‹ La traite des chanteuses (moeurs de province)Chapitre 30 sur 71 · C...-F.,,. mai · texte numérisé non relu

C...-F.,,. mai

... Je in© permets de vous écrire pour vous initier a ce qui se passe dans le concert où je suis en ce moment : rEden-Théâtrc-Concert. Un des articles de notre engagement dit que les artistes doivent se conformer aux reglements de la mai son j lesquels nous forcent à rester dans la salle du café jusqu’à 1 heure du matin. On déjeune a midi ; mats s’il arrive qu’une artiste arrive à midi un quart, on refuse de la servir, ou alors moyennant un supplément de près de deux francs, ce qui met un repas à trois francs cinquante, et encore on un ange très mal, quand, en ville, il existe de très bonnes pensions à trois francs. En même temps que ma lettre, je vous envoie dans une petite boîte un bout <le fromage pris par moi à table, pour vous donner une idée de ce que P on sert aux artistes.

M llM O. R*.. et TL. il,.

LES POÜLEpS ALIX ŒUFS d'ûü

Lettre d'une pianiste :

G..,, mars 1905,

... J© suis resté© à G... au Concert de la Poste depuis 4 mois, La nourriture y est infecte!... Trop pour mourir, pas assez pour vivre. Non seulement e© que Ton y mange est mauvais, mais encore est insuffisant. On nous sert du pain de trois jours, la même soupe à la graisse, réchauffée trois jours de suite, lorsque personne n’y touche. On peut compter exactement cinq ou six bouchées de viande dans son assiette, nageant dans la graisse et l'eau, avec quelques pommes de terre moitié ©rues ou gelées. Tous les soirs, c’est l'éternelle soupe à la graisse, T éternel ragoût, la même salade, te même fromage, le même pain rance, arrosé de cidre. On fait cuire un lapin à l’eau pour quinze personnes ; nous sort oms de table affamées et préférons ne pas nous déranger car il faut recommencer à manger chez soi, au détriment de nos appointements, les 3 francs de nourriture obligatoire étant retenus sur la journée.

Ou oblige les artistes à manger aux heures imposées ; tant pis si vous êtes malades, si vous n’avez pas faim ou si la cuisine est mauvaise. Tant pis si ces dames émaillent leurs conversations de propos dégoûtants qui fout lever le cœur. On n'a pas le droit d’avoir une famille et de vivre à son foyer avec l'argent que l'on gagne. Il faut payer au directeur cette rançon qui s’appelle pension ohtU gataire* La patronne prétend chez ses fournisseurs que tout est assez bon pour nourrir des vaches!!?

Seulement... on soupe obligatoirement avec les clients qui s’imposent.

Un e pianiste .

I n petit a coup » pas cher :

... Naturellement, les artistes hommes sont logés dans la maison, et s'il arrive un couple il est séparé d’office.

L'homme est logé en ville et la. dame dans le concert ; il faut donc payer deux chambres, (JÂsez bien :) Si malgré cela réponse veut rejoindre la nuit le lit conjugal, il y a lieu de verser entre les mains du tenancier une redevance supplémentaire de 0 fr. 50L..

C’est délirant, comme disait Baron fils t„ Ce mari qui est obligé de payer 0 fr. 50 à ia tenancière pour rejoindre le lit conjugal ! I !

Yoici une pancarte arrachée dans les coulisses d’un beuglant :

Ceci ne prouve-t-il pas bien qu’on oblige les chanteuses à souper ! Car sur des notes de service reçues, se relève nombre d’amendes infligées à des dames artistes pour être parties avant l’heure. Ces amendes varient entre 2 et 5 francs.

M. Cazautets, directeur de concert à Limoges, est un des rares tenanciers respectés et respectables, Voyez s’il est de notre avis :

... Il existe des cafés-concerts qui sont de véritables maisons de prostitution, comme il en est d autres qui ne sont

LES FOULES AUX ŒUFS î/OR

que les accessoires de tripots» Le personnel féminin, de ©es établissements n a. d’autre mérite que de bien souper et d’attirer le client à la table du baccarat.

Dans ces tristes maisons* les artistes qui soupent bien sont toujours les préférées. Elles arrivent à être « de la famille ». Leur engagement d’un mois est souvent prolongé au gré de M* X.»»* bon client de la maison* Et l’on voit, de ces malheureuses demeurer cinq ou six mois dans le même « beuglant », ne chantant que lorsque rela leur plaît.

J* Cazàuteth .

Directeur du Casino de Limoges.

Encore Saumur !

♦ J'ai à cœur de vous signaler comme absolument infects les concerts de Saumur ou, non seulement les artistes ne peuvent gagner leur vie (on fait une moyenne de deux francs de quêtes par jour, et il faut payer 0 fr, 25 do loge au patron) mais sont encore obligées de consommer, sans quoi elles se voient renvoyées au moindre prétexte,,. Nous avons à subir également les insultes et les plaisanteries grossières ou même le contact des officiers, élèves officiers, civils et soldats, lesquels* si nous ne voulons pas supporter leurs.,» fantaisies, ne nous donnent pas à la quête, nous insultant et empêchent leurs camarades de nous donner,**

On peut comparer les a Folies C.„ » à une taverne ; le sang se glace (sic) lorsqu’on y entre* Le directeur vous oblige à rester jusqu’à une heure 1/2 du matin pour souper et consommer avec les clients. Tous vos appointements passent en frais. Àu bout de quinze jours vous êtes là

rien que pour votre nourriture et votre chambre. Souvent les artistes restent ainsi plusieurs mois sans parvenir à économiser de quoi rafraîchir leurs costumes ou payer leur voyage de retour.

... A A... (grande ville de la Touraine)* il y a un établissement superbe, mais.*, il y a répétition publique de o heures et demie à 6 heures* concert de S heures à minuit ; soupers avec orchestre jusqu’à I heure* sans orchestre jusqu’à 2 heures; et souvent (lorsque îe brigadier est gentil... et ils le sont presque toujours!...) on no s'aperçoit pas qu’il est près de 5 heures quand on forme.,*

Le dimanche* ils ont matinée aux P.** de C..., dans une dépendance de rétablissement ; ils reviennent faire la soirée à A..., puis* pour reposer les artistes* il y a bal! Il va sans dire que si l’on allait parler de cela à la charmante directrice de céans, elle dirait que les soupers no sont pas obligatoires. De fait* non!... Mais la petite résiliation à quinzaine arrive et* pour maintenir le joug sur ces braves dames artistes, rengagement après la première quinzaine est résiliable de quatre en quatre jours!,., etc.*.

M.. * (au Syndicat).

Mon cher ami*

J e n ai pu te répondre plus tôt ; car jo suis arrivée ici éreintée* par trois nuits, (les dernières que j’ai passées à t .**) que j’ai employées à chercher les puces* punaises et araignées* dont ma chambre était remplie ; des araignées comme la main ; je crois t'avoir dit dans ma dernière lettre, le prix que le directeur (si Ton peut l’appeler ainsi) mettait à cette chambre* que je lui payais à raison de 40 franc s par mois et qu’il payait 15 francs par mois. Crois tu que c'est ignoble?

LES poules aux œufs ü’or

I II y a sur les engagements une clause ainsi conçue : (t C as de mauvais temps seulement, la direction se réserve le droit de faire perdre 2 jours par quinzaine qui seront remplacés* »

Or ce monsieur a une espèce de boite se rapprochant du caboulüt ; ou il fait chanter l 1 hiver et souper F ©té. Il dit aux artistes que s’ils veulent il chanteront là pour leur frais de nourriture et de chambre, et ce, lorsqu'il fait mauvais. Et ces bonnes poires d'artistes trouvent cela très naturel, et ne se croient pas le droit de réclamer leurs appointements, alors qu’ils ont travaille, et oe monsieur encaisse, car après, les soupers ma relient davantage*

F Tous les soirs après le concert, les artistes sont priés par une clause du règlement, d’aller dans le boni bonis susdit, car les petites bonnes femmes y soupent ; et lorsqu'il s'en trouve une qui ne va pas à la boite, ce patron dit : « Qu’est-ce qu'elle vient foutre ici, celle la si elle ne soupe pasl... » (sicJ.

Les concerts de cette ville étaient sans contredit les meilleurs du midi, à la condition qu'il n’y ait pas de petites femmes et que les troupes ne soient pas chargées, maintenant c'est mauvais car les deux Directeurs le valent et quoique F Evêché soit resté meilleur comme quêtes, Laporte en a fait une boite en engageant dans une troupe jusqu'à 13 ou 14 petites femmes qui chantent : !& galette! miches, etc., etc* : or, ce sont des jardins publics ; juge par toi-même : et une femme qui se tient proprement est exposée aux insultes des poireaux qui s'y donnent rendezvous pour y trouver la « gonsesse n je te ferai lire 2 lettres que j’ai reçues la bas ; tu verras*

Un jour^ las d’être exploités et trop souvent déshonorés par les éhontés tenanciers, les artistes lyriques ayant adhéré au Syndicat firent placarder l'a fâche suivante dans toute la France ;

LA TH AI TE DES CHANTEUSES

Confédération générale du Travail.

APPEL AUX TRAVAILLEURS Camarades,

Depuis plus de dix ans les syndicats des Théâtres, Concerts et Music-Halls de France n’ont cessé de solliciter des Municipalités de province les mesures nécessaires pour assurer le droit à î’ existence des artistes de tout ordre et de protester contre la tolérance accordée aux tenanciers de cafés-concerts, qui, peur la plupart, exploitent leurs pensionnaires par les moyens les plus abjects et les plus immoraux.

Nos doléances se sont heurtées constamment au mauvais vouloir des maires.

Sommes-nous en République ?

Sous un régime démocratique, doit-il être permis au premier venu, pour le seul motif qu’il a les moyens do louer une boutique do mastroquet et do faire briller en lettres de feu le mot Concert au-dessus de sa porte, de se livrer sous la protection de la police locale à la

Traite des blanches ?

Doit-il être permis à des patrons de beuglant — sans être assimilés à des patrons,,, d’autres lieux — de pressurer des femmes sans défense et de les tenir sous leur domination, du matin au soir et du soir au matin, non pour un travail artistique, mais bien dans le seul but d’amener les clients à consommer et à souper?

Examinez les diverses situations des artistes de concerts ; dans nombre de cas :

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