‹ La Traite et le Droit InternationalChapitre 44 sur 54 · Les Français au Niger · texte numérisé non relu

Les Français au Niger

moralisation inférieure ne travaillent que contraints et forcés ; ayant toujours travaillé pour autrui, n'ayant jamais été livrés à eux-mêmes et manquant par conséquent de toute initiative, ceuxci deviendront les pires vagabonds ne désirant qu’une chose : capturer un ou plusieurs esclaves pour les faire travailler à leur tour pendant qu'ils se reposeront. ”

Dès lors la grande majorité des campagnes deviendra déserte, les champs seront laissés incultes, les propriétaires ruinés par la disparition soudaine de leur capital le plus productif et cela pour voir dans les villes un afflux innombrable de désæuvrés vivant au jour le jour, ajoutant aux crimes les plus fréquents la démoralisation la plus grande.

Telles étaient les considérations que M. Hardinge, consul à Zanzibar, dans un magistral rapport, exposait au comte de Kinberley, le 26 février 1895, en réponse à la propagande de la société antiesclavagiste de Londres. Telle étaitaussi l'opinion du cardinal Lavigerie qui, dans un discours prononcé à Saint-Sulpice, le 20 septembre 1890, s’exprimait ainsi : « L’esclavage est un facteur essentel de l’état social africain ; sa disparition violente préparerait des ruines incalculables, un: champ immense où rien ne survivrait ».

Ces voix ne furent point entendues et le 6 avril

1897 le sultan, contraint par l'Angleterre, fit publier un décret abolissant l'esclavage à Zanzibar (1).

Les heureux résultats de cette mesure ne s’é6taient guère fait sentir le 4 septembre 1897, car à cette date, M. Burth, écrivant au Times disait : « L'état actuel de l'esclavage ne diffère en rien de ce quil était avant la promulgation du décret du 6 avril. Un esclave qui s’évade est bientôt repris et mis en prison pour le seul crime d’avoir essayé de réclamer la liberté à laquelle il a droit ».

Ces résultats semblent bien être restés les mêmes, car le Journal des Débats du 20 octobre 1898 s'explique dans des termes presque identiques : «Les mesures prises depuis le mois de mars 1897 n'ont eu jusqu’à présent pour effet que de compromettre gravement la prospérité des exploitations agricoles de Zanzibar ». La récolte des clous de girofle a été compromise par suite du manque d'ouvriers et le même journal ajoute que « pour la plupart des nègres zanzibarites la liberté consiste à avoir le droit de refuser tout travail ».

1. Ce décret laisse subsister les droits sur les concubines, tels qu’ils étaient auparavant à moins que celles-ci ne réclament leur liberté pour cause de mauvais traitements. Elles seront considérées comme femmes légitimes. Indemnité pour tout esclave reconnu légalement comme tel ; mais lallocation

de cette indemnité devra être ratifiée au préalable par le pre-

mier ministre.

De Montardy 13

Pour y obvier les autorités anglo-zanzibarites ont élé obligées d’embrigader ces nouveaux affranchis, d'établir des dépôts où les anciens propriélaires peuvent venir louer leurs esclaves moyennant un prix fixé par l’administration de 0 fr. 06 environ la mesure de clous de girofle cuelllis.

L'exemple est des plus concluants pour établir que la liberté complète accordée aux nègres immédiatement et sans transition est un remède pire que le mal de la traite. I] faut avant tout leur faire comprendre que malgré la sollicitude pour leur destinée. on est en droit d'exiger d’eux un certain travail au profit de la société. En détruisant par la racine la traite et la vente des esclaves dans les pays d'outre-mer c'est-à-dire en observant rigoureusement et en complétant dans la pratique les mesures de l’Acte de Bruxelles, les puissances appliqueront le seul et efficace remède pouvant être employé pour panser la plus affreuse plaie qui dévorele continent noir. Comme le disait le cardinal Lavigerie (1): «Pourle momentlon doit se contenter de combattre la traite, le marchand d'esclaves, voilà le bourreau de millions d'hommes qu'il faut traquer et anéantir sans merci ». Voilà queldoit êtrele grand but, l’objet de toutes les sollicitudes des puissances. Mais quant à croire que

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