‹ La transformation de l'Égypte (volume 2)Chapitre 8 sur 42 · VALLÉE ET DELTA DU ML · texte numérisé non relu

VALLÉE ET DELTA DU ML

Si, de la vallée des tombeaux, on escalade les degrés du Mokattain qui commande la ville, on chemine quelque lemps sur une laide de rocho, haute de i.*>o à aoo mètres, ef tout à coup Ton s'arrête au bord de la falaise orientale ; à riiorizon se dessine le plateau nu de l'autre rive, dominé par la masse dorée des Pyramides ; dans l'intervalle, apparaissent les champs de la vallée, le Nil, enfin les (errasses blanches, les carrés d'ombre du Caire et, plus près, les minarets de marbre blanc et les tours à créneaux de la citadelle bâtie sur un éperon du Mokattam; sauf le vert des palmiers, l'ensemble n'a d'autre couleur que celle du soleil. Lorsque le soleil se couche derrière les Pyramides, les teintes des maisons se révèlent; le rose et le bleu clair dominent, fondus comme les nuances d'un tapis ; tout s'empourpre un instant, puis tout se noie dans l'ombre bleue à la chute subite d'une nuit sans crépuscule.

En amontdu Caire, commence la Haute-Egypte, c'est-à-dire la vallée proprement dite, large de 16 kilomètres au plus, longue de 800 entre la capitale et la première cataracte, et qui nourrit

m L% TR.\N>rORMAT105 DE L EGYPTE

un tiers ilos lialiitnnts. Ici. comme •l:ins le Dclla, la vie e>l « un ilon Au Nil » : sur les |inrlies basses où Teau peul arriver, on Iniuve la venlurc, les champs de cannes, les villages sous les bouquets de palmiers, le mouvement, les buffles, les ânes, les chameaux : dès que l'eau manque, plus rien que les roches dorées des falaises Lintùl surmontées de pyramides, tantôt percées par les trous parallèles des anciennes hypogées.

Quand un enfant de France essaye avec des couleurs de représenter la nature, il barbouille un premier plan jaune pour indiquer les champs et un fond vert qui figure la forêt de nos montagnes. En Egypte, c'est le contraire; de naïfs panneaux décorant le salon d'un préfet indigène, représentaient une plaine vorle et des collines jaunes.

Au sommet de la falaise occidentale, sur le plateau désert, les anciens Égyptiens avaient placé le séjour des morts. La vie n y fiénètre avec le Xil, qu'en un seul endroit, l'échancrurc latérale où les Pharaons avaient construit le réservoir Mœris : l'ancien lac est aujourd'hui le Fayoum, arrosé par un bras du fleuve qui se détache au pied du promontoire dominé par la pyra-

VALLKK KT DRLTA DU NIL ao

niidc i\c Sakkar.ili. Celle l)ranehe, <hn)s la dépression <lii Fayoum, se divise en ruisseaux <|ui foid lourner des nioulii\s el ({ui saulenl des barrages ; sans le limon qui les colore, on aurailTillusiondeseaux couranles<rOccidenl. Enlre les canaux sonl conslruils les quarliers antiques el serres de Médincl-el-Fayoum, ville artistique, avec ses maisons dont les portes aux (ines arabesques el les moucharabiés délicals pourrissent leiilement aux bords des quais, eilé musulmane aux nombreux minarets, desquels les muezzin lancent des appels sonores qui rivalisent d'ampleur comme les cbants des rossignols pendant les nuits d'clé. Dans le voisinage, un immense amas de ruines, où les indigènes cherchent de Pengrais, où les archéologues font des découvertes, couvre remplacement de plusieurs cités anciennes. A la sortie des faubourgs, les ruisseaux s'amaigrissent de plus en plus et finissent par se perdre dans les sables à quelque distance d'un lac salé. Un détour sur le Fayoum est une des promenades les plus originales qu'on puisse faire au cours d'un voyage dans la Ilaule-Égypte.

Pî LA TRANSFORMATION DE L EGYPTE

Le CiiJrc alit?aure>tcrloujoiirs lo iik^iiu* quand on ronionto lo Nil, ou ne sauniil dire (\\u\ la rontin(i"ll<* vaille* fatigue jamais los veux on Fimagination. Les monuments pharaoniques y soiil si grands et si simples, si gracieux parfois, d'une si helle variété el si heureusement placés qu'ils ne sauraient lasser Tadmiralion. Tandis que dans le Délia, où la |>opulation resta toujours dense, les villes anciennes ont servi de carrières aux nouvelles, tandis que le Caire se construisait avec les débris de Memphis, une partie de la vallée se dépeuplait, devenait la Théhaide des ermito, et les anciens édifices s'y conservaient protégés par le sable qu'accumula sur leur masse le vent du désert. Les grands temples de Karnak et Louqsor, restes de l'ancienne Thèbes aux cent portes, les monuments funéraires de la rive opposée, sanctuaires, colosses, tombeaux souterrains des rois, les temples de Dendera ou dEdfou. dégagés des sables et si bien conservés qu'on y pourrait célébrer le culte, les colonnades el pylônes de la cité sainte qui couvre l'île de Phihe, comptent parmi les choses rares qui donnent à l'imagination plus que ne promet-

Page 1