‹ La traite des chanteuses (moeurs de province)Chapitre 47 sur 71 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Jugements iniques

Un avocat qui tourne casaque. — Une proxénète et son pourvoyeur. — Bruant et Pr athénien. — Les artistes ne doivent consommer que dans la maison qui les a engages. Attendus u déconcertants.

A ffa ire d 7 A u b U$$ on ,

H serait permis de croire que la chanteuse, exploitée par Tagent lyrique et le tenancier, repoussée par les autorités, condamnée par la justice de paix, trouverait grâce devant les tribunaux français... Il n’en est rien!,,. Les deux jugements iniques que nous allons mettre sous les yeux du lecteur prouveront surabondamment que ces malheureuses sont poussées irrésistiblement vers la « prostitution clandestine obligatoire h ; on verra de quelle façon odieuse on cherche à les assimiler aux prostituées.

Ce qu’il y a de plus curieux dans le procès d’A,,., — après toutefois l’acquittement de D... qui est le morceau de résistance, — c’est de constater que son avocat se trouve être M a L,.., piètre chansonnier inconnu sous le nom de,., mettons Le corbeau, assez

grosse légume » à la Société des Editeurs de la rue Chaptal, qui fut en quelque sorte un des anciens fondateurs du Syndicat des Artistes Lyriques et Dramatiques, — Syndicat qui jadis s'était forme dans le but de lutter contre les abus infâmes des agents lyriques et des correspondants de théâtre.

On assiste assez souvent a des retournages de veste 1 mais celui-ci dépasse les bornes...

M* L,.. rappelle un peu trop vivement l'avocat de Courteline qui, recevant en pleine audience sa nomination de substitut du procureur, se met sans vergogne à accabler le prévenu qu'il défendait tout à heure, en transformant sa propre défense... en réquisitoire.

Il y a là un manque de conscience que tous les honnêtes gens, et même les avocats de la jeune génération, blâmeront.

Mais venons aus faits :

Depuis la mort de M, Bourrut, survenue il y a cinq ans environ, Ida Pinpin avait transformé en café-concert 1 etablissement on question, qui devint bientôt lo lieu de rendez-vous de tous les fêtards (1).

Non seulement on y flirtait avec les artistes (F), mais on y jouait au baccara, on y soupaîfc la nuit en joyeuse compagnie, on se livrait à des orgies de toutes natures.

- recrutement du personnel artistique était bien fait pour faciliter la débauche.

C’est à l'agence Duliem, do Paris, que s’adressait la veuve Bon mit pour se procurer des... chanteuses. Mais la tenanoiere se préoccupait surtout de la jeunesse et de la beauté de ses futures pensionnaires ; peu lui importait les connaissances vocales et musicales.

(1) Extrait du Moniteur du Puy-de-Dâ vembre 1904.

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2 et 4 no-

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Ida Pinpin, en effets demandait des filles jeunes, gentilles et aimant bîern!

Les lettres — qu'elle faisait souvent écrire par la pianiste de son café-concert — sont sur ce point fort instructives*

Il faut bien dire que F agence Duhem facilitait sciem* ment ou inconsciemment les scandales rï'Aubussom Elle se conformait un peu trop ponctuellement aux « commandes n de la femme Bourrut et envoyait dans rétablissement de celle-ci des filles mineures, dont le talent artistique était nu K et dont la garde-robe était si mal garnie qu’elles devaient, le soir même, se livrer à la débauche pour pouvoir manger le lendemain.

Les artistes payaient 40 francs de pension par mois à la tenancière du « Café des Arts » — cela sur Tunique produit des quêtes et versaient, en outre, à M. Duhem, 5 0/0 de leurs bénéfices (P)*

A la suite des scandales dont rétablissement d’Ida Pinpin fut le théâtre, un arrêté en date du 2o mai 1003 réglementa la tenue des cafés-concerts d’Aubusson.

Mais de nouveaux scandales ne tardèrent pas à soulever l'émotion de la population.

Une instruction judiciaire fut ouverte et l'affaire eut son dénouement devant le tribunal correctionnel d’Aubïisson,

Ida Pinpin a été poursuivie sous les inculpations suivantes :

Excitation habituelle de mineures à la débauche ; embauchage de mineures en vue de la prostitution ; tenue d’un jeu de hasard ; outrage aux bonnes mœurs ; prêts usur aires*

Duhem était inculpé de complicité des deux premiers délits.

Le tribunal a écarté les trois derniers chefs de la prévention et condamné la veuve Bourrât à dix mois de prison, 200 francs tTamende et cinq ans d'interdiction de séjour, plus à la privation de ses droits maternels.

L'agent théâtral (?) Duh rm, bénéficiant d'un doute , a été acquitté .

Ma P lapin a interjeté appel de cette décision.

De son côté, le ministère publie a fait appel a minima estimant que Dnhem doit être reconnu également coupable.

Daus sou interrogatoire, la veuve Bourrut déclare qu’on ae jouait que très rarement dans son établissement Coda n’empêche pas qu’un marchand de vins de Narbonne pei-dit, un soir, tout ce qu’il possédait (une somme de V 00 francs), voire même le montant d'une barrique de vin vendue à la tenancière du café des Arts, Le malheureux joueur dut recourir à la générosité d’un de ses correspo niants pour pouvoir regagner sa localité.

Questionnée ensuite sur le principal chef de la préven- Uon, Ida P lupin me qu’elle ait livré ses artistes mineures a la débauche*

, , C est la pianiste, jjiae Carrière, qui, suivant l’inculpée, écrivait directement à M. Duliem les lettres par lesquelles on demandait de gentilles petites femmes*

Le petit salon — qui n’a, parait-il, de salon que le nom — était le lieu de rendez-vous des fêtards.

On y soupait et on y buvait ferme le champagne. De véritables orgies étaient commises par ceux qui le fréquentaient* ’

M. Binos, substitut du procureur général, demande en terminant, la confirmation de la décision des premiers

v' K fl S - en °® qui wmoeroe la veuve Bonrrut et prie la. Cour d infliger une condamnation à Duhem, dont la culpabilité ne fait aucun doute.

M ‘ présente ensuite la défense des deux pré-

venus. 1

Il qualifie de « beuglants » les cafés-concerto du genre de celui connu a Aubusson sous le nom de « Café des

nXn’JT 1 «U applm,tJit le ë este ™ Peu gauche d’une malheureuse fille qui pousse une note plus ou moins harmonieuse, pendant que lo pianiste promène ses doigts sur de-s touches produisant un son de chaudron fêlé.

Ces établissements no sont certainement pas des lieux ou la morale est strictement observée. Mais c’est un mot

smwi nécessaire, du moins difficile à enrayer complètement.

Et M° La grasse estime que les « beuglants de provins » ne sont pas plus dangereux que les grands théâtres de la capitale.

Le défenseur voudrait que les magistrats qui l'écoutent sachent comment vivent certaines jeunes dansuses de F Opéra par exemple, dont les appointements sont minimes, et qui, après avoir quitté le maillot rose, dissimulant leurs charmes futurs, acceptent de se faire reconduire dans une magnifique auto... lî ï! ? !

IF avocat de la veuve Bourrât considère que celle-ci n’a commis aucun des délits qui lui sont reproches.

Elle était autorisée à tenir un concert à quête et jamais elle nfa. excité ses chanteuses à la débauche, ni facilité la prostitution de ses bonnes,

M> Lagasse s’élève, en tout cas, contre la rigueur de la décision rendue par le tribunal correctionnel d’Aubussou, 11 demande h acquittement de Duhem,

L'affaire est mise en délibéré.

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