FRANÇAIS ET ANGLAIS
le proiccloral de rAnglelerre : en droil, rlle conslituc lou jours un Ktnl musulm<an, gouverné par un souverain héréditaire, le khédive, qui reconnaît la suzeraineté à peu près nominale du sultan de Constantinople. « L'Egypte, suivant une déclarai ion faite A la Chambre des Communes, en 190:^, |)ar le premier ministre, est une partie de Tempire oltoman occupée par les troupes anglaises. »
Depuis 1H97, un haul commissaire tiirc, nommé par le sultan, réside au Caire. Le représentant officiel du roi Edouard VII auprès du khédive est un ministre plénipotentiaire, lord Cromer qui porte le titre d'agent et consul général en Egypte, exaclement comme le diplomate accrédité par la France auprès du khédive.
Le gouvernement anglais n'a jamais ouvertement exprimé la volonté d'incorporer TEgyte à l'Empire britannique. Quant au gouvernement français, il a pris, depuis la suppression du condominiiim (i883), une attitude d'opposition intransigeante et absolue conire tout projet d'annexion au profit d'un Etat particulier. Déclarer que rÉgypte ne doit pas devenir une colonie soit
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Si lAnLlelerre est installée dans un pays où ellr n**>l pas la souveraine légale, elle le doit à ses fonctionnaires «pii ont réorganisé TEgypte comnir s'ils devaient la conserver et i|ui ont su attirer sur leurs efforts Tattenlion du public anglais.
En quelques années, la Grande-Bretagne a été, sur l'Egypte, plus exactement renseignée que la France. L'opinion française a constamment traité la question d'Egypte comme une affaire d'amour-propre, sans se préoccuper assez des intérêts matériels et intollectuels que nous avions là-bas. Pour les Anglais, au contraire, il s'agissait avant tout de places à enlever, d'entreprises à conduire, de capitaux à mettre en valeur. Pour
FHANÇAIS ET ANGLAIS lou
eux le problème s'esl |»osé dans les lennes suivaiils : '« Xoiis avons fait une d'uvre iinporlante en Ki^^yple depuis iSSo, cl nous devons en profiler sans partager avec |)ersonne. » Telle est bien la conclusion qui ressort de tous les cbapilres du livre fameux England in Erjupl écrit par lord Alfred Milner (i), aujourdliui gouverneur du Cap, jadis à la t(He des finances égyptiennes.
Les cbefs de service anglais en Kgypte ont été cboisis dans Télite des fonctionnaires qui administrent les Indes, qui sont babiluésà gouverner les pays indigènes el, selon l'expression anglaise, à « les faire payer ». On les a installés avec habileté, laissant le litre de ministre à un oriental et donnant, avec le nom modeste de conseiller, la direction du déparlement à un Anglais : lors de notre passage, un seul conseiller était Français, celui des travaux publics. Les deux contrôleurs anglais et français, installés en 1879, entêté remplacés depuis i883 par un seul conseiller fînan-
(1) Londres, i8<jii, C« t^d., 189c); Irad. franc., Paris, 1899. Pour les autres ouvrages favorables au régime anglai.«, voir les bibliographies indiquées dans l' Avant-propos.
I.thmU (le vonilrc m gros à des iiifcrméiltaircs orientaux rlahlis dans 1rs jurandes villes. Les rofïnjrrents des Allemands prélendoiil que les liénriiees ainsi réalisés sont minimes, que les risques courus sont trop considérables et ne valent pas \r mal qu'on se donne : les événements monirent (pie CCS critiques ne mancpienl pas de fondement. .Mais les Allemands sont |)armi les Européens ceux qui regardent le moins A leur peine. Ils ont un autre avantage, c'est une solidarité qui se manifeste dans les plus petits détails : une dame allemande résidant au Caire, entend deux Français qui parlent d'aclieler des vêtements coloniaux, elle s'offre à les seconder alors que nul de leurs compatriotes n'y a songé, elle les conduit dans un magasin allemand, où ils achètent des marchandises allemandes; le lendemain, elle reçoit du vendeur une boîte de cravates en manière de prime. Le mari de cette dame raconte qu'il a été chimiste dans une sucrerie française de la Ilaute-Kgyple ; trouvant qu'il n'avançait pas assez vile, il est revenu au Caire et s'est fait agréer comme gérant d'un hôtel, u Quand on veut réussir hors de chez soi,
dit-il, on doit souvent changer de mélier. » Tel est le principe de rAlleniaiid qui va cliercher forlune à Tétrangcr; il se plie aux circonstances, apprend toules les langues qui peuvent lui ôtre utiles et s'adapte aux mœurs du pays.
Leslourist*\s allemands sont de la mOme étoffe que leurs compatriotes établis à demeure ; inoins préoccupés que les Anglais d'avoir une allure aristocratique, ils savent voyager à moins de frais, souvent d'une façon plus confortable et toujours en voyant plus de choses. Ils ont lu les guides, les livres de géographie et d'histoire, ont appris jusqu'aux altitudes et aux dales, ils se sont fait un plan de voyage, s'informent de tout, voient tout, lient conversation avec leurs voisins et les indigènes, questionnent tous ceux qui veulent leur repondre. Ce sont des compagnons de voyage parfaits quand ils sont discrets autant que savants, et dont les renseignements ont souvent leur prix.
Les Italiens, au nombre de ri/j.^Oy, se divisent en deux classes, d'une part les hauts fonclionnaires et les négociants comparables à ceux de France ou d'Angleterre, de l'autre les nombreux
iininigrrs |i;iuvrrs qui viveiil à |mhi prrs coininc les iixliirriM's ci fjui sont lK)uli(|iii<Ts, frarçons lie cafr, ouvriers, agcnls des douanes ou de la |»oIicc.
Les Hellènes comprennent 38.175 citoyens du royaume de Grèce et à peu près autant de sujets turcs. Ils se divisent comme les If^liens en deux «.lasses : la plus liaule comprend des avocats et de riches négociants du Caire ou d'Alexandrie, d'îux professions où les Hellènes réussissent parfailemeiil : la classe inrérieure — de beaucoup la plus nombreuse — s'occupe principalement de petit commerce. Le revendeur, le colporteur irrecs font penser au fameux vers de Ju vénal. Ils s'insinuent partout : a|)rès la prise d'Omdourman par lord Kitchener, le premier marchand européen (pii parut au milieu des Anglais était un Grec portant un ballot de cigarettes. En tgypte, tout gros village possède un ou plusieurs fcaAÂY//. bazars où se trouvenlépicerie, mercerie, vêtements, chaussures, vaisselle, débit de liqueurs. mont-fh»-piélé ; le bakkal appartient &oit à des Grecs, soit à des Albanais, descendants des anciens Illyriens qui parlent une langue pa-
rente du grec et sont sujets oUonmns.
Nous sommes allés passerdeux jours dans un de ces balihal, tenu par une famille albanaise ; la grand'mère, le perc et la mère ne parlent que Talhanais, le grec et Tarahe, mais le fds et les trois filles élevés — quoique orthodoxes — chez les frères et les sœurs du Caire, savent un peu de français et nous servent d'interprètes. On nous fait visiter le hnkkrtL sa réserve, le village et on nous conduit dans deux autres familles albanaises établies aux environs; tous ces gens sont^' nationalistes et partisans d'une Albanie indépendante des Turcs, mais sansattacheavecla Grèce, ni avec aucun autre Ktat.
Un Albanais épouse toujours une Albanaise et, s'il ne trouve pas en Egypte une femme h son gré, il en fait venir une des montagnes natales. « Et moi aussi, dit notre interprète, je ferai venir ma femme de chez nous, car sans cela mes sœurs ne trouveraient pas de maris. » Dans tous les autres groupes albanais que nous visitons, môme solidarité exclusive : « Si vous étiez sur le point de prendre à votre service le pire d'entre nous, nous disait-on un jour, les