‹ La trahison de DumouriezChapitre 5 sur 16 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

LE COLONEL MACK

DesseÎQS secrets de Dumouriez. — Plan de restauration. — II. Le Conitë de défense générale et la lettre du 12 mars. — Danton et Delacroix à Louvoin. — Lettre du 20 mars. — L'entourage du général. — Valence. — Le duc de Chartres, — Miranda mandé à la barre. — II. Entrevue d'Ath. — IV. Evacuation de la Belgique et de la Rolande. — Entrevue de Tournai : Dubuisson, Proli, Pereyra. — Entretien le Dumouriez et de Goguet. — V. Les commissaires à Lille. — Leur correspondance avec le général. — La retraite terminée.

1. La France, Paris, TAssemblée applaudirent aux )nquêtes de Dumouriez en Hollande. Barbaroux écrilit qu'une nouvelle carrière s'ouvrait à sa gloire*, incal le voyait déjà dans Amsterdam ^ La Montagne, ujours en réserve et en garde contre lui, cherchait éanmoins à se l'attacher et .lui faisait des avances, anton et Robespierre s'unissaient pour louer son génie , disaient, presque dans les mômes termes, que son itérêt personnel était attaché au succès des armes ançaises et à la splendeur de la République. Dans la îance du 42 mars, une dépulation de la section Poisson-

* Barbaroux, Méni,^ 482.

« Mége, Bancal, 260.

tîB LA TRAHISON DE DUUOUBIEZ

nière somnia la CoaventioD de tnetlre Dumouriez et4 ëtal-mejor en accusiilioD. Delscrois, Carère, Marat | renl la défense du général. « La République, : Delacroix, saura un jour ce qu'elle lui doit de reconlâ sancel ■ Barère glorifiait le vainqueur ds l'ArgonaS de Jemappes : dans une république, le roc Tarpéien À chail au Capilole, mais Dumouriez n'était monté ( Capitale, et la roche Tarp^ienne allendail ses dénon^ teurs. Warat déclarait que Dumouriez était lié au a public par ses propres victoires et que le mettre en^^ cusatioo, [c'était ouvrir aux ennemis les portes t ince. Le même jour, aux Jacobins, Billaud-Varenj Desfieux, Jeaubon Saint-André rendaient à Dumouriez môme hommage chaleureux : Billaud assurait qu'il , n'était pas liomme à trahir et à se couvrir d'iufamie; Desfieux, qu'il se comportait bieu et avait besoin de confiance; Saint-André, que la malveillance seule excitait les soupçons qui l'entouraient".

La Gironde renchérissait sur la Montagne. Isnard rap- I pelait dans la séance du ^2 mars que Dumouriez avait sauvé la République dans les plaines de Champagne et qu'il faisait pâlir le.i puissances du nord. L'organe des brissotins, le PairioU fran-çais, revendiijuait Dumouriez, le proclamait Girondin. « La facliou, disait G irey-Dupré, croit par d'indignes flagorneries mettre dans son parti un homme qu'elle craint ; elle le Halte, mais Dumouriez ne mêlera pas ses lauriers avec les cyprès des anarchistes ; il aime la gloire, il ne voudra point partager leur infamie; il aime la patrie, il ne voudra pas la perdre pour eux, il la sauvera avec les républicains '. •

' Mon., 12. 13, 14, 15 mar

, mare 1703.

> Patritte fra»fiiit, 12 mars 1

; iojrnol des j

:obi[is

; du

LE COLONEL MACK

Mois Dumouriez s'élait juré d'abattre la République. Ses démÈlcs avec Paclie et Garabon, les outrages impu-

i da Marat, les violences des commissaires en Belgique, tout l'avait outré, tout le dégoûtait d'ua régime qui n'Était plus à ses yeux qu'un régime d'incohérence et d'anarchie. Dâs le 13 décembre 1792, il traitait la Con- TeutioQ deo tribunal inquisitorial ■ el traçait un hideux tableau de la République ; on encourageait les dénonciations ; personne n'était sûr de son état ; un agent public se voyait enlever fonctions et honneurs avant de passer en jugement ; on vivait a dans un temps de proscription, de démence et de méchanceté, aux siècles de Tibère et de Néron ' ».

Dn instant, il avait cru que la France éblouie se jetterait dans ses bras, et il rêva la dictature. La Sonde el NoSl étaient dans la confidence, o II me semble, lui mandait No5l le 11 janvier 1793, que tous les bons citoyens, sans idolâtrie pour un homme, doivent avoir un grand penchant à se ranger avec celui sans qui la France serait divisée en provinces autrichiennes el prussiennes; c'est à Sainte-Menehould, c'est à Jemappes que l'empire a été sauvé; le héros de Grandpré et de Mons vaut, à mon sens, les Marat et les Brissot '. -n

Il comprit bientôt qu'il ne pourrait se rendre souverain, se pousser aussi haut que César ou Cromwell. II n'avait pas fasciné l'opinion; il se sentait environné de défiances, surveillé de près par les Jacobins, et instinctivement, il comprenait que la France n'était pas dans \ine de ces crises oCi une nation en détresse attend son salut d'un soldat heureux.

> RajB.s, Miranda, Sl'22, et Damauriez à Le Bina, 18 dfe. 1792 (A. E.].

• Noel à Dumourisï, La Haye, 11 janvier 1793 (A. N, F' 439B).

130 I.A, TRAHISON DS DimOOBIEZ

Fait pour la vie des cours, convaincu que la monai-» cbie était le seul régime sou3 lequel il pourrait tout mener et tout diriger, certain d'ôlre le conuétable de la royauté nouvelle, Dumouriez devint dans la secret de son cœur contre-ré volutioiinaire. Les ministres, les députés le voyaient avec joie s'enfoncer eu Hollande. L'eipédition, disait Le Brun, i offrant à ce génie brûlant et dévoré du besoin d'agir une longue perspective de combinaisons et de combats, le rendra plus indifTérent sur les événements de la Belgique et nous le ramènera, ne serait-ce que par insouciance- » Les commissaires de la Convention le rencontrèrent à Bruges et à Anvers ; il ne respirait que la guerre et leur assura même qu'il ferait exéculer, quoiqu'à contre- cœur, le décret du 13 décembre. Mais un mot les inquiéta. Ils refusaient de diner avec lui : B Eh bien I leur dit Dumouriez en riant, je vous invite à Amsterdam, mais à condition que vous ne viendrez pas en commissaires; je neveux eu Hollande ni décret du 15, ni commissaires de la Convention, ni commissaires nationaux, ni clubs '. »

Il avait fait, en effet, sou plan de restauration, et cA plan dépendait de la conquête des Provinces-TJnies. H voulait incorporer dans ses troupes de ligne les bataillons bollandais qui « seraient fort aises de l'avoir pour général s. Puis il entrait dans la Belgique, la délivrait de ses ti/rans conventionriaux et du décret du 13, et ralliant les levées belges, il repoussait les Autrichiens sur l'autre rive du Rhin. Il formait alors une république des dix-sept provinces, ou bien il unissait les Belges et les Bataves par une alliance offensive et défensive, et, à la tôte d'une armée a innombrable et invincible «, il

t march

LE COLONEL MACK 131

marchait sur Paris pour détruire la République, rétablir en France une loi et un roi, dicter la paix à l'Europe '.

L'expédition de Hollande avorta, et Dumouriez revint en Belgique, grinçant des dénis, frémissant de rage, exhalant Tinvective contre la République. « Son projet, écrit Meiilan, avait échoné ; il s'irrita, se porta aux dernières extrémités '. =

II. La lettre du M mars était donc une déclaration de guerre à la Convention. Cette lettre que les contemporains jugèrent très forte et que Delacroix et Albitle qualifiaient de dictatoriale, fut remise le 1 i mars à Bréard qui présidait la Convention en l'absence de Gensonné. Mais Bréard n'ose la lira publiquement et la porte au Comité de défense générale. Dn vif débat s'engage ; Barère et Robespierre demandent qu'elle soit communiquée à l'assemblée. Mais Delacroix s'oppose de toutes ses forces à la lecture, > Si j'étais président, dit-il, je ne balancerais pas à garder la lettre; dès que la Convention en aura connaissance, elle portera contre Dumouriez un décret d'accusation, et j'aime mieux que ma tète tombe que celle du général. » Danton appuie énergiquement Delacroix et s'écrie que Dumouriez « a perdu la tète en politique b; mais qu'il s conserve tous ses talents militaires ». — a II faut pourtant examiner sa conduite », interrompt Robespierre. -- a II faut môme l'arrêter »,

" Viïenot-ZoÎGBberg, Quslîsn, 111, 4 [entretieQ avec Slariembare) ; Dumouriei, Mim., IV, 12-14.

• MeiUau, Mém., 32 ; Roja3, Miraada, 270 (t il apportait de Hollande une Douvelle doclrine ■) j Mercier, Nouvia» Paris, I, 170 • il n'esl devenu traître qu'après un grand revers i ; 2' rapport, 133 i dépit d'avoir abandonné la brillante expédition de Hollande >. Le Brun, Rapport du l" avril (A. E.) t le dauleui de voir ses vastBB plans en UoUando avortés >.

La, TRAHISON DB DOMOURIEZ

insinue Barère. — « Non, reprend Danton, noua ^

devons prendre aucune mesure contre lui, tant qu'il t

en présence des ennemis et dirige la retraite de l'ariufl

Mais nous pouvons Ini dépêcher un de S'

sonné, Guadet; nous pouvons, pour lui ôler tout saupQj

lui envoyer des commissaires qui seront pris dans |

deux partis de la Convenlion, Ou nous le gu<5rlr(l

momentanément, ou nous le garroterons », Le Coia

de défense approuva Danton et le chargea, ainsi (

E Delacroix, de se rendre auprès du général. « Je répoi^

, dit Danton en partant, de le faire rétracter avant t

I jours ou de vous l'amener pieds et poings liés '.

Danton et Delacroix virent Dumouriez à Louvain 6 [ la nuit du 20 au 21 mars et s'entretinrent avec lui ji^ qu'à trois heures du matia. Ils le conjurèrent de réifl ter sa lettre et mirent dans toute cette négociation" a beaucoup d'esprit et de cajolerie ». Il cousentit seulement à écrire au présidenL de la Convention un hillet de six lignes qui, sans être décisif, semblait annoncer une rétractation prochaine : les circonstances pouvaient modifier les mesures qu'il proposait dans sa lettre du 12 mars, et il priait la Convention de surseoir à tout rapport jusqu'à ce qu'elle eût reçu le résultat de ses conférences avec les commissaires. Danton et Delacroix revinrent à Bruxelles dans la matinée du 21 mars. Danton prit le cherain de Paris; Delacroix se rendit à Lille tpour assister à la retraite de l'armée et mander les événements à son ami'.

Dumouriez ne s'abusait pas sur le sort qui l'attendait. Béac Ma,

' Meillan, Alfrn., 30 ; Mon , 3 aTiil 1793 ; Jouroal des JocobinB

s du 7 avril.

» Dumouriez, JlfCnj,, IV, 107; 2- rapport des cammissaîreB, 13i- '"- "" —s 1793 ; Bép. dt Périt, n' 194, p. 20-21.

LE COLONBL MACK J33

On ne ponvail pour l'instant se passer de ses services, mais on se promettait de a sévir contre lui ' ». Chêpy jurait de le iJ énoncer à la fla de la campagne '. Albilte déclarait qu'une fois sa lettre publiée, il serait mis ea étal d'accusation' et Prudhomme, qu' « il faudrait éplucher sa conduite' ». Les Annales palrioiiques le menaçaient ouvertement : a il nous présente aux Belges comme des spoliateurs, et sacrifie la dignité nationale au désir d'acquérir une grande iofluence personnelle; une victoire complète ne dispensera pas de l'examen ni de l'improboUon" o. Lui-même avouait qu'il ne s'étonnerait pas d'être traduit à la barre, et de la barre à récbafaud il n'aurait fait qu'un pas'. A diverses reprises les commissaires nationaux l'entendirent s'écrier pendant son séjour à Bruxelles: a Je sauverai la République et ensuite j'irai porter ma tète sous le glaive des j lois M »

Mais il n'avait nulle envie de s'offrir au « glaive des \ lois B, et lorsqu'il livrait bataille le 18 mars, il voulait non seulement sauver la Belgique, mais sauver sa propre vie. Battre les Autrichiens, c'était battre les Jacobins. Son armée victorieuse, grossie des bataillons belges et bataves, ferait la loi a la Convention".

Il fut vaincu, et deux fois vaincu, à Neerwinden et à Louvain. Mais sa défaite le confirma dans ses desseins.

I 2' rapport, 135.

' Chépj, Compte-rendu à ses concitoi/ins.

' Jouraïl des Jacobine, Bésncs du 17 mars 1703.

* Sfy. de Paris, n» 194, p. 23.

* Annalts patriotiques, 18 mars 1793.

8 Rojas, Miranda, 270, et Durand-Maillane, Mém,, p. p. Leecuto,

134 LA XBAHISON DG DUMOUKIEZ

Certain de ne pas trouver grâce et d'être tientôt j crit, il disait tout haut qu'il ne remettrait jai pieds en France '. C'était le meilleur parti. Au lieal passer la froutlÈre et de marcher sur Paris en reballt^ aurait dû donner sa démission et quitter l'armée*^ aima mieux tenter le destin une fois encore. Il a, écrlTJ le perspicace Mettcrnich-Wînnebourg, a le désir de JO! un rôle et s'il éprouve des revers, il fera la contre-r6| lulion' B. Persuadé que le sort de la guerre élail i désormais, que la République touchait à sa ruine et quB tût on tard les alliés entreraient à Paris, Dumouriez voulut prendre les devants, et, selon l'expression de Persen, « se sauver de la chute générale et faire oublier ses torts par un grand service * ».

Huit mois auparavant, Lafayelte qu'il appelait alors nnpetil Sylla, avait essayé de se révolter contre l'assemblée et de sauver la royauté. Dumouriez comptait être plus heureux que Lafayette. Il saurait obtenir la neutralité des Impériaux et, sûr de n'être pas attaqué sur ses derrières, triompher des Jacobins et restaurer la monarchie constitutionnelle.

L'idée d'un pacte avec les ennemis, môme avec ceux

, qu'il avait nommés les a barbares a Autrichiens, était devenue familière à son esprit. Que de fois des émissaires lui avaient proposé le rôle de Coriolanl Pendant ia e de l'Argonne, le baron de Breteuil et le comte

\ de Moustier le sollicitaient en secret'. Tout récemment

> Rojas, Miyaitda, 1G4.

> Dumnd-Maillaae, 331 ; Minerva, 179u, I, 522, lettre d'uo officier français qai cite l'esemple de LaTavctle.

» Ternauï, Ttrrmr, VI, HI2.

* Fersea, JI, 417.

' /m, pruss., 294; Retraite dt Bnnisaici , '6 ; Si'jionse au Bapport . 4e Cataus, 127.

La CQLONur, UACK

Breteuil et Mercy projetaient de négocier sa déreclion. N'était-il pas e la pierre angulaire de î'édifice tionnaire » 1 Ne devait-on pas se débarrasser à tout prix d'un adversaire qui « électrisait les hordes la France? En échange d'une amnistie pour lui et leg siens, d'une somme considérable, d'un grand commandement militaire, d'une brillante ambassade, il consentirait peut-être à livrer une ou deux places ou à se laisser faire prisonnier de guerre '. Fersen forgeait un plan semblable : Dumouriez, acheté par l'entremise de Talleyrand, aurait remis à l'Autriche les deux princes d'Orléans, Chartres et Montpensier, qu'elle eût échangés contre la famille royale. Comme beaucoup de ses contemporains, Fersen croyait que les révolutionnaires appartenaient à * la faction d'Orléans, que le grand mouvement de 1789 n'était qu'une conspiration de Philippe-Egalité, et que Danton et ses amis s'empresseraient de délivrer la reine pour sauver « leurs princes' «.

Mais Dumouriez était trop habile pour prêter l'oreille aux ouvertures des émigrés. Il voulait, de même que l'année précédente en Champagne, traiter directement et sans intermédiaire aucun, sans les bons ofiices d'un Heymann, et il n'avait nullement, comme croyaient Bre- ' teuil et Fersen, l'idée de mettre sur le trône Philippe- Egalité ou le duc de Chartres, Il méprisait Philippe- Egalité et le regardait comme un scélérat'. Il aimait le

" Tarnanx, Terreur, VI, i91-i97.

' Ferssn, II, 62-63, 66, 403-40i. < On nous avait assurés, disait DelBc:oiï à la CoOîBDtion [Moa., 5 avril 1783) que Dumouriez nouB ferait arrêter, Danlon et moi, pour noua échanger contre la ci-devant leine el sou iiis. • Ceet, eu somme, ce qui arriva. Les conveiitiDDnels prisonniers lurent âuhangês en 179!> contre Madame Royale.

> Mol de Dumouriez à Fersen [Ftrtea, II, 70) et déderatioti dn 20 a^ril nS3 [Men. du 17 mai).

LA TBAHISON DE DUMOUBIEZ

duc de Chartres; « celui-là, disait-il, ne ressemblarl rien à son père n ; mais il savait que l'Autriche * Prusse ne recoauaitraieut d'autre roi que Louis XV|

Les officiers qui formaienl son entourage, valent ses desseins. Presque tous regrettaient la royaJ et en souhaitaient le retour. Il comptait sur Marag Ruaull, Vouillers, Neuilly, Dumas de Saint-Marcel, aides-de-eamp et adjudants-généraux, Devaus, joye, Arnaudin, lui étaient tout dévoués. Le marécfl de camp Berneron faisait vœu de le suivre. Un autre maréchal de camp, ua des meilleurs officiers de l'armée, M. de Bannes, déclarait qu'on avait hesoin d'uu roi et qu'on l'aurait bientôt'.

Le chef de l'élal-major, Jacques Thouvenot, ne cachait pas son aversion pour la Montagne, a C'est un homme dangereux, écrivait Eonsin, et qui n'a pas l'âme républicaine; il dénigre la majesté du peuple, invective contre le Conseil exécutif, s'indigne contre le décret du 13 décembre '. *

Valence, si ardemment républicain. Valence qui applaudissait la journée du *0 août et la proposait ea exemple aux nations, Valence ne parlait plus de la Révolution qu'avec amertume, k Elle se propagera par l'exemple du bonheur, disait-il à Le Brun, mais elio doit le donner. » Il était fatigué des e querelles honteuses » d'une assemblée qui devait donner ime constitution â la

1 Berneron à Dumouriei, 10 janT. 1793 (A. N. F' 4598) el déclartjoa de Lb Tailhède, 15 atril 1793 (A. G.).

' Corresp. de RonEio, 34. Cf. le mot de Miranda • i! ne possède ai es principes ni le lépublicaniEme n^ceesaire • [RojBs, Miranda, 121). l.es comroiEsaireB lui écrivaient ea janvier qiill devait i ae tenir :n garde contre l'iDcivisme de plnsieurs fonctionnaires qui l'entoaraient > [2' rapport, 30).

rwT-

^^^r le; COLOIKEL MACK 137

' France. Eofin, il ne présageait plus que malheur et jugeait tout désespéré. Wélait-on pas épuisé avant d'ouvrir la campagne? Savait-on môme si l'on aurait des armes? La guerre qu'on avait déclarée au monde entier, ne s'enflammail-elle pas sur les frontières mêmes '?

Gomme Valence, le duc de Chartres, d'ailleurs entièrement subjugué par Dumouriez, croyait la France réduite aux derniers abois. II mandait à son père que «son couleur de rose était changé dans le noir le plus profond ». Il accusait la Convention de ruiner le pays : o Je vois la liberté perdue, je vois la guerre civile allumée, je vois des armées innombrables fondre do tous côtés sur noire malheureuse patrie, et je ne vois pas d'armée à leur opposer. Nos troupes de ligne sont presque détruites ; les bataillons les plus forts sont de tOO hommes. Le brave régiment de Deux -Ponts {le 99'] est de ISO hommes et il ne leur vient pas de recrues ; tout va dans les volontaires et dans les nouveaux corps. En outre, le décret qui a assimilé les troupes do ligne aux volontaires, les a animés les uns contre les autres. Les volontaires désertent et fuient de toutes parts ; on ne peut pas les arrêter, et la Convention croit qu'avec de tels soldats elle peut faire la guerre à tout l'Europe ! Je vous . assure que, pour peu que ceci dure, elle en sera bientôt détrompée. Dans quel abîme elle a précipité la France '1 «

Lia seul ofûcier-général, Miranda, m satti iu:rait pas

' Valence à PacIiB, 3i oct. 1792 {Mon., 3 nov.) [ à Le Brua, 6 déc. 1792 (A. G.]; aa prëBident de la CoDTeDlian, 1" BViiH733 [Litim, 13); k BeurDonville, 2S mais n93 {A.. G.).

■ Lettre écrite de Touraai, 30 mara l'S3, interceptée et lue à !■ Conveotion le i arrit [Mon. du 7). Cr. sur le duc de Cbartres et ses rapporta avec Dumouiiez. lea Méa. de Brissel, 334-355 et M. lettre publiée dans lea Annalts palrioli^vei du 14 qot. 1702.

à la fortune de Dumouriez. Ce dernier avait cm d'à]

pouvait se fier entièrement à son « cherPéruvim UiraDda épousait sa querelle contre Pache et Hass* fratz; il écrivait en sa faveur à Petion ; il s'affligeait a' lui des maux qui a agitaient et Iroublaieul la pau,^ République 3 ; il envoyait n bien des compila Thouvenot, à Devaux, même à notre cber Baptiste^ Mais Miranda se piquait d'aimer la liberté commet aime sa maîtresse, et peut-être ce protégé des Gironm^ aspirait-il au suprême commandement: Brlssot, voulant B incendier les quatre coins de l'Europe o, ne disail-il pas que Dumouriez ne couveDait point à cette tâche et que Miranda était le « général de la chose i, qu'il « entendait le pouvoir révolutionnaire ' » ? Dumouriez tâta Miranda quelques jours avant Neerwinden. « Que ferezvous, si vous recevez l'ordre de m'arrèter? •> — « J'obéirai eu serviteur fidèle, mais l'ordre ne me sera pas donné, puisque Valence est mon ancien. « Une autre fois, Dumouriez lui insinua qu'il faudrait marcher sur Paris pour établir la liberlé, « Le remède est pire que le mai, répondit Miranda, et certainement je l'empocherai, si je peux. — Vous vous battrez contre moi 1 — Sans doute, si vous vous battez contre la République. — Vous serez donc Labiénus ? — Labiéuus ou Calon,

i Mirsada à Dumouriez, 11 iée. 1792 et 3 I V 4B98).

> Mallet du Pan, Comid. sur la nature de la Réval. de Francs, p. 37; De Pradt, 73 [> Miranda aspirait à supplanter Dumouriei •]. Miranda refusail de se rendre à Sainl-DominguB et de soulerer l'Amérique espagnole. Il était candidat eu ministère de la marine. Il •ppcouvait le décret du IS décembre. Plus lard il se liait avec Servaa st les deux généraux léCuIaienl ensemble les Mémoires de Bumou- Tiez ; tous deux étaient désignés par les Girondins comme les chara futurs du pouvoir eïécutif {Corresp. de Malltt du Pan avec la cour il Titnai, 1884, I, 257).

LE COLONEL MACK 139

TOUS me Irouveraz toujours du côlé de la République', s Mais la République ne voulait plus de Miranda. Déjà, lorsqu'il menait à Louvaia les troupes débandées, l'adjudanl-général Gobert le dcnougait au conveutiounel Becker comme inepte ou traître, et, dansles deux cas, comme incapable de servir la République, et comme •> l'auteur de notre honte ' d. Un soldat informait le club des Jacobins que Miranda « vendait son armée et la livrait à la boucberie ' a, Anaeharsis Cloots attribuait le désastre d'Aix-la-Chapelle à celte créature de Brissot '. Chépy l'estimait encore, mais, de mûme que Liébaut, lui reprochait de déplaire aux troupes'. Albitte s'indignait qu'un « Espagnol » put conduire des Français et proposait de décréter qu'aucun étranger ne commanderait les armées delà République'. Enfin, les commissaires de la Convention l'accusaient tout bas de légèrelé ou de malveillance. Il leur promeltait, après l'échec du 1"mars, d'arrêter les Impériaux; il jugeait le retour de Dumouriez inutile, et, à l'en croire, grâce aux mesures qu'il avait prises, Liège, Tongres, Saint-Trond étaient imprenables. Or, malgré ces belles assurances, il n'avait cessé de reculer, d'abandonner ses positions l'une après l'autre, d'imprimer à la retraite le désordre et la précipitation d'une déroule I Neerwinden acheva de le perdre dans l'esprit des commissaires. Devant Delacroix et

' Bojas, Uiranda,21\.

■ Mtlmoire (imprimé) de Gobetl, BS.

■ Journal des Jacobios, séaace du 11 mare 1793.

» Le Batate, 22 mars [Ua met d'A». Cloots] el 27 mats (< sa ooûduile est Irës suspecte •],

' Chepy au ministro, 1" mars, et Liébeat à Damouriei, 24 Hyt. 1793 (A. G.).

■ Séances àee 23 el 24 mars 1793 [Â. N. C. 248) ; Bév, da Parii, n°19i,p.3: ■ des généraux saos laleol et d'autres sans patrie >,

uo

LA IRiHlSON DE DUMOURIEZ

9 St^^H

déeH rès md I

Danton, les soldais lui imputaient leur défaite « raient de ne plus se ballre sous ses ordres. Vint 1' de Louvain. o La portion de l'armée commandée j Miranda, écrivait Delacroix à Danton, a encore très i fait ; je crois que la confiance est absolument usée, et qu'il serait temps de le remplacer, t Le 21 mars, de leur propre mouvement, les commissaires arrêtèrent que Miranda se rendrait sans aucun délai à la barre de la Convention. Le 23, au soir, Miranda gagnait Paris, outré que Dumouriez eû.t rejeté sur lui le désastre de Keerwinden et convaincu que ie général avait sollicité l'arrêté des commissaires pour se défaire de lui '.

IIL Dumouriez n'avait pas attendu le départ de ïliranda pour négocier avec l'ennemi. Dès le 23 mars, Montjoye déclarait à Cobourg que son général avait résolu de finir les malheurs de sa patrie, de proclamer Louis XVII, de dissoudre la Convention, de punir les scélérats de Paris, et il priait le prince d'envoyer au quartier-général un officier supérieur à qui Dumouriez ferait des communications de la plus haute importance. Tauenzien écrivit sur-le-champ au roi de Prusse que Dumouriez restait, malgré ses défaites, l'idole de son armée et qu'il allait faire quelque chose d'extraordinaire '.

Le 3o iii'irs, au soir, le colonel Mack arrivait au qiisr- Uer-géncivil d'Ath'. On s'eniretint d'abord de l'échan^

« 2* rspi art, W, 67, 74-7S et 147 ; Ropporl de Camus, 6 (. généraux igaoraLts ou treitres eu qui les soldais n'aTsient hucuds confiance ■ ) ; Dalaecoii à Danlon, 23 mars 179Î (Terneui. Terreur, VI, teej et dise, du 13 juillet 1T93 [Mon. du 15] ; Bojas, Miranda, 137- 13S, 16Ï-163.

• Teruaui, Terreur, VI, H2B ; WitïlBben, Colourg, 11, 147-1*8.

' Cf. Bur l'enlreïue d'Alh Teraoui, Terreur, VI, 307-316 (d'aprèe

LE COLONEL MACK Ul

' des prisonniers, puis on se mil à lafale. Mack élait assis I cOlé de Dumouriez. Bienlôt lo cbampagne délia la langue des convives. On parla de Neerwinden et des forces autrichiennes ; Cobourg disposait, selon les uns, de 90.000, selon les autres de 75,000 hommes, Dumouriez ne 36 mêlait pas à la conversation. Enfin, il dit à Mack: « Voulez-vous savoir mou opinion? Eh bien, votre armée que j'ai combatlue à Neerwinden, élait forte de 40,000 hommes, et les deux, colonnes que vous avez dirigées sur Namur et sur DIest, se composaient de 20,000 hommes au moins, n Mack n'avait encore répondu que par des paroles vagues ou par un sourire. Il répliqua que Dumouriez calculait juste, mais que Neerwinden et Louvain avaient coûté cher à l'armée autrichienne. ■ Si j'avais pu marcher contre vous huit jours plus tôt, poursuivit le géoéral, les choses auraient autrement tourné. B II se pencha vers l'oreille de Mack, et tout bas, en allemand, il porta la santé de l'empereur, de l'archiduc Charles et du prince de Cobourg, en invitant le colonel à boire pareillement à la santé de Louis XVII ; Mack prit son verre : o Oui, général, et à la vùlre. n

Après le repas, Dumouriez se retira dans une chambre voisine avec Mack, Thouvenot, lo duc de Chartres, le colonel Monljoye et Valence. Ce dernier venait de Tournai assister à l'entrevue ; il sou ITrait encore de ses blessures et avait la tôle entourée d'un bandeau. Un aidede-camp se mit en sentinelle devant la porte.

Dumouriez prit la parole. Il fit une affreuse peinture de l'élat où la Convention réduisait le pays ; il rappela

le rapport officiel ds Mack] ; mais Teroaur q^h pss connu la relation postérieure da Mack, OeslerreieMschi ntiHidriichi ZtUichrift (de StreCflaur). 1863, III, p, 1-18). Cf. Sjhal, II, 233 (d'après la lettre de Taueuzien au roi de Prusse],

U2 LA TEA.HISON DE DUMOOHIKZ

l'esécutioa de l'infùrluné Louis XVI qu'il n'avait ptt sauver ; il conclut qu'il était temps de tirer la France de cet abîme de malheurs. • Je veux, dit-il sur un ion résolu, marcher sur Paris avec la meilleure et la plus sûre partie de mou armée, proclamer Louis XVII et convoquer une nouvelle représentation nationale. Quant au reste de mes troupes, elles garderont leur position actuelle derrière la Dendre. Le prince de Cobourg me donnera sa parole d'honneur de ne pas les inquiéter. IL faut qu'il m'aido par tous les moyens à venir à bout de ma grande aventure, a

Mack ât une réponse qu'il n'aurait pas osé faire quelques heures auparavant. L'armée de Cobourg ne comptait plus que 28,000 hommes ; mais Dumouriez la croyait supérieure en nombre. Fort de cet aveu, le colonel autrichien pouvait hausser le ton, grossir ses exigences, imposer ses conditions, o Taot qu'il y aura, dit-il, un seul Français en Hollande et en Belgique, il ne peut être question d'accommodement. Vous devez, général, tout abandonner et vous retirer jusqu'à la frontière française. Sinon, le prince de Cobourg ne perdra pas un moment pour vous assaillir et couper la retraite à votre armée de Hollande. Il a 60,000 hommes, 40,000 vous attaqueront de nouveau et les 20,000 autres s'avanceront sur Geer- Iruideuberg et Bréda '. a

Ces paroles de Mack blessèrent Dumouriez. i J'ai encore assez de troupes pour vous arrêter, répondit-il flèramenl, j'attends des renforts considérables et je saurai me défendre. S ou venez -vous, colonel, que la fortune des armes est changeante. Pour l'armée de Hollande, battez-la d'abord, mais je suis sûr qu'elle feraparfsd

' OssMrr. milil, 2eili. ; H-6.

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