‹ La traite des chanteuses (moeurs de province)Chapitre 31 sur 71 · LES POULES AUX CEO FR 1> OU · texte numérisé non relu

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ün ne les paie pas ou on les paie mal, en faisant miroiter à leurs yeux le bénéfice de quêtes qui ne sont fructueuses, hélas! que pour celles qui, passant au milieu des tables de café, laissent prendre aux fils à papa certaines privautés et leur donnent ainsi un avant-gout des plaisirs espérés dans F alcôve promise*

Le tenancier les oblige f par engagement, à prendre chr^ lui une nourriture mauvaise qu'il leur fait payer très cher ; puis il trouve le moyen , jx>ur quelques minutes de retard sur Vheure fixée pour la table , de faire enlever le couvert f afin de se faire payer , indépendamment de la pension courante, un repas supplémentaire qui, coûtant le double, lui bénéficie triplement.

\ Tous les jours, dans P après-midi, sous prétexte de répétitions, les artistes sont obligées de chanter un ou deux couplets, chacune à leur tour, pour reprendre ensuite place dans la salle de spectacle, au milieu des citent s ; et celle qui refuse les consommations offertes ou qui est la moins apte à faire rapporter de l'argent au patron , sait très bien que la résiliation F attend au premier prétexte.

Le soir, après le spectacle, F artiste est forcée, pour se conformer au règlement toléré par la municipalité et revêtu généralement du visa du commissaire de police, de rester dans la salle de concert ou brasserie jusqu'à une ou deux heures du matin* Il arrive même qu'elle est obligée de rester une heure ou deux dans une salle de jeux clandestins — fait que les autorités préfectorales n T ignorent point — où elle laisse ses maigres ressources, et où souvent elle s'endette, grâce aux jetons qui lui sont offerts par le maître du lieu qui, lui, bénéficie toujours do la cagnotte.

C'est une honteuse exploitation ï

Les patrons de ces soi-disant concerts sc soucient peu d'engager de vrais artistes ; quand par hasard ils les engagent, eo n'est que pour chercher à masquer leur véritable genre de commerce* Pour recruter leur personnel, ils s'adressent à des placeurs qui leur fabriquent des artistes ( ?) en huit jours.

LA TRAITE DLS CHANTEUSES

Et quelles artistes! De pauvres ouvrières sans places/ qui ne savent pas où on les mène, et des filles à qui le trottoir des grandes villes a été inhospitalier! Après leur avoir seriné à chacune une dizaine de gaudrioles, les placeurs tes affublent de costumes rafistolés sortant du décrochez-moi ça; ils les baptisent du titre de chanteuse et les mènent ensuite au chemin de fer comme on mène un troupeau à l'abattoir.

Camarades,

L’Uni on Syndicale des Artistes Lyriques, désireuse, comme le reste de la classe ouvrière, de relever notre corporation, au double point de vue matériel et moral, fait appel à votre solidarité pour nous aider dans la tâche de relèvement que nous avons légitimement entreprise* Il dépend de vous d'exiger de votre municipalité la cessation des abus qui subsistent dans votre ville, parmi ceux que nous vous avons signalés*

II faut faire casser ce hideux trafic*

Nous faisons partie, tout comme vous, de la grande famille des exploités* Derrière notre maquillage bat un cœur humain, et nos grimaces masquent, certes, plus de peines que do joies!

Aidez-nous, citoyens, à ce que le monde nous considère comme des hommes et non comme des pantins ou des amusettes, dont on peut tirer les ficelles et que l'on peut casser à son gré* Tout travail matériel ou intellectuel doit honorer l’ouvrier*

Nous vous demandons d’exiger de vos élus municipaux :

1° L J interdiction des quêtes dans les cafés-concerts ;

2 3 L'interdiction auge tenanciers de nourrir ou loger leur personnel artistique ou de les faire nourrir et loger par des tiers;

3° LHnterdiction f soit aux répétitions , soif ana; rrpré- $mtalions t de tout contact entre artistes et consommateurs dans Vétablissement ;

LES POULES AUX ŒUFS Ij’qr

r L'interdiction aux tenanciers de retenir Vartiste

après sa soirée, sous prétexte de jeux ou de soupers .

1 Jusqu’à présent, notre action vers ce but s'est brisée contre les résistances bourgeoises.

Le Sénat a conservé nos placeurs , et les maires n’ont pas voulu faire œuvre de moralité — par amour paternel probablement... Ils ont préféré, sans doute, laisser subsister pour leurs progénitures bourgeoises, ces pratiques infâmes, afin de leur conserver des facilités peu onéreuses pour le Jet de leur gourme sur la cbaîr corvéable des pauvres filles du peuple. C est le droit de Jambage modernisé.

Nous espérons, citoyens, que vous viendrez nous aider dans l'oeuvre de relèvement corporatif que nous finirons bien par faire aboutir.

Assez de Bidon et de Lahobine qui, pour assouvir leurs appétits d’amusements idiots, traitent nos camarades en peuple conquis, forts de leur escarcelle bien garnie.

Assez de scandales! Assez de ces bravades de galonnés qui, comme à Avignon, ASSOMMENT nos camarades * f arce qu ' lls ^posent en public des opinions opposées aux leurs ou, comme à Agen, ASSASSINENT une pauvre fille ■ mere de famille, parce qu’elle ne consent pas à rester leur esclave docile. Ils auraient grand tort de se gêner, les - conseils de guerre les acquittent!’!

Camarades, grâce à votre appui, notre profession sera nettoyée des individualités indignes; et en nous libérant, vous accomplirez un bel acte de solidarité dont tous les membres de notre corporation vous seront reconnaissants.

1e Conseil syndical.

A la suite de cet appel le Conseil syndical publia un article dans lequel il exposait la situation des malheureuses femmes artistes et l’impossibilité absolue °u elles se trouvent de vivre honnêtement, poussées qu elles sont à la prostitution par les tenanciers des

cafés-concerts.

[A traite des CHANTEUSES

C’est surtout l’habitude de la quête que combattent avec juste raison les syndiqués.

Sans affirmer, dit l'article, que la classe *»*«■£ artistes an comprend que des « remparts de vertu . ta saintes et des pucelles », le fait est évident qu d sy rencontre, en très grand nombre, de braves et honnêtes “Jt des mères de famille estimables ; que la ne tombent dans la débauche que parce qu elles y sont f cées par la misère à la suite d’engagements trompeurs et des agissements louches des placeurs et es L rès

beuglante. Bans la majorité des cas, lo placeur — d apres, les midi cations des directeurs — leur assure que les queterapporteront au moins une dizaine de francs eu moyenne, alors qu’ils savent pertinemment qu’elles auront es p us

r..le. »« font pu appel à la BétarM.té de, el.ent, pi»,

amateurs de bonnes fortunes que de bonne musique...

n U e l’on offre, d’une part, sept ou huit francs par jour sans quêtes à une artiste, et, d’autre part, dix francs avec ouïtes et vous verrez que dans plus des neuf dixièmes des ■cas t choix sera fait du premier chiffre plus minime pare© qu’il n’astreint pas l’artiste à une eorvee et a des attouchements répulsifs.

Nous osons croire, messieurs les ^use. 1 ère m^cipaux, que, si d’autres objections vous sont faites, drez bien nous les soumettre. Nous nous ferons un plaisir et un devoir de les examiner avec toute 1 attention qu eta pourront mériter et de vous donner les repenses qui con

Interprètes de la majorité des artistes iynques des cafés-concerts et music-halls de France, exécuteurs fidèles et » du mandat qui nous a été conféré par « rades syndiqués, nous en poursuivrons ^ ^saFion tous les moyens légitimes, sans crainte ^aj faible^e, jusqu’au complet relèvement moral et materiel de la co

poratîon.

LES POULES AUX ŒUFS ü’üK

Pour se meubler.

J'ai dit que Im pensionnaires étaient tenues de coucher dans V établissement et que le loyer de leur chambre s'élevait de 60 à SO francs, — 80///

A Paris, pour ce prix-là on peut avoir une chambre meublée, sinon luxueus^ du moins très confortable. Dans les sous-préfectures de province où les loyers sont très bon marché, les tenancières trouvent moyen de loger leurs pen sionna ires dans des chambres pour ainsi dire non meublées.

II y a généralement un lit et une chaise ; pas de descente de lit, ni couverture, ni garniture de cheminée, L'artiste naturellement se plaint, mais la matrone prétend qu elle n en a pas, qu'en ce moment elle ne peut vraiment pas faire cette dépense, que les précédentes pensionnaires se contentaient de cet ameublement, etc. Comme la malheureuse ira pas le droit, de par son engagement formel, d'aller coucher ailleurs, elle se résigne à acheter ce qui manque.

A chaque nouvelle arrivée ïa comédie recommence et insensiblement la tenancière se monte et garnit sans

cesse de nouveaux meublés avec les dépouilles des arlistes.

Car, comme bien vous pensez, ces objets ne sortent jamais de la maison ; ils sont « rachetés » à la pensionnaire par le produit des amendes dont on la crible tout exprès pour les acquérir.

Quand la femme a payé au correspondant ou agent yrique les 10 0/0 de la commission, sa chambre, les extras obligatoires et l’ameublement, scs appointements sont presque complètement absorbés.

Les amendes.

Les amendes plcuvcnt comme grêle sur les malheuleusts , un retard, un refus de consommer, une ab-

sence, enfin le premier prétexte verni sert à faire rendre le peu que la femme gagne ou mieux mendie, la plupart du temps*

Ainsi une femme qui est censée gagner 150 francs, doit donner en moyenne par mois :

1° De chambre...—*.....■*. 70 fr. h

2* De pension...*♦. ..... 00 »

3* 0 fr. 15 de bibliothèque par jour.**.,. 4 50

4° 0 fr. 10 de loge par jour... 3 »

5° Assurance (H).....-.* 1 50

6° Régie 0,05 par jour. 1 50

Soit..... 170 fr* 50

Rendre 170 fr. 50 + les amendes lorsqu'on est censé toucher 150 francs*** c'est plutôt raide 1

A ce compte fantastique, il faut ajouter, en certains endroits, 0 fr. 10 par jour pour le pianiste!... 0 fr. 25 par jour pour le balayage de la chambre (obligatoire, voir le cliché page 102).

Et ce n 7 est pas tout!... Les tenancières ont des « trucs » imprévus pour coller des amendes*

Connaissez-vous le coup de la pendule ?

Dans la sous-préfecture de Ü..., la matrone du premier établissement avait recours au « truc » suivant qui nous a été raconté par une chanteuse de passage à Paris :

D'après le règlement intérieur, les artistes devaient être rendues tout habillées dans la salle de spectacle à huit heures précises,

La matrone s'arrangeait pour être seule dans la salle à ce moment. Elle faisait garder les issues par les garçons, afin de retenir un instant les artistes si elles se présentaient Elle adossait une échelle contre le mur et, avec l'index, avançait l'horloge de dix

IMS POULES AUX ŒUFS b’ou

minutes. Lorsque les artistes arrivaient, huit heures étaient sonnées,, et Thonnête tenancière leur infligeait invariablement trois ou cinq francs tfamendes. Si l'artiste, à la longue, évinçait Tescroquerie et protestait, vous connaissez la formule pour une nouvelle amende : A manqué de... respect?!

Faut-il rire? faut-il pleurer?

29 mars 1906.

... Par mes anciennes fonctions, j’ai été à même de voir bien des horreurs dans ce monde composé en majeure partie de pauvres filles sans ressources qui ne croyaient pas, en acceptant un engagement comme chanteuses, être forcées de se livrer à 3a prostitution. La plupart pensaient, en signant leur engagement, quelles seraient libres de leur corps en sortant de la répétition ou de la représentation, et que les nuits seraient pour elles le moment du repos. Vous Êtes encore loin de la vérité- croyez-moi, pénétrez encore davantage dans ce monde malheureux,

11 ne faut pas s’occuper de la chanteuse a Paris. Toutes savent ce qu’on leur demande dans les établissements de la capitale ; aucune n’ignore qu’on ne les paie pas suffisamment pour qu’elles puissent vivre de leurs appointements.

Mais jetez les yeux sur la catégorie qui fait la province Vous vous rendrez compte de ce que l’on exige de ces malheureuses femmes, et vous verrez comment elles sont grugées !

Un ancien commissaire de police .

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