‹ La transformation de l'Égypte (volume 2)Chapitre 13 sur 42 · I.'i I.\ TIl\NsrORM\llON l>K L Kr.YPTK · texte numérisé non relu

I.'i I.\ TIl\NsrORM\llON l>K L Kr.YPTK

;inln*> m* |LMnl«Mairiil I»i«»ncl«* vous le irromnian- (l«*i'. niiii^ ils iir vmis cliniiciil pas un inol de M*> ilrfiuits. •

En «lohors do leurs compalriolcs, on ne voit pns trôs liion sur qui les AII)anais ou les Grecs d»* la «'lasso inloriouro pourraioni s'appuyer : d'.ii lias, ils sont dôlrslôs par los fellah qui leur oiii[irunli-nl dr rarjroni ; d'en liaul, ils sont dédaignés par los liauls fonclionnairos europoens. Av«c- \r> |lali«'ns pauvres, ils forment une classe niixio où ne manquent pas los individus capables dr sT'Irvrr dans la liirrarcliie sociale. L'un des fjenllemcn los plus aooomplis |)arnii ceux qui nous ont olforl rho>pilaIilô on Égyplc est un Albanais associé à un enlrepronour anglais et qui sait pnrfailoiiienl Tanirlais cl le français.

Les (irecs et les Albanais sont intelligents, ils oonnais>onl le prix de l'instruclion et la font donner à lours enfants dès qu'ils le peuvent; b'iirs marchands ot j)roteurs ont contribue à in- In-ijuire lusago du franrais dans los plus petites b<»i!rgados, mais il est possible qu'ils rendent dé<«jrmais le môme service à l'anglais.

riîANCAIS KT ANGLAIS

Les F'rnnçais cl les Anglais ont eu sur les affaires privées et publiques de TÉgyple une influence heauconp plus grande que les autres Occidentaux. De Mohanimed-Ali à Tabdication d'Ismaïl, dans ce qu'on pourrait appeler la période d'influences inlernalionales, les Français ont joué le principal rôle. Les Anglais n*ont guère commencé à leur disputer le premier rang qu'au temps des embarras financiers, des émeutes et surtout après le débarquement ( 188:^), qui amena la (in du double contrôle (i883) ; encore leur conduite esl-elle restée quelque lemps incertaine.

|.i«< LA THWSKOHMATION hK T KGYPTI-:

fninr.'iisi* ^nil rlrnnpn*, rss.iyor de la maintoiiir sons Ir ronlrôlrrollcctif «l<îs|iuissiinr(*s,ilr»fciwlr(î sy^trin«')lii|iUMn(*iil les institut ions intrrnalioiialos coiniiic I.i ('ais>e de la Dette cl les tribunaux mixtes, voilà le rùle «lonl la France s'est chargée depuis vingt ans, défendant avec ses propres intérêts ceux de toutes les puissances autres que l'Angleterre, mais sans trouver auprès driles l'appui qu'elle pouvait espérer.

Si l'AnLleterre est installée dans un pays où ellr n'est pas la souveraine légale, elle le doit à ses fonctionnaires qui ont réorganisé TEgyple commi' s'ils devaient la conserver et qui ont su attirer sur leurs elTorts l'attention du public anglais.

Kn quelques années, la Grande-Bretagne a été, sur l'Egypte, plus exactement renseignée que la France. L'opinion française a constamment traité la question d'Egypte comme une affaire d'amour- propre, sans se préoccuper assez des intérêts matériels et intellectuels que nous avions là-bas. Pour les Anglais, au contraire, il s'agissait avant tout de places à enlever, d'entreprises à conduire, de capitaux à mettre en valeur. Pour

FHANÇAIS KT ANGLAIS loy

eux le |n'oI)lrme sVîst |»os('"! dans les lenncs suivniits : '« Xoiis nvoiis fait une (riivrc iinporlantc on Kj^yple depuis i8S!>, et nous devons en profiler sans partager avec personne. » Telle est bien la conclusion qui ressort de tous les chapitres du livre fameux Enrjland in Efjifpl écrit par lord Alfred Milner (i), aujourd'hui gouverneur du Cap, jadis à la t(He des finances égyptiennes.

Les chefs de service anglais en Kgypte ont été choisis dans Télite des fonclionnaires qui adminislrent les Indes, qui sont habitués à gouverner les pays indigènes cl, selon Texpression anglaise, à « les faire payer ». On les a installés avec habileté, laissant le titre de ministre à un oriental et donnant, avec le nom modeste déconseiller, la direction du département à un Anglais : lors de notre passage, un seul conseiller était Français, celui des travaux publics. Les deux contrôleurs anglais et français, installés en 1879, ^^^^^^ remplacés depuis i883 par un seul conseiller fînan-

•1) Loiidrep, i8<j-2, G» éd., 189c); Irad. franc., Paris, 1899. Pour les autres ouvrages favorables au régime «inglai^, voir les bibliographies indiquées dans l'Avant-propos.

cier qui est anglais. Les douanes, le service sanitaire, sont diriges par des Anglais.

La |K>lic*c H l'année ont été licenciées, puis reconslituées avec un cadre d'officiers supérieurs anglais sous la direction du sirdar (commandant en chef), toujours un anglais, qui est en même temps gouverneur général du Soudan ; ainsi à eOté des officiers anglais du corps d'occupation (4.5oo hommes, commandés par le général Talbot), se trouvent des officiers supérieurs anglais au service égyptien; on en compte i34 pour un efîeclif de 18.1 14 hommes, la police mise h part. Les indigènes ne dépassent plus à Tarmée le grade de capitaine et on se débarrasse des officiers supérieurs égyptiens en leur donnant des emplois civils dans l'administration, où un oriental peut s'élever aux mômes degrés qu'autrefois, mais sous le contrôle britannique.

Entre la capitale et les provinces un réseau d'inspecteurs anglais sépare les moiidir (ou préfets) des ministres et du khédive ; défense leur a été faite de se rendre au Caire sans permission, ordre leur a été donné de présenter

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toutes leurs proposilions par rintcnnùdiairc des inspecteurs : toute iniliativo de leur part est susi)ccle, et l'un d'eux a élé révocpié, sous prétexte d'exactions, parce qu'il avait ouvert une souscription publique à Teffet de pavoiser et d'illuminer son chef-lieu et de faire une manifestation trop exclusivement égyptienne sur le passage du khédive. La réalité du pouvoir appartient à un état-major d(» fonctionnaires anglais peu nombreux et largement rémunérés. Tous les emplois nouveaux sont réservés à des sujets britanniques. Dans les administrations anciennes, chaque fois où la chose est possible, les Français et les autres Euroj»éens sont évincés des places qu'ils occupaient et remplacés par des Anglais. On supprime, par exemple, d'un seul coup et sous prétexte d'économie, le service des contributions qui occupait une soixantaine de Français ; on donne leurs attributions aux moudir indigènes, au-dessus desquels en place quelques contrôleurs anglais pourvus de traitements considérables.

Jadis internationale avec prédominance des Français, l'administration supérieure devient de

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plus en plus hrilniiniquo; SOUS sa nouvelle fonne, ollr cMiiliniit* ri partait Tiruvre i\r ivgularilé cl il*«*xaititu«l«' «uininrnnV avant U* <lôl)an|ucmenl, el qui se niaiiifrslf* surtout dans la perception de l'impôt el le niéna^^enient des finances.

Ici. comme presipie partout, les principes n*ont |ias été modifiés, mais leur application s'est améliorée en un quart de siècle plus que sous la longue période de domination arabe el turque.

Les anciens souverains montraient de bonnes intentions, mais elles allaient rarement jusqu*à la pratique. Dés le début de la conquôle, le calife recommande à son général Amrou de ne point pressurer les nouveaux sujets, en souvenir d'Agar, mère d»\s Arabes, qui était originaire de leur pays : cette considération nVmpôcha point les exactions. La taxe devait être abai.ssée quand la crue était troi» forteou trop faible, mais le cheikh chargé de veillerau nilomclreonicicl indiquaitgénéralement le niveau le plus favorable au fisc; un membre de l'expédition française découvrit une échelle faussée pour rendre la supercherie plus facile. La part de chaque contribuable se calculait sur le feddan, unité de mesure, mais TEgypte eut

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divers fe(I<lan,snivnnl losiT<jri()ns,jiis<|u'àMohammed-Ali (|iii los unifin, et 1rs ptM'crpIcurs se servaionl partout du feddan le plus petit. Au temps des mamelouks, suivaut riiislorien Macrisi, toute révision du cadaslic», préface ordiiiain» des augmenlalions d'iuipots, était regardée parle peuple comme une calamité. Les choses changèrent peu sous Mohamuîed- Ali et ses successeurs, malgré les excellentes «lispositionsétalées dans le |)réam- Lule des. édils. «< \'ous êtes prévenus, écrit Saïd aux collecteurs, que la moindre partialité vous rendra responsable, au jour du jugement dernier, devant ri^ternel que ni richesse ni noblesse ne corrompent. Ayant ainsi accompli mon devoir envers vous, en vous donnant tous ces conseils, je me décharge de toute la responsabilité qui ne [)èsera plus que sur vous. » Comme le vice-roi ne poussait pas le scrupule au point d'admettre des raisons pour expliquer lesmoinsvalues, le notable préposé dans chaque village aux fonctions de maire et de collecteur {cheikhel'beled) employait tous les moyens d'arracher Targent à ses administrés, enfin ne pas être obligé de combler le déficit {"i ses dépens. Or les cxigen- Mktin. — l^;!gyplc. 8

ces du souverîiin croissaionl en proportion de ses l»f»>oins «M siuis lo moindre é{rnrd pour les faciilti^s <\o< rontriliualilos. Les fellah, découragés, abandonnaient leurs eliamps. Des villages entiers se iiépeuplaienl. ainsi qu'en témoignent les récils de tous les voyageurs et résidents européens, et pourtant le prince exigeait du cheikh responsable des sommes de plus en plus fortes. Sans remonter plus haut que les folles années d'Ismaïl, nous verrons la taxe. déj<^ bien des foi s augmentée depuis Mohammed, s'accroître de 1/6 en 1868, de 1 loen \><'jo, de i/6encore en 1871. Celte année, le khédive aux abois promet à ses sujets de diminuer les impôts de moitié, de ne plus les élever flésormais sans prendre l'avis des notables, enfin do leur garantir le droit de propriété (1) s'ils consentent à payer d'un coup six années des impôts actuels moukabalah^. En 1874, à la veille de la faillite, la mesure relative à \^ moiikabalah devient obligatoire, mais le souverain veut bien répartir la somme à payer en douze annuités. Survient enfin le contrôle européen qui remet les choses au point où elles étaient en 1871, dégrève dans (i) Pour ce droit voir pages 253-260.

FRANÇAIS 1:T ANGLAIS nr,

la proportion de i i/r>p. loo du capital vorsc les propriétaires cpii ont payé en tout on en partie la redevanee de la numkahalah, et promet « Téf^^ale répartition de l'impôt foncier entre tons les contribuables proportionnellement à la valeur des biens que chacun d'eux possède ».

L'engagement n'a pu c^tre exécuté. L'Egypte a encore deux espèces de terres, inégalement grevées, les unes payant 97 à 98 francs par feddan, les autres 10 seulement (1), mais on a surtaxé les privilégiées de i5o.oooL. E. depuis 1880.

En tous cas, la contribution n'est plus levée arbitrairement, on Texige à époque fixe, et chacun sait d'ailleurs le montant de sa redevance.

Les notables restent chargés de répartir la taxe et d'en recueillir le produit pour le verser au percepteur (sarraf)^ mais ils n'ont plus le moyen, d'extorquer au contribuable une somme supérieure à ce qu'il doit. Tout au plus peuventils le vexer en l'ennuyant quelques jours avant l'échéance. Au reste, l'inspection anglaise est là pour découvrir et réprimer les abus.

On n'exige plus des contribuables que 22 francs (1) Voir pages 254-261.

|»ar l«Mo m iiioyrnno nu lieu de fiH sous Ismaïl. Ajoutons un il/'irWîvemenl d'une autre espèce ; Isi riirvrr. nholie ofiiciellemonl on |8G6, mais niiusivriuont maintenue, est supprimée actuelle ment, sauf en temps d'inondation (i). Par contre on a cidcvé au cultivateur Tancienne faculté de s*ar«|uitl<Ten nature, retirée dans le Delta peu aprrs la mort de Mohammed-Ali, mais tolérée jusijuVn l'SSo dans la Haute-Kgypie. Knfm, le fisc n'adim^t pas d excuses. L'arriéré, formidable sous l«.\s khédives, diminue de plus en plus parce que les retardataires sont impitoyablement saisis. C'est, pour le contribuable, le revers de la réirularité européenne. Mais si Tadministration financière actuelle se montre stricte, elle n'est ni oppressive, ni ruineuse, comparée à Tancienne; elle permet à la population de s'accroître dans une [»roporti()n plus considérable (2), elle demande un peu moins à rKgyptien et verse davantage au Trésor.

Les principales sources de revenus sont (en livres égyptiennes = 20 fr. 92) :

1} Voir page 281.

(.> Voir poge? ^S-',^.

rn.xNrAis i:t an(;lais 117

1" L'impôt foncier; /|./|Sï:>.fîG7 L. K. en njoo;

!î® Les (hmnnes, ("droit de S |>. 100 ad valorem sur loules les mîircluuHlises,) 1 .r>r)8.o<|/| L. H. ;

3" Les (Iroils sur le tabac (/|), i.iTkj.HHi L. E.

4® Les héiiédces des chemins de fer : 1.893 milles ansi^lais de railway appartiennent à TEtait et sont exploités par lui (réseau du Delta, ligne du Caire à la première cataracte et embranchements , la ligne stratégique de la deuxième catiiracte à Khartoum n'entre pas en compte). Le revenu net des chemins de fer s'est élevé en 1900 à 1.090.965 L. E.

Dans les dépenses, l'article le plus important comprend les 3.851.761 L. E. nécessaires (en 1900) au service de la Dette.

Les évaluations budgétaires pour 1902 portaient les recettes h 11.060.000 L. E. pour io.85o.ooo L. E. de recettes.

Les recettes et les dépenses de 1898 à 1900 sont données dans le tableau suivant :

ANNÉES RECETTFS DÉPENSES

(4) Voir page 245.

Lesexcé(]entsoiil|>eri]iis,oulrcrainortisscinent du prinripal emprunt conlracté depuis l'occupation anglaise (dt'pcnse annuelle Jii. 71S L. E. en K|uo, 60.646 <^u 1902), la constitution dVcouoinies résultant des conversions (•;i6r>.o^i7 L. li. par an) el d'un fonds de réser\'e ( 1887 ) qui reçoit une partie déterminée de l'excédent destinée, à parfaire les intérêts de la Dette (83i.9(i5 L. E. en 1900, 619.038 d'après les prévisions pour 190!^). Ces ressources appartiennent à la Caisse de la Dette, administrée par une Commission internationale.

En lyoo, sur un excédent budgélaii'c de i.rMri.ooo L. E., 559.000 sont allées au gouverment égyptien, 666.000 au fonds de réserve, !>65.ooo aux économies de la conversion, 6:^.000 à rair.orlissement d'une partie de la Dette.

De 1887 à lyoi, les économies de la conversion se sont élevées à 4.oo2.3o2 L. E. et le fonds de réserve en a reçu 1.186.790.

Au moment d entreprendre Texpédition du Soudan, le gouvernement égyptien, sous Tinspiration de TAngleterre, avait demandé à la Caisse de la Dette l'autorisation de consacrer une partie des économies à la reprise de Khartoum; plu-

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