QUESTIONS
Fait-on la quête?
(I) Tl y a trois ans, un officier, à Agen, tuait encore une véritable artiste, eette fois à coups de revolver.
Est-on nourri?
Est-on logé?
Répète-t-on tous les jours?
Pendant les répétitions, 3es Artistes sont-ils en contact avec le public?
Ces répétitions sont-elles sérieuses? ou sont-elles seulement des prétextes à consommation ?
Les répétitions sonLellcs des représentations publiques?
Le Directeur donne-t-il à souper apres la représentation ?
Si les quêtes ont été supprimées, indiques la date de l’arrêté municipal qui les a interdites et, si possible, procurez-nous un exemplaire.
Quel est le nom du Directeur actuel?
Depuis quelle époque à peu près est-il en fonctions?
Le Directeur possède-t-il un engagement imprimé spécial à son concert?
(Si oui, tâchez, par tous les moyens possibles, d’en avoir une copie et adressez-la-nons.)
Le Directeur perçoit-il des honoraires en son nom?
L’Administrateur perçoit-il des honoraires en son nom?
L’établissement est-il ouvert toute Tannée?
(Si c’est non, dire les dates d’ouverture et de fermeture*)
D’habitude, combien le Directeur occupe-t-il i
1° Do chanteurs?
2 ,J De chanteuses?
3° D’attractions (ballots, pantomimes, etc,)?
4° Est-ce à piano ou à orchestre?
Indiquer les journaux qui paraissent dans la ville .
Dès que le «Syndicat eut pris de I 3 extension, les Du Mec entrep rirent de le ruiner. M. Lefouinard consacra à un certain M. L’Oignon (qui cela peut-il être !) l’article ci-dessous : NOS AMIS !
Ce Roi des Mecs ne broncha point*..
et C'est des agents artistiques que je veux parler, et nul ne s'étonnera de l'appellation toute affectueuse par laquelle je les désignes car leur amitié pour nous est durable et sincère... et va même jusqu'à... l'exploitation.
tt Pourtant, depuis deux années, nos amis semblent nous bouder et nous faire la tête î
ce H'avons-nous pas eu la mauvaise idée de nous former en syndicat, de trouver que tout n'est pas bien dans le meilleur des mondes et de protester contre les agissements des marchands d'hommes, placiers artistiques !
« Pauvres que nous sommes ! quelle fâcheuse idée nous avons eue là! Et certes, Ü va nous en cuire d'avoir osé nous mêler à leur petit commerce plus ou moins propre. On nous le fera bien voir.
u Il est très intéressant le commerce des agents artistiques.
a Sans autorisation préalable, sans se soucier de payer patente, un individu quelconque, à la conscience plutôt souple, et très conciliant quant aux affaires d'honneur, s'intitule un jour agent artistique, correspondant spécial des principaux établissements de France .
a Au monde étonné, il fait savoir, par voie de circulaire, l'ouverture de son officine, et dans les journaux, il fait passer les annonces suivantes — alléchantes oh ! combien — dont personne ne contestera l'authenticité :
— « On demande jeunes et jolies filles pour concerts de province, — Képertoire pas exigé... s'adresser à l'agence l'Oignon, »
— <f Les ouvrières jeunes et jolies, sans travail, désireuses d'apprendre le chant, peuvent se présenter à l'agence l'Oignon. On leur fournit répertoire, cos-
turnes et on leur garantit un engagement dans la quinzaine, r>
« Jeunes femmes bien faites, sont demandées pour jouer dans les revues... »
« Aussi vous pensez si* dès le lendemain, l’agence nouvelle se remplit de futures artistes : cuisinières ayant déserté leurs fourneaux, trottins en rupture d’ateliers, pierreuses en quêtes d'un nouveau trottoir ou quelques dévoyées aussi, perdues de misère, qui se pressent, anxieuses, en l’attente du gain entrevu.
« Le patron trône, magist ral, au milieu de cet essaim de femmes peu farouches et parfois jolies, et très fier, répète à tout venant : « L’agence T Oignon est la seule de Paris où l’on peut trouver des femmes- »
u Aussi, comme la province a toujours besoin de femmes t les directeurs de concerts-lupanars ne tardent pas à répondre aux circulaires du crapuleux l'Oignon... Et Paris compte une agence artistique de plus î
a On y brocante de tout dans cette agence!
« Des chansons, des costumes,,* et de la chair!
« Le maître de céans s’est tout d’un coup révélé poète et compositeur émérite. De méchantes langues prétendent bien qu’il est incapable d’écrire dix lignes de français et de déchiffrer deux notes de musique... Mais pour quelques sous il s’est assuré la propriété d’une ineptie à refrains que toutes scs élèves apprennent en chœur et qu’elles iront plus tard colporter en province.
« L’agent lyrique est devenu auteur ! Il touche des DROITS ! ! !
« Mais tout ceci ne suffit pas à sa gloire, Ï1 veut être encore marchand à la toilette et selon ses promesses il fournit à ses recrues d’anciens costumes neufs, oripeaux crasseux, qu’elles paient très cher, et grâce auxquels elles pourront exhiber leurs chairs veules aux habitués des Àlcazars provinciaux*
« Mais les élèves ont fait des progrès. Habilement stylées par le fameux l'Oignon, elles sont arrivées à chanter à peu près juste une de mi-douzaine d inepties ; on leur a collé une défroqué aux couleurs loyautés et on les embarque un jour -— troupeau vénal — pour quelque beuglant de province où elles devront boire avec les clients, souper... et le reste... et chanter si elles ont le temps. Mais avant le départ, il y a La note à payer et notre ami L'Oignon fait du commerce.
et On a demandé pour elles près d un demi mois d'appointements a titre d J avance. L agent prend d abord sur cette somme, le prix du costume vendu, du répertoire appris, — et ses honoraires, soigneusement comptés, — sur un mois de travail, alors qu'au bout de quinze jours, parfois avant, la malheureuse chanteuse aura été honteusement renvoyée... pour infériorité ou manque d'entrain dans son travail.
u De méchantes langues encore prétendent que ce fameux agent est fournisseur de maisons closes plutôt que de concert! -— Qu'est-ee que cela fait, puisqu'il gagne de l'argent... honnêtement U !
« D'autres fois encore, notre ami l’agent aborde réellement les sphères artistiques et traite des engagements sérieux. Des directeurs qui se fourvoient sont venus lui demander des artistes !
« Alors, M. l'Oignon triomphe! Il signe de vrais engagements pour des misons entières et sur les avances reçues, il a grand soin de prélever ses honoraires pour foute la saison , alors que l'artiste peut être résiliée à la quinzaine ou au premier mois.
a Toujours des mauvaises langues prétendent que l'agent travaille en sous-main à faire tomber les artistes qu'il engage, et à qui il ne rend pas les honoraires perçus en trop, pour les remplacer par d'autres qui paieront à nouveau de fructueux pour cent.
« (Test du commerce, n'est-oc pas? De quoi nous plaignons-nous ?
îc Or, le syndicat a prétendu s'occuper des agences et demander, sinon leur suppression du moins une réglementation très sévère, leur assimilation aux bureaux de placement qui sont soumis à l'arrêté de police de mars 1852.
(t Et les agents protestent, tempêtent, nous vouent aux dieux infernaux, ne pouvant prétendre que les artistes songent enfin à se défendre et refusent de se laisser plus longtemps tondre La laine sur le dos,,.
« Ils déclarent que les membres du Conseil syndical sont des bandits, des vendus... et l'ami l'Oignon s'en va, dans son domaine, ramasser les épingles qui lui serviront à nous faire de soin noises mais insignifiantes piqûres.
« Le sujet est trop beau pour ne pas y revenir bientôt,
« II ne faut pas oublier si vite les agents, ces braves gens,,, nos amis* j>
On voit, à cette réponse, avec quelle rage les tenanciers, toujours amis des agents lyriques, avaient entrepris de boycotter les membres du Syndicat. Mais le jugement d'Epernay (28 février 1906) admirablement plaidé par M e Willrn, actuellement député, donna gain de cause à l'Union syndicale ;
Le fait de refuser de prendre un, employé, un ouvrier ou d’engager un artiste mus examen et sous le seul prétexte qu'il fait partie d'un syndicat constitue, non, pas Vexercice naturel et normal d'un droit , mais une atteinte manifeste et grave portée tant à la liberté de la constitution syndicale, reconnue expressément par Varticle 2 de la loi dîi 21 mars 1884 » tfu’aw travail même.
Dès lors, en mettant à Vindex ita syndicat créé pour défendre les interets de la corporation qail représente, et
en se refusant d 1 embaucher les membres syndiques, sans qu'il y ait jamais eu d'autre motif d?exclusion que leur qualité de syndiqués, un patron commet un véritable abus engendrant une faute réelle et cause au syndicat lui-mcme wtt préjudice à raison duquel ü est passible de dommages intérêts envers ledit syndicat .
Voici de quelle façon les tenanciers entendaient recevoir les membres du Syndicat :
Cher Monsieur,
J’attendais une occasion pour vous parler de VUnion syndicale des Artistes lyriques ; je n'ai pas conservé votre correspondance et ne me rappelle plus si c'est pour le compte de cette Association que vous avez mission de tenter la suppression des quêtes.
Quoi qu'il en soit, j'ai pris la résolution de fermer ma Maison à tout artiste faisant partie de ce Syndicat. Cette résolution est motivée par l’apposition sur les murs de Bourges d’un, placard ignoble, non signé ou plutôt signé, do façon que je no puisse m’adresser directement à son auteur et lui tirer les oreilles, comme il le mérite, j'ai protesté par une lettre adressée au Conseil syndical?t Ce dernier s’est réfugié derrière un silence prudent probablement qu’il craint de recevoir nia) botte au cul (sicj.
Veuillez donc me rassurer à votre égard en me faisant connaître que vous n’avez rien de commun avec cette bande d’Apoches.
Amicales salutations de votre bien dévoué.
Mais des directeurs plus intelligents, comme M. Cazautets, soutiennent les syndiqués :
... 11 est donc nécessaire de mettre un terme aux operations des trafiquants de chair blanche. Plusieurs moyens
peuvent être préconisés* Tout d’abord il faut surveiller les peeudo-agences lyriques où Ton recrute les jeunes filles, comme le disait si bien M. Ibels, et d’où on les expédie, d’où on îcs vend, — avec délai de paiement, — aux tenanciers.
Le syndicat des artistes lyriques pourrait également jouer un rôle efficace* Beaucoup de ses membres cherchent déjà à remédier aux scandales que nous connaissons. Les adhérents devraient se refuser à travailler dans les maisons interlopes ; ils devraient s’efforcer de prévenir les jeunes débutantes contre les dangers qui les guettent dans ccs maisons. Avec leur expérience, ces artistes seraient écoutés, et leurs conseils, peut-être suivis*** alors que maintenant les artistes semblent éviter de se fréquenter.
Ce syndicat pourrait aussi charger certains de ses adhérents de lui signaler ce qu’ils verraient et rencontreraient de répréhensible. II faudrait aussi que les réglements de police édictent sévèrement :
1® La suppression des loges sur la scène ;
2 , ] La suppression des loges donnant accès aux specta* teurs dans le foyer ou dans les loges des artistes ;
3 , J La suppression des cabinets particuliers attenant à la salle de concert ;
4° L’interdiction d’ouvrir un cercle dans les dépendances des concerts, ou T interdiction de recevoir les artistes dan> la salle des jeux*
Ce sont d*autres points principaux qui viennent s’ajouter à ceux signalés par M. Ibels. Il faut de toute nécessite et de toute évidence que les artistes soient présents aux répétitions et aux représentations. Mais leur métier d’artiste fait., ils doivent être absolument libres et n’avoir aucun compte à rendre aux directeurs*
Il faudrait surtout n’accorder la permission d’ouvrir un concert qu’aux personnes dont la bonne moralité est reconnue.
Signé : J* Cazautbts, Directeur du CVmo de limoges.
... À mon humble avis^ le remède est facile*
Il faudrait considérer les artistes, hommes on dames, comme des ouvriers qui, lorsqu’ils voyagent, sont tenus d'avoir un livret* Ce livret porterait, eu plus de leur état civil, le nom sous lequel l'artiste désire exerfeer son métier, avec défense pour eux ou pour eFcs d'en changer, et pour n’importe quel motif.
De plus, il faudrait obliger le commissaire de police à exiger des artistes qu’ils se présentent pour faire viser leur livret à l’arrivée et au départ, et Fartiste ne sera admis que si, à Tarrivée, son livret porte le cachet du commissariat de la ville d’où il vient.
Avec ces exigences, vous aurez des artistes à peu près potables, et beaucoup moins de ces filles en rupture d’aigu il le, de casseroles, etc.*, qui s'intitulent chanteuses exclusivement pour cacher leur jeu.
Il est certain que celles qui chantent dans les cafés ne sont pas des vierges et que les accrocs donnés à la vertu sont nombreux ; mais il y en a tout de même qui dépassent la mesure et je ne vois guère le moyen d'empêcher cet état de choses que le livret régulièrement tenu qui doit accompagner la femme dans ses pérégrinations*
Un directeur de concert de province.
Certes, quelques mauvaises brobis se sont glissées parmi les syndiqués des deux sexes ; on récolte mal dans Forage quand on a semé dans le vent; mais répu ration se fera d’elle-même et Feutrée du Syndicat deviendra de plus en pins difficile dans F a venir... Mais, hélas L. ce sont là encore des projets**.
L'espoir est-il enfin permis 1***
Je le erois*
Au lendemain de mon premier article, n’ai-je pas reçu la lettre suivante, écrite de la main d’un des secrétaire du ministre de FIntérieur?...
Ministère de Tinté rieur.
CABINET Paris» 30 mars 1906,