‹ La traite, l'émigration et la colonisation au BrésilChapitre 26 sur 31 · EXPRESSA DO GOVERNO IMPERIAL · texte numérisé non relu

EXPRESSA DO GOVERNO IMPERIAL

Il y a plus t^dans sa sollicitude exclusive pour les propriétaires et pour l'institution particulière^ ainsi qu'on dit à Richmond, le ministre brésilien défendait l'engagement des socialistes, des ouvriers parlant politique, des soldats de la Jeune-Allemagne, des hommes ayant fait partie des corps francs (1). Avec des immigrants de cette catégorie, en effet, l'application du système dégradant de IdLparceiria aurait pu présenter, des difficultés sérieuses. Peut-être, aussi , le ministre ridoutait-il des complications d'une autre nature, produites par les promesses fallacieuses et mensongères des agents d'émigration : celles, par exemple, qui auraient résulté des protestations énergiques d'hommes abusés indignement, mais bien décidés à obtenir l'exécution des engagements contractés envers eux.

C'est qu'il est difficile de marier dans son âme l'ardent amour de la liberté, avec le respect de l'institution servile.

Voilà pourquoi des hommes jeunes, enthousiastes, vigoureux, intelligents, inquiets, comme tous les déclassés, — précieuse acquisition pour un pays de progrès qui possède un immense territoire, — ont été repoussés, comme des êtres dangereux, par le ministre d'un empire esclavagiste.

La correspondance publiée par M. J. J. Sturz vient de

(1) Nada de socialistas ^ de soldados de Jovem-Allemanha , que pertencessem a corpos francos ; nada de officiaes que discutem polilica, que discorrerem sobre formas de governo. Lettre du marquis d'Abrantes du 18 octobre 1850, à M, J. J. Sturz.

nous donner la solution du problème contenu dans cette formule qui nous a si fort intrigué naguère : dignos de immigraçaô. Des individus qui ne confondent pas dans un même sentiment d'admiration les pionniers de l'avenir, et ces hommes d'État du passé qui redoutent pour leur Ptys l'invasion de l'idée — ils disent, eux : le virus — démocratique , ces individus ne sont certainement pas dignes d'entrer dans \q paradis brésilien.

hs, paceiria, cela est prouvé désormais, peut bien enrichir les entrepreneurs , et nous comprenons que dans la lettre d^à citée, le senhor Vergueiro déclare nettement que sa colonie ne réclame aucune faveur du gouvernement. Reste à savoir si les émigrants se trouvent également satisfaits. Sans doute, les émigrants sont satisfaits, répondent les entrepreneurs; et sans se préoccuper des faits que nous venons de citer, ils nous opposent les lettres de certains colons, qui ne respirent que la joie et le bonheur. Ces écrits doivent suffire, selon eux, pour faire tomber les bruits affligeants qui circulent en Europe sur le triste sort des émigrants.

Le docteur Heusser a fait bonne justice de ces subterfuges, employés pour égarer l'opinion publique. On sait maintenant, à n'en pouvoir douter, que ces lettres enthousiastes ont été presque toutes écrites, soit, dans les premiers jours de l'arrivée, sous l'influence d'illusions encore complètes; soit, plus tard, sous l'-empire de l'am our-propre qui ne permet pas de reconnaître qu'on a commis des fautes, ou de la crainte qui empêche d'oser

le dire. Cette dernière explication paraîtra encore plus naturelle, si nous ajoutons que le secret des lettres a été plus d'une fois violé, et que des correspondances, écrites dans un sens complètement opposé, ne sont jamais parvenues à leur destination. ^

La conclusion du rapport adressé aux cantons suisses n'est pourtant pas absolument défavorable au système de parceiria. Le consciencieux docteur, malgré les faits déplorables dont il a été le témoin, ne condamne pas radicalement ce système. Il croit que la maison Vergueiro ne veut pas faire d'une race libre un peuple d'esclaves, et qu'il y a possibilité pour le colon régi par les statuts de cette Compagnie, non-seulement d'acquitter ses dettes, maisencore de se créer une position supportable. Il cite, à l'appui de son opinion, les vingt familles suisses établies depuis 1855 sur le territoire d'Angelica, et dont la première année de travail a constitué un excédent de recettes d'environ 3,400 fr. Mais il oublie de nous dire quelle aurait été la situation des colons si la récolte de 1856, au lieu d'être magnifique, avait été mauvaise, ou seulement ordinaire. L'écrivain officiel a gardé toutes ses foudres pour l'application abusive du [système et aussi pour l'interprétation déloyale des statuts.

Nous avons mis sous les yeux des lecteurs les pièces du procès; ils peuvent apprécier, en pleine connaissance de cause, les conclusions du rapporteur bernois. Beaucoup d'entre eux, loin de les taxer de sévérité, seront

sans doute tentés de les accuser d'une excessive indulgence. (1) '

Pendant que le senhor Vergueiro spécule sur les tètes des colons , et que les autres fazendeiros suivent l'exemple de leur honorable confrère , le temps marche, et les événements produisent leurs conséquences.

Le bill Aberdeen, nous l'avons dit déjà, a porté un coup mortel à l'esclavage. La race nègre, n'étant plus renouvelée constamment, diminue chaque jour au Brésil, et, comme si ce n'était pas assez des causes ordinaires de mortalité, le choléra, depuis quelques années, vient accélérer encore cette rapide dépopulation. La gravité d'un tel état de choses n'a pu échapper à personne ; les fazendeiros d'abord et, après eux, toutes les classes de la nation ont jeté un cri d'alarme. Jusqu'à ce jour, cependant, leurs craintes trop légitimes n'ont pas encore été pleinement justifiées. Si le prix des denrées de première nécessité s'élève peu à peu, la production agricole semble s'être maintenue au même niveau; le mouvement commercial, dans les villes, s'accroit avec rapidité ; les finances de l'Etat sont dans une situation prospère ; une sorte d'activité fiévreuse se manifeste sur tous les points et dans toutes les parties de l'Empire.

Cette situation anormale a besoin d'être expliquée.

(1) C'est en 1857 qu'a paru le rapport du docteur Heusser. Depuis lors, uno autre relation, celle du «.avant naturaliste suisse Tsclmdi, est venue corroborer par d'autres faits révoltants, l'appréciation, si douloureuse dans sa modération, du docteur Heusser. Le rapport officiel du plénipotentiaire Tschudi a été publié le 9 octobre 1860.

Les propriétaires, effrayés de la diminution de leurs noirs, ont cherché à prévenir, pour quelque temps du moiïis, les conséquences d'un fait aussi grave pour eux. Dominés par un égoïsme impitoyable, ils n'ont pas craint, pour conserver l'intégrité de leurs revenus, d'imposer àJeurs esclaves un travail excessif; désormais, le nombre de ces malheureux étant réduit, chacun d'eux a dû remplir une tâche plus considérable, et cinquante d'entre eux font aujourd'hui ce que faisaient autrefois soixante-dix ou quatre-vingt nègres. Il n'est pas difficile de prévoir les résultats d'un pareil système. A ne point considérer même la question d'humanité, qui ne voit que ces fatigues démesurées vont décimer la population esclave dans une proportion encore plus forte, et que, pour avoir voulu conserver pendant quelques années une richesse factice, les propriétaires se sont préparé pour l'avenir une ruine complète? Pour le moment, ils ont maintenu l'importance de la production agricole ; nous parlons de la production des articles d'exportation , tels que le sucre, le café, le coton ; car, on ne saurait trop le répéter, tout a été sacrifié à la culture des plantes industrielles; c'est là ce qui explique, avec la mortalité des noirs et l'insuccès des- colonies agricoles, le renchérissement subit et énorme des substances alimentaires, à côté de la prospérité commerciale de l'Empire.

Une telle situation ne saurait qu'empirer tous les jours. Rien ne fait présager l'abaissement du prix des objets de première nécessité; tout fait prévoir au con-

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traire la réduction prochaine des autres produits lorsque, les bras venant à manquer tout à fait, le Brésil se trouvera atteint à la source même de sa prospérité agricole. Cela est si vrai que déjà, sur certaines plantations, les nègres ne reçoivent plus leur ration accoutumée de mandiocaQ\iAQfeijoês (haricots noirs) , et que la mendicité est à l'ordre du jour parmi les populations libres, mais affamées, de l'Equateur. %

En présence de l'inaction des pouvoirs publics, nous ne voyons que l'émigration européenne qui puisse porter remède à ce mal qui va croissant. Mais le gouvernement impérial, tout comme la législature , on ne saurait trop le répéter, ne sait pas comprendre la situation, ou, s'il la comprend, il n'a pas la force d'y suffire. Soit aveuglement, soit mollesse, il semble vouloir justifier les reproches qui lui ont été adressés dans le Parlement anglais et dans les feuilles allemandes. Il a pris une mesure sage, habile, si l'on veut, en obligeant les acheteurs de terres à introduire un certain nombre de travailleurs dans l'Empire. Mais son initiative ne peut-elle aller plus loin? Se croit-il dégagé de toute responsabiUté depuis 1855, époque où il a fait un modique sacrifice en faveur des entrepreneurs de colonisation? D'abord, qu'est-ce qu'une subvention de 90 francs élevée, c'est M. le consul Porto-Alègre qui l'affirme, à 100 francs, pour l'introduction de chaque colon de douze à trente-cinq ans, et de 60 francs pour ceux de cinq à onze ans ? Est-ce là un effort suffisant ?-Ensuite, si le gouvernement a acquis

quelque droit sur les entrepreneurs en leur prêtant son appui, dans la mesure indiquée; pourquoi ne s'est-il pas réservé, en échange de cet appui, la faculté d'intervenir dans les contrats pour protéger efficacement les colons? Cette imprévoyance, il le sait aujourd'hui, a produit les plus tristes résultats.

Ici, ce sont des émigrants italiens dont les journaux de Turin nous ont appris lés déceptions affreuses. Partis pour le Brésil et pour les provinces argentines, sur la foi de promesses mensongères, ces malheureux, décimés par les maladies et la misère, se sont vus forcés de retourner en Europe, après avoir épuisé leurs dernières ressources.

Ailleurs, c'est le contraire qui est arrivé. Des Allemands, ouvriers paresseux et débauchés pour la plupart, engagés pour le compte d'un entrepreneur moins expérimenté que le senhor Vergueiro, n'ont pas voulu s'astreindre à la nourriture frugale, mais saine, qu'on leur présentait. Us exigeaient qu'on leur fournit, à la place de carne secca et de farine de manioc, de la viande fraîche, du pain, de la bière et des liqueurs fermentées, déclarant qu'ils ne se mettraient au travail que si on faisait droit à leur demande. Comme il y avait impossibilité de les satisfaire, ils ont rompu leur engagement et se sont dispersés dans toutes les directions. La fainéantise a conduit les uns à la misère ; l'ivrognerie, si dangereuse dans ces climats brûlants, a tué les autres. Quant à l'entrepreneur, il a été ruiné.

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On comprend que ce fait puisse se renouveler, lorsqu'on sait que certains gouvernements font maintes fois des avances à des hommes tarés dont ils veulent se débarrasser, et à des individus fatigués et vieillis qui sont une charge pour le pays.

Le docteur Heusser ne nous laisse aucun doute au sujet de l'incapacité et de l'immoralité dont nous parlons, puisqu'il constate avoir trouvé parmi les colons qu'il a visités, des vieillards et des gens de mauvaise vie, sortis de maisons de correction [Gewesene zachthans strae/Iinge, en bon français : des forçats libérés). Le Directeur de la Répartition des terres publiques, le senhor Manoël Felizardo de Souza e Mello, confirme, dans un rapport officiel, l'assertion du docteur. Il déclare que, dans plusieurs États européens, on a tiré des prisons, pour les envoyer au Brésil comme colons, des hommes incorrigibles, incorrigiveis. Enfin, le député Moura apporte aussi son témoignage que nous devons recueillir. Dans la séance du 10 octobre 1857, il s'est plaint de trouver confondus parmi les ouvriers probes et laborieux qu'amène l'émigration, des galériens [gales) ^ des repris de justice [réos de policia)^ véritable peste pour les populations de l'Empire, auxquelles ils communiquent leurs habitudes vicieuses.

Nous ne parlerons pas de l'introduction malheureuse de 300 Chinois de Singapore. Nous laisserons également de côté les essais infructueux de Monte-Bonito , de Pedro II, dans le district de Pelotas; et aussi ceux de

Ton^es et Tres-forquillas, de Martim-da-Sà ^ de Santo- Amaro, de Superagiiy^ etc., etc., pour arriver aux colons suisses d'Ubatuba. Ces colons, travailleurs honnêtes, tracassés par un fazendeiro du voisinage avec lequel ils vivaient en mauvais intelligence, ont été arrachés à leurs chantiers et envoyés, par ordre du gouvernement, dans la province de Espirito-Santo. Le docteur brésilien Barros avait déclaré que tout était prêt pour les recevoir sur les lieux affectés à leur nouvelle destination. Le vapeur Mucury transporta donc les 169 Suisses à la colonie de Santa-Maria. Mais, c'est un document brésilien qui nous l'apprend, au lieu de trouver tout prêt ^ suivant l'affirmation du docteur philanthrope, ils durent reconnaître que les dispositions les plus simples avaient été négligées. Les provisions manquaient absolument; pour toute habitation, on leur offrit quatre cabanes, espèces de ranchos délabrés, tels qu'en habitent les Boticudos sauvages. Ce trait forme le pendant de celui de la colonie Pedra-Lisa qui, pour le même motif, ne vécut que deux mois à peine.

Quelque déplorables qu'ils soient, ces insuccès sont moins navrants encore que celui de la colonie de Nossasenhora-do-0\ établie sur les bords du Rio-Tocantins ou Para. Cette colonie, récemment créée, avait obtenu des secours considérables, tant de l'administration provinciale que de l'État. Un premier convoi^ — comme cette expression est juste ici, mon Dieu! — composé d'Allemands et de Belges, fut aussitôt accueilli par la fièvre,

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anéanti par la mort, ou dispersé par la fuite. Une seconde importation de 150 émigrants ne réussit pas davantage. L'épuisement, — hôte fatal de ce climat meurtrier, — vient de substituer aux cabanes coquettes, aux riantes plantations sucrières, des ruines|et des tombeaux.

Nous pourrions citer vingt faits du même genre; nous pourrions rappeler la tentative du docteur Moure, actuellement en France, qui, avec des intentions que nous nous plaisons à croire loyales et généreuses, est parvenu à consommer en peu de temps sa propre ruine et celle des colons qu'il avait associés à son exploitation phalanstérienne. Nous pourrions raconter l'histoire d'un autre utopiste, médecin comme le précédent. L'échec du docteur Faivre n'a pu d'ailleurs surprendre personne, pas même celui qui l'éprouvait, car il l'avait en quelque sorte annoncé en accompagnant toujours sa signature de ces mots singuliers : le plus malheureux des hommes. Comptez donc sur le succès d'une entreprise dirigée par un homme doué d'une si favorable étoile ! Il est facile d'imaginer le découragement qu'ont dû jeter parmi les immigrants tous ces échecs, tantôt causés par la mauvaise foi des entrepreneurs, tantôt par leur inexpérience, mais toujours funestes à ceux qu'ils avaient séduits.

La prospérité des deux colonies Novo-Friburgo et Pétropolis ne détruit pas ce que nous venons de dire.

Le premier de ces établissements occupe une position avantageuse dans la vallée du Parahyba^do-Sul^ et,

pourtant, dix ans après son installation, il ne restait plus que les deux tiers environ des 1,700 colons Suisses importés sur ce point. Aujourd'hui Novo-Friburgo est devenu une ville brésilienne.

Pétropolis, peuplé de Badois et de Bavarois, a été fondé en 1845, d'après le premier système ci-dessus signalé, c'est-à-dire par l'entière initiative de l'Etat. Le voisinage de la résidence d'été de l'Empereur ; la salubrité des lieux, la route construite, à travers les montagnes, par le gouvernement, le bas prix des terres vendues, les facilités pour le remboursement des sommes avancées ; enfin, et surtout, l'exécution loyale des contrats ; toutes ces causes réunies expliquent la réussite de Pétropolis.

Pourquoi la colonie allemande dé Dona-Francisca (dans la province de Santa-Catarina) n'a-t-elle pas suivi la même progression heureuse? Cet établissement se trouvait pourtant dans des conditions exceptionnelles de succès. Créé, en 1846, par une Compagnie hambourgeoise, sur une portion des terres constituées en dot à la princesse de Joinville, Dona-Francisca a confondu, à la fin de 1855, ses intérêts avec ceux du prince français. Ajoutons encore que le gouvernement brésilien a protégé cette colonie d'une manière toute spéciale. Eh bien ! le développement de Dona-Francisca a été très-lent jusqu'à ce jour; nous sommes même autorisé à prétendre que les résultats futurs ne répondront pas de si tôt aux efforts dépensés en vue d'un meilleur avenir. M. Avé-

Lallemant et, après lui, M. Elisée Reclus, ont vu à travers un mirage les deux centres : Joinmlle et Annaburg qui composent cet établissement. Dona-Francisca possède ou possédera bientôt une église catholique, un temple protestant, une prison, la route de la province de Paranâ. On y trouve aussi, nous le voulons bien, des hommes instruits qui ne dépareraient pas la chaire d'une des universités germaniques et qui peuvent interpréter, comme des artistes consommés, les partitions de Beethoven, de Mendelssohn et de Mozart. Mais, avons-nous besoin de le rappeler? ce ne sont ni les savants, ni les musiciens qui font la prospérité d'une colonie. Le progrès matériel ne s'accomplit plus au son de la lyre, comme au temps d'Orphée, et les violons ne sauraient remplacer la hache et la charrue. Pour avoir une idée exacte de la situation où se trouve Dona-Francisca^ on n'a qu'à comparer la production et la consommation de cet établissement. En 1859, l'importation des denrées alimentaires s'est élevée à 62 contos de reïs (186,000 fr.), tandis que l'exportation n'a atteint qu'un chiffre insuffisant de 10 contos (30,000 francs).

Ces chiffres établissent la situation vraie ; ils proviennent d'une source dont on ne pourra pas suspecter l'impartialité : L'Empire du Brésil. M. le comte de la Hure prévoit même des embaîTas sérieux pour l'avenir, « à moins que les subventions du Gouvernement ne se continuent longtemps encore.. »

Nous placerons sur la même ligne la colonie du docteur

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Blumenau. Ici encore, l'État a consenti d'importants sacrifices; mais ces sacrifices n'ont pu combattre avantageusement les conditions défavorables imposées au travail par la Compagnie. Si les colons de Novo-Friburgo et de Pétropolis ont prospéré, c'est parce qu'ils possédaient en toute propriété le sol fécondé par leurs sueurs. Si, au contraire, malgré 1 extrême fertilité de ses terres , l'excellente position qu'elle occupe sur les ri^s du Rio Jtajahy-Assû, et les subsides considérables que le gouvernement lui a fournis à différentes reprises, la colonie Blumenau ne se trouve pas dans un état aussi satisfaisant, c'est parce qu'elle est régie par le système àe parceiria, L'État vient d'acquérir cet établissement au prix de 120 contos de reis (360,000 francs); mais le changement de propriétaire implique-t-il un changement de système? Toute la question est là.

Émanciper le travail est chose difficile, nous le reconnaissons, dans un pays à esclaves; pourtant, le succès est à ce prix. Cela est si vrai, qu'en dehors des deux établissements privilégiés que nous venons de nommer^ nous citerons encore les colonies Sào-Pedro-de-Alcantara^ fondée en 1829, et Santa-Isabel ^ en 1847, dont le développement, lent d'abord et laissant encore aujourd'ljui beaucoup à désirer, à cause de l'absence de routes carrossables, donne cependant pour l'avenir de légitimes espérances. Aussi, devons-nous constater que sur une population de 2,000 individus, il n'en est pas un qui ne possède en propre un lot de terrain.

La colonie Blumenau, cela devait être, a perdu ses plus vigoureux travailleurs. Misérables dans la colonie où ils s'épuisaient au profit des propriétaires du sol, ces travailleurs se sont établis à leur compte, et plusieurs d'entre eux possèdent déjà de riches plantations. Cet exemple a été suivi par des émigrants allemands et suisses, introduits dans la province de Sâo-Paulo. Ces Européens ont secoué le joug de la, parceiria , et ils s'en sont bien trouvés. Les uns, restés au Brésil, y ont créé des exploitations qui ont parfaitement réussi ; les autres, indignés et furieux d'être traités comme des esclaves, ont violemment reconquis leur liberté. C'est à cette catégorie de colons qu'appartiennent les émigrants dont parlent la Gazette d'Augs bourg et le Berliner Nachrichten, et qui se sont réfugiés sur le territoire oriental.

Dans une brochure compacte qui vient de paraître à Berlin (1) et qui produit, à cette heure même, un grand effet en Allemagne, nous trouvons la preuve que ce mouvement, provoqué par la hauteur méprisante et l'injustice altière des Brésiliens , a continué avec une nouvelle énergie. Cette fois, l'émigration part de la province de Rio-Grande-do'-Sul ; représentée par des groupes nombreux, elle abandonne sans regrets un pays retardataire et se dirige vers les rives de la Plata.

Les journaux brésiliens poussent des plaintes lamen-

(1) Schafzucht und Wollprodiaction fur deutsclie Rechnung in Uruguay, von J. J. Sturz. Berlin, 1864. Verlag von Reinhold Kulin , 14, Leipzigen- Strasse.

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tables à ce sujet; ils confirment ainsi les déclarations de la brochure.

Plus rationnel que le docteur Heusser, l'auteur des Idéas sobre colonisaçâo condamne la parceiria dont les avantages, diUl à la page 109, sont excessivement précaires : as vantagens sâo mui precarias .

Comme M. J. J. Sturz ; comme le senhor Warneck, nous repoussons ce système parce que , dans les conditions où il fonctionne, il assimile l'Européen à l'esclave, en ne lui laissant d'autre alternative que la misère ou la fuite, c'est-à-dire la violation des contrats.

Aulu-Gelle nous apprend que dans l'ancieniie Rome, on mettait aux malheureux qui tournaient la meule au moulin, une sorte de muselière, afin de les empêcher de manger les provisions qui se trouvaient à leur portée. Cette muselière, ramassée par le Brésil esclavagiste pour être appliquée à des travailleurs libres, nous la retrouvons dans les articles 5, 8 et 10 des statuts de \di parceiria. Voilà pourquoi nous repoussons un système qui dégrade les âmes, en courbant les corps de ceux qui doivent tourner la meule, dans l'intérêt exclusif des maîtres du moulin; nous voulons dire dans l'intérêt des fazendeiros et des entrepreneurs de colonisation.

On peut le proclamer hautement : l'ignorance , la rapacité, la mauvaise foi des entrepreneurs, combinées avec la crédulité souvent intéressée des communes; l'influence pernicieuse du climat , la modicité des subsides fournis par l'administration, l'incurie déplorable de

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celle-ci à propos des garanties à exiger en faveur des émigrants, suffiraient pour expliquer le peu de progrès de la propagande tentée en Europe, et les nombreux échecs qu'a subis jusqu'à ce jour l'œuvre importante de la colonisation.

La démonstration nous paraît concluante. Dès lors, la répugnance de l'émigration à se porter vers les côtes de l'Empire, sera plus facilement justifiée que la fierté bruyante du senhor Porto-Alègre,

En l'état, cette question peu,t être utilement adressée à l'Excellence qui a publié, sans le signer, l^factum déjà signalé : Emigraçâo Allema ; Quels sont les plus dignes de r immigration^ des Européens et des Brésiliens? Il nous est difficile d'admettre que l'ancien ministre de 1845 ignore les faits navrants que nous venons d'énumérer. Mais, peut-être, il en contestera l'authenticité , ou, du moins, s'appuyant plutôt sur le volume du comte de la Hure que sur les rapports, officiels, pourtant, du docteur Hei^ser et de M. Tschudi, le plénipotentiaire suisse, il pourrait chercher, non point à pallier ces faits, mais à en amoindrir l'importance. Dans ce cas, nous lui opposerions , non plus seulement les deux rapports des mandataires suisses, les révélations accablantes de M. Avel^allemant, les généreuses protestations des négociants de Rio , à l'arrivée des désespérés et des cadavres du Mucury, le retrait du crédit voté par le Sénat, le noble refus de l'Empereur Dom Pedro d'accueiUir favorablement la candidature du Directeur de la Compagnie, ni même les

vives et sérieuses réclamations adressées au cabinet de Rio par les puissances européennes; nous lui opposerions les mesures significatives que ces mêmes puissances ont adoptées, afin de garantir leurs nationaux contre l'exploitation des agents brésiliens.

Le 24 avril 1858, la chambre des députés de Prusse a voté une motion tendant a à ce que les gouvernements allemands fussent invités à s'opposer à toute émigration pour le Brésil. » Prêchant d'exemple, la Prusse a interdit le recrutement et le transport des émigrants pour ce pays.

Pressé par l'opinion, le Parlement suisse a émis le vœu, dans la séance du 8 juillet 1858, que « le gouvernement brésilien voulût bien traiter, à l'avenir, avec plus d'humanité, les sujets de la Confédération. »

En Portugal, une pétition adressée — 1859 — à la chambre des députés, par une réunion de personnes de toute classe et de toute condition, constate :

c( L'inexécution des engagements pris par le Brésil à l'égard des travailleurs européens. » Ces expressions sont textuelles; M. Araujo Porto-Alègre a le droit de vérifier le fait, si sa fierté le lui permet. En conséquence, les pétitionnaires demandent : « Que le gouvernement (empêche l'émigration pour cet Empire. »

Le gouvernement français était entré, depuis trois ans déjà, dans cette voie d'énergique protection en faveur de ses nationaux. En 1856-57-58, il avait interdit le transport de colons français pour le Paraguay, la Vir-

gmieet Haïti. La propagande des recruteurs brésiliens n'avait point réussi à tromper sa sollicitude vigilante, et nous avons constaté l'insuccès de la tentative d'embauchage, faite en 1857 parle capitaine Torres-y-Alvim, sur les ouvriers du port de Cherbourg. En 1860, le cri d'horreur poussé en Allemagne, en Italie, en Portugal et en Suisse, après la publication des pages indignées du docteur Avé-Lallemant, trouva un écho dans notre pays. Le sort des familles alsaciennes, victimes de la Compagnie carniceira du Mucury, détermina le gouvernemeiit à donner des instructions spéciales, « à l'effet de détourner les émigrants français de se rendre comme colons au Brésil. »

Nous nous contentons d'opposer ces actes, — qui-Sbnt les arrêts vengeurs de l'humanité outragée, — à l'imprudente affirmation du consul brésilien en Russie : c( Tous les contrats sont garantis par la loi et ^ sur ce points je suis fier de considérer la justice et la bonne foi des Brésiliens . La moralité, au Brésil , est, en général, plus forte qu'en Europe. »

Avant de prendre définitivement congé de M. Araujo Porto-Alègre, nous nous permettrons de rappeler à son patriotisme superbe certains termes de la lettre qu'il écrivait de Kissingen, à M. Sturz, à la date du 6 juin 1852, et dont nous avons déjà cité le passage relatif aux enrôlements qu'il accomplissait, d'après l'ordre formel de son gouvernement.

M. Araujo ne craint pas de déclarer à M. Stui'z qu'il

n'est îpas plus enthousiaste que lui-même des engagements faits par contrats de parceiria; mais, qu'en cette circonstance, il agissait comme agent du gouvernement, et non pas comme citoyen Araujo. Cela signifie, si nous comprenons bien la pensée de M. le Consu|^. que le citoyen Araujo réprouve, tout autant que M. Sturz, le système de parceiria; mais que le diplomate ne se croit pas moins tenu de recruter des malheureux, en faveur d'un système qu'il trouve détestable.

11 y a, dans cette distinction du citoyen et de l'homme officiel, quelque chose de trop profond, de trop subtil, peut-être, pour notre faible intelligence. Nous n'apercevons là, sous deux aspects différents, qu'un seul et méÉae individu; et nous estimons que cet individu ne possède, ne peut posséder, qu'une seule et même conscience. Comment, dès lors, admettra-t-on que l'agent diplomatique se croie obligé de remplir des fonctions qui répugnent au citoyen?

En Europe où la moralité est moins forte que dans le Brésil esclavagiste, c'est M. Araujo qui l'affirme, un homme délicat, placé dans la pénible alternative d'irriter sa conscience, ou de déplaire à son gouvernement, n'aurait pas hésité ; il aurait aussitôt donné sa démission. Ses intérêts en auraient souffert, sans doute ; mais il aurait emporté dans sa retraite , avec le sentiment du devoir accompli, l'approbation de tous les honnêtes gens et l'estime du gouvernement dont il se serait ainsi séparé.

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