TROISIEME PARTIE Culture et Industrie
L'œuvre la plus considérable que les modernes aient entreprise en Egypte est rétablissement de l'irrigation méthodique (i).
Autrefois, on laissait faire le Nil qui se gonfle
i .1. Baroi> Trançai-s au service égyptien), L'Irrigation en É'jyplf. I\«ri>, iS<S. — \V. Willcocks (Anglais au service ccyptieni. Eyyplian Irrifjalion^ '2* éd., Londres, i8t)<). — Officiai Report on Perenniat Irrigation and Flood Protection for Egypl. Le <^aire. iSJ»^. — The Nite Réservoir , Dam at AsmAn an</ .4/*/er. Londres. 1901. — J. Brumiks. U irrigation dans la péninsule ibérique et l'Afrique du Nord, Pans, 1902, ^bihlioeraphie,).
L'iRniGATION SUBSTITUÉE A ï/l\ONDATION 105
Cil été de la fonic dos ncÎMs ahvssinos, dos pluies équîdoriidos ol se mcl en crue de juin à scptcmbn* : il se répandait d'un bord à Tautre de la vallée ri rentrait lentement dans son lit entre octobre et <léecinhre, laissant sur les champs un limon qui les fécondait et dans la terre une humidité qui devait suffire jusqu'à la prochaine inondation.
« Salut ô Nil, dit un cantique du temps des Pharaons, loi qui viens en paix pour donner la vie à ri^fi^yple. Tu abreuves la terre (mi tout lieu, seigneur d(»s poissons, créateur du blé, producteur de l'orge. »
La crue du Nil pour l'Kgypte est comme la mousson pour Tlnde; sans elle, pas d'eau, pas (le récoltes, la famine; si elle tarde, si elle est insuffisante, les plantes ne germent pas à temps ou sèchent sur pied. Mais qu'elle vienne à point et les cultivateurs peuvent compter sur une bonne récolte ; ils n'ont pas à craindre la grêle, et les gelées ne se font sentir que dans une partie de la vallée et par exception. Le seul danger est la sécheresse qui devient extrême en juin (i). Le (i) Pour le climat, pages 28-26.
lî«^ L\ TRANSFORMATION DE L KOYPTR
Nil f>t iili>rs iv«|uii ;\ la mollir <!(* sa largeur orclinairr: nmis v«ts la tin du mois, rinoixlation est aimoiir.-.- si loiit va l»icn. Kilo mot six semaines à >o |ini|inL^or tjrpuis la zone Iropicalc jusqu'aux houehes «lu lleuve. D'alionl arrive le Nil veii, coloré par les «léhris des plantes aquatiques qui se sont emparées du lit du fleuve dans les plaines soudaniennes au cours de rété et que le premier flot balaye: il coule plusieurs jours, pendant lesquels loau n'esl pas bonne. Puis le fleuve apparaît sous la couleur du limon ferlilc qu'il a arraché aux montagnes volcaniques d'Abyssinie ; j
c'est le Xil rouge (|ui gardera sa teinte jusqu'à la lin de l'inondation. On attend avec impatience le moment où les colonnes graduées des nilomèlres indiquent que la crue atteint une hauteur suffisante: il faut que l^^au s'élève à à 4 m. 70 au moins au-dessus de Tétiage à Roda, près du Caire, mais dans les bonnes années le niveau monte de 7 m. 5o à ce nilomètre, de 11 m. 70 à Louqsor, de 10 mètres à AssouAn.
On donne enfin l'ordre d'ouvrir les digues et la brèche se fait en cérémonie au milieu d'un immense concours de peuple. En 1798, Bona-
parle pirsidn, entoure de son élal-major, à Touverlure de la digue du Caire ri jeta des pièces d'or au |u*emier bateau (|ui |>assa avec Teau dans Tintérieur des l(*vées.
AujounUiui on substitue à Pinondatiou naturelle l'irrigation méthodique. Entre les deux, la transition est faite par le système usité dans la plus grande partie de la llaute-Égypte où des levées divisent, d'amont en aval, le sol cultivable en grands bassins réunis au Nil et communiquant les uns avec les autres par des canaux temporaires. Les fossés sont curés et remis en état chaque année deux mois avant la crue par une multitude d'ouvriers fellah qu'on voit travailler en fourmilières, vôtus d'une chemi.se bleue, ou à demi-nus sous une sorte de pagne, les uns enlevant Talluvion légère à coups de bêche, les autres la transportant dans des couffins de palmes. 11 faut que le travail soit fini à temps, sans quoi Tinondation ne produirait pas tous ses effets. L'eau bienfaisante, chargée de limon rouge, passe par les brèches, noie les terres basses, couvre le pied des palmiers, entoure, comme un lac immense, les
19* LA THANSKORMATIOX DK L KCYPTE
muraill«'> inassivrsdesmonumcnisanliqucs. Les villairt-s ijt- |ii>«'- ;ul\ iiiiiisons cuIm(|uc8 rinrrgeiil .Ntiii< Itiii - lniMinrU •!♦• |i:ilinirrs. mais on lie pcul \r^ i<lionl»r «|u\ii ;i<)>siuil IVaii ; les Kuroprens ou I«> I ir!i«s imliirriifs y eiilreiil à cheval ou sur le dos d un ffllali. les gens du commun harboUenl. tirant derrière eux un î\ne rétif ou un chameau entêté que d'autres frappent à coups de trique, les paysannes se retroussent infiniment plus haut que la décence ne le permettrait chez nous, mais n'oulilient pas de cacher leur ligure sous h* vuile. Plus loin du Nil, sur les terres hautes, voisines des deux falaises, Teau envoyée par les canaux e:^t élevée dans les poisdes sakiehs, roues de bois mues par des buffles, dans les seaux des chndoufs maniés à bras et parfois superposés en deux ou trois étages; elle est distribuée par un réseau de ruisselets boueux, courant ♦Mitre des bourrelets de limon (|ue le fellah ouvre ou ferme d'un coup de pied. Ainsi la crue remplit lentement et l'un après Fautre les divers bys>ins de la vallée qui se succèdent d'amont en aval : elle met plusieurs semaines a descendre jusqu'au Caire, car la pente d'Assouûn à la capi-
L IRRIGATION SUBSTITUKE A L INONDATION iy9
laïc n'csl que de 91 mèlrcs, soit 1 1 cciiliinèlres par kilomètre.
Dans le iJella, le système des bassins a fait plaee à la véritalile irrigation mélhodique, caraelérisée par la suppression de Tinondaticm, la créalion de réservoirs qui retiennent les eaux de crue et rétablissement de canaux permanents qui les distribuent régulièrement aux terres pendant toute Tannée. On a voulu, par là, s'efforcer d'augmenter la superficie qui est arrosée sans jamais ôtre submeTgée et de diminuer celle qui reste improductive pendant les quatre mois d*inondation. Ainsi on gagne le temps de faire une rapide récolte de maïs, de légumes et de bercim (trèfle), juste de quoi nourrir le fellah et son bétail; le reste de Tannée, comprenant deux saisons, hiver et été, qui peuvent donner deux récoltes, est soit pour les céréales, soit pour le coton et la caime à sucre, cultures les plus profitables au Trésor public et aux capitaux européens. Les deux plantes industrielles qu on vient de citer demandent huit à neuf mois pour mûrir, elles sont sur pied au moment de la crue ; il faut donc préserver de Tinondation les terrains qu'on leur
iW LA TIlAN-'KOliMlTION DE L KGYPTE
a consacrés. Elles onl besoin d'un arrosage sysh-uialique, parcimonieux pour le colon, par moments lrê?> al»on<lant pour la canne. I.eurculture impose donc l'irrigalion mélhodique, pour Laquelle on a créé réservoirs el canaux dans le Delta el. plus récemmenl, dans la Ilaule-Égyple.
Si le lac ou plulôl le réservoir Mœris a exislé lel qu'IIérodole le décrit, il aurait relcnudans la dépression du Fayoum, derrière des digues et un barrage aujourd'bui disparus, une grande partie des eaux de crue pour les distribuer aux terres du Delta. Cet immense travail, exécuté 2.000 ans avant notre ère. serait tombé en ruines faute d'entretien, à une époque encore indéterminée.
Pour trouver des œuvres de cette taille, il faut aller jusqu'au dix-neuvième siècle où Ton arepris et élargi la conception des souverains de la XII*- dynastie.
L'initiative des travaux actuels vint des ingénieurs français, appelés par Mohammed-Ali, le fondateur de TÉgypte moderne. Pour irriguer la Basse-Kgypte, la meilleure partie du pays, Mougel commença en iS.'iy un immense barrage qui devait retenir l'eau du Nil à la naissance du
Delta ; les Inivaux durèrent dix ans cl coulèrent beaucoup plus cher qu*oii ne l'avail prévu parce que les fondalions furcnl difiicilcs à établir dans la terre meuble. Mohammed abandonna rœuvre, Saîd et Isinaïl la reprirent, enfin le barnige fut achevé de iSHOà 1890 par des ingénieurs anglais qui y dépensèrent 12 millions de francs ; il élève le niveau du Nil de 1 mètre seulement et, par conséquent, ne donne pas tous les résultats qu*oii espérait.
Dans la Haute-Égj-pte, Ismail fît creuser, il y a trente années, des canaux destinés à fournir, en toute saison, Teau nécessaire aux plantations de cannes établies sur ses domaines ; mais il n*avait pas construit de barrages destinés à retenir Teau du fleuve, il se bornait à prendre la part qui lui convenait sans s'occuper de savoir si ce qu*il laissait dans le lit suffirait ù ses sujets.
Depuis Toccupation britannique, le service des eaux a passé entre les mains d*ingénieurs anglais qui ont une autorité discrétionnaire et sont indépendants des autres administrations. Leur principe est celui de Moliammed-Ali, mais ils ne se bornent pas à reprendre les anciens
*iJ l.\ TIUNSKORMATION DE L tGYI»TK
plans, il> 1rs lran>(iirurent à force de capitaux et damlacc. Ils vioimeiil tic jcler un immense barras;*', loni: «1<î •< kilomelres, entre les rociiers qui «'-Iranglrnl le Nil. <mi amonl ilAssou^in, à la première calaraele. Cette digue est en granit fonijr sur le granil ; elle a 3<) m. de large à la lia?>e, 7 au sommel, et ai m. 5o de haut; au moment le plus fort de la crue, elle maintiendra le niveau du fleuve à une vingtaine de mètres au des>us de rêliage. iSo vannes permettent le réirlage et la distribution de Teau ; une écluse à einif portes, praticjuée sur l'un des côtés, donne passage à la navigation. La construction a duré un peu plus de (|uatre ans et la dépense s'est élevée à loo millions de francs.
Nous avons vu le commencement des travaux en novembre 1898: on y comptait déjà plusieurs milliers d'ouvriers. Les ouvrages grossiers étaient faits par des fellah payés o fr. 76 par jour ; l'extraction, la taille du granit était confiée à des Italiens qui recevaient 3 à 5 francs ; tout un monde de contremaîtres et d'ingénieurs parlaient toutes les langues de l'Europe, l'anglais dominant; un village de terre et de bois, des
L IRRIGATION SLRSJITUKK A L INONDATION 203
caiiliiies, un rcslnuraiil ilulicii et ^rcc oii nous fîmes un rxr(»ll(Mil déjeuner, couvraieiil hi [ilaiiie enlre la rivirre el la li^nc forivi; qui a son lerininus à la première calaracle.
Pour compléler l'œuvre d'Assouiln, les ingénieurs anglais conslruisenl un barrage de Gr>o nièlresdc longà la hauteur dWssioul, entre la première ealaracle et Touvragc eoiumeneé par Mougel. Par les travaux d'AssouAn et d'Assioul, on conipt(* ret<*nir |)lus d(; i milliard de mètres eubes d'eau ^i.oOô.ooo.ooo d'après les dernières eslimalions).
L'immense digue d'AssouAn a été inaugurée solennell(»m(Mil le lo décembre 190:^, en présence du duc de Connaught, frère du roi Edouard \'II. Son office va commencer avec la crue de i<jo3. Iilb^ retiendra les eaux à un niveau si élevé, (|ue les merveilleux temples de l'île de IMiihe resteront à demi-noyés pendant cinq ou six mois de l'année : les protestations des archéologues n'ont réussi qu'à obtenir quelques travaux de consolidation. On s'empresse «n ce moment de recueillir toutes les inscriptions des parties inférieures avant qu'elles soient submer-
•3»4 LA THANSFORM ATION DE L KGYPTK
grcs. Ln soirnrf* o[ Tari n'onl non i\ voir avec rciilrf|M-isr : |»oiirtanl les ingénieurs avairnl aci:#*|»t«\ ;irr qu'on rapporle, crexaminor un projol de «ItVoralion. prrsenlé par une Américaine qui voulait iourunner l'ouvrage d'un bas-relief en slyle |)liaraonique où le khédive Abbas-Hilmi, cùl distribué la fécondité aux douze provinces de rÊgypte antique. On a rejeté la proposition comme trop coûteuse.
L'œuvre des ingénieurs anglais est un placement, et voici ses deux principaux objets d'après lord Alfred Milner {England in Egypl).
I ■ Augmenter la superficie cultivable aux dépens du désert.
:i" F^eniplacer dans la Haute-Égyple le syslênie des bassins submergés par celui des canaux permanenis d'irrigation, qui permettront de développer les cultures rémunératrices comme celle de la canne.
On compte que les terres conquises sur le désert s'étendront sur i million et demi de feddans 1 / : elles a|»[)artiendront à l'État et seront
1 Le feddan = V-' «•''*''^- un peu plu» que Tarre d'Angleterre = ^Oares. VV ■
L limiGATION SUBSTITUEE A L INONDATION 205
par lui vcihIu(*s aux paiiioiilicrs. Ouanl à celles qui élaienl d<\jà en ( ullurc, elles i)aieronl le supplénjeul (rirrigalion par une autçnienlalion d'impôls. On veul donc enrichir TKgypte pour enrichir le lise, et on espère que lirrigalion rapportera plus que les travaux n'auront coûte, comme celle de Tlnde qui rend 3 à 12 p. 100 du capital engagé dans les régions où les ouvrages sont achevés el en bon étal. En Egypte, le plan britannique est près d'être réalisé, et peut-ôtrc le moment approchc-t-il où s'accomplira le rêve de lord Milner, où ftas une seule youlle du Nil ne se perdra dans la mer^ mais où toutes jusqu'à la dernière, disparaîtront dans le limon d'Egypte en v laissanl la fécondité.
1^ L.% TRANSFUBMATION DK L KGYPTE
niuraill«'> inassiv<*s des monumenis antiques. Les villaL'«*s d«- |ii>r auA maisons cuhiques ôniergenl snii< Iriii - lHHh|iirl> •!«' palniiris. mais on ne peul lr> ahonltr «lutii [)a>sanl l'eau; les Kuroprens ou l»'s rirlirs imlii:riirs y enlienl à clieval ou sur le dos d un f«-llali. les gens du commun barboltonl. lirant derrière eux un i\nc rélif ou un chameau enlèlé que d'aulres frappent à coups de trique, les paysannes s(î relroussent infiniment plus haut que la décence ne le permettrait chez nous, mais nouhlienl pas <le cacher leur ligure sous la voile. Plus luin du Mil, sur les terres hautes, voisines des deux falaises, l'eau envoyée par les canaux e^t élevée dans les pois des .saA'/c//s, roues de bois mues par des buffles, dans les seaux des chndoafs maniés à bras el parfois superposés en deux ou trois étages; elle est distribuée par un réseau de ruisselets boueux, courant entre des bourrelets de limon que le fellah ouvre ou ferme dun coup de pied. Ainsi la crue remplit lentement et l'un après l'autre les divers bas>ins de la vallée qui se succèdent d'amont en aval: elle met plusieurs semaines à descendre jusqu'au Caire, car la pente d'Assouàn à la capi-
L IRRIGATION SUBSTITUKE A L INONDATION VjQ
talc n'est que de 91 mètres, soil 1 1 cenlimètres par kiloinèlre.
Dans le Délia, le système (I(*s bassins a fait place à la verilalile irrigation méthodique, caractérisée par la suppression de l'inondation, la création de réservoirs qui retiennent les eaux de crue et rétablissement de canaux permanents qui les distribuent régulièrement aux terres pendant toute l'année. On a voulu, par là, s'efforcer d'augmenter la superficie qui est arrosée sans jamais être submcî-gée et de diminuer celle qui reste improductive pendant les quatre mois d'inondation. Ainsi on gagne le temps de faire une rapide récolte de maïs, de légumes et de bercim (trèfle), juste de quoi nourrir le fellah et son bétail; le reste de Tannée, comprenant deux saisons, hiver et été, qui peuvent donner deux récoltes, est soit pour les céréales, soit pour le colon et la canne à sucre, cultures les plus profitables au Trésor public etaux capitaux européens. Les deux plantes industrielles qu'on vient de citer demandent huit à neuf mois pour mûrir, elles sont sur pied au moment de la crue ; il faut donc préserver de l'inondation les terrains qu'on leur
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a consacrés. Elles ont besoin d'un arrosage sysl«'-uîalit|uc, parcimonieux pour le colon, par moments 1res abondanl pour la canne. Leurculture impose donc l'irrigation méthodique, pour Laquelle on a créé réservoirs et canaux dans le Delta et, plus récemment, dans la Ilaute-Égypte.
Si le lac ou plutôt le réservoir Mœris a existe tel qu'tlérodote le décrit, il aurait retenu dans la dépression du Fayoum, derrière des digues et un barrage aujourd'hui disparus, une grande partie des eaux de crue pour les distribuer aux terres du Delta. Cet immense travail, exécuté 2.000 ans avant notre ère, serait tombé en ruines faute d'entretien, à une époque encore indéterminée.
Four trouver des œuvres de cette taille, il faut aller jusqu'au dix-neuvième siècle où Ton arepris et élargi la conception des souverains de la Xll- dynastie.
L'initiative des travaux actuels vint des ingénieurs français, appelés par Mohammed-Ali, le fondateur de TÉgypte moderne. Pour irriguer la Basse-Egypte, la meilleure partie du pays, Mougel commença en iS!{7 un immense barrage qui devait retenir l'eau du Xil à la naissance du
Delta ; les Inivaux durèrent dix nns et coûtèrent beaucoup plus cher qu'on ne Tavait prévu parce que les fondations furent difiiciles à éUibJir dans la terre meuble. Mohammed abandonna l'œuvre, Said et Ismaïl la reprirent, enfin le barrage fut achevé de i885à 1890 par des ingénieurs anglais qui y dépensèrent 12 millions de francs ; il élève le niveau du Nil de 1 mètre seulement et, par conséquent, ne donne pas tous les résultats qu'on espérait.
Dans la Haute-Egypte, Ismaïl fit creuser, il y a trente années, des canaux destinés à fournir, en toute saison, l'eau nécessaire aux plantations de cannes établies sur ses domaines ; mais il n'avait pas construit de barrages destinés à retenir Teau du lleuve, il se bornait à prendre la part qui lui convenait sans s'occuper de savoir si ce qu'il laissait dans le lit suffirait à ses sujets.
Depuis l'occupation britannique, le service des eaux a passé entre les mains d'ingénieurs anglais qui ont une autorité discrétionnaire et sont indépendants des autres administrations. Leur principe est celui de Mohammed-Ali, mais ils ne se bornent pas à reprendre les anciens
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plans, il> 1rs lnin>(iirurent à force de ca[)ilaux et dautljice. Ils viennent de jeter un immense barni*^r, loiii: de •> kilomèlres, entre les rociiers qui êlranglrnl le Nil. en amoul d'Assouiin, à la première calaracle. (ictte dif^ue est en granit fondr sur le jrranil ; elle a 3() m. de large à la lia?>e, 7 au sommet, et ai m. 5o de haut; au moment le plus fort de la crue, elle maintiendra le niveau du fleuve à une vingtaine de mètres au dessus de létiage. 180 vannes permettent le réî^lage et la distribution de Teau ; une écluse à cinq portes, praticjuée sur l'un des côtés, donne passage à la navigation. La construction a duré un peu plus de (|uatre ans et la dépense s'est élevée à 100 millions de francs.
Nous avons vu le commencement des travaux en novembre 1898: on y comptait déjà plusieurs milliers d'ouvriers. Les ouvrages grossiers étaient faits par des fellah payés o fr. 76 par jour ; l'extraction, la taille du granit était confiée à des Italiens qui recevaient 3 à 5 francs ; tout un monde de contremaîtres et d'ingénieurs parlaient toutes les langues de TEurope, l'anglais dominant; un village de terre et de bois, des
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cantines, un reslauranl ilalicn cl ^rcc où nous nm<\s un r\<ell(Mit ilcjcuncr, couvraicnl la plaine entre la rivière <4 la lif^nc fenve (|ui a son Icrniinus à la pn^inière calaracle.
Pour coniplcler l'œuvre dWssouàn, les ingénieurs anglais construisent un barrage de 65o inèlresde longà la hauteur dWssiout, entre la preniièrc cataracte et Touvrage commencé par Mougel. Par les travaux d'AssouAn et d'Assiout, on compte retenir plus de i milliard de mètres cubes deau (i.oGô.ooo.ooo d'après les dernières eslimalions).
L'immense digue d'AssouAn a été inaugurée soleimellement le lo décembre 190:^, en présence du duc de Connauglit, frère du roi Edouard \'H. Son oITicc va commencer avec la crue de njo3. Elle retiendra les eaux à un niveau si élevé, <|ue les mervfMlleux temples de l'île de IMiila^ resteront à demi-noyés pendant cinq ou six mois de Tannée : les protestations des archéologues n'ont réussi qu'à obtenir quelques travaux de consolidation. On s'empresse «n ce moment de recueillir toutes les inscriptions des parties inférieures avant qu'elles soient submcr-
lï*^ LA TRANSFORMATION DE L EGYPTR
Ml r>l iilt>r.s iv'lnil n la inoilir dt' su largeur ordinairo: innis vrrs la lin du mois, rinondalion est annorirrr si (oui va l>ien. Elle mot six semaines à se propairor «lepuis la zone tropicale jusqu'aux liouches du fleuve. Dahord arrive le Nil verl, coloré par les «léhris des plantes aquatiques qui se sont emparées du lit du fleuve dans les plaines soudaniennes au cours de l'été et que le premier Hol balaye; il coule plusieurs jours, pendant lesquels leau n'esl pas bonne. Puis le fleuve apparaît sous la couleur du limon fcriilc qu'il a arraché aux montagnes volcaniques d'Abyssinie ; c'est le Nil rouge (jui gardera sa teinte jusqu'à !
la lin do l'inondation. On attend avec impatience le moment où les colonnes graduées des nilomètres indiquent que la crue atteint une hauteur suffisante: il faut que Trau s'élève à ,
à 4 m- 70 au moins au-dessus de Tétiage à Roda, près du Caire, mais dans les bonnes années le niveau monte de 7 m. 5o h ce nilomètre, de 11 m. 70 à Louqsor, de 10 mètres à AssouAn.
On donne enfin l'ordre d'ouvrir les digues et la brèche se fait en cérémonie au milieu d'un ,
immense concours de peuple. En 1798, Bona- /
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par lui vcih1u(»s ;uix parliculicrs. Ouaiil à celles qui élaienl déjà en eiillurc, elles paieront le supplénienl (riirigalioii par une auginenlation cllmpôls. Onveul donc enrichir rKgyplei>our enrichir le fisc, et on espère que l'irrigalion rapportera plus que les travaux n*auront coûté, comme celle de Tlnde qui rend 3 à 12 p. 100 du capital engagé dans les régions où les ouvrages sont achevés et en bon état. En Egypte, le plan britannique est près d*ôtre réalisé, et peut-être le moment approche-t-il où s'accomplira le rêve de lord Milner, où pas une seule yoiille du Nil ne se perdra dans la mer, mais où toutes jusqu'à la dernière, disparaîtront dans le limon d'Egypte en V laissanl la fécondité.
Trt\\SKoi;M.\TioN a<;ricolk. — r.IlKlHT «OMMl Nir.ATIONS
Pourvu qu'on lui <lonnoreau,hi IcrrocrKgyplc peul produire loul<î rannre, car elle no connnfl point de v«'Tilal»h» liiv«*r coniparahlc à celui qui chez nous suspend la vêij^clation [i). Les plantes >e sucrèdonl l'une à l'autre sans interruption, et Ion fail deux rrcollo. trois même dans les Icrres qui ne sont pas noyres pendant les quaire mois de crue.
r Publiant ions oflîrif»!!,^- : l^saai de stalislique agricole publit» pour i^x; **t pour iNSS, par Boinet-Bey aulour du Dictionnaire »iéoQraphique de V Egypte . Lo Caire. — Sotea on Egyptian Crops. Lv Caire. iN/i.
Nous nou- sommes servis «Jans ce chapitre el les suivants des statistiques commerciales indiquées dans TAvantpropos.