LA TRAITE. * H
La courte exposition qui .précède — digression nécessaire pour la parfaite intelligencîe du sujet que nous avons à traiter — montre toutes les difficultés que l'Angleterre devait vaincre, avant d'amener le cabinet de Rio-de-Janeiro à conformer sa politique au but poursuivi par les croiseurs européens.
Se prévalant du service qu'il lui avait rendu, en intervenant pour faire reconnaître son indépendance par le Portugal, le Foreign-Office pesa sur le Brésil, et lui fit signer la convention de 1826 qui consacrait le droit réciproque de visite sur les navires anglais et brésiliens. Mais cette convention ne lia jamais le cabinet impérial; on peut même dire qu'elle resta, ou à peu près, à l'état de lettre morte. Aussi, de nouvelles négociations furent entamées et vigoureusement conduites, àl'eff'etde renouveler le traité de 1826.
On a toujours pensé au Brésil que l'Angleterre, dans cette question, n'obéissait pas simplement à un sentiment d'humanité ; on a même été jusqu'à prétendre que, sous ce couvert d'une réforme toute morale, elle poursuivait un résultat infiniment plus matériel, et que ses exigences, au sujet de la traite, se seraient fort adoucies, si on avait voulu lui accorder certains avantages commerciaux. Nous laissons les lecteurs juger, si ces suppositions s'accordent le moins du monde avec les procédés de la politique britannique. Quoiqu'il en soit, les négociations n'aboutissaient point, parce que les ministres du
jeune empire, fidèles en cela aux traditions de la diploma-
tie poriugaise, élevaient objections sur objections, restrictions sur restrictions, et s'ingéniaient toujours à ne jamais conclure. Les plénipotentiaires anglais n'étaient point dupes de ce système de temporisation, qui trahissait des sympathies secrètes pour les négriers; ils revinrent à la charge avec plus d'insistance, et mirent les ministres brésiliens en demeure de se prononcer catégoriquement. Forcé dans son labyrinthe de détours et de faux-fuyants, le gouvernement impérial répondit, en 1844, par un refus formel, à la demande du Foreign-Office.
Celui-ci se crut bravé par le cabinet de Rio, et, ainsi qu'il l'avait fait à l'égard du Portugal, il se résolut à atteindre son but sans le concours du Brésil, ou malgré le Brésil, s'il était nécessaire.
En conséquence, l'administration dirigée par sir Robert Peel soumit au Parlement une mesure audacieuse, qui violait, il est vrai, le droit international, mais qui devait enfin porter à la traite un coup mortel. Cette loi, plus énergique encore que celle que les chambres anglaises avaient rendue, le 24 août 1839, pour forcer la résistance du Portugal, est connue sous le nom de Mil Aberdeen. Elle investissait les croiseurs anglais de pouvoirs à peu près illimités; les autorisait àpoursuivre jusque dans les eaux intérieures de l'Empire les navires brésiliens qui étaient soupçonnés de se livrer au commerce des esclaves ; à capturer ces navires, à les vendre, les brûler, les couler à fond, suivant le cas, et à soumettre l'équipage au jugement des tribunaux de Sierra-Leone et de Sainte-