en petit nombre, sont en danger'. »
Pareillement, ù Renais, i tout allait très mal et le bas peuple était en armes; qui oserait s'y montrer de la part des Français, y serait mis en pièces* ».
Les commandaols priaient )o ministre de la guerre d'envoyer quatre ou cinq bataillons à Ostende, à Nieuport, à Fumes; des rixca avaient eu lieu ; les paysans liraient sur les volontaires qui rejoignaient leurs corps; on prévoyait une insurrection dangereuse dès que le pays serait dégarni de troupes '.
Le soulèvement le plus redoutable fut celui de Grammont. Alexandre Courtois quittait à peine la ville après avoir proclamé la réunion, que les habitants se révoltaient au son du tocsin, e Mange ton dernier morceau «, tttait dit la veille le prieur de l'abbaj'e des Bernardins à
l Lettrée d'O'UorBU Et des ci llamatiouB d'O'MaraD, S mars 17!
« DutbI et Bécourt à BeurnonviUe, 4 et 6 mars 1733 (A. G,).
' SLbuot et Bouaeroy à BBuraonviUe, 7 el 9 msra 1733 (A. G.).
* Les cammissaires DElionaiix i \.a Brun, U et 21 mara (A. G.).
• De Fiers à Beuraonville, l« eli mars 1733 [A, G,). , jHiiiaiiiuzz. 6
^V S2 f l'ai
l'agent Lefèvre, t demain lu verras beau jeu s. 3,000 paysans, armés de fusils et de fourches, entrèrent dans Grammont aux cris de Vite l'Empereur et Au diable Ift français! Ils arborèrent l'aigle autrichienne et abattirent l'arbre de la liberté. Les cinquante volontaires qui gardaient Grammont résistèrent en vain; sept ou
' huit périrent; le reste déposa les armes, I.efÈvre fut roué de coups; Charles de Mons blessé, traîné dans
I les rues, dut la vie à des particuliers charitables qui le trans portèrent à l'hôpilal. Deux détachements partirent e Gand et d'Alost pour réduire les insurgés ; ils furent repoussés et perdirent leurs canons, o Les torches de la , s'écriaient Gougel-Deslandres et Robert, sont partout secouées sur les Français, et les Belges font le coup de feu contre nos soldats'! a
Bruxelles restait calme ; mais un agent y voyait n se former des complots en tout genre n. La population se réjouissait ouvertement de la défaite des Français et de leur prochain départ. Les commissaires nationaux, alarmés, prirent des mesures rigoureuses; ils ordonnèrent à tous les Bruxellois de livrer leurs armes sous peine d'être traités comme ennemis de la France. Ils arrêtèrent
' des otages, le duc d'Arenberg, le marquis de Carondelet,
le fils du chancelier Crumpipen. Us menacèrent la ville
d'une exécution militaire. Déjà beaucoup d'habitants,
craignant le pillage, mettaient des volets aux fenêtres de
' leurs maisons, La crise, avouent les administrateurs de
I Bruxelles, était à son comble*.
Moi u.
lois
> CoailoLB à La Brun, 17 ii MoQS (À. B.]i Moa., 17 mai . (A. G.).
' MiloD à Beurnanvilla, 7 et 10 rnsn 1793 (A G.) ; Adresse bruielloisa du 22 mars ; Hec Aulwd, II, 279.
VINDEN ET LOUVAIX
Quelques Français comprirent alors les fautes commises. « On a lout fait, écrivait Milon, pour s'aliéaer une nation qu'il fallait s'attacher par des mesures sages el modérées. » Les correspondants du Baîave mandaient à Paris que le peuple belge était a aigri par ses nobles et fanatisé par ses prêtres n ; nnais, ajoulaient-ils, il est « peu content des Français d, et l'on aurait dû lui laisser provisoirement églises, couvents, abbayes jusqu'à la réunion d'une assemblée nationale. Un correspondant du Moniteur disait mieux encore : a Ce n'est point par des menaces qu'on peut faire aimer la Révolution à ce peuple. Si le gouvernement français s'était mis tout simplement à la place du gouvernement autrichien, s'il se fût borné à inviter les Belges à se donner une représentation moins aristocratique ou qu'il les eù.t laissés libres dans leurschoix, cette liberté eût concilié tous les esprits; de bons écrits et le commerce avec vos troupes auraient à la fio' francisé les Belges '. »
II. Dumouriez rentrait en Belgique, aigri par ses déceptions et ses mécomptes. L'orage qui grondait au fond de son cœur, se déchargea sur les commissaires nationaux qu'il accusait d'ajouter les embarras d'une révolte belgique au péril de l'invasion autrichienne. Celte fois, il ne garde aucune mesure. Il sait qu'en lui repose l'espérance de l'armée et qu'il est seul capable de sauver la chose publique; il peut donc tout entreprendre, tout J braver impunément, e Un motif, écrivait-il à Miranda, m'engage à partir; c'est de rassurer les Belges et de les ramener à nous par la confiance qu'ils ont en moi, et surtout en diminuant la tyrannie et les injustices qu'ils ont
l TRAHISON DE DUUOURIKZ
éprouvées jusqu'à présent. Mon parti est pris à cet égan quelque chose qu'en puissent dire Camboa et ses sal lites'.=
Il était le 10 mars à Anvers. Il y trouve des commissaires nationaux, Publicola Cliaussard, Tronquet Saint- Michel, Dupré. Chaussard allait envoyer l'évoque Nelis à la citadelle de Lille et casser l'administration provisoire; il évangélisait sur les places, ans estaminets, au théâtre, surtout au club dont il voulait h ressusciter l'éuergie " ; il couvrait les murs d'affiches instructives; il cbanlait dans les endroits publics des chants civiques et des hymnes à la liberté. Mais Dumouriez avait contre lui d'autres griefs : Chaussard « jetait l'alarme et la haine p, proposait d'appeler les sans-culottes bruxellois et de promener des têtes sur des piques. Il ordonna que Chaussard et ses collègues se rendraient aussitôt à Bruxelles, où « le salut de la République l'obligeait à rassembler tous les commissaires du pouvoir exécutif n. Indigné de cette lettre de cachet, de ce fetfa ', Chaussard court chez Dumouriez : o Citoyen, dit-il ou général, cet écrit est-il de TOUS? — Oui, Monsieur, et je vous engage à vous y conformer. — Citoyen, un agent de l'autorité militaire ne doit pas écrire ainsi à un agent de l'autorité civile. — Qui êles-vous, Monsieur? — J'exerce une magistrature républicaine, je suis tribun du peuple et je ferais arrêter César. — Je sais, eu effet, que vous vous nommez Publicola. — Prenez garde qu'un jour je ne mérite ce nom. — Monsieur, vous aurez la bonté de vous conformer à l'ordre que j'ai donné, — Vous ne devez point parler en vizir à un citoyen français. — Je ne suis pas plus vizir que vous
l ' Rojaa, Mire
L * Chausssrd i
NEERWtNDEN El LOUVAIN 85 1
n'etea Publicola ; je suis le premier de Ions les agents du pouvoir exécutif et, s'il le faut, je prendrai la dictature de la Belgique, — Je doute qu'où vous la donne; en tout cas, vous assumez une responsabilité terrible. — J'accepte cette responsabilité, je sauverai la République et je rendrai compte de ma couduit;e. — Eh bien, je pars, mais pour vous dénoncer ' I s
Dumouriez ne se contente pas d'expulser Cbaussard. Il confie aux administrateurs provisoires d'Anvers les fonctions des coramissaires nationaux et défend aux jacobins de » se mêler en rien dans les affaires d'admî- DlslratioQ soit civile soit militaire ». K'est-il pas temps d' Il arrêter les désordres et les rixes qu'occasionnent les motions incendiaires s ' î
Il vole à Bruxelles, Morelou, le jacobin Morelon qu'il avait remplacé par Duval, est encore dans la ville ; il a prié Duval de le garder et juré de servir fldùlement soua ses ordres ; il a reçu des commissaires de la Convention l'autorisation de rester à Bruxelles. Dumouriez ordonne à son ancien chefd'état-major de partir dans deux heures et de prendre le commandement de Douai. Il tait arrêter Chépy. Il casse la légion des saus-culottes et envoie le soi-disant général Ëstienne é la prison de la porte de Hal. Puis il se rend à la séance des administrateurs provisoires et leur annonce qu'il vient réparer les fautes et punir les crimes, rétablir dans leurs fonctions les magis- j trais élus par te peuple, relâcher les citoyens arbitrairement arrêtés ou saisis à tîlre d'otages. Il leur promet de J défendre les Brabançons contre l'injustice, comme il 1 a défendus contre les baïonnettes ennemies; mais il 1
l Chaussard, Jff'fn., 138-H1, 150-154; 4 marB IWi (A. G.], et Mi«i., IV, 62-63, > PtoclaniBtLoa du 10 ronra im.
LA TRAHISON DK DUUODRIEZ
prie de revenir de leurs préventions, de traiter les Français en amis, et se tournant des Belges, qui pleurent de reconnaissance, vers ses propres soldais: «Reprenons nos vertus, montrons que nous ne sommes ni des brigands ni des profanaleurs, et je voua réponds de nouveaux SUCCÈS '. =
Avant de quitter la ville, il lan^a trois proclama Lions. La première flétrissait la conduite des commissaires nationaux, leur « avarice », leur a indiscrétion sacrilège »; il fallait montrer que la justice et la droiture étaient le caractère essentiel de la nation Iran çaise, et le général or donnait â Ions les administrateurs et aux commandants militaires de restituer aux églises leur argenterie.
Dans la deuxième proclamation, il invitait tous les corps administratifs à dresser des plaintes, appuyées de procès-verbaux, contre les « vexations tyranniques « de plusieurs commissaires nationaux. Mais il comptait que le peuple belge reviendrait aux senlimenls de fraternité, et il menaçait de raser ou âe brûler toute ville, tout village qui a se permettrait des rassemblements a contre ses troupes. L'armée Trançaisc était-elle coupable des crimes de quelques particuliers ?
La troisième proclamation était dirigée contre les clubistes. Les sociétés patriotiques, disait Dumouriez, ne doivent servir qu'à l'instruction des peuples ou aux actes de bienfaisance et de fraternité. 11 leur défendait donc de s'immiscer dans les afTaires publiques. Autrement, il ferait fermer lo lieu de leurs séances et rendrait personnellement responsables leur président et leur secrétaire '.
Les jacobins étaient outrés. Chépy protestait contre
' Extrait du pracâs-varhal de Is BâanaQ des lepiâa. prévis, du Il marsnaa, p. 5-7.
• Gazette de France, 17 mais, et Mon., IS mtrs 1793,
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son arreslalioQ ; il prétendait qu'il s'était contenté da porter le pain de l'instruction sous le chaume », de découvrir de son • œil iudagateur ù les besoins de l'armée, d' « éclairer la religion du Conseil exécutif a, et il continuerait à « s'envelopper dans sa conscieuce ' ».
Mais l'agent Milon applaudissait aux actes de Dumouriez, u 11 n'y a, mandail-il, qu'un cri contre !a conduite des commissaires, et l'on aura beaucoup de peine à réparer les maux qu'ils ont causés', u Desliacquels assurait que les mesures de Dumourien avaient a produit le meilleur eflét » et qu'elles étaient n peut-être indispensables* >. Un autre y voyait k une légère teinte de despotisme qu'on reprochaiL à Lafayetie 3, mais si le procédé était « un peu irrégulier s, ne devait-on pas approuver le résultat*? Les commissaires eux-mêmes n'osaient blâmer Dumouriez. Cbépy, disaient Gouget- Deslandres et Robert, n'était qu'une n victime sacrifiée à l'intérêt de son pays «. Ne fallait-il pas obtenir la paix dans l'intérieur pour battre l'ennemi? Dumouriez battra l'ennemi, et s'il déclare, après le triomphe, qu'il a violé les lois, n il sera grand, grand comme la République B, et il méritera que la République qu'il aura sauvée, a. oublie ses lorts et l'illégalité de sa conduite' I.
1 Coiaptt rtniu pur Ciiépy à ses c était à Paris le 14 mare et l'ut ente exécutif |Hec. AuUrd, 3G0 et 363),
• Milon à BeurnoQville, 17 roora 1793 (A. G,). » Desliacquets à Le Brun, 12 mera ]"93 [A. B.j.
• le Balavi, 17 mars 17'J3 (lettre lie Bruïelles, du 12]. s Gnugal et Robert à La Druii, 14 mars 1793 [A. G.). Las ci
saires de la Convention reconnaissent dans lear rapport que Dufflov-, riez auiait dû prendre des ■ Toies plus légales i, tnaia qu'il «tteigmti^ sou but et apaisa les mnuvemcnts hostiles 12* rapport, 140).
^^^^ 88 LA TBAîIlSOM DE DU MOURIEZ
I Déjà la confiance renaissait, a Voilà ce que peut un
I homme, écrivait-on de Bruxelles, ce cher Dumouriez a
L rétabli l'ordre I « Une proclamation de Duval annonçait
^^H à la garnison l'arrivée du général et le retour de la for- ^^H tune : Il II ge rend à la grande armée, il !a commfjnde en ^^^ personne, il va la conduire à de nouvelles victoires », et ^^^. les soldais agitaient leurs chapeaux en signe d'allégresse. Les Belges s'apaisaient. Les insurgés de Grammout se dispersaient et annonçaient au commandant de ' Gand qu'ils faisaieni Icnr soumission, « Si Bumouriea
est forcé de se retirer, observait un correspondant du I Moniieur, il aura un peu réconcilié les esprits à la nation
I française et peut-être provoqué l'immobililé des hahi-
[ tanls'. B
m. Le 1! mars au soir, Dumouriez arrivait au camp de Louvain, Les commissaires de la Convention' lui reprochèrent ses ordonnances. Pourquoi se mÈiait-il des affaires civiles ? Pourquoi rendre les vases des églises t Comment restituer une argenterie déjà brisée et ensée dans des coffres? •> Puisqu'on a la matière, répondit Dumouriez, rien n'est si aisé que de refaire les objets ; il en coûtera la façon. » Les commissaires s'exprimaient avec ménagement, et, comme dit Camus, avec la prudence la plus réservée. Ils savaient que Dumouriez était indispensable et reconnaissaient que « la cause la liberté lui avait do grandes obligations u; ils , avouaient môme que ses mesures a. ramèneraient le
1 Miloa à BeumanTÎUe, 10 et 12 mare 1793) Gouget et Robert 1 Le Brun, 14 mars (A. G.) ; Mon. du 16 mars.
' 11 j eut deux cutievues à Louvain entre les coœmisEaireB et le géDéral ; Tune, le eoir du tt mars, à laquelle assisLaienL Camus et Treilhard; l'autra trois jours après, le i-l raar?, à laquelle assistaient Camus, Treilhard, Gossuin et Merlin de Douai [2' rapport, 133).
I calme i.
NBERWINDBN ET LOTIVAIN 89 I
Mais, enfin, n'avait-il pas outrepassé ses pouvoirs et donné, par ses derniers actes, » une grande puissance aux ennemis intérieurs ' » ? Le général répliqua qu'il venait d'écrire à la Convention tout ce qu'il avait sur le cœur, et il lut aus commissaires sa fameuse lettre connue sous le nom de lettre du 42 mars. Il rappelait à l'Assemblée qu'il avait quille une armée victorieuse pour venir au secours d'une armée battue. Quelles étaient les causes de ce revers, sinon l'avarice et l'injustice? N'avail-OQ pas opprimé les Belges, insulté leur religion, profané leur culte ï Gomment s'était opérée la réunion du Hainaiit ? A coups de sabre et de fusil. Qui avait fait la réunion de Bruxelles? Quelques hommes de trouble et de sang. Quels commissaires le pouvoir exécutif avait-il envoyés aux Pays-Bas? Des esacteurs, des agents qui, par leur zèle brutal et insolent, par leur iniquité, par leur violence, avaient exaspéré les Belges. On trompait la Convention ; elle croyait que la réunion était volontaire; elle regardait les Belges comme Français; elle faisait enlever l'argenterie de leurs églises. Uais les prôtrcs et les moines profitaient de cet acle imprudent et appelaient les Frauçais des brigands qui fuient. Les villages s'armaient contre l'armée qui sa voyait environnée d'ennemis. Dumouriez avait doue pris des mesures pour la sauver et pour sauver en môme temps l'honneur de la nation et de la République.
Les commissaires accusèrent Dumouriez de jouer au César, v C'est une calomnie, répondit le général, mais qu'on m'attaque et je me défendrai. — Si vous étiez César, lui dit Camus, je serais Brutus. — Mon cher Camus, répondit Dumouriez, je ne suis pas César, vous
' Hec.AuUrd, 11,310,
90 LA TRAHISON BE DUMÛtIBlEZ
n'ôles pas Brutus, et la menace de mourir de votre maia est pour moi un brevet d'immortalité', u
Cependant son arrivée rendait aux troupes courage et confiance. Il y avait eu jusqu'alors trois généraux, Valence, Miranda. La Noue, égaux en pouvoir, mais divisés d'opinion, perdant leur temps à délibérer, ne prenant parti qu'après de longues discussions. Il y avait eu trois états-majors indépendants et agissant à leur guise. Bref, le manque de bonne entente et d'ensemble était complet, et le plan général ne s'exécutait pas sans tiraillements ni lenteurs. La présence de Dumouriez rétablissait l'unité de commandement : •' Il donnera son plan, disaient les commissaires, que tous sont également disposés à suivre*. »
Les soldais, rayonnant de joie, levaient la tôle, reprenaient cœur et parlaient de revanche. Lorsqu'ils virent Dumouriez accompagné de Gossuin, ils l'accueitlirent par les plus ardentes acclamations. « Voilà Dumouriez, S'écriaienL-ils, sans foire attention au représentant, voilà Dumouriez, voilà notre père, nous irons partout où il voudra l " Ils se pressaient autour de lui; ils baisaient ses mains, ses bottes, son cheval ; ils lui demandaient à l'envi de les mener au combat, o Kous avioDS été si mal commandés depuis longtemps, rapporte un officier, que nous espérions que les choses en iraient mieux
' Dumouriei, if/w., IV, 72; Rapport da Camus, 8, > Reo. AuUrd, II, 337-338; Cochelet {Rapport au Corn, milil., 7) ■. • Tant qu'il siislera trois armées pour la Belgique et Liège, il est impossible qu'il y ait de l'harmoDie dans les opêralioDS mililsires. • Dumouriez 8 raison de dire dsDS ses Mém. que Mirauda jalousait et àéaigtait ValanoB, et ne -vivail pas en bons termes avaojui, i Valence, âiaail auda, est uu homme Inquiet qui veut faire quelque chose^ blfttae lutres, ne Eaît pas es qu'il veut faire >, il l'accuse à'aisui-da faiifti~ '. rannada, 9 et lOjanv. 1793 (A. N.F' imS].
NEKRWINDEN ET LOUVAIN 91
avec lui et qu'il rétablirait un peu nos affaires'. » Mais il fallait réorganiser au plus tôt cette armée toujouis effarée, confuse, dcsordounée qui depuis dix jours battait en retraite et n'avait plus ni tentes, ni bagages, ni la plus grande partie de sou canon. <t II y a encore des fuyards qn'ou a de la peine à ramener, écrivaient les commissaires, d'autres refusent le service ou le font avec peu d'exactitude, ■ Ils ajoutaient que la discipline t'attéaatissait dans l'armée, que les troupes massacraient les prisonniers, qu'elles se livraient au pillage et so faisaient liaïr par leurs excès; des paysans se jelaient aux genoux des soldats en demandant grâce, mais d'autres exerçaient de cruelles représailles'.
A la vue de cet épouvantable désarroi, Dumouriez reconnut que Valence avait eu raison de lui dépêcher courrier sur courrier. « Je désavoue, lui dit-il, quelques expressions d'humeur. Vos relations ne contenaient que l'exacte vérité ; le corps que Miranda commandait personnellement, avait beaucoup moins souffert que le TÛtre, et Miranda apercevait dans les événements plus de ressources parce qu'il n'avait pas approfondi autant que vous la perte énorme qu'on a faite ". <•
Il pourvut aux dispositions les plus indispensables. Le parc d'artillerie revint d'Anderlecht à Louvain, et d'Hangesl, qui se décourageait trop aisément, fut envoyé à Douai. Les meilleurs bataillons de ia garnison de Bruxelles rejoignirent l'armée. Les commissaires de la Convention avaient levé tu m ul tu ai rement dans les dé-
» Rbc. AuUrd, II. 338 et W2-4i3.
' Zellreg du gfnfral Valtnee pour s< gtnfral Dumourm, 1793, p. 9-tt.
's aua Mémoires du J
92 LA. TBAHISO.N DB DTJMOUBILZ
parlements du Nord, du Pas-de-Calais, de la Somme, de TAisne et des Ardennes 6,000 hommes de garde nationale qu'on nomma eenttniers parce qu'ils tormaieut des compagnies de cent hommes. C'étaient des vieillards et des enfants armés de piques, de Tusils de chasse, de pistolets, de couteaux, coiffés du bonnet rouge et payés vingt sous par jour. Bumouriez renvoya cette singuliÈre milice qui ne faisait qu'augmenter la confusion et que les commissaires eux-mêmes ne croyaient bonne qu' e à proléger les patriotes belges et à seconder les opérations politiques ' ».
Il avait encore sous le drapeau 40,000 fantassins et i,iiOO cavaliers. La droite fut confiée à Valence ; le centre au duc de Chartres ; la gauche à Miranda. Valence eut sous ses ordres, outre 18 bataillons d'infanterie, les flanqueurs de droite commandés par Dampierre et la division Neuilly; — le duc de Chartres, ia réserve de 8 bataillons de grenadiers commandée parChaucel; — Miranda, les flanqueurs de gauche commandés par Mîaczjnski. L'a vaut-garde comprenait 6,000 hommes dont 1,300 cavaliers ; elle avait pour chef le vieux Lamarche qui se laissait guider par deux jeunes officiers, Mon tjoye et Barrois,
Dumouriez conserva les positions choisies par Thouvenot, mais il les rendit plus solides et assura ses communications avec la Hollande. Neuilly se porta de Jodoigne sur Luramen pour mieux appuyer la droite de l'armée; Dampierre et Miaczynski gardèrent les passages de la grande Geele, l'un à Hougaerde, l'autre â Haeleu ; Champmorin s'établit à Diest; La Marlière oc-
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cupa fortement Hérenthals et Lierre ; "Westermaiiu, avec la légion du Nord et la 31" brigade de gendarmerie nationale, se rendit à Turnhou: pour éclairer la Campine et arrêter, de concert avec La Marlière, les colonnes prussiennes do Brunswick-Œls '.
Comme à son ordinaire et avec raison, Dumouriez résolut de se donner les avantages de l'offensive. Il n'eut pas un instant l'idée de reculer avec prudence, de disputer le terrain pied à pied, de mener lentement ses troupes à travers les plaines de la Belgique, La <3âren- Bive, c'était la débandade, et que ferait une armée, êloranlée déjà par l'indiscipline et les déserlions, sans place oii s'appuyer, sans forteresse où s'abriter, contre la cavalerie des Impériaux, nombreuse, aguerrie et fiÊre de l'beureuK début de la campagne? Il devait attaquer, et attaquer sans délai. Le moindre retard diminuait ses chances. Il savait que Cobourg attendait des renforts. Beaulieu et Hohenlolie-Kirchberg, partis, l'un de Luxerabourg, l'autre de Trêves, se dirigeaient vers Namur; les Hanovrieus s'approchaient de la frontière belge; l'armée hollandaise passerait peut-Étra la Mejse, et l'on parlait depuis quelques jours d'un débarquement des troupes anglaises. Que d'eanemîs allaient entrer en licel Dumouriez n'avait plus d'autre espérance que de frapper rapidement ua grand coup. S'il gagnait sur-le-i;bamp une bataille décisive, les Belges, ranimant leur zèle alliédi, se hâlaienl de lever leurs bataillons^ les Autrichiens se retiraient sous le canon de Maeslricbt; les alliés reculaient de toutes parts, intimidés, hésitants; et tandis que Valence tenait en échec les débris de Cobourg,
in (9 el 12 mars 1793]
tricbt qui cette ait de nouveau
:jue Dumouriez fît veair son armôe de
9i LA TRâHIS(
tandis que Miranda s'en fois n'eût pas résisté', ' l'essor, allait comiuérir 1 Mais Cobourg craigoai ne reçût des renforts et t Hollande. Lui aussi avait résolu d'attaquer. L'armée impériale était alors concentrée entre Sainl-Trond et Landen; elle eut ordre d'assaillir Dumouriez à Louvain; le 15 mars, elle occuperait Tirlemont ; le 16, elle camperait à Hougaerde; le 18, après un jour de repos, elle s'avancerait jusqu'à Néthen; lo 19, elle passerait la Dyle et livrerait bataille.
Le 13 mars, au matin, l'avant-garde de l'archiduc Charles s'empara de Tirlemont. Lamarche n'avait posté dans la ville que 400 hommes; quelques-uns furent hachés', les autres rejelés en désordre sur Cumptich, Aussitôt, à droite et à gauche de l'armée, Neuilly, Dampierre, Mjaczynski reculèrent vers Louvain. Si les Impériaux, profilant de cette triple retraite, avaient attaqué l'armée française sans balancer, ils l'eussent sûrement culbutée. Mais dans la nuit même Dumouriez renvoya Dampierre à Hougaerde et Neuilly à Jodoigne. Quant à Miaczynski, il était introuvable; il avait gagné -les bois et s'y tint pendant deux jours. Dumouriez le remplaça par Ghampmorin qui reçut l'ordre de laisser à Diest un détachement et de s'établir sur la hauteur d'Oplinler.
Il fallait ï^tout prix reprendre Tirlemont pour encourager les soldats et raballre l'opinion qu'ils avaient de l'adversaire. Le 16 mars, Dumouriez avançait avec toutes ses forces et, après une attaque vigoureuse, il reprenait
> De PradE, Ti.
> Eiprasnoa da Qabeit,
NEEBwmDKN ET LOt;vAlN 95
aisément Tirlemont qui n'était gardé que par quelques troupes légères, puis il débouchait de la ville et appuyait sa droite à Gossoucourt. son ceulre au grand chemin pavé qui mène de Tirleraonl a Saint-Trond, sa gauche à Opiinter. Mais c'était le 16 mars que l'armée impériale devait, selon le plan et l'ordre de Cobourg, se porter en avant pour camper à Ilougaerde. Elle avait commencé son mouvement et se développait entre la grande et la petite Geete, sa droite devant ■Wommersom, son centre en face de Haekcndover, sa gauche vis-à-vis de Gussenhoven. Les deux armées se rencontraient à l'improviste. Elles se bornèrent à se cnnonner de loin et à regarder le combat de leurs avant-gardes qui ae disputèrent Gossoncourt durant huit heures.
Ce village, environné de baies et de fossés remplis d'eau, est situé sur un mamelon et domine toute la plaine. Lamarche avait eu le temps de l'occuper avec son avant-garde et des canons. Le général Rehhach osa l'attaquer à la tète des carabiniers de l'Empereur et des cuirassiers de Nassau. Ce fut, dit un témoin oculaire, un coup d'audace inouïe'. On vit les carabiniers de l'Empereur se jeter sur l'artillerie, sabrer les canonniers et, en un instant, s'emparer de sept pièces. Mais l'infanterie fi'ançaise ne perdit pas contenance; elle s'était postée derrière les buissons et dans les chemina creux ; son feu violent fit reculer les carabiniers, et le S" régimeut, cidevant Austrasie, repoussa, baïonnette croisée, la charge des dragons de Nassau. Rehbach essaya de tourner le village par la droite; maisNeuilly passa la grande Geete à Lummen, vint prendre position à Neer-Heyiissem et arrêta le mouvement des Impériaux.
L'affaire de Gossoncourt réveilla l'ardeur des troupes
^^H françaises et releva leurs espérances. « Jo la regarde,
^^H^ écrivait Dumouriez, comme très décisive pour l'opiaioD,
^^^fe et je suis persuadé que le priuce de Cobourg prendra de
^^^^ l'estime pour l'armée de la République '. »
^^^V Mais, ce qu'il voulait, c'était une de ces victoires qui
^^V rétablissent tout quand tout est désespéré. Saus doute,
^^H il mandait à BeuraonvUle que, malgré son avantage, il
^^B était dans la position la plus terrible où il se fût Jamais
^^^B trouvé ; l'armée n'avait iii souliers ui habits, la cavale-
^^^B rie manquait de fourrages, et l'arlillerie de charrois;
^^^P s'il avançait, ses ressources diminueraient encore, et il
^^^ serait a dans le cas d'être entièrement perdu o ; s'il avait
, le moindre revers, • l'insurrection serait générale, au
* moins dans les environs de son armée ». Il comptait pourtant gagner la bataille qu'il livra le 18 mars dans la fameuse plaine de Neerwiuden' et, se rappelant le triomphe de Luxembourg en 1693, il se disait è lui-même
^H qu'il serait beau qu'un siècle plus lard, un autre général
^^h français vainquit encore les ennemis sur le même ter-
^^1 raia'. Toute la journée du 17 mars fut employée à recou-
^^^^ naître la position des Autrichiens, à préparer le plan
^^H d'altaque et à placer les troupes. La bataille aurait lieu
^^^B le lendemain.
F IV, Cobourg s'était, après le combat de Tirlemont, re-
i tiré sur la ligne de hauteurs qui borde la rive droite de
[ la petite Geele. Au pied de ces collines qui descendent
• eu pente douce vers la riTière, se pressent des villages :
' Damouriez, Mém, , IV, SO, et à BanraonTille {Moa. Gabert, mimoiia [A. (ï.) ; Portli, Neemindtn, 348. ■ Dumannez A DutbI, 20 mars 1793 [Mon. du 23J, » Vioménil, H3.
SOm
NKKRWINDBN ET LOOVAIN 97
■Racour, Overwinden, Necrwindtin, Orsmael, Dormael, Halle, Asbrock el Léau. Eotre Overwinden el Neerwlndea, s'élève la Tombe de Middelwinden, qui domine la vallée ; mais elle n'a pas l'imporlance que lui prêtent Dumourie?. et .Tomini : le général français qui Ta vue de 1res loin, reproche à Cobourg de ne pas l'avoir munie d'une batterie ; en réalité, elle a si peu d'étendue qu'on aurait peine à y mettre deux pièces de canon, et encore faudrait-il les y monter par une pente très raide. Les villages d'Orsmael, de Dormael, de Halle, d'Asbrock se suivent el s'échelonnent sur le grand chemin pavé de Tirlemonl à Sainl-Trond et à Liège. Le plus important est Orsmael où la route franchit la rivière. Léau, non loin de l'endroit où la petite Gaete se jette dans la grande Geete, renferme un gratieux hôtel de ville et une église de Saint-Léonard, où l'artiste admire les délicates sculptures des autels et un tabernacle de pierre qui date de la Renaissance; mais cette petite ville dépeuplée n'avait que de viens remparts et n'offrait pas un solide point d'appui. De Racour à Dormael, le terrain de la vallée est plat, dépourvu d'obstacles el propre à la cavalerie: entre Dormael et Léau, on ne rencontre que des prairies humides, des marais, des vergers, et Mii'anda qui combaiiit eu cet endroit, assura que son artillerie 1 s'enfonça et s'embourba dans ie sol coupé n.
Le prince avait placé son armée sur la corde de l'arc que la petite Geete forme de Racour à Léau. On l'a blflmé d'avoir abandonné les villages de la riva gauche; il devait, dit-on, défendre les passages de la rivière, ou loul au moins couper les ponts. Mais on oublie qu'il voulait passer la petite Gaete dans la journée pour se battre le lendemain. Il avait fait occuper Léau par un - îaible détachement d'infanterie légère. L'avant-garde de
l'archiditc Charles dérendait la hauteur qui domine oS mael. Ua bataillon du régiment Joseph GoUoredo, posU
k dans le village de Dorniael, observait la grande route.
^^L Le gros des troupes autrichiennes s'éteudalt sur deax ^^H lignes, entre Necrwinden et ce petit village de Landau ^^^ qui fut le séjour de Pépin d'IIéristal et n'offre plus un» I seule ruine du passé. Venait ensuite, derrière Overwin-
den, la réserve de Clerfayt.
[ Dumouriez calculait que Cobourg, tirant ses vivres da
Saint-Trond et de Liège, avait établi près du grand ch«-
min, c'est-à-dire sur sa droite, la force principale d*
' son armée. Il fallait donc, pour le vaincre et le rejetai
sur Saint-Trond et sur Liège, attaquer son aile gauche
j qui devait èlre plus fa:ible el plus facile à déposter:
' il fallait emporter Neerwinden et Overwinden; il fallail
I occuper Léau qui servirait de pivol aux mouvements de
> l'armée assaillante.
Le général divisa sou armée en huit colonnes et assigna leur rôle à chacune. Toutes devaient passer la petib Geete : la 1", la 2^ et la 3" à Neer-I-Ieylissem ; la i° à Es& i mael ; la 5» à Elixem et à Wanghe ; la 6^ à Overhespea
I la 7» à Orsmael ; la 8= à la Chapelle-Bélhanie.
'. La 4" colonne, ou colonne Lamarche, s'emparait dt
I Racour et avançait dans la plaine entre Overwiuden e
* Landen pour déborder la gauche des Impériaux. Li
2' colonne, ou colonne Le Veneur, enlevait la Tombe di Middelwinden qu'elle garnissait de canons de douze, e sous la protection de cette artillerie, attaquait Overwiaden. La 3" colonne, ou. colonne Neuilly, assaillait Neet I winden par la droite. Ces trois colonnes, Lamarche
L Le Veneur, Neuilly, formaient l'aile droite de l'armé
I cammandée par Valence ; elles devaient, en cas de suc
ces, faire un quart de conversion par la gauche, refoule
NEBRWINDEN EX LOUVAIN 99
devant elles les Impériaux chassés de Neerwiaden et d'Overwinden et marcher en bataille sur Saint-Trond.
La 4® colonne, ou colonne Diettmann, repoussait de Laer les tirailleurs autrichiens et se portait directement sur Neerwinden, qu'elle attaquait de front. La 5® colonne, ou colonne Dampierre, se jetait sur Neerwinden parla gauche. Les deux colonnes Diettmann et Dampierre composaient le centre de Tarmée française, commandé par le duc de Chartres, et suivaient le mouvement de Taile droite, a en formant une ligne diagonale avec leur point de départ ».
La 60 colonne, ou colonne Miaczynski, allait droit devant elle sur Neerlanden, en ayant soin de ne pas dépasser les tètes de la colonne Dampierre qui combattait à sa droite. La 7« colonne, ou colonne Ruault, attaquait Dormael et poussait en avant sur la route de Saint-Trond. La 8® colonne, ou colonne Champmorin, s'emparait de Léau qu'elle tiendrait jusqu'à la fin de la bataille. Les trois colonnes Miaczynski, Ruault et Champmorin formaient la gauche commandée par Miranda.
Toute l'armée se trouvait donc, à la fin de l'action, en face de Tongres, la gauche à Léau et la droite à Saint-Trond.
Le 48 mars, à sept heures du matin, commence cette bataille de Neerwinden qui décida la perte de la Belgique comme la bataille de Jemappes en avait décidé la conquête *. Dumouriez et son état-major, Valence, Thouvenot, Montjoye, se portent sur un monticule d'où les
* Cf. les ouvrages cités de Porth, de Boguslawski, de Witzleben, les Mém, de Dumouriez, la correspondance et les notesdo Miranda publiées par Rojas, le mémoire inédit de Gobert, le tome IH de VHist. crit^ de Jomini.
^■V 100 LA TRAHISON DS DDMOL'ltlLZ
I inouvemenls de l'aile droile se dessinent ncUement
à leurs yeux, el déjà les tirailleurs français, traversant L 'la petite Geete sur tous les points, à Neer-Heylissem, à
^^K Esemael, à Elixem, à Orsmael, engageot une vive fusil- ^^H lade aTec les avant-pustes aulrichieus.
^^^K Cette fois encore, Dumouriez surprenait Cobourg. La ^^^B prince donnait ses instructions pour la bataille du lea- ^^^K demain lorsqu'il apprit que l'ennemi passait la rivière, ^^^^ I! ûl Bur-le-cliamp de nouvelles et très simples disposi- ^^H: lions. Tous les généraux eurent ordre d'attendre de pied ^^H Terme les colonnes françaises et de les rejeter dans ^^^b la rivière. Le major Slipzicz dut marclier sur Léau ^^^K 'Ovec i escadrons; le prince de Wurtemberg, avancer sur ^^^P Halle et occuper la roule de SaiuUTrond avec l'infanterie ^^^P -de la seconde ligne et S escadrons de Cobourg ; Ben- ^^^ ijowsky, se Joindre avec 2 bataillons et 2 escadrons au ba- ' laillon de Joseph Colloredo et aller â la rencontre de la
I colonne qui marcbait surDormael; l'archiduc Charles,
arrêter avec son avant-g-arde les troupes qui débouchaient par Orsmael. Cobourg courut lui-môme à la gauche.
L'aile droite des Français avait le plus long chemin à parcourir pour se trouver au soir sur la ligQS de bataille que Damouriez lui fixait entre Léou et Sainl-Trond. I Elle s'était donc ébranlée avant le reste de l'armée. La I première colonne, aux ordres de Lamarclie, refoule [ d'abord les premiers Impériaux qu'elle rencontre, s'empare de Racour et des hauteurs voisines qu'elle garnit de batteries, et canoane la réserve de Clerfayt. Mais Lamarche commet une faute irréparable. Il ne voit pas d'ennemis dans la plaine de Landen et, au lieu de suivre I sa pointe et de menacer le Qauc gauche des Autrichiens, l'Use rabat sur Overwioden et se contente d'envoyer vers
NEERWIKDKN ET LOL'VAIN
la Tombe de "Wamoni quelques escadrons qui escatmouclieut avec le réKimeat des dragons de Latour.
A ce momeuL débouche la rteuxîème colonne ou division Le Veneur. Les deux colonnes de Le Veneur et de Lamarche se mêlent, s'agitent sur place, se relardent dans leur marche ; elles n'emportent que vers deux heures le village d'Overwinden. Mais les Impériaux attaquent bientôt avec fureur les positions conquises par Le Veneur et Lamarche. Trois fois ils sont repoussés ; ' trois fois ils reviennent à la charge. Clerfayt et ses ' lieutenant?, Lùlzow, Alwinczy, Wenkheim, le prince , d'Auersperg, dirigent ces assauts réilérés. Enfin, sur l'ordre de Cobourg, si escadrons, dragons de Latour, hussards de Blankenstein, cuirassiers do Zeschwilz et de Nassau, commandés par le général Boros, se jettent sur ' les Français massés entre Overwindea et Raeour. Ils ■ culbutent la cavalerie, renversent la première ligne de i l'infanlerie, se heurtent contre la seconde ligne qui lea . accueille à bout portant par un feu meurtrier; Boros a < son cheval tué sous lui. Mais la nuit vient ; une suprême attaque de Clerfayt qui se met lui-mËme à la J tête du rcgiment d'infanterie Antoine Esterhazy, décide -J du sort de Raeour et d'Overwinden. Les Français, brisés .| de fatigue, abandonnent les deux villages qu'ils ont dé- J fendus pendant l'après-midi avec les efTorts les pluaJ obstinés; l'attaque d'Overwinden, dit Oobert, avait été ■! horrible, et le sang y ruisselait. I
Au centre, Neerwinden est pris et repris par les demi partis avec le même acbarDetneut. La troisième colonne,] commandée par Neuilly, entre promptement en ligne J et chasse de Neerwinden les Imfiériaus. Mais a peiiieJ ■maître du village, r^euilly s'étend à droite dans la plaiueM
lot ^H ;car' ^^^
103 LA TRAHISON DE DUMOliKIEa
se rapproche de la colonne de Le Veneur et la seconde dans l'altaiiue et ia défense d'Overwinden. Il prétendit plus lard qu'il exécutaîL un ordre de Valence, et, de son côté. Valence assura que Neuilly l'avaiL mal compris. Quoi qu'il en soit, les Impériaux reHreut aussilùL dans Neerwiadeu.
Mais les deus colonnes du centre, que commande !e duc de Cliartres, arrivent à leur tour sur le champ de liataillo. Un sanglant coaibal s'engage autour de Neerwinden. Les généraux, voyant que la lulie a'opiiiiâlre, mettent l'épée à la main et marcLeni intrépidement au premier rang de leurs troupes ; Dampierre déploie sa bravoure coutumière ; Desforest reçoit un coup de fusil à la lète ; Ncerwinden est repris une deuxième fois.
Uallieureusemeni, la possession de Neerwinden n'était pas assurée tant qu'on n'aurait pas conquis les crêtes avoisinantes OLi Cobourg avait installé des Laiteries qui plongeaient leurs feux dans le village, u Kous avions peine à avancer, dit Gobert, et l'ennemi nous avait tué en un instant tous les chesaux de quatre pièces de 12 que nous poussions vers lui. » Cependant, le duc de Chartres. Dampierre, Diettmann se préparent à tenter un, vigoureux effort. Mois déjà Cobourg ordonne une nouvelle attaque. Toute la première ligne de son armée s'avance sous les ordres du feidzeugmestre Colloredo, et l'infanterie française, mise en désordre, ébranlée par le feu incessant de l'artillerie autrichienne, abandonne Neerwiudeu, se précipite vers la petite Geete.
Dumouritz voit le péril de son centre. Il accourt à la rencontre des fuyards, et, comme à Jemappes, il les anime, les ramène au combat, les pousse sur Neerwinden, pèle-mèle, au pas de charge et au chant rie la Marieiilaise. Les Impériaux plient sous ce choc impé-
KEERWINOBN KT LOUVAIN tOI '
tOeux, irrésistible. Une Iroisième fois, Neerwinden est aux raaiu3 des Français. Mais, des hauteurs d'alentour, l'artillerie autrichienne crible le village de ses projectiles, el Cobourg envoie des troupes fraîches à CoUoredo. De nouveau, les Impériaux l'emportent, et, au milieu des cris des mourants, à la lueur des flammes qui dévorent les maisons, parmi les décombres et les mines fumantes, les Français sortent de Neerwiuden pour n'y plus rentrer. Duraouriez ne peut que les rallier à cent pas de ce village si vivement, si cbaudemenl disputé, et cette fois délinilivement perdu.
Mais le combat n'avait pas cessé et il allait reprendre aussitôt dans toute sa violence. A peiue Dumouriezréanit-il ses colonnes que deux charges de cavalerie, audacieuscment conduites, menacent soudain de les briser et de les balayer, lluil escadrons qui forment la brigade Hoditi, s'élancent comme un torrent entre Ncerwindea el la Tombe de Middehvinden. Us enfoncent tout ce qu'ils trouvent devant eux; ils renversent l'inFanlerie; ils mettent en déroute la cavalerie qui tourne bride presque sans coup férir. Seul, le 10° dragons soutient énergiquemenl le choc. Valence, médiocre général et soldat héroïque, est à la lÈle de ce brave régiment et l'excite du geste et de la vois. Ses deux aides-decamp, CbSteau-Renaud et le colonel Jaubert, tombent â ses eûtes. Lui-même, après avoir reçu trois coups de sabre sur la tète et une forte contusion au bras droit, est emporté tout sanglant hors de la mêlée. Mais les dragons du 10» repoussent l'attaque de la brigade Uodilz. Us donnent au reste de la cavalerie le temps de SB rallier. Ils chargent, à leur tour, les Impériaux avec une Incroyable furie el, leurs sabres se brisant sur lea.j cuirasses, ils portent leurs coups à la gorge de l'edver-
^^ sa.
' lei
dan^*
saire. Les deux demoiselles Fernig combaltaient leurs raDgs ; l'une d'elles eut son cheval blessé d'un coup de feu ; i'aulre tua de sa main un cuirassier de Nassau '.
En mÈme temps que la brigade Hoditz, une aulre brigade de cavalerie autrichienne fondait, à gauche de Neerwiaden, sur riufanlerie de Diettmann. Mais Thouvenot, plein de présence d'esprit au plus fort du danger, sa met à la lôte du 99^ ci-devant Deux-Ponts el, sous le feu vioieul de ce régiment et des canons chargés à mitraille, les escadrons impériaux, rompus, décimés, couvrant le sol de leurs morts, se replient derrière leur infauterie.
La nuit mit fin au combat. Si Racour, si Overwinden, si Neerwinden étaient perdus, le centre et l'aile droite de l'armée française avaient opposé la plus ferme altitude aux Impériaux et les tenaient en respect, Dumouriez n'avait pas repassé la petite Geele, el, en cet endroit de la bataille, la lutte avec ses fluctuations diverses pouvait être regardée comme indécise. Mais l'aile gauche que commandait Miranda avait changé une honorable journée en désastre.
Les instructions de Miranda portaient qu'il devait, avec les colonnes Miaczynski et Buault, assaillir les Autrichiens entre Orimaelet la Chapelle-Béthanie, passer la petite Geele sur tous les ponis, rejeter l'adversaire dans ses positions ; la colonne Champmorin avait ordre . de marcher sur Léau.
Le début de l'attaque fut heureux. Les colonnes de
it à Dumoumi [Mo».,
NKERWINDEN ET LOtlVAlN 405
'Dski et de Ruault passèrent la petite Geete. la ' première à Neerhespen et la seconde à Orsniael. Elles refoulèrent devant elles les avant-postes de rai'cbiduc Charles; le corps franc O'Doonell, les Laudons verts et un bataillon de Sztarray. Ruault s'empara d'Orsmael, et Miaczynski de Dormael.
Mais bientôt Benjowsky s'avança sur Dormael à la rencontre de Miaczynski avec trois bataillons et les dragons de Cobourg. Deux fois ses troupes emportèrent le village ; deux fois elles durent reculer et se rallier hors de la portée du canon français. Enfin, une troisième fois, elles chargèrent à la baïonnette avec laut de vigueur et d'élan que les soldais de Miaczynski se débandèrent et s'enfuirent d'Orsmsel vers le pont le plus voisin dans une confusion inexprimable.
Pendant ce temps, l'archiduc Charles était aux prises avec la colonne du général Ruault qui se déployait à droite el à gauche de la chaussée de Sainl-Trond. Il finit par gagner l'avantage- Ses encadrons ne cessaient de charger. Ses bataillons restaient inébranlables au feu et semblaient avoir pris racine dans le sol. Son artillerie, dirigée par le premier lieutenant Smola, se portait avec hardiesse en avant de l'infanterie et très près de l'assaillant; ses chevaux étaient tués et ses canonniers mis hors de combat, mais les officiers de Sztarray faisaient l'emploi de servants ; le tir des Aulricbiens , avoue Miranda, était excessif et fort bien suivi.
Enfin, lorsque Benjowsky fut maître de Dormael, et que, chassant devant lui les troupes épouvantées de Miaczynski, il vint tomber sur le liane gauche de la colonne Ruault, l'airaire fut décidée. A la voix de l'archiduc Charles, le corps franc O'Donneli et les deux bataillons du régiment Sztarray, criant rajla (sus 1), s'avau-
L TRAHISON DK DUMOUBlli
cèrent sur Orsmael, la baïonnelte au boul du fusil, sans tirer un seul coup. Au même instant, s'élançaient les hussards d'Eslerhezj et les dragons de Cobourg. La division Ruault fut mise en déroute et rejetée sur le pont d'Orsmael. Les généraux et les officiers de l'état-major tentèrent iuutilemenl de la rallier. Ruault et Ililer furent blessés; Guiscard, qui commandait l'artillerie, fut tué ; Miranda vit son aide-de-camp recevoir le coup mortel auprès de lui. Les volontaires, saisis de panique, tournèrent dos les premicis, saus écouter leurs chefs, et entraînèrent dans leur fuite les troupes de ligne, en criant : sauze qui peut-' Quinze canons demeurèrent au pouvoir de l'archiduc '.
Restait Champmorin. Ses éclaireurs, dragons et cavalerie, avaient dans la matinée passé In rivière au pont de la Chopelle-Réilianie, occupé la petite ville de Léau, chassé le détachement qui la gardait et, selon les instructions de Dumouriea, fait une démonstration vers la route de Saint-Trood pour imposer aux ennemis et inquiéter leur aile droite. Quant au gros de la division, i\ demeurait sur la rive gauche de la petite Geele, en ordre de bataille, Mais vers une heure et demie, Champmorin reçut un billet de Miranda ; i! devait prendre possession du pont de Budiugen, à gauche du pont de la Chapelle-BéthaDÎe, et, au besoin, meuacer l'ennemi d'une attaque de flauc '. Champmorin envoya un bataU-
' Poilii, NtfnBiadtn, p. 334-:fS6; OesIcrrtkhLchs «liliiUriscie 2eie-- \ M*ri/'(, Ti« fïsc, p. 248-254 1 Ei'iaacrvitgen aa Snioîa, 1843, p. 12-13; [ fiojas, Miranda, 122.
* Voici le texlQ de l'inBliuctioa : i L'eltaque est géaéiale dtpola
rerwiadeu jusqu'à Ib Cbapcll«-liéLlianie -, le général Ctiampmodn
I ■ doit nécesEairemeoL faire Rarder le [lout de BudiDj;cn el employer une
[' [ofce Bseez impoaaatB peur pouvoir eu besoin menacer l'cDnemï d'une
NEKRWJNDEN ET LOUVAIX 407
Ion au pont de Budingen. Toutefois, dit-il, a Tordre de marche en avant n'étant que conditionnel, il se borna à des dispositifs préliminaires et attendit de nouveaux ordres pour passer la petite Geete ». A deux heures et demie, Miranda accourait le trouver et lui commandait de traverser la rivière pour appuyer son attaque. Ghampmorin disposait de douze bataillons : il franchit la petite Geete au pont d'Heelen avec les six bataillons qui formaient sa première ligne et se dirigea sur Halle ; les six autres qui composaient sa seconde ligne, sous les ordres du colonel Keating *, se portèrent par le pont de la Ghapelle-Béthanie sur Léau et Asbrock.
La colonne de Ghampmorin gagna la chaussée qui menait à Halle. Le 1«^ bataillon des volontaires d'Hle-et- Vilaine, commandé par Moreau, ouvrait la marche. Mais le prince de Wurtemberg défendait les abords de Halle et, dit Ghampmorin, il était en force sur tous les points et opposait un feu de canon supérieur. Deux fois la colonne française recula ; deux fois elle fut ramenée par Ghampmorin et par Moreau. Mais, soudain, elle est prise en queue par les troupes de Ruault qui fuyaient vers le pont d'Heelen, et enveloppée dans leur déroute. Ghampmorin, craignant d*ètre coupé, ordonne la retraite et, pour mieux l'assurer, galope vers Heelen. Il voulait placer sou artillerie en avant du pont et rallier sa colonne à l'abri du canon. Mais, tout près de la rivière, il rencontre Ruault, Ruault démonté, couvert de sang, plein de Temporlement et du désespoir de la défaite, maudis-
attaque de flanc vers la partie de Léau où cette force marcherait en colonne. •
* Keating, major au régiment de Walsh (92«), puis en 1791 lieutenant-colonel de Berwick (8S*) , avait servi en Corse et fait cinq campagnes «
LA TRAHISON DE DUUOtJRIEZ
saot la lâcheté des volontaires qui l'sbandoQneDt et qui déjà se mélangent et se coufoadent su-dela du pont avec les fuyards de Miaczynski. Vainement Cbampmorin « s'exténue » pour erapècher la débandade de ses propres bataillons. Tout reflue vers Heelen; loul fuit, éperdu, hébété de terreur; les charretiers fouetlent leurs chevaux à tour de liras et prennent le galop sans qu'on puisse arrêter une seule de leurs pièces. Cbampmoriii fit rompre le pont dès que les troupes eurent passé, et les rallia à Waterhof, entre les deux Geetes.
Keating, qui commandait la seconde ligne de la division Cbampmorin, eut plus de bonheur, parce qu'il fut plus timide. Il eutra dans Léau et ât mine de se porter sur Asbrock. Mais le prince de Wurtemberg avait eu le temps d'établir le bataillon Joseph Colloredo et quatre compagnies Brentano en Ire les jardins de Halle et le lac de Léau. Keaiing resta sur le glacis en avaul de la ville el n'osa s'engager dans la plaine. Sa cavalerie se replia devant les quatre escadrons du major Stipzkz'. Seule, l'artillerie donna ; elle était dirigée par le capitaine Dejean el canonna jusqu'à la nuit les Autiichiens qui répondirent par un feu « vif et soutenu jj. Euëq, à la tombée du jour, lorsqu'il apprit la relraile de Cbampmorin, Keating repassa la petite Geete au pout de la Chapelle-Béthanie. Le !''■' bataillon de la Manche, commandé par Valbubert, faisait l' arrière-garde '.
' Bile SB compoEsit de deux escadroQS du 13* cavalerie et d'uD EScadroD du 3' dragooE.
' Happorla de CliKmpmorin et de KeatinK (A. G.]; Schels, Biogr, dti Serzogs Ferdinand von WSiteinberi/, 1841, p. 86-iJ7. Gel épisode de 1b ttulaille et,\, pou coddu. Des nums célèbres y ligureul ; Maieau el ÛOQielal, Dejeaii et Valhiibert. Champoiarlu Juuo < la cooduito [arme et Lruve > de Moreau, ■ le 2Ële «I rBi:tivilé • de Dunzelal, adjoint aux adjudauls-généraux et qui fut délaché au poLl de Budiugea.
P' NKERWlNDltN ET LOUVAIN
Toutes les troupes de l'aile gauche Étaient donc rejelêes sur l'aulre bord de la petite Geele. Huault et Cliampmorin menèrent aussitôt ces débris derrière la grande Geete à Oplinler. Miaczyuski se replia sur la hauteur de WommersoiE. Mais Mirandane crut pas la position assez forte, et, sans demauder les instructions du général en chef, il prescrivit à Hiaczynski de se retirer sur Tirle- ' mont. Il y trouva huit bataillons qui venaient de Lou- I vain et en plaça la moitié, comme avant-garde, aux abords de la ville.
Dumouriez ne sut que fort lard dans la soirée ce qu'était devenu Miranda. Tout occupé de diriger sa droite et son centre, il ne pensait pas à prendre des nouvelles de sa gauche. Il remarqua, duraut l'action, que la canonnade, vive d'abord du cûlé d'Orsmael, avait soudainement cessé ; mais, se disait-il, Miranda s'arrêtait sans doute pour ne pas dépasser les têtes de la colonne Dampierre. EuBo, à la nuit tombante, ne recevant aucun message de son lieutenaut ', réellement inquiet, il part avec Thouvenol, deux aides-de-camp et deux domestiques. Il arrive à Laer et s'éloune de n'y voir personne; il passe la petite Geete à Elixem et rencontre Dampierre. » J'ai retiré ma division derrière la rivière, lui dit ce géDcral, parce que Miranda s'est eEfui ; j'ai cru la bataille perdue. » — = Elle est gagnée, réplique Dumouriez, et vous avez eu tort de faire cette retraite; retournez sur-le-champ à Laev *. » Il poursuit sa route
I Kealiag TsntE ■ la z&Ib et les moyeDS ■ de Dejean qui • donna la I meilleure pasïUoa bue places de canon • et i la bravoure et les soios i
de Valhuherl.
I ' Miranda assura avoir envoyé un aiJe-do-camp et deui ordon-
' Mémoire rie Gobert [A. G.] Dampierre l'avait envoyé à Dumou-
LA. TRAHISON DE DUllCURlEZ
jusqu'au pont d'Orsmael. Wer da, lui crie une voix dans l'obscurilê. Dumouriez allait èlre pris par des hussards. Il 5B rejetle sur la chaussée Pt marche vers Tirlemont, sans découvrir âme qui vive, au milieu du plus profond silence. Enûo, â une demi-lieue de la ville, il trouve sur le bord et dans le fossé du chemin les quatre bataillons de Miaczyaski, et il apprend à n'en plus douter la défaite de sa gauche. Il entre daus Tirlemont. Mirantta écrivait froidement à ses amis. Dumouriez nu lit aucun reproche à son lieutenant qui lui arrachait des mains une victoire certaine ' ; mais il lui commanda sur uu Ion très sévère de rassembler aussitôt sou corps d'armée et d'occuper la hauteur de Wominersom et le pont d'Overhespen. L'ordre ne fut pas exécuté et, dans la matinée du 19 mars, les troupes de Miranda erraient encore entre TirlemoQl et Haekendover.
L'armée française tenait donc dans la nuit du 1S au h'i mars les positions suivantes : Champmorin, ainsi que Ruault, était à Oplinter, et Miaczynski â Tirlemont Dampierre, après avoir regagné Elixem, revenait à Laer tout le centre et toute l'aile droite bivaquaient en face de Neer^winden, entre Laer et Racour, à la demi-portée du fusil de l'ennemi.
Désormais certain de sa défaite, Dumouriez n'avait plus d'autre pensée que d'assurer la retraite de sa droite et de son centre. Il passa le reste de la nuit à Tirlemont, donnant des ordres et préparant les mouvements du lendemain. L'armée devait faire face a la petite Geete et
riez ; maÎE Goberl le f^ênéral en cbe
' Dut 94-95.
lESSegsrs du Mirenda, ne trouva pas s 1793 [Mm. da 23), a M(m., tV,
NEERWINDKN El LOliVAIS 1M
e porter entre Gossoncourt à droite et Haekendover à
anche.
La rotraiie s'opéra saca précipitation sous les yeux
e l'adversaire. Darapierre la protégeait ; d'Esemael qn'il ccupait de nouveau, il ût une conversiou à gauche et irit uue position qui Daaquait la grande route de Tlrleiionl. Pendant ce temps, Lamarche, Le Veneur, NeuiHy, ïieltinann traversaient la petite Oeete eu bon ordre. Le lue de Chartres commandait l'aile droite depuis la blesiure de Valence, et les ennemis admirèrent le sang-froid [u'il montra daos cette journée. Thouveuot recevait les .olonnes et leur assignait leur place à mesure qu'elles irrivaieut.
Mais Beojowsky, chargé de la poursuite des raincus, ivait passé le pont d'Orsmael et pris possession de Wommersom avec six bataillons et dix escadrons, Dunouriez essaya de le refouler et envoya contre la hau- £ur rinfanterie de Miranda. Il mit les bataillons de Uiaezynski, qui n'avaient pris aucune part au combat, en :éte de la colonne d'attaque, et les fit soutenir par des batteries qu'il éiablit à Haekendover. Mais cette infanterie était encore sous l'impression du désastre de la veille. Dumouriez ne réussit à l'entraîner que vers dix heures du matin, et à peine s'était-elle ébraolée qu'elle s'arrêtait et refusait de marcher davantage. Le lieutenant Smola dirigeait, comme le jour précédent, l'artillerie autrichienne, et avec une incroyable audace il s'était porté jusqu'à trois cents pas des assaillanls et ouvrait sur eux un feu terrible. En vain Dumouriez exhorte ses soldats qui restent immobiles et comme glacés de peur. En vain, il leur crie qu'ils n'ont qu'un courage de résistance, qu'avec un peu de hardiesse ils délogeront aisément l'adversaire et le rejetteront dans la
Hà LA TRAHISON DK DUUOURIBZ
petite Geete, qu'il est plus dangereux de subir une canonnade sans bouger que de courir à l'ennemi. En il lire soq épée el à plusieurs reprises ordonne à cette infanterie résignée et passive de suivre son général qui la mène à l'assaut. Il ne peut la mettre en mouvemeat, et plutôt que d'avancer, elle se laisse avec une singulière constance écraser par les boulets. Dumouriez faillit périr; son cheval fut tué el lui-même jeté sur le sol et lout couvert de terre ; s'il ne s'était aussitôt relevé, ses troupes se débandaient. Il dut reculer sur Haekendover ',
La journée du 19 mars »e passa donc, comme l'a dil Dumouriez, en manœuvres et en déploiements qui formaient un superbe coup d'œil d'exercice. L'armée française reprit tranquillement la position qu'elle occupait à la veille de Neerwinden. Maïs elle était vaincue et, selon l'expression de son général, envahie par l'esprit de dégoût et d'apathie. Les Iroupes de ligne gardaient une attitude marliale ; mais les volontaires qui formaient les trois quarts de l'armée, disaient tout haut qu'il était inutile de se faire tuer dans la Belgique et qu'ils voulaient défendre la France en France môme. On vit des compagnies, des bataillons euliers partir snr-le-cbamp, sans écouter leurs généraux, et se diriger vers la frontière; E il eût été dangereux, assure Dumouriez, et impossible de les retenir par la force ». Il sentit la nécessité d'une prompte retraite. Dans la nuit du 19 mars, il repassait la grande Geete et venait s'établir sur ceshauteurs de Cumplich qu'il avait emportées quatre mois auparavant lorsque les Aulrichiens fuyaient devant lui.
NEERWXNDEN ET LOUVAIN
Telle fut la bataille de Neerwinden. = Tout autre chefj moins habile et moins lenaca que Mack, a dit Laugeroa, l'eût certainement perdue. » Mais Longeron partage l'enthousiasme exagéré de tous ses contemporains pour le colonel Mack- Le prince de Gobourg devait la victoire, non pas aux dispositions de son chef d'état-major, mais à )a vaillauce de ses troupes. Ce furent les bataillons autrichiens qui triomphèrent; animés de l'esprit de discipline et d'obéissance, ne cédant qu'au nombre et, malgré le nombre, se ralliant toujours et se reformant pour de nouvelles attaques, ils finirent, à force de courage, par faire plier l'adversaire'. Aussi étaient-ils accablés de fatigue et incapables de toute poursuite. j
On adresse ordinairement trois reproches au prince , de Cobourg, Il n'a pas suivi l'épée aux relus l'aile gauche de Miranda battue et démoralisée; il n'a pas jeté dès le soir même dans la petite Geete les colonnes chassées de Neerwinden et d'Overwinden; enfin, il devait inquiéter davantage, au lendemain de la bataille, le centre et l'aili droite des Français dans leur marche rétrograde. Mais Cobourg était tout ému d'une victoire si cbèreraent payée. Il voyait son armée épuisée par tout un jour d'efforts et il avait perdu près de 3,000 hommes' dont 97 officiers, entre autres le major O'Donell el le colonel Gruber du régiment de Sztarray. Les attaques furieuses et multipliées de l'adversaire lui imposaient et le rendaient soucieux du lendemain. Tauenzien n'écrivail-il pas au roi de Prusse que les Français avaient assailli les Autrichiens avec une Incroyable vivacité, que l'issue
ici que le réj-imenl SïUcray ; li médailles d'argent fuient Uisti NcompeiiBe da leur aitr^ordioaire bravoure.
~ 97 oriiciers, 2,7S2 soldats, 779 clieiBui.
11i LA. TRAHISON DE DUJIOURIEZ
du combat éLail très douteuse et que Dumouriez revii drait peut-être à la ciarge'?
Si l'on étudie de près ies dispositions de Dumouriez" on reconnaîtra qu'il voyait juste en portant son principal efTort sur l'aile gauche des Autrichiens. Mais il avait mal choisi son point d'attaque. Il crut que la Tonibe de Middelwinden était une position avantageuse parce qu'elle était élevée, et il s'obstina, sous le feu meurtrier de,. l'artillerie autrichienne, à prendre les villages peu abordables de Keerwindea et d'Orerwindeu, Il aurait dû pousser plus à droite, et, après avoir reconnu la contrée et sondé les chemins, franchir la petito Geete dès la pointe du jour, non pas à Esemael et à Neer-lleylissem, mais à Op-IIeylissem, à Ilampteau, à Linsmeau, à Pellaines, et diriger ses colonnes, en les couvrant d'un rideau d'à vaut-garde s, sur la Tombe de Wamont. Il tournait ainsi l'aile gauche des Impériaux et rejetait sûrement le prince de Cobourg sur la route de Saint-Trond,
Mais Dumouriez attaquait toujours de front et suivant l'ordre parallèle. Il avait attaqué de front à Jeœappes, et c'étaient ses soldats qui. de leur propre inspiration, avaient tourné le village. Il avait marché tout droit sur Bruxelles et sur Liège. Pareillement, à Neerwinden. il ne pensa pas à tourner la gauche des ennemis et il aborda de front leur position.
Une autre faute de Dumouriez, plus grave encore, fut de laisser l'armée de Hollande à Mœrdijk et le corps d'Harville à Namur, au lieu de les appeler à lui, au lieu de ramasser et de jeter hardiment sur le champ de bataille de Neerwinden tout ce qu'il avait de troupes. Il
ilaille, rapporte Lsngeron, demeor» longtemps indécise, t les AulrichieDs fuient plusieurs Toia au memeot de La perdre. ■
rassemblait ainsi 60 à 70,000 hommes et, par la seule supériorité du nombre, il écrasait Gobourg. Mais on ne connaissait pas encore cette audacieuse stratégie qui néglige Taccessoire pour concentrer toute sa puissance sur Tessentiel et qui ose s'afl'aiblir elle-même et se dégarnir en quelques endroits pour diriger contre un seul point la vigueur d'un invincible effort. Dumouriez, si entreprenant, si téméraire, si génial, avait, de même que tous les généraux de son époque, la manie des détachements. Gomme Brunswick, comme Gobourg, il divisait ses forces et ne savait pas les réunir à propos * .
On louera toutefois la bravoure, l'énergie, l'obstination qu'il montra dans les deux journées du 18 et du 19 mars, entraînant son armée à l'assaut des villages, et la maintenant en face de l'ennemi sous la plus vive canonnade, réparant le désordre de sa droite et de son centre, poussant sa gauche contre Wommersom avec un beau désespoir, et par sa rapide décision conjurant le désastre.
Miranda prétendit plus lard que Dumouriez l'avait sacrifié. Mais les obstacles qu'il devait surmonter n'étaient pas aussi considérables qu'il l'a dit, et les rapports autrichiens démontrent qu'il avait bien plus de monde que l'archiduc Gharles. Il fut vaincu parce qu'il ne sut pas, comme Dumouriez, comme Valence, comme le duc de Ghartres et Dampierre, entraîner le soldat. Il avait du talent, du sang-froid, du courage, les aptitudes nécessaires pour comprendre les grandes opérations et les conduire. Mais il n'était nullement fait pour commander à des Français, et ses troupes se défiaient de lui. Aussi
» Cf. outre Jomini et Boguslawski, De La Barre Duparcg, Portraits militaires ^ 259.
pas las 'lil
ne put-il les rallier, et Tut-il enveloppé dans le toun Ion de la déroule et emporté jusqu'à Tirlemonl où I trouvait dès sept heures du soir.
On doit ajouter que ses bataillons n'étaient pas li meilleurs de l'armée. La division de Miaczynski, qui donna le signal de la débandade, avait fui deux jours auparavant dans les bois de Louvain. Miranda lui-même reconnaît « la conduite honteuse et coupable de trois ou quatre corps commandés par de mauvais officiers ' b.
Telle était la véritable cause de la défaite. - Tant que nous ne ferons pas de grandes réformes dans les armées, avouait Tardy après l'écLec du 1" mars, nous n'aurons jamais de succès solides. - A Neerwiaden, comme â Aix-la-Chapelle , les volontaires sont responsables du désastre. " Le plus grand nombre, disaient Ruault et Champmorin, nous a lâchement abandonnés, quelque effort que nous ayons fait pour les rallier, a Dumouriez ne cacha pas l'indignation que lui inspirait leur conduite, a Les volonfaires, écrivait-il, manquent d'officiers expérimentés a, et il proposait la suppression du mode d'élection : i L'élection ne donne pas le talent, ne commande pas la confiance, n'obtient pas la subordination ' B
11 déclara dans une proclamation que la gauche n'avait tenu nulle part et le forçait à lâcher sa proie ; o si toute l'armée se livrait à de pareilles terreurs, je donnerais ma déaaissiou plutôt que de défendre si mal la cause de la liberté française ». Il ordonna que tout officier qui s'écarterait de sa troupe serait chassé et rasé, et prononça la peine do mort contre tout officier ou soldat qui
' Cf. Rojas, Miranda, 121-129, 274.
1 Lettre du 19 mars ; Jfon., 22 mars 1703. Camus approuvait h iciDéral et dâaonCBiL, lui ausEi, l'élection camme un grand mal.
NEEBWINDKN ET LOTIVAIN H7
fuirait ea criant à la trahison ou qui serait coDvaincu de meurtre ou de vol '. La Convention décréla de semblables mesures : lout militaire qui rentrerait à l'intérieur de la République serait aussitôt arrêté et renvoyé à l'armée ; les volontaires qui abandonneraient leurs drapeaux subiraient les mêmes peines que les soldats de ligne; les municipalités devraient équiper el entretenir autaut de volontaires qu'elles accueilleraient de fuyards*.
V. Le 20 mars, Dumouriez quitta Cumpticb et s'établit a Bautersem. Il y prit de nouvelles dispositions. « Sa reta-aite, dit Langeron, se faisait avec lenteur et avec fermeté. » Neuilly s'établit à Jodoigne et sur la lisière de la forêt de Soignes pour couvrir le sud de Bruxelles, llarville jeta 2,000 hommes daiis le château de Namur et eut ordre de se tenir i>rôl à marcher.
Mais le lendemain, Dumouriez apprenait ia prise de Diest. Ses mémoires reprochent à la garnison d'avoir mal fait son devoir. Elle se défendit avec bravoure, quoique la place fût mauvaise et qu'en vingt endroits au moins, la cavalerie pût monter au galop sur les fortifications. Durant cinq heures, Saint-Victor qui commandait la vilie, et le colonel Beaiilieu, le premier sur les remp.irta, le second au village de Schaffea, arrêtèrent les troupes de l'Autrichien Mylius. Enfin les hussards de Blankenstein et de Loudon forcèrent une des portes ; Saint- Victor fut pris avec une cinquantaine d'hommes. Beaulieu avait abandonné Schaffen pour rentrer dans la place; il se bâta de sortir par la porte opposée et gagna Mallnes'.
mp de Cumplicli, Mon., 29 mars 1793.
!, MoH., 24 mers 1793.
.1793 [A. G.); Porlh, Nie.
8 LA TRAHISON DE DUUOURr
Dumouriez se replia sur Louvaiu el uuc derDière
les dés du sorl. Il avait plaué Chanipmoriii à PellMiberg, Lamarche sur la hauteur de Corbeek, Le Veneur dans les bois de Meerdael et à Bierbeet. Dampieire s'iiteadalt jusqu'à Florival et se liait avec NeuiUy qHi campait à Tombeek, sur la route de "Wavre, â la pointe de la forêt de Soignes, avec 6,000 hommes pour protéger à la fois Bruxelles et le flaoc droit de l'armée '.
Le 21 mars, après un jour de repos, les Autricbiens assaillirent Dumouriez dans sa nouvelle position. Benjowsky attaquait le Pelleuberg; Cobourg, le village de Bierbeek et le bois de Molendael ; Clerfayt. la forÈl de Meerdael. Le combat fut glorieux pour les Français qui maintinrent l'honneur de leurs armes et reçurent les Impériaux par le feu le plus vif de mitraille et de mousqueteric, a Le général, disait un ordre du jour, a été 1res satisfait de la conlîance que les soldais auxquels il a individuellement parlé, lui ont témoignée. Mais c'est de l'armée entière qu'il attend cette confiance. Il faut raoc" trer aux enuemis que nous sommes les mêmes Français qui ont vaincu è Jemapp«s, à Anderleclit, à Liège, s
Le 17= régiment, ci-devant Auvergne, commandé pit Dumas de Saint-Marcel, ne recula qu'après une résistance acharnée; aidé du l" bataillon de M;pyeun8-el- Loire et du î*" bataillon de Sa6ae-et-Loire, il reprit un instant le village de Blandeu et enleva deux pièces de canon qui furent menées en triomphe à Louvain '.
Champmorin qui raootra, dit Dumouriez, autant de courage que d'intelligence, ne put être déloge du Pellen-
f Dura! à Beurnonville, 21 mars 1793 fA. G.).
' Le Veneur à lu GonvenLion, 30 mars 1793 (i. N. C. 251); Il ■vail offert siï louis de tScoir pense pour chèque pièce ; les (mis ht—' ' tBÎUous oHiIreat Us douzs louis en don palrioti(;iie è la Coniieut:
EERW!.\DEN ET LOUVAIJ-
bergetylulta peudanl sept heures. Quelques-uns de ses bataillons se signalèrent par leur vigueur opiaiâtre. Le 1"'' de la Manche, entre autres, fit preuve d'une bravoure exlraordinaire. Valbubert commandait ce bataillon qui ne comptait plus que 3ï0 hommes. Vers la fin de la journée, il résolut de foncer et d'ôLonner l'ennemi par l'impétuosité du choc. Il ordonne de battre la charge. Le bataillon s'élance, franchit trois ravina qui la séparent de l'adversaire, fait au troisième ravin une décharge à bout portant et, après avoir perdu plus du tiers de son monde, aborde les Autrichiens et se jette dans leurs rangs à coups de baïonnettes. Les Impériaux s'enfuirent et jusqu'à la nuit tombante, le bataillon de la Manche garda la hauteur. Il avait eu 153 hommes tant tués que blessés. Mack demandait avec admiration quelle était cette e. troupe bleue b si vaillante, et Dumouriez promit a Valhubert que le bataillon recevrait, pour les encadrer, les cinq cents premières recrues qui viendraient à l'armée '.
Mais à quoi servait l'intrépidité du 17° régiment et des volontaires de la Manchet Sur un autre point du champ de bataille, Lamarche perdait la tête et, malgré les prières de Monljoye et de Bur-nis, se retirait de l'autre côté de la Dyle, derrière Louvdio. Aussitôt Le Veneur, sans même attendre les instructions de Duraouriez, passait la rivière. Champmorin dut abaudonner le Pellenberg, et le soir même les Autrichiens entrèrent dans I Louvain'.
I Valhulii^rt à la Sociélé riipuhlieaiDO d'Avrancboa, 22 Biril 1793 ft. G.].
" Ca codbat est peu connu ; mois, comme dit Dewez [Sh(. gfn. a Belgique, VU, 194], il fut . très aangUnl . et il y But ■ «ttsque ibla et dércnse opiniâtre • ; cf. les Miia. de DutuDurïezi Witile- 1, C<ii«rg; Portli, Narmiidin.
e et a»t
ISO LA TRAHISON DK DUMOUBIEZ
Ce fut le dernier effort de Dumouriez, la grande prème balaille après laquelle il n'y a plus de ressources. Le gétiéral jugea désormais sa posiliou 1res crilique. mais, comme il disait, • pas taut par elle-même que par le cOlé moral ' ». Malgré les décrets et les proclamaiions, le désordre était partout, a CeTtaina corps se conduisent à merveille, écrivait Duval, mais vous n'avez pas l'idée du découragement de certains autres, a Ceux-ci laissaient aux mains de l'ennemi des farines qu'ils auraient dû jeter dans la rivière ; ceus-là s'enfuyaient à la vue de quelques hussards et abandonnaient sur le cana! de Louvain des bateaux chargés de blessés. Pendant deux joura, le 19 et le 20 mars, Dampierre avait recueilli el comme abrité dans sa division trois bataillons de volontaires, un bataillon d'infanterie légère et deux régiments de ligne, !e 3S^ et le 91*; tous lui disaient qu'ils étaient égarés et ne recevaient aucun ordre. Mais que de soldats isolés s'éloignaient ou restaient dans les villages et ne reparaissaient plus à leur corps I e. Les dispersions et les désenions, assure Gobert, étaient sans nombre'. »
Beurnouville autorisait alors Dumouriez à tout faire pour sauver l'armée, à commander des souliers à quelque pris que ce tût, à e déployer les mesures les plus sévères pour arrêter les vols et les brigandages qui avaient aliéna l'esprit des habitants de la Belgique ". Il était trop tard. Dumouriez espérait qu'à la vois de Neuilly, les charbonniers de la forêt de Soignes prendraient les armes. Il r&*
' Dumourîci à Daval, 22 mars 1793 (A. G.).
' Duval è BQurnoDTiUe. 20 mors 1793 ; mémoire de Gobert (A. G.) ; Dumouriei, J/ein,, IV, 110-111 ; Le Batace, 29 mars [leltre da Mons) du 26 : 1 11 faudra que la Couvention prenne un parti violent contra ces Franieii bâtards,- il est impassible de compter sur le moindre succès lanl que les choses seront sur ce pied. •
NEEHWIKDEÎJ ET LOUVAIN
CODcaissait que l'esprit des Brabançons était plutât autrichien que conlre-révolutionnaire; " reialgré les actes de réuûioQ et toutes les tiomélies sur lu liberlé, les gens du pays ne sont pas pour nous ». Que pouvait-il faire? Obligé sans cesse de changer ses ordres et ses pians, ne connaissant ni la force ni la posiilon de ses différents corps, manquant de moyens pour assurer l'obéissance et punir l'insubordination, dépendant de ses lieutenants et n'osant leur reprocher leurs fautes de [leur de ks dégoûter entièrement ou d'eu faire de dangereux ennemis, ne comptant plus sur ses officiers et n'ayant d'espoir que dans la bravoure emportée de soldais mutins, raisonneurs, prompls à se débander et rebutés par une longue suite d'échecs et de retraites, voilà Duraouriez après Neerwiuden et Louvain. o Ou ae peut défendre les Pays- Bas que par des batailles, tiisait-il, et on ne peut donner des batailles qu'avec une armée. » Mais la foule do soldats de ligne et de volontaires qu'il menait avec lui, ne tenait-elle pas d'un troupeau plutôt que d'une armée? Il résolut d'abandonner les Pays-Bas et de regagner les places fortes du nord '.
Le 23 mars, au soir, le surlendemain de Louvain, le colonel Montjoyese présentait au quartier- général autrichien, à Vlierbefk, Il venait recommander les prisonniers et les blessés à la générosité du vainqueur. Mais il pria Cobourg de ne plus faire de grandes attaques et de laisser les Français se retirer Iranquilleraenl sur Bruxelles; Dumouriez, de son côté, ne chercherait pas à livrer ba-
1 Beurnonville à Dumouriez, 20 mars; Dumouriez à Duval, 22 mars 171(3 (A. G.| Bt Mifai., IV, 111-112. < Tous les désordres de l'hiver, écriiait Valence le 25 mars, loua les dégoQls et les phTitious àe luut ^enre qiU mis lions l'armée ime ÏDSouciance, une iadiacïplÏDe et nu dâflordre qui me meUent au désespoir. >
ieiit<ÙlP|
IÎ4 LA THAHISON DE DUMOL'RIEZ
Coaveution l'avaient exaspérée. Ils rEcoonaissaient d utie proL-lamalion que leurs agents commeltaieol des « excès infiDÎmeut repréhensibles » ; mais ils mettaient Cbépy en liberté et envoyaient des otages dans le déparlement du Nord; Dumourlez, disaient-ils, n'avait pas d'ordres à donner aux commissaires. Ils destiluaientle capitaine Laugeois, du 'i" balaillon de l'Eure, qui n'avait pas empêché les proTanaiions de Sainle-Gudule; mais, deux jours après, ils le rétûblissaienl dans son grade. Ils ordonnateat la restitulion de l'argenterie; mais ils ne rendaient que quelques calices; tout le reste avait été hâtivement brisé et mis en lingots '.
Le dernier Français avait à peine quitté Bruxelles, que le peuple brûlait sur la Grande-Place l'arbre de la liberté et traînait le bonnet rouge dans la boue. Cobourg, l'archiduc Charles, le comte de Metlernicb-Winuebourg virent accourir à leur rencontre une foule iramense qui poussait des cris de triomphe. Tout le Briibant applaudit avec transport le retour des Autrichiens. La municipalité de Namur, impatiente de revoir ces Impériaux naguère si détestés, envoyait une députation au général le plus voisin et le priait de se hSter, de délivrer au plus tôt la ville de la tyrannie et du Irigandage des Français *.
Le pays entier fêla pareillemenl les Prussiens de Knobelsdorf. Les villes les recevaient au son des cloches et donnaient en leur honneur des banquets et des bals. Les paysans leur apportaient des branches vertes pour en orner leurs chapeaux el les accueillaient au bruit des salves de mousqueterie et aux cris de Vive le roi de Prusse ' !
Une. Aulsrd, Il,3fi6-36T; 2< rapport, HZ et
Borirnfl, II, Ï6S-266, el LevBe, 3G9-371.
Dur Ftldtug dtr Prntuen, 234. Le> Belges, disait li
« sinon, disait-il, je ne puis pénétrer plus avant et l'adversaire, déjà bien supérieur en nombre, se renforcera de son armée de Hollande, tombera sur moi et me battra ». Brunswick- Œls se contenta d'envoyer au colonel Mylius le tiers de ses troupes, 4 bataillons, 7 escadrons et une batterie. « Les Prussiens, mandait Tauenzien avec amertume à Frédéric-Guillaume II, n'ont pas pris part aux lauriers de Tarmée impériale, et le duc de Brunswick n'a pas fait un pas en avant. » Frédéric-Guillaume II, mécontent, remplaça Brunswick-Œls par Knobelsdorf '. La promesse donnée à Montjoye fut exécutée. Gobourg n envoya plus à la suite de l'armée française que de faibles avant-gardes, et Dumouriez put se retirer « lentement et avec décence » jusqu'à la frontière. Après la journée du 24 mars, le vaincu de Neerwinden et de Louvain avait rallié tant bien que mal ses divisions sur les hauteurs de Gortenbergh, à mi-chemin de Bruxelles. Il envoya Lamarche à Douai « soigner sa santé » et donna le commandement de Tavant-garde à Vouillers. Cette avant-garde devenait Tarrière-garde ; elle était formée de toute la cavalerie et de 25 bataillons, les meilleurs de Tarmée; et, avec une fière abnégation, elle protégea le reste des troupes qui marchaient en avant, sans ordre, sans discipline. « Je ne puis pas encore reconnaître, écrivait Dumouriez, quels sont les bataillons absents; c'est une bande de loups qui fuient comme des moutons *. »
Le 24 mars, après avoir campé derrière la Woluwe, les Français traversèrent Bruxelles. La population ne les regretta pas. Les derniers actes des commissaires de la
J Dolma, 84-103 et 120.
> Lettre d'Atb, 25 mars [2o rapport des commissaires, 14S).
cercle, tenant Geertruidenberg, Bréda, Anvers, Gourtrai, Tournai et Mons, appuyant sa droite à Maubeuge et conservant par sa gauche ses communications avec les forteresses de Hollande, elle occupait derrière l'Escaut une ligne de défense que Mack jugeait excellente K Mais Dumouriez ne garda pas longtemps cette position ; déjà sa trahison commençait.
* Oesterr, milit, Zeitschrift, 1865, p. 5, notel.