C... f le
Chers Camarades,
Pour lo oonCert où je suis qui n’est autre qu’un© maison de tolérance j’ai dû comme je vous l’avais écrit aller au Commissaire de Police pour la nourriture, le commissaire m’a répondu que c'était des braves gens et qu’à son diner i! s*était contenté dune soupe et d’une pomme de terre et que jamais tort de me plaindre que si je n’étais pas content de la maison je n’avais qu’à m’en aller . Alors comment voulez-vous que Ton arrive à une bonne solution étant soutenu de la sorte d’autant pins que le maire de C... fréquente les loges grillées du beuglant mi compagnie de sa femme légitime et des chanteuses les plus infecte* de la troupe. Quant arriverons nous à faire boucher tes boites pour le him des vrais artistes car la contrée du midi est l’endroit ou il y a le plus de boites de quêtes et
les cités décadentes
de pensions obligatoires pension a 100 francs par mois et nourriture insuffisante et infecte.
J© compte donc sur vous chers camarades pour mettre une fin à tous ces abus.
Signé : R. R...
Le commissaire üVt-i! pas vraiment la sobriété du... chameau? II est certain que les tenanciers le doivent citer comme exemple à leurs pensionnaires. La soupe et la pomme de terre ne seraient qu’un apéritif destiné à leur ouvrir l’appétit en vue de copieuses et fréquentes agapes nocturnes.
Soulignons, sans trop insister, les mœurs de M 1 ™ la mairesse.-.
Heureusement encore, pour la morale, que certaines loges ont ^hypocrisie de leurs grilles...
Les artistes qui se révoltent contre les mœurs imposées an beuglant et qui vont se plaindre aux autorités sont pris en haine par les directeurs lesquels se préviennent les uns les autres ; les honnêtes gens ne peuvent trouver place au café-concert.
XXIY
La IL.., 1905.
... C... ayant demandé au maire de L... IL., la mise en vigueur de son arrêté tombé en désuétude, est mis à F index par tous les tenanciers de la ville.
Samedi, 5 août 1905, une descente de police a en lieu pendant, la soirée, dans les salons des trois Concerts de Ij... h... Les a argousins » ont constaté le flagrant délit — miohetons flirtant avec chanteuses —. Donc, évacuation immédiate desdits salons; réintégration 1° des dames dans les loges ; 2 n des gentlemen dans la salle de concert-
Lp f directeurs ne décolèrent pas contre notre ami C Tcnt Si ' Ve,,t 9Ue C ' e ^ ’ Ui 1 ’ inSti S ateUT *> « bon mou^’
Luc autre artiste, ayant également obtenu de faire respecter un arrêté dans la ville où elle chantait, ne pmit plus trouver d’engagement :
L f tenaneier M * Ch., à Y... reconnaissant en nous
cnedrci 'T* "°" S * sig!lak:s à Montbéliard et
ailleurs pour nous empêcher de travailler Nous avons etc obligés de quitter la contrée; on nous r^
: Pe C ° ,nplHe ’ il f«*t de* petites
li I)
Soyez donc honnête!!!
La vie atroce des petites chanteuses a séduit quelques chansonniers. Voici une chanson que me fit remettre son auteur, au cours de ma campagne...
Fleur d© tremplin
Paroles de Jean de KERLECQ Musique de
C était une ouvrier fleuriste, Une blondinette aux jeux doux Qui rêvait de se faire artiste, D'avoir toilettes et bijoux.
LES CITES DECADENTES
On Feavoya dans la province Où chaque jour, sur un tremplin.
Elle chantait avec entrain Pour un salaire des plus minces.
Refrain .
Chair à cabots, chair à soldats!
Elle traînait dans tous les bras,
De ville en ville,
Bon corps débile,
Se donnant pour gagner son pain, Fleur de tremplin.
Elle se prostituait sans haine Pour un patron qui L'exploitait ; Pour un marchand do chair humaine, La pauvre fille se grisait.
Il faut que le métier rapporte Ou le patron, sans plus tarder,
Quand clic ne sait que chanter, Flanque la chanteuse à la porte,
A» refrain,
Quand elle eut gâté sa jeunesse Elle regretta l'atelier,
En constatant avec tristesse Qu’elle n’avait pas un denier.
Pauvre carrière que la nôtre!
La pauvre gosse avait enfin — Pour maintenant crever de faim — Toujours travaillé pour les autres,
Jit refrain,.
La ivraie de cette histoire C’est que, s’il est d’honnêtes gens,
Bans notre métier, c’est notoire!
11 est aussi des chenapans*
Aussi sans poser à F apôtre Je demande, et j’ai mes raisons,
Qu’on ouvre d’honnêtes maisons Et qu’on fasse fermer les autres!
Au refrain.
La seconde, ci dessous, date de quelques années
Journée de chanteuse*
Paroles de G. AUDE AIN
En de maigres termes, voici
L’emploi d’ la journée d’un 1 chanteuse :
tëurp renon s-l&, F matin dans son lit,
Mal réveillée et hougonneuse.
Elle s 1 met à bâiller.
Puis à s’étirer ;
Elle compt’ le pognon Laissé par un mi eh’ton ;
Bans sa tabP de nuit Elle Fenferm’ sans bruit ;
Puis, ç’ia terminé,
S’ lèv’ pour déjeuner.
Refrain.
Alors elF s’habilF tristement Ln pensant : « Vrai j* suis pas chanceuse ; Encore un qui m’ laiss’ que trois francs. »
Voilà! voilà comment s* lov’ un’ chanteuse.
LES CITÉS DÉCADENTES
A tabr lorsque 11 1 sont réunies Chacun’ dit son mot et jacasse -1 usqu'à ce que le r'pas soit fini ;
II faut que tout Je monde y passe.
D'abord c’est 1* patron Qui n’est qu'un cochon Pare’ qu’il résilie Ce II's qui n soup 1 pas chez lui ; Puis c'est 1’ régisseur*
La femm' du souffleur*
Et la grand' question D'amante et d’ pognon.
Me frai ti.
ff Ah! ma cher', mon p’tit clerc d'huissier C'est une affaire merveilleuse ;
La nuit y s lév' et m iav' les pieds* n Voila ! e' que dis nt à table nos chanteuses.
Bien souvent leur éducation X mer if mêm' pas 1' titr’ de primaire Et ce n'est que de réputation Qu' la plupart connaissant la grammaire.
Pourtant elles ont Titres et blasons Et des noms fameux Chipés a nos aïeux ;
Nobless’ de tremplin Qu'ell’s E muent à plein main ; Folles prétentions D' gardeWs de dindons*
Refrahi.
J'en ai vu dans plus d'un concert Et parmi les plus orgueilleuses Lîr ïîntmiidgmnt à l’envers, ïtoch’fort, voilà la seiene* de nos chanteuses*
TV
Le soir, à l'heur' de travailler,
Pompennées, frisées, élégantes,
Sur la scène, elles viennent chanter ;
If gardez des : elVs sont tout’s charmantes* La plupart chant 1 faux Ou crie corn ni des veaux ;
EH’s passant des couplets,
Font des fautes de français ;
Sûr T s de leurs talents.
De s : i pp! andiss T inents,
El Fs se pomiett'nt tout,
Da Humer su rtout*
Refrain.
Quand V régisseur vient rouspéter ElPs lui répondent, dédaigneuses :
et Le pïanist 1 n T sait pas transposer. >1 Voilà ! voilà la journée d’ nos chanteuses.
Le jeu
Pour dépouiller les artistes, il existe, outre les amendes, un moyen rapide et lucratif : le jeu obligatoire.
T)aiis la plupart clos café s-concerts, beuglants ou boni-bonis, les chanteuses sont tenues d Entraîner, après la fermeture, un client à la table de baccara et
IMS CITÉS DÉCADENTES 213
là, le patron se chargera bien de les dépouiller tous les deux.
Notez que ces faits ne se passent pas seulement dans les petits beuglants, mais encore dans de grands établissements, notamment dans certaines stations balnéaires. Tout le monde a vu dans certains casinos de ville d'eaux le monsieur en frac, cravaté de blanc, qui vient correctement annoncer au publie, après le spectacle : « Messieurs, il y a cent francs en banque 3 » C'est un artiste !
À C.. + un comique, M. I\.,se trouvait devoir au sieur M.*. ? au bout de dix jours de séjour, une somme de 8G0 francs pour laquelle il souscrivait des billets sous le libellé d' a argent prêté » I Dans neuf établissements sur dix, le même procédé est en usage.
Et il n'est pas rare que les artistes dépassent en pertes le billet de mille francs, et il faut à tout prix que les femmes se soient libérées entièrement avant de quitter la maison, sinon les agents lyriques sont prévenus : elles ne seront plus replacées, Si par hasard elles parviennent à s'engager directement leurs appointements sont saisis (1). C'est la famine en perspective.,. II leur faut donc employer tous les moyens possibles pour se libérer et sortir de la situation.
Pour ce! a, il leur reste deux ressources ; ou chercher un « monsieur sérieux n qu'elles puissent attendrir et qui paiera leurs dettes ou entraîner au jeu le plus de clients riches possible ; car, par magnanimité, si l’artiste parvient à rabattre sur Je tapis vert quelques « pontes » sérieux qui feront fructifier rapidement la banque du directeur ou de son homme de paille, le patron consentira à faire à l'artiste remise de tout ou partie de sa dette.
(1) Ce qui est tout à fait contraire aux lois.,.
EA TRAITE DES CHANTEUSES
C’est donc l'association éhontée, mais forcée, de l'exploiteur et de I exploitée pour voler ks gogos.
A vrai dire, l'artiste n'est pas toujours obligée de jouer ; mais, dans certaines villes d'eaux ou sur certaines plagies, les femmes qui ne rabattent pas sont résiliées. Seulement disons de suite que, dans les maisons où l'on défend aux artistes l'accès des salles de jeu, elles s'y introduisent quand même. Ainsi, a Monte- Carlo, les petites femmes du corps de ballet et ks petits rôles hantent continuellement, et malgré l'interdiction des autorités monégasques, ks grandes salles. Il est juste d'ajouter que la plupart d’entre elles sont les maîtresses attitrées do oes bourreaux d’argent qu'on appelle : croupiers.
À Nîmes, dans le théâtre municipal même, qui coûte aux contribuables nîmois 72,000 francs de subvention, k inaire a installe un beugla-nt-tripot où les femmes consomment, sou peut, mais où, surtout, elles font jouer les gogos de passage ou ks mineurs, moyennant un droit de 2 francs. Du reste, rien n'est plus bizarre que ce théâtre. Figurez-vous l’Odéon, dans lequel seraient installés :
l tJ Au rez-de-chaussée, côté gauche, la Bourse des vins/ ;
2° Au l eT étage et 2 ft étage, le Conservatoire de musique!! ;
3° Au rez-de-chaussée, côté droit, un café servant de beuglant?? ;
4° Au rez-de-chaussée, attenant au café, un tripot!/! ;
5° Au 1 er étage, côté droit, la Bibliothèque pédagogique! ;
6 Ü Àu 1 (F étage, même cote, la Ligue de Venseignement! ;
7° Au 1 er , sur le derrière, le Bureau de police du /// 6 arrondissement!/
LliS CITÉS DÉCADENTES
Il ne s’est trouvé qu’un conseiller municipal pour protester contre cet abus : M. B1 a chère,
À quoi songe donc le préfet du Gard?,**
Les lettres ci-dessous sont édifiantes tout de même :
Ici, le Régisseurj V.**, fait la propagande pour que les daines aillent au jeu après la soirée : « Mademoiselle, — leur dit-il à leur arrivée, — il y a ici des types chic et vous pouvez monter au cercle après la soirée, vous y serez bien reçue. » Depuis un mois, voici ce que j’ai vu : M 11 ® B... a perdu au jeu tous ses appointements. Résiliée à la quinzaine elle a été forcée de laisser une malle en gage pour sa pension. M u * Z..., ayant aussi perdu ses appointements, a été résiliée également. Une troisième artiste, ayant tout perdu, doit 20 francs à la caisse ; mais comme elle allait tous les soirs au jeu on la garde quelques jours en plus* La quatrième est dans le même cas* Tant qu’elles avaient de l’argent à la caisse, on leur donnait des à-comptes, et le jour où elles ont été décavées, on les a remerciées*
Ch..*, 15 avril 1906.
Monsieur.
... J'ai voyagé partout, et ai vu commettre des choses honteuses et écœurantes, non seulement dans les « beuglants », mais aussi dans des établissements qui se disent u de 1 er ordre » et qui ajoutent le vol à la prostitution obligatoire* Car beaucoup do cm établissements, principalement ceux du Midi, ont un cercle attenant et soidisant privé où le Directeur force ses artistes femmes à jouer leurs appointements ou le produit de leurs occupations nocturnes* Le monsieur qui accompagne la dame est
LA TRAITS DES CHANTEUSES
toujours ajdmis dans ces tripota, quoique ne faisant pas paTt-ie du cercle*
II est bien entendu que rentrée est forcée pour les chanteuses, mais qu’elle est rigoureusement interdite aux artistes mâles... Enfin, aujourd'hui, depuis l’agent lyrique, le Directeur, le Régisseur, l’Administrateur, et jusqu'au garçon de scène qui devient à son tour proxénète, c’est à qui exploitera, pressurera les pauvres chanteuses, dont beaucoup, malgré leur désir de vivre honnêtement, ne peuvent pas se sortir de la fange où elles sont engluées.