‹ La traite des chanteuses (moeurs de province)Chapitre 15 sur 71 · AVIS · texte numérisé non relu

AVIS

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La DIRECTION a l’honneur de prévenir Mesdames les Artistes qu'il leur est expressément défendu de ne fréquenter

aucun Bal de la ville, sous peine d’une amende de 25 fr. ou la résiliation immédiate.

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Mesdames les Artistes sont priées d as- iU sister aux Bals de V Alcazar jusqu’à §§ la fin, en costume de scène ou travesti, jp|'

sous peine d’amende ou de ré siliation à la volonté de la Direction. ':*•

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Le présent avis sera rigoureusement exécuté.

La Direction : FEUILLAT* &&

TENANCIERS de € BEUGLANTS a

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Les lettres ci-dessous ne laissent aucun doute à ce sujet :

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Ajaccio»

Je fus engagée à Ajaccio, à la taverne À.»,, chez M, X..,, directeur, le seul concert pour le moment.,» Une véritable taverne horrible, noire, affreuse!...

Le lendemain soir de mes débuta, pendant le concert, on entend des coups de revolver dans la cour... on s’effarouche... mais il paraît que c’est Tusage, en Corse, d’entendre ainsi des coups de feu, nous dit, pour nous rendre courage. Je tenancier. Nous nous rassurons un peu quand, deux minutes après un jeune homme, les yeux hors de tête, sans chapeau, Je revolver à la main, passe parmi nous connue un fou. Epouvantées nous nous cachons, et on nous explique que c'est un des frères du patron. Le calme rétabli, trois nouvelles détonations résonnent, cette fois-cî à la porte du concert ■ le monde court, et chacun peut voir, étendu sur le aol, le cadavre d'un soldat d’infanterie de la garnison.

De pareils faits ne sont pas rares, et l’on ny voit que du feu... c'est toujours le mort qui a tort*

A partir de ce jour noua n’avons pins eu un seul client dans rétablissement qui déjà n’était pas très fréquente. Voici, je croîs, la raison de ce peu de succès ; M. X... a une contenance affreuse et exerce des trafics de toutes sortes avec des maîtresses qu'il se fait toujours parmi les artistes. Malhonnête avec celles qui ne lui accordent pas leurs faveurs, il laisse commander celles qui sont intimes avec lui, et cela, sous les yeux de sa femme qui est obligée de se taire pour ne pas être battue. Il fait souper les artistes avec les meilleurs clients, sous promesse de leur accorder ensuite leurs faveurs, et c’est lui qui passe la nuit chez elles. Les clients sont dégoûtés de sa conduite! De plus il a paraît-il, fait de la prison, pour avoir tué. Son plus jeune frère l’aide k servir et semble un criminel* U demande de l’argent à tout le monde, clients et artistes,

LA TRAITE RES CHANTEUSES

vous menaçant de coups de bâton, de révol ver, si vdus refusez de lui en donner* II est entouré de jeunes gens de la pire apparence. Bref, tout l’ensemble a fait déserter la clientèle* Je suis restée tout de même pour finir mon engagement, mais, du premier jour je n’ai rien fait r ien I.., comme quêtes *

A mon 21* jour d’engagement, M* X... nous signifie qu’il arrête son concert pendant quelques jours. Toutes les artistes partent, lui laissant arranger les comptes à sa façon, enchantées de n’être plus chez lui. Moi, qui n’ai pas môme reçu un a-compte, je reste, attendant la réouverture. Mes camarades avaient reçu des avances pour leur départ, et avaient laissé leur facture de consommations mais je n’avais rien reçu et n’avais aucune dette vis-à-vis du patron, n’aimant pas à faire marquer* afin de prendre mes appointements intacts à l’expiration de mon engagement* M* X,** me dit alors : Vous avez chanté très peu, on ne vous connaît presque pas. Voulez-vous rester ’ pour la réouverture? Vous pourrez ainsi faire un autre mois, en prenant également pension chez nous en atten- < daut que nous recommencions à travailler*

Je reste ainsi dix ou onze jours, et je prends patience, toujours très correcte, et faisant toutes mes dépenses chez < lui* Depuis que les affaires allaient si mal, on nous servait une table abominable et tout à fait insuffisante, dont jamais je ne me suis plainte* Etant forcée de payer nia chambre et de suffire à mes besoins sans pourtant rien gagner, je demande des a-eomptes, plusieurs foi» sans rien obtenir et la vie devient dure.

Finalement, le 12 e jour on recommence à travailler, \ mais sans succès, et les quêtes sont toujours insuffisantes.

Je demande encore de h argent... que Ton me promet encore... Bref, en tout, je suis arrivée à obtenir 25 francs d’à-eomptes, sur lesquels j’ai dû prélever II francs de remboursement pour ma traversée de Nice à Ajaccio. J’ai donc reçu 14 francs d à-comptes plus 2 francs touchés en deux fois, ce qui fait 16 francs sur mes gages de 160 fr«

En déduisant ma pension (90 francs), il me reste à toucher 64 francs.

Après avoir mendié mille fois cet argent, j’ai pris le

TENANCIERS DE « BEUGLANTS a

parti de ne plus travailler tant qu’on ne m’aurait pas payée, et j'ai écrit mes conditions* On m’a répondu que l'on me renvoyait ma musique..* mais quant aux comptes, il n'en était pas question.,*

On m’a fait menacer*** et je n'ose sortir seule en attendant le départ du bateau, qui n'a lieu que dans deux jours*,*

(De la même).

Cannes, 27 mai 1906*

Je réponds à votre dernière lettre de mon lit, à l'hôpital, où je suis entrée en arrivant à Cannes, venant d'Ajaccio, malade de la rougeole*

Vous me dites que j’aurais dû faire valoir mes droits pour être payée, étant en Corse même ; mais monsieur croyez bien que personne ne peut s’imaginer ce qu'est cette contrée à moins d'y être allé pour faire du concert. On ne parle que de coups de revolver, de couteaux, do bâtons, de gifles, et on ne fait pas que d'en parler, on joint les faite aux menaces j et il existe peu d’artistes, ayant séjourné en Corse, qui n’ait jamais rien attrapé de ce genre. Celles qui, comme moi en sont sorties libres, sont celles qui ont bien voulu prendre patience et tout supporter sans rien dire ; mais c'est horrible, car j’y ai tout souffert : mauvaise nourriture, mortifications et menaces, frayeurs si nombreuses que j eu suis malade* De plus je n'ai pas été payée* Ce n’est pas une vie. Deux de mes camarades, qui sont restées là-bas M Ue * K.,, et D... ne font que faire des passes, même à l’heure du concert!

Quant au nouveau concert que l’on a dernièrement ouvert, je ne le connais pas. A celui où je chantais il y a un pianiste, M. G..*, très bon musicien, qui pourrait vous dire ce qu'il en est, lui qui a même attrapé des coups.

Tout le monde, dans ce pays, a un revolver ou deux

dans sa poche ; tout le monde! C’est rare qu’un individu n ait pas tué au moins un homme dans sa vie, et ça se passe en famille, on n’y voit que du bleu... c’est dans les mœurs*

Les artistes doivent éviter d’accepter les invitations pour des parties de plaisir lointaines en voiture On vous emmene loin et on vous veut de force... ou on vous tape dessus si vous ne consentez pas. Une fois, nno de ces malheureuses a été ainsi emmenée ; plusieurs l’ont possédée brutalement et estropiée, l’ont dévêtue, et lui ont finalement bourré de terre le... BAS-VENTRE ( PI) • on l’a trouvée a demi-morte le lendemain. Une antre a été* abandonnée dans les forêts, et il lui a fallu deux jours pour revenir en lambeaux et affamée. Enfin je ne conseillerai a personne d'aller en Corse*

S L U1S biei1 gardée de faire mes réclamations lorsque jetais la-bas ; j aurais sûrement reçu quelques bons coups. 7;,““’ bant P is pour cette fois... j’enverrai en sortant do 1 hôpital ce que j© dois do cautions en retard*

Rccevos;, etc,**

Hôpital civil de Cannes*

La peinture que fait la malheureuse des mœurs de ces insulaires peut paraître un peu poussée au noir ; mais les souffrances endurées, les viols et les vols subis ne la disposaient certes pas à l'indulgence...

Le plus grand nombre des femmes que les « pharisiens » affectent de considérer comme des catins, sont loin de considérer les planches comme un trottoir suré-

le 16 janvier 1906*

Monsieur le secrétaire,

En qualité d artiste lyrique syndiquée, j'ai bien l’honneur de vous aviser du désagrément qui m’arrive* J'ai reçu a Marseille rengagement ci-inclus. J'ai débuté le

TENANCIERS DE « BEUGLANTS

15 janvier comme le port© mon engagement et aujourd'hui 16, le directeur me dit qu’iî faut rester jusqu'à G heures du mafia au lieu de 2 heures du matin et qu'en plus les appointements de 5 francs par jour et nourriture portés sur rengagement sont réduits à quatre francs par jour et nourriture. N'ayant pas voulu accepter ces conditions, Ils mVnf prié de partir* Aussi je m’empresse de vous écrire pour vous donner quelques renseignements sur cet établissement : Répétition Vaprès-midi de 5 h. 1/2 à S h * 1/2 en public. A sept heures on dîne,., mal et ont ne sort plus de Vétablissement jusqu'à 6 heures du matin. Le concert finit à 2 heures du matin et de deux heures à six heures , les artistes en costume de tille sant assises au comptoir à attendre te client qui leur offre une consommation , et ezt plus sont obligées de souper à leurs frais. Je sms très étonnée qu'après ce qu'on a fait dans les autres établissements de A 7 ***, un tel établissement soit encore ouvert dans de telles conditions * Vous voyez nar conséquent dans quelle situation je me trouve venant de faire un si long voyage avec tant de frais* J’ose espérer cher monsieur, etc*, etc.,*

Signé : M mû M* B*..

Kn. vérité, le travail du mineur, du forgeron, du mécanicien nous apparaît comme une sinécure si on le compare à l’effort de ces pauvres filles obligées de mener de front le travail de jour et le travail de nuit..*

11 est certain que ce n’est pas avec enthousiasme qu’elles acceptent des invitations à**, souper sur les 5 heures du matin. On comprend avec quelle ferveur elles en arrivent à souhaiter le lit..* solitaire.

Monaco, 11 janvier 1906.

Je viens do faire le littoral, impossible comme concert partout — 1* G.,, et B.** deux bonnes villes perdues

LA TRAITE UES CHANTEUSES

par un directeur d© concert ignoble, M. G*,- actuellement directeur du concert L*.. à Y,** — 2° 3 ou

4 grandes maisons ou on paye les artistes 3 francs pour jouer la revue et où Ton t'oix^ dit carrément qu’on ne nous donnent pas d'avantage parce qu'il y à de bon mi* eüés ÿ Ensuite quatre maisons de second ordre } la brasserie on paie les artistes ^ francs et nourritures,

un directeur fou et de mauvaise foi f aujourd'hui f il vous prend, demain il vous met à la porte sans motif ne consent pas à signer un engagement, quelquefois ni de vous reconnaître. Quand cela l’arrange, eussiez-vous travaillé deux mois do suite chez lui. Brasserie G,*», on paie cinq francs, obligés de rester jusqu’à 4 heures du matin, point d'engagement. Les directeurs directrice Maquereaux en plein Ignobles fous, on doit consommer sans cesse, coûte que coûte , jusqu'au matin tirer le client par le pmi du veston et se précipiter sur eux dès qu'ils franchissent la porte s'asseoir sans vergogne à côté de lui et lui dire « qu est-ce que vous me payez ? » Êe plus souvent on reçoit des insultes comme réponse ; si on ne se conforme pas à cette ligne de conduite on vous met à la porte du jour au lendemain 3 vous comblant d’insultes terribles. Deux seules artistes qui ont su se faire aux habitudes de la maison sont là depuis 2 ans pour toute la saison entière. « Le D... » autre établissement consommations, miches, 4 francs, et nourriture point d'engagements — Bar américain — Etablis sèment de nui t oit il faut montrer un luxe extrême , on y reste jusqu'à 7 h cures du matin, payé S francs et nourriture , nécessité de manger et boire toute la îiuit et passer au cabinet particulier une heure ou deux sur un canapé avec le client qui vous deînande « buvons du champagne », A cette seule condition on y reste. Autrement à la porte .

Signé : E. S.«,

... En cet « Eden » de N..., et dans trois ou quatre grandes maisons, on va jusqu’à payer trois francs des... artistes qui jouent la Revue. Cela donne une crâne idée de ce que doivent être les petites maisons !...

TENANCIERS DE K BEUGLANTS

On voit que ces chanteuses se doublent, malgré elles, de fille? de brasserie de dernier ordre. Il n’est plus même, ici, question du souper qui peut en certains cas être reconstituant : c’est le bock qui régne, la bière du Midi dans tonte sa hideur, l’aigre « pissat d’âne », fomentateur de dyspepsies et de gastrites. Les deux artistes qui ont pu, pendant deux ans, résister à ce régime, ont fait preuve d’une certaine solidité d’estomac, en plus d’une regrettable facilité de mœurs.

Quant au « bar américain », il semble d’un ordre plus relevé si îe champagne remplace la bière, et le canapé, la moleskine des banquettes de la « Brasserie »...

À..,, septembre 1905.

... Vers 9 heures du soir, une fois la foule grossière écoulée, arrivent les « gens select » {! P) cio F endroit. Cinq ou six territoriaux habitants d’À..., aux mines sinistres, aux façons brutales, et qui trônent là comme dans leurs domaines ; un surtout, très grand, à min© d’assassin, semble diriger les autres et no connaître ni foi ni loi. Je m'avance avec quelques «ous dans ma quêteuse, vers leur table. I>’un coup de main il prend le contenu du plateau, et F empoche. J© n’ai pas F habitude de reculer dans de telles circonstances ; poliment je le prie de me rendre mon argent ; il ricane ; je cherche à le lui reprendre, i! m’envoie uno formidable gifle. Je saut© sur lui à coups de griffes et do dents ; 1© patron accourt : on le met hors de combat d’un coup de poing ; bagarre général© ; je suis toujours aux prises avec mon géant lorsque le garçon {un, Italien, compatriote à moi) allonge un coup de bâton sur la tête de mon adversaire qui tombe* Je cours dans la cuisine où. je me barricade, un couteau à la main. La patronne m’invective : « On se laisse tuer, quand on est altiste, crie-t-elle, plutôt que d’attirer des histoires pa-

rmlles a un patron de concert! » On veut me tuer m’é

Îon^ü'f T S t ma U™® d ’“ cier ’ laquelle brille

n œ 1 froid et méchant, tient les Apaches à distance

Finalement je sors avec deux de mes camarades oui m ont otfert l-hospitalité chez elles ; j e tiens toujours mon ou eau , giace a mon arme, nous arrivons saines et sauves a la porte, sûmes par les A pacte qui nous menacent.

dm ia a etit ! chanteuse au couteau ne manque

pas d allure Pour des clients comme les gens « select a la ville d A..., il en faudrait beaucoup du carac-

n/ms ? dûm0 ! ,Se . Ile à l ’ aÜ froid > 'J lli a l’audace de

eftt P fni+ VOU ° lr u ai f er tuer pollr scm Patron... Elle eut fait merveille à Ajaccio !

Avant de quitter le Midi, publions cette épître qui

nous donne des renseignements sur « Sospei „, pays

presque inconnu, où les petites artistes font tous les

métiers... meme celui de laveuses de vaisselle!...

Sospei, 23 novembre.

à *7^®’ niais il y a un concert

acspcl, et bon Dieu! quel concert!!! On v attend

dluxTours t a,lt ,m TT ent ‘ îe paSSage ^ste nu ou

> ’ genS de la viiIe «’ont jamais compris ce que c était qu un concert et ne lo comprendront jamais

aiT1VaEle f 1,11 Samedi 50 ir * nae camarade et moi ■ la patronne, une horrible mégère de paysanne nous eut

*en T tïG rÔ,e : B ° ire " *» trous.’ non seulement le soir, mais encore toute la journée ■ aller

s implanter dans les tables de soldats, même si l’on ne vous invite pas, et faire les folles, et augmenter par tons les moyens possibles les consommations. Quant au reste ajouta-t-elle d’un air finaud, vous pourrez vous arranger

TENANCIERS DE * BEUGLANTS

si TOUS voulez, allez.». les soldats qui passent ici sont tous affamés, et moi je me ferai un crime d*empêcher les pauvres artistes de gagner leur vie.,* Je tiens aussi à une chose, nous dit-elle. Je me fais vieille, comme vous le voyez, et les daines artistes de Tan dernier avaient l'obligeance de m’aider à laver la vaisselle. Je compte donc sur vous cette année*ct également,

Et elle nous fait monter dans un galetas indescriptible où il est impossible de se remuer, où les murs et le plancher ne sont pas seulement plâtrés, et où la lumière entre par une incarne donnant sur le toit. Une fournaise le jour et une glacière la nuit.

Et pour ne pas crever de faim, nous avons été obligées de passer là quelque temps!.».

Comme nous ne nous conformions pas très exactement au programme de la vieille, c'étaient â tous les repas des scènes où on nous reprochait le pain que nous mangions ; on nous faisait sentir que nous ne le gagnions pas, et on nous menait un peu comme on mène des bêtes de somme * ci Tas de rosses!.*» de chameaux! » Un peu plus on nous aurait donné du fouet!*,,

On voit que le métier de chanteuse est plein d'imprévu... Quelques petites surprises leur sont réservées de temps à autre et certaines tenancières éprouvent tant de sollicitude pour ks artistes qu'elles cherchent à en faire de bonnes ménagères. On ne sait pas ce qui peut arriver.,. Et les artistes sont si imprévoyantes !...

Un conseiller municipal d'une grande ville de l’Ouest m'écrit ce qui suit :

Saumur J 2G avril 1906,

Il est certain qu'en général les tenanciers do beuglants sont peu intéressants, Une personne sérieuse me raecn-

tait hier encore qu’iî y a quelques jours l’un d’eux a autorisait u une chanteuse à suivre pour quelques in demis tm vieux monsieur qui la sollicitait , et cela moyennant le versement au dit tenancier d'une somme de ... quarante s ou s ;

Que neuf fois sur dix les prétendues artistes n’ont aucune notion d’art musical et chantent, ou u beuglent » plus ou moins mal une scie à la mode qu’elles ont apprise à 3a manière des perroquets : ceci masque le reste»

Que les quêtas ne peuvent suffire à remplir les exigences de Fexploitation dont elles sont victimes, et qu'elles sont obligées de demander à la prostitution de quoi subvenir aux nécessités de leur triste métier*

Quelles paient.tout le double au moins do ce que paie le public et sont constamment exposées à des promiscuités révoltantes. Je pourrais in’étendre sur ce chapitre et spécifier bien des détails qu’il me répugne d’aborder.

Les beuglants constitue ut une plaie sociale des plus honteuses. Ils sont des écoles permanentes d’immoralité et d’exploitation humaine. C’est la traite des blanches dans ce qu’elle a de plus odieux et il n’est pas concevable qu’on les ait tolérés jusqu’à ce jour, ni qu’on les tolère, dans les conditions où. ils exercent leur révoltante industrie, etc...

Signé : A» M,„ (Conseiller municipal).

Dans certaines villes, la noce est obligatoire**» pour le consommateur* Jugez-en :

mai 1906.

Me trouvant dernièrement de passage à Langres, vers 10 heures du soir, j’allai prendre une consommation dans le boui-boui du lieu, en attendant mon train ; au bout de quelques minutes, n’ayant pas encore touché à mon

TENAKCIERS DE € BEDGLÀNTS »

verre, je vis la patronne venir vers moi, hostile. Elle me fit comprendre que, ne consommant pas assez;, je n'avais qü*à me retirer ; elle ne pouvait, dit-elle, tolérer des dients tels que moi—

Un avocat de mes amis me raconta ce fait navrant *

A EriveSj on oblige les chanteuses à monter ou à déguerpir. Une “d'elles, un soir, dans sa chambre, ee jette aux genoux d’un brave jeune homme, et le conjure de ne pas la toucher, mais aussi de ne pas se plaindre. Le client, ému, lui donna les 5 francs qu’elle était obligée de remettre en descendant à la patronne, sous peine d’expulsion immédiate.

Le cœur des tenanciers de beuglants ;

Voici un autre fait qui, pour remonter à quelque temps et pour avoir été déjà relaté à l'époque, n'en est pas moins intéressant et probant :

C’était à T..., grande ville du centre, dans un établissement que dirige encore aujourd’hui la même matrone qu'a i or s.

Une femme jeune, jolie mais nécessiteuse, est engagée. Àu bout de peu de jours la tenancière lui fait observer que sa réserve vis-à-vis des clients n'est pas de mise et qu'elle ait à s'exécuter. L'artiste, qui venait d'être abandonnée par un ami de longue date et qui cachait sous un corset lacé à bloc une grossesse de huit mois, ne se sentait à ce moment aucun goût pour ce genre d'exercice. .Elle dissimula, pleura et, finalement, avoua son état.

Alors ce fut une explosion... La matrone, pour manquements graves au règlement intérieur, la cribla de telles amendes rétroactives que, le lendemain, ses appointements étaient absorbés, et elle la chassa sans un

sou en gardant même Punique bague de l’intéressante infortunée.

Celle-ci erra dans la ville pendant un jour et demi sans manger, puis elle eut la chance de rencontrer une ancienne amie un peu aisée qui la recueillit- Il était trop tard...

La malheureuse jeune femme avait subi une telle révolution que son enfant était mort. Quelques jours apres elle expirait à son tour.

Dans le sein de mon confrère, M. P. Vrignault, quelques chanteuses s’épanchent :

Moi, monsieur, j ai fait, l’été dernier, quinze jours dans une ville d’eaux, où i] y a un café chantant que je vous recommande. J’allais là avec mon mari. Pas plus tôt arrives, on l’envoie loger en ville, et on me colle, à moi une chambre dans l'établissement. Après le concert, ie veux partir avec lui. Pas moyeu. La porte était fermée. Pour me la faire ouvrir, il a fallu que je paye 50 centimes de supplément. Comment la trouvez-vous P Dix sous pour aller retrouver mon mari î

n était pas prévu dans les maisons ordinairement consacrées à ce genre de commerce.

' Et °’ est eomm « Ça partout, me dit une autre, une v gommeuse » sans doute, au minois chiffonné. Où j’étais les portes étaient bouclées à minuit, toutes les portes’ sauf celle qui communiquait au café où les habitués étaient restes. Et alors, montait qui voulait, et on venait frapper a nos portes. r

— Et } fait une troisième, défense d'avoir mari ou ami * defense de sortir ou de causer avec un camarade homme’ Ça gene pour les relations avec le consommateur. Là où j’étais, d’ailleurs, c’était franc ; le café était contre la

TENANCIERS DE € BEUGLANTS

maison publique et tétait F ancienne patronne d à côté qui nous dirigeait.

gi je vous disais, monsieur, reprend la jeune gommeuse, que deux amies à moi, qui avaient refusé un soir de souper avec des clients, ont été le lendemain forcées à manger à part, à la cuisine, et elles payaient leur pension F D'ailleurs, quand ou est seulement en retard d’un quart d'heure au repas, on déjeune à la carte, et la pension est toujours payée. Ils la connaissent, allez!

__ Ce qui m'amuse, dit un artiste homme qui nous écoute, cfest le coup des consommations* On m’a résilié, moi, monsieur, pour avoir pris un bock autre part qu’à mon concert. Et ma camarade B.„ a attrapé un© fois dix francs d’amende pour avoir été vue au café avec deux messieurs*

Enfin, sur un des gros tenanciers, la lettre ei-dessous. Remarquez que ce marchand d J eau chaude est lui-même un ancien artiste.

Monsieur H... s'est engagé chez M. G... de FEdeu-Coucert de M*.., naturellement M. G... n'a pas voulu de sa femme et comme raison lui a donné çecü « chez moi t£ me faut wl È&rtirfe comme vous qui. me fait salle , une bonne romancière et des gonzesses pour faire fa bombe ». G© camarade était engagé pour un mois partant du 22 mars au 21 avril soit 31 jours. Monsieur G... apres un article sur la note de service dans laquelle il supprimait le Vendredi-Saint, Fa fait tranquillement remplacer à cet artiste lui faisant faire 32 jours pour un mois et lui disant : Le syndicat c'est des et f m'en fous, je ns rou^ paie

pas et je vous emm,., et si vous faites du pétard je vous sors c É je vous casse la gueule » M. H... se trouvant gêné h fait sont 32 e jour et en plus au réglement a été estampé de 7 francs par M. G..., lui disant, estimez-vous heureux que je no vous en prenne pas d'avantage, A signaler en plus dans cet établissement :

M. Gr... disant à M 110 M. je vous garde un mois*

mais vous savez (la dessus, un geste ignoble) il faut que ça marche. Disant à M Ile J, D,.. il faut vous décolleter d'avantage, que les clients voient au moins ce que vous avez. Enfin venant à la table des artistes et leur disant. Quoi ! ! vous vous plaignez que les quêtes sont mauvaises, eh bien, et la boîte à grime H ! ! ça ne marche donc pas ! î ï! Je puis vous citer dans cette maison cinquante faits de ce genre, trop sales pour les écrire, car ma plume se refuse à écrire des choses aussi ignobles.

Fermons les volets I

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