‹ La transformation de l'Égypte (volume 2)Chapitre 9 sur 42 · VALLKG ET DELTA DU SU · texte numérisé non relu

VALLKG ET DELTA DU SU

hiiciit livres o\ {gravures. Nous nous ni|i|>elous qu'.iyaiil iVril à uno dame allcuiauile pour ilcmander quelques renseigncmenls sur l'ilinêraire à suivre, la réponse qui nous arriva concluailpar CCS mois : « Die Tempel zu Luqsor beim Mondschein zu sehcn, das ial wunderschôn ! » (Voir les temples de Louqsor au clair de lune, c'est merveilleux). Sans doute, ils sont beaux sous cel aspect, mais peul-^lre vaut-il mieux les visiter quand le soleil d'Efçypte se lève dans une aurore de printemps el teinte de rose la cime des rochers qui bordent le bassin fécond de rancicnncThèbes: les alouettes s'élèvent en clianlaut, les huppes sautent en jasant sur les mottes, les éperviers planent au firmament, les flûtes des bergers se répondent d'une rive à Tautre dans l'air transparent et léger. Ciiaquc matin, on trouve un nouveau plaisir à s'éveiller dans celte lumière si belle que la nature en est transfigurée.

(Juand on arrive à Assoui^n, les collines des deux rives se resserrent, étranglent le fleuve; c'est la première cataracte. On ne voit que rochers surmontés d'un tombeau musulman, d'une mosquée ou d'un fortin passés au lait de chaux.

42 LA THANS FORMATION DE l'ÉGYPTK

Tout est j'îiiiiif. roiigoAIro, blanc ; il n'y a plus do l)lou i\\\o If Nil, (juand il n*csl pas Ironlile, de vert quo les palmiers de l'Ile Klc^plianline. — On touche le fond de rKgyple, hien que la limite administrative se trouve plus loin vers le sud : la véritable Afrique commence avec le Soudan.

Li:s im»igi:m:s. — coptes kt musilmans

La population de FÉgyplc a passé de :i millions 468.000 habitants en 1800, d'après Tcsliinalion approximative des Français, à 9.734.405 au recensement officiel de 1897.

Les plus importantes des données intermédiaires sont les suivantes : en i84i, au moment où Mohammed-Ali est vraiment devenu le seul maître du pays, îi.5.*î6.4oo habitants, d'après une évaluation sommaire ; en 1846, vers la fin du grand pacha, 4.47G-44o? suivant un recensement ; en i88:î, époque du débarquement anglais, 6.813.919, suivant un autre recensement. L'accroissement aurait donc été dans la période internationale de i,9Ô p. 100 entre 1846 et 1882, dans la période britannique de 2,76 p. 100 entre 1882 et 1897. On doit noter que les premiers chiffres ne sont pas très sûrs, ce qui enlève à la comparaison une partie de sa valeur.

14 I.A TRANSFORMATION DK L KGVPTK

l.«*s <|.7-îî.4«-»> lialiilanls de 1897 se divisaient, suivant la relij^non, ni 8.(178. yyr» imisiiliiiaiis, soil (l>.>3 p 100; 7*{o.irr> chiTliens, soit 7,r)o |>. 100 (Go8.^j'ir) (loptes, r)3.^i7y orlliodoxes, pour In plupart hellènes, 56.34'î catholiques el ii.8(j^| protestants, ces deux dernières catégories formées pour la grande majorité d'Européens occidentaux et méridionaux); enfin 20.200 israéliles, presque tous orientaux (0,26 p. 100).

A un autre point de vue, on distingue dans la population totale, 1 12.574 étrangers dont près de 110.000 Européens, 9.047.905 Égyptiens sédentaires comprenant les fellah des campagnes cl les gens des villes, enfin 578.974 nomades de toute race.

Dès que Ton sort du delta ou de la vallée, on quitte les véritables Egyptiens et on rencontre d'autres races. Sur les plateaux déserts, errent les Arabes bédouins qui ne voilent pas leurs femmes et qui vivent sous de petites tentes de feutre noir. Ouelques-uns vont d'une ville à l'autre comme chameliers, mais ils ne se fixent nulle part et campent toujours aux portes des cités comme en plein désert ; les autres pillent

les villages ou les voyageurs ef se ba tient avec la police moulée : le jour de notre arrivée à Minieh, les gendarmes commandés par hîs Anglais ramenaient six bédouins et venaient dVn tuer neuf. Un autre moyen de faire cesser le brigandage, c'est d'offrir des terres reprises sur le désert grâce à Tirrigation. Le procédé est employé avec succès depuis Mohammed-Âli et, pour le rendre plus efficace, on a imposé en 1887 ^^^ concessionnaires l'obligation de résider sur leurs terres. Autrefois, plusieurs les louaient à des fellah et reprenaient la vie errante ; aujourd'hui, ils se sont mis à les faire cultiver par leurs femmes, car, eux, méprisent le travail manuel.

En amont de Louqsor, la population extérieure à la vallée commencé à changer; Ton voit sortir du désert les nomades Bicharis^ dont le type cl les cheveux en tire-bouchons rappellent les Somalis.

Au sud de la première cataracte, dans la vallée soudanienne du Nil, habitent les Nubiens que les Européens appellent Barbarins (gens de Berber). Bateliers et bergers, ils ne trouvent pas

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lous à vivn* daii.N Irur pays; «lussi licaucoup dViilre rux. laissant reiiiiiH-s et cnranls pour plusieurs aiiiRTs.se placent-ils coiiiineporlierset doniONtiques dans les villes égyptiennes. Leur fidélité est proverliialc, mais leur métier leur vaut un mépris injuste de la part des égyptiens. •< Au suddece pays, disaitdans un français naïf, un employé copte du chemin de fer Louqsor- Assouân^ ils ne connaissent plus la civilisation, ils n'ont pas de jolies maisons et leur peau est lirûlée par le soleil : c est tous des Barliarins ! » Les Égyptiens proprement dits, 9.047.900, et parmi eux surtout les six à sept millions de fellah qui iorment le fond de la population, ont conservé avec plus ou moins de pureté le type des anciens hahitants; les traits du visage, la carrure, la couleur de la peau, sont souvent les mêmes que sur les monuments. Ainsi le scribe accroupi du Louvre pourrait être un comptable égyptien d'aujourd'hui; lorsque Mariette découvrit la célèbre statue de bois qui représente un chef, vêtu d'une robe et appuyé sur la longue canne qui est toujours la marque des autorités rurales, les ouvriers fellah s'écrièrent : « Voilà le

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moire du vill.igc [cheik-el-helcd] ! » cX le nom est resté celui de In slahu*.

deux (|ui auraient conservé ranci(»n type avec la plus grande pureté seraieni, d'après l'opinion générale, les Copies dont le nom paraît être une déformation du mot grec 'AtY^xrio;, égyptien. Ils descendent des indigènes qui restèrent cliréliens après la conquête arabe el, depuis celle époque, ils ne se sont mariés qu'entre eux. Leur n*ligionest une hérésie du cinquième siècle, celle des monopliysiles, disciples d'Eulychès puis de .lacob d'Kdesse, d'après laquelle Jésus- ( Christ aurait une nature exclusivement divine et ne pourrait pas être Homme-Dieu. Leur clergé com|)rend des prêtres mariés et des moines qui ont fait va*u de chasteté, comme dans la religion orthodoxe, et, comme dans cette religion, les hautes dignités sont réservées aux réguliers : c'est des couvents que sortent les douze évoques, les trois archevêques et le patriarche d'Alexandrie, successeur de sainl Marc et chef spirituel des Copies. L'autorité du patriarche s'étend jus- (ju'à TAbyssinie où le christianisme a été introduit par les Coptes et est resté jacobite.

IS LA TR.\NSFOI<MATION DE L l^GVrTK

Le cuWo SI» f;iil r«>iniiir chez les orlhodoxes, o*#»^l-ji-.|irr ijiu» \r rliirur. rrsi*rv«» niix prOlres, esl Sf'»|>arê i\o hi ii<»f où miiiI les fi«lrles par une iconoshise ilr liois srulptr, peiiil cl doré. Dans in nef cIle-nuMnc, une sorlion close par <les barricres en forme i\o inoucharabiés rei^oil les femmes. La liturgie est onlinairenienl rédigée dans Tancienne langue copie anjonrdliui morleel remplacée dans Tusage par Tarabc. Tous ceux (pii onl passé au (^aire connaissent la belle et vénérable église d'Ahou-Sargah (Sainl-Serge) où, d'après les (Joples, la Vierge aurait séjourné lors de la fuite en Egypte ; les autres sont construites avec moins d'art, mais sur le même plan. Certaines font partie d'un couventprotégé par une muraille massive et bdti dans la solitude. Parmi les édifices religieux que nous avons visités» le plus modeste mais aussi le plus indigène, le plus pur d'influences étrangères ou nouvelles, s'élève sur les restes de nécropoles antiques, en face de Louqsor. 11 apparaît à la limite du désert et des terres cultivées sur une roche qui émerge des sables mouvants, et semble une masse de gros tuyaux noirs, coiffés de couvercles arrondis,

c'est un hîUimcnl fait de briques crues, noircies par le lenips, s.ins fenêtres extérieun;s el couronné de petites coupoles. Otte chapelle, inhal>i> lée au nionienl de noire visite», se remplit h Téjmque despèlerinap^es de moines <*! de fid«''les (pii se logent dans les chand)res,dans les cours, au dehors. Nous entrons, en soulevant le locpiet de bois, nous traversons la petite cour intérieure, nous pénétrons dans une église basse, sombre, dont les voûtes de briques sont portées par des piliers de pierre, enlevés h d'anciens monuments. A gauche, un bassin creusé dans le sol sert à la fois de fonts baptismaux et de bénitier; on le remplit et on en bénit Teau tous les ans à Tanniversaire du baptême de Jésus.

Au fond, le chœur, séparé de la nef par une barrière de bois. Sur un côté, la galerie réservée aux femmes, qui portent le voile et vivent à part comme chez les musulmans ; dans les deux religions les habitudes de la vie extérieure sont les mômes; en entrant, nos âniers et nosdomestiques musulmans et coptes restent couverts, mais se déchaussent comme à la mosquée. Tous les instruments du culte sont là, de vieux manus- MÉTiN. — Egypte. 4

«TJIs rriliiri's <lan> r.'inrieiinc laiipie roptc, aujiiiir«rhiii ii!orl«'. «les ryiiilialps (|iii mii|ilncriil la sonnctU' «li»s <\irli>os callioli(|iics ; déjà, noire giiidf*. toujours prèl à s'aiiuisc*r, en vérihiblc Kj;y|ilion. s'mipare des cymbales el va les faire retentir rpiand un Co|»tc de haut rang qui nous accompagne arrête la plaisanterie el nous ai<le à faire sortir cette bande de grands enfanls.

Les Copies ne sont pas ires nombreux, GoS./|/|G d'après le recensement de 1897. Ce total ne comprend pas quelques milliers d'entre eux, appartenant à la classe pauvre, cpii ont été convertis par les missionnaires au catholicisme, à la religion orthodoxe ou au protestantisme. Les (Coptes forment des groupes dans la partie la plus ancienne du Caire, autour du sanctuaire dWbou- Sargah et dans plusieurs centres delà Haute- Egypte, Assiout et Louqsor, par exemple. Ils sont en général plus travailleurs, plus économes, plus âpres au gain que les musulmans et moins amoureux du faste et de Tostentation ; quand on cause avec eux, on les sent très proches du paysan propriétaire occidental ; plusieurs ont des biens immenses et font d'importantes entre-

prises de loiile espace. (]omme ouvriers et employés, ils prcnnenl. de préférence leurs eorelitî^ionnaires, c(» cpii esl, en OrienI, Thahilude de toutes les confessions. « JVs[)ére bien ôlre nommé chef de gare, disait le conducteur d'un train, car notre administrateur est chrélien et moi aussi. » La fonction à laquelle les Coptes instruits se destinent le plus souvent est celle de « scribe » suivant le mot pharaonique, (ïécrivain comme disent les Français d'Egypte. Leur communauté compte en Egypte la plus forte proportion (5o p. loo) d'adultes mâles sachant lire et écrire. Dans les ministères, les administrations, les maisons de commerce, c'est presque toujours un Copte que l'on voit griffonner factures et comptes sur ses genoux, avec une plume de bois extraite d'un long étui de cuivre, lequel est passé dans la ceinture, et renferme à son extrémité supérieure une petite bouteille d'encre. « Quelle minutie, disent les Européens qui ont eu affaire aux Coptes, le plus tatillon de nos bureaucrates n'est rien à côté d'eux ! »

Les Coptes parviennent rarement aux hautes fonctions, mais leur qualité de chrétiens les a

:.2 l-A TRANSFOnMATION DE L EGYPTE

fait consiflérer par la France cl les nations cnro|i/'onnes('oinmo dos clients ou des prolégi^s. La |du|inrl dos agonis consulaires indigènes, iu)lamniont ceux «le la France, sont pris parmi les riches (Copies.

On complolera celte esquisse sommaire en ajoutant que les (Coptes portent des noms chréliens et trrecs, par exemple Ghirgis ou Georges, Boutros ou Pierre ; que les pauvres se font assez souvent tatouer sur la main une croix ou un poisson, symbole du (ilirist, que les riches portent sur leurs vêtements et en or les mômes emblèmes, que la religion ne leur défend pas les liqueurs fortes, qu'ils fabriquent du raki ou liqueur de dattes, et en consomment sans plus de scrupules qu'un Européen. Quant au reste, leurs habitudes ressemblent à celles des musulmans ; ils portent le même costume, depuis qu'on ne les oblige plus à se vêtir de noir ou de bleu sombre ; ils habitent des maisons disposées de la mc^me manière ; la religion chrétienne leur impose la monogamie et leur interdit le divorce, mais leurs femmes, comme celles des musulmans, vivent au premier étage dans un harem, et ne sortent que

voilées. Enfin, ceux qui n'ont pas reç'u Tinslruction ouropccnno n'onl aucune idée de ranlicjuilé de leurs origines et ignorent alisolunient les périodes de leur histoire qui précèdent le christianisme.

De môme, les Egyptiens musulmans, (qui forment plus de ij*>. p. loo de la population, 8.978.775 en 1897) ne savent pas que leurs ancêtres avaient une autre religion et ne parlaient pas arabe. Ceux qui vont à Técole apprennent à réciter cetle maximedes Ecrituresislamiques: <* J'aimelarabe pour trois raisons, parce que je suis Arabe, parce que le Coran est en arabe, et que la langue des élus est Tarabe. » La première raison au moins n'est pas bonne, car le type (|ui domine chez les fellah musulmans ainsi que chez les coptes est celui de l'époque pharaonique; mais, comme tous les musulmans, ceux d'Egypte ne font commencer leur histoire qu'à Tislam. Si Ton demande aux élèves musulmans des collèges et des grandes écoh*s c|uelles sont leurs sciences préférées, beaucoup répondent avec emphase: «Celles où s'illustrèrent nos grands ancêtres, les écrivains et savant<5 qui vivaient auprès des califes. >» On rencontre bien

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tous à vivre daii> Irur |iays: aussi lieaucoup dVntre eux. laissant reiiiiii«-s et enfunls pour plusieurs nimêes.se placent-ils comme porlicrsct domestiques <lans les villes égyptiennes. Leur lidélité est proverbiale, mais leur métier leur vaut un mépris injuste de la part des égyptiens. •' Au suddece pays, disaitdans un fran<^aîs naïf, un employé copte du chemin de fer Louqsor- Assouàn^ ils ne connaissent plus la civilisation, ils n'ont pas de jolies maisons et leur peau est brûlée par le soleil : c'est tous des Barbarins ! » Les Égyptiens proprement dits, 9.o47.yo^>, cl parmi eux surtout les six à sept millions de fellah qui forment le fond de la population, ont conservé avec plus ou moins de pureté le lypc des anciens habitants; les traits du visage, la carrure, la couleur de la peau, sont souvent les mêmes que sur les monuments. Ainsi le scribe accroupi du Louvre pourrait être un comptable égyptien d'aujourd'hui; lorsque Mariette découvrit la célèbre statue de bois qui représente un chef, vêtu d'une robe et appuyé sur la longue canne qui est toujours la marque des autorités rurales, les ouvriers fellah s'écrièrent : « Voilà le

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Si Ton mcl i\ pnrt los nios(|uéos du Caire, qui coinplonl parmi lc»s plus anciennes ol les |>lus belles (le loul lishun etcerlain(»s solennités in- (liii^èncs, comme la fôle célébrée au déparf pour la Mecque du pèlerinage égyptien et du tapis précieux que le khédive envoie chaque année a la Casbah, la religion musulmane n'a sur les bords du Nil aucun caractère original.

L'islam (soumission à Dieu) est d'ailleurs une religion simple dont les traits essentiels restent les mêmes dans tout le monde orthodoxe. Il suffira de les rappeler très brièvement.

L*islam sort du judaïsme et du christianisme: son prophète Mahomet s'est donné comme le successeur de Moïse et de Jésus, il a adopté les croyances à la prédestination, à la résurrection, au jugement dernier, à la récompense des bons et au chAtimenl des méchants. Monothéiste et spiritualiste, sa doctrine est fondée sur la connaissance des livres saints, elle interdit toute repré sentation figurée de la divinité. Elle prescrit au croyant la lecture du Coran, Tobligation des ablutions et de la prière cinq fois dans le jour de 24 heures, le jeûne du lever au coucher du

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soleil |ipn(lnnt toiil Ir mois de. Hainadan, (|iii esl colni où .Mahoinol m'ul de Dieu la révélation, rnuin«'>ne aux pauvres uiusuhuans, le pèlerinage à la Mrrque une fois au moins dans la vie.

Lislam n'a pas de cleqjé, h proprement parler; il ne connaît (|ue les docteurs de la loi qui fourni^senl los théologiens [ouléma ou savants), — parmi lesqu<.'ls le khédive choisit le Cheikh al Islam d'KLrypl*' — , le> professeurs et instituteurs cheikh . les juires et jurisconsultes [cadi), qui reconnaissent en malicro de droit l'autorité suprême du Grand cadi pris parmi les oulémas de Constantinople et nommé par le Commandeur des croyants. Les mehkemmeh ou tribunaux musulmans traditionnels, qui jugent toutes les contestations entre les membres de Tislam relatives à la famille et à la propriété foncière (i), sont présidés par îles cadi et rendent leurs arrêts conformément aux principes juridiques exposés par le Prophète* et les commentateurs des Écritures sacrées. Le premier musulman venu peut

If (^hcz les non-mu^uIinan< les alTaircs de ce genre sont |H»rlées ôtraleinent devant des tribunaux religieux. Pour les tribunaux laïques modernes, voir p. 178.

LES INDIGKNiiS. — COPTKS KT MUSULMANS 57

aspirer aux litres ou fouctioiis d^ouléma, cheikh^ radi, pourvu qu'il cludic aux écoles des mos- (juces (i); pas de caste sacerdotale comme les brahmanes ou les lévites, pas d'ordination comme chez les catholiques. Pas de service religieux : les mosquées sont des cours entourées de portiques qui s'ouvrent à tout venant et servent à toute sorte d'usages : leur destination religieuse est rappelée simphMuenl par des versets du Coran incrust(»s ou p(*intsen arabesques et par une minuscule abside (niirhab) [placée au milieu d'un des portiques pour indiquer i\ ceux qui prient la direction de la Mecque. C est des minarets que les muezzin appellent les croyants à la prière, mais le fidèle i)eut prier en tout lieu, il n'est jamais obligé de se rendre ù la mosquée, pas même le vendredi, que les musulmans ont pris comme jour sacré parce que c'est celui où Adam fut créé par Dieu. Le vendredi, Yimam (guide ou pasteur) du quartier monte dans la chaire sculptée {mimbar) qui se trouve à côté du mirhab pour lire et commenter un passage des

(i) Pages i4o-i52.

Kcrilures, mais nul n'csl ohligocrcissislcr à ce prêche.

Los fonds nécessaires au culte ou aux aumônes failos par les mosquées viennent des revenus que fournissent les terres wakf^ c'est-àdire celles que de riches particuliers ont données pour ces usages, soit en propriété, soit en usufruit. Ce sont les biens de main-morte de Tislam. On a créé au Caire uneadministration centrale des wnkf, qui est dirigée, au moins en apparence, par des musulmans, les infidèles ne pouvant y participer ouvertement .

Les musulmans n'entretiennent aucun édifice, et il a fallu Tinterventiondes archéologues chrétiens pour qu'on commençjU à réparer les mosquées et les tombeaux du Caire. Mais cette insouciance, commune à tout TOrient, ne les empêche pas d'avoir le plus grand respect pour l'endroit où reposent les morts. Les cadavres sont enterrés. Deux lames de pierre se dressent sur la tombe des gens ordinaires pour les anges qui inscrivent l'un les bonnes, l'autre les mauvaises œuvres du défunt. Les puissants ou les saints reposent sous un édifice en forme de

I,ES INlilGKNES. — COPTES KT MUSULMANS 59

mosquée el celle chapelle est souvent habiWe par des sortes de dc'^vots héréditaires qui vivent de hi charilé publique ou de fondalions pieuses. Les derviches sont les disciples (rascêtes qui entendent litléralement la « soumission à Dieu » et s efforcent de parvenir, par l'intuition et l'extase, à la communion avec le Tout-puissant : ils forment des confréries sous l'autorité de cheikh ou chefs. Tantôt les derviches sont des sortes de religieux qui se retirent du monde el vivent en commun, mais sans prononcer de vœux ; tantôt, ils continuent à exercer un métier ou une profession et ne quittent le travail qu'à certaines heures pour se livrer à des méditations ou à de pieux exercices [zikr). Ce dernier cas, qui rappelle assez le tiers-ordre de Saint-François, est en Egypte le plus commun. Plusieurs confréries emploient des moyens mécaniques, des mouvements rythmés pour parvenirà l'extase ; par exemple les derviches tourneurs pivotent sur leurs pieds avec une rapidité vertigineuse, les derviches hurleurs répètent tous en chœur le credo musulman de plus en plus vite et de plus en plus fort jusqu'à pousser des hurlements.

rrils réiliir«*s «lans r<'iiirienne langue copte, aujounrhiii iiiorto. tles cyinlialos qui reinplacnit la sonnellf» dos «'•irli>o.s catholiques ; déjà, noire guide, toujours prêt à s'auuiscr, en véritable Egyptien, s'empare des cyinl>alcs et va les faire retentir quand un Copte de haut rang qui nous accompagne arrête la plaisanterie et nous aiile à faire sortir cette bande de grands enfants.

Les Coptes ne sont pas très nombreux, Go8./|/|G d'après le recensement de 1897. Ce total ne comprend pas quelques milliers d'entre eux, appartenant à la classe pauvre, (pii ont été convertis par les missionnaires au catholicisme, à la religion orthodoxe ou au protestantisme. Les Copies forment des groupes dans la partie la plus ancienne du Caire, autour du sanctuaire dWbou- Sargah et dans plusieurs centres de la llaute- Égypte, Assioutet Louqsor, par exemple. Ils sont en général plus travailleurs, plus économes, plus âpres au gain que les musulmans et moins amoureux du faste et de l'ostentation ; quand on cause avec eux, on les sent très proches du paysan propriétaire occidental ; plusieurs ont des biens immenses et font d'importantes entre-

prises de foule espace. (iOmme ouvriers et employés, ils prennent de préférence leurs coreligionnaires, ecî qui esl, en OrienI, Thahilude de toutes les confessions. « J'es[)ére bien ôtre nommé chef de gare, disait le conducteur d'un train, car notre administrateur est chrélien et moi aussi. » La fonction à laquelle les Copies instruits se destinent le plus souvent est celle de « scribe » suivant le mot pharaonique, d'écrivain comme disent les Français d'Egypte. Leur communauté compte en Egypte la plus forte proportion (5o p. loo) d'adultes mules sachant lire et écrire. Dans les ministères, les administrations, les maisons de commerce, c'est presque toujours un Copte que Ton voit griffonner factures et comptes sur ses genoux, avec une plume de bois extraite d'un long étui de cuivre, lequel est passé dans la ceinture, et renferme à son extrémité supérieure une petite bouteille d'encre. « Quelle minutie, disent les Européens qui ont eu affaire aux Coptes, le plus tatillon de nos bureaucrates n'est rien à côté d'eux ! »

Les Coptes parviennent rarement aux hautes fonctions, mais leur qualité de chrétiens les a

fait ronsifléror par la France ci les nations enro[i(^onnosroinme des clienlsou «les prolégi^s. I.a plupart i\o> agents consulaires indigènes, notamment ceux de la France, sont pris parmi les riches (Coptes.

On compl«*tera cette esquisse sommaire en ajoutant que les (Coptes portent des noms chrétiens et grecs, par exemple Ghirgis ou Georges, Boutros ou Pierre ; que les [)auvres se font assez souvent tatouer sur la main une croix ou un poisson, symhole du (Mirist, que les riches portent sur leurs vêtements et en or les mômes emblèmes, que la religion ne leur défend pas les liqueurs fortes, qu'ils fabriquent du raki ou liqueur de dattes, et en consomment sans plus de scrupules qu'un Européen. Quant au reste, leurs habitudes ressemblent à celles des musulmans ; ils portent le même costume, depuis qu'on ne les oblige plus à se vêtir de noir ou de bleu sombre ; ils habitent des maisons disposées de la mt^me manière ; la religion chrétienne leur impose la monogamie et leur interdit ledivorce, mais leurs femmes, comme celles des musulmans, vivent au premier étage dans un harem, et ne sortent que

voilées. Enfin, ceux qui n'ont pas reçu Tinslruction européenne n'ont aucune idée de Tanliquilé de leurs origines et ignorent absolument les périodes de leur histoire qui précèdent le christianisme.

De môme, les Égyptiens musulmans, (qui forment plus de yfi p. loo de la population, 8.978.775 en i8<j7) ne savent pas que leurs ancêtres avaient une autre religion et ne parlaient pas arabe. Ceux qui vont à l'école apprennent à réciter cetle maximedes Ecritures islamiques: u J'aimelarabc pour trois raisons, parce que je suis Arabe, parce que le Coran est en arabe, et que la langue des élus est Farabe. » La première raison au moins n'est pas bonne, car le type qui domine chez les fellah musulmans ainsi que chez les copies est celui de Fépoque pharaonique; mais, comme tous les musulmans, ceux d'Egypte ne font commencer leur histoire qu'à Tislam. Si Ton demande aux élèves musulmans des collèges et des grandes écoles (|uelles sont leurs sciences préférées, beaucoup répondent avec emphase: «Celles où s'illustrèrent nos grands ancêtres^ les écrivains et savants qui vivaient auprès des califes. )^ On rencontre bien

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soiivonhios Éfrypti^ns instruits qui considèrent rornmo Irur piitrimoino tout ce que l'art et la s<-i<»nro .'ir<ilK»s ont |)ro(lui( au moyen Age. On en voil d'autres aussi qui achet<Mil Tédilion française dr li;t*fleker et y découvronl avec admiration Tantii|uitr de leurs origines ot les merveilles de la civilisation pharaonique, mais ces lumières sont toutes nouvelles pour eux ; jusqu'ici, ils ont ignoré leur passé. Comme tous les musulmans, ils sr sent^^nt vairuement les frères <les autres mcndires i\o l'islam sans distinction de couleur ni d'origine. Pour un mahométan peu importe t|u'un homme soit nègre, chinois, malais, s'il est croyant : la religion est le seul principe d'unité v{ de solidarité.

L^»s musulmans d'Kgypte sont tous (sauf quelques conlainos de persans et d'autres étrangers . des sunnites ou orthodoxes : ils reconnaissent le titre de Commandeur des croyants aux sultans turcs de Constanlinoi)le, devenus les héritiers des calif«^s arabes successeurs de Mahomet : le dernier calife qui habitait le Caire abdiqua en ûm(\ au profil de Toltoman Sélim, conquérant de IKgyple.

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Si Ton mel i\ |>nrt les mosqucos du C.iirc, qui coniplonl parmi l(*s |»lus aiicirnnrs ol los plus belles (le loul rishnn et ceiiain(\s solennilés indigènes, comme la fôle célébrée au dépari pour la Mecque du pèlerinage égyptien et du lapis précieux que le khédive envoie cbaque année a la Casbah, la religion musulmane n'a sur les bords du Nil aucun caractère original.

L'islam (soumission h Dieu) est d'ailleurs une religion simple dont les Irails essentiels restent les mômes dans tout le monde orthodoxe. Il suffira de les rappeler très brièvement.

Lislam sort du judaïsme et du christianisme: son prophète Mahomet s'est donné comme le successeur de Moïse et de Jésus, il a adopté les croyances à la prédestination, à la résurrection, au jugement dernier, à la récompense des bons et au châtiment des méchants. Monothéiste et spiritualiste, sa doctrine est fondée sur la connaissance des livres saints, elle interdit toute repré sentation figurée de la divinité. Elle prescrit au croyant la lecture du Coran, Tobligation des ablutions et de la prière cinq fois dans le jour de ^4 heures, le jeûne du lever au coucher du

soleil |ion<lnnt tout \r mois d(^ liamadan, qui est crUi'i où Mahoriiot rcrul de Dion la révélation, Tauinone aux pauvres uiusulnians, le pèlerina^^c à la Mrrque une fois au moins dans la vie.

L'isiain n'a pas de clei^é, h proprement parler; il ne connail (|uo les docteurs de la loi qui four* ni<seijl los théologiens {ouléma ou savants), — |>arn)i lesquels le khédive choisit le Cheikh al hlam dKtrypl*^ — , le> [irofosseurs et instituteurs 'cheikh , les juires et jurisconsultes [cadi), qui reconnaissent en matière de droit Tautorité suprême du Grand cadi pris parmi les oulémas de Constanlinople et nommé par le Commandeur des croyants. Les mehkemmeh ou tribunaux musulmans traditionnels, qui jugent toutes les contestations entre les membres de Tislam relatives à la famille et à la propriété foncière (i), sont présidés par des cadi et rendent leurs arrêts conformément aux princi|)es juridiques exposés par le Prophèl(* et les commentateurs des Écritures sacrées. Le premier musulman venu peut

Il Chez les non-rnu.sulinan> les affaires de ce genre sont |K»Kées riralemenl devant des tribunaux relii^ieux. Pour les tribunaux laïques modernes, voir p. 178.

LES INUIGKNiiS. — COPTKS KT MUSULMANS f,;

aspirer aux titres ou fonctions iïouléma^ cheikh^ cadi, pourvu qu'il étudie aux écoles des mosquées (i); pas de caste sacerdotale connue les brahmanes ou les lévites, pas d'ordination comme chez les catholiques. Pas de service religieux : les mosquées sont des cours entourées de portiques qui s'ouvrent à tout venant et servent à toute sorte d'usages : leur destination religieuse est rappelée simplement par des versets du Coran incrustés ou peints en arabesques et par une minuscule abside {inirluib) placée au milieu d*un des portiques pour indiquer ix ceux qui prient la direction de la Mecque. C'est des minarets que les muezzin appellent les croyants à la prière, mais le fidèle peut prier en tout lieu, il n'est jamais obligé de se rendre ù la mosquée, pas môme le vendredi, que les musulmans ont pris comme jour sacré parce que c'est celui où Adam fut créé par Dieu. Le vendredi, Yimam (guide ou pasteur) du quartier monte dans la chaire sculptée [mimbar) qui se trouve à côté du mirhab pour lire et commenter un passage des

il) Pag«îs it^tyib'i.

•> I.A TIlWSFOnMATION DK LÏ:GYI»TE

r(*tt«*s. Mil iii«iri;;«\ on huit, on l>av<*inic. on joui;; i\o^ nKinli.'HHiN ilr |Mii^M)ns, ilr fruils, oITrcnl dos l»illfls tr;is.sru\: l«Mir ni:uvliinulis(Mrest pas vrn- (lue. niais i\ù>r m loterie, l^a foul<^ énorme et sernV, >'ainnse aver liraneonp de brnil, de cris, de nre>. mai> >ans iion^rnladtr ni lirulalité. Nous fenil<»nsen f/o/y-ca/*/ crlle masse (|ui fçrouillcenlre les deux ranirér>deliouli(iues,sans qu'elle proteste lro[i : lr prestiirr de IKuropéen et la crainte de la puiice anirlîdsf* y sont pour quelque chose, mais lin iirriix rjuarirrc du [leuple facilite leur effet. Lr lliràlre occidental a été introduit au Caire par les Italiens et les Français, et l'opéra se donne dans l'une ou l'autre langue. Les Égyptiens de condition moyenne vont de préférence au théidre arabe: ce tiernier est dispose comme au temps de Molière ou de Shakespeare: en bas, un parterre, en haut des loges ; ici, le parterre est pour les hommes seuls, les loges, fermées par des rideaux, reçoivent les dames. Les acteurs — tous masculins — sont des syriens qui parlent le pur arabe : le soir où nous allons les entendre, ils portent des costumes anciens, car la pièce se passe dans Vùixc d'or de Tislam. Voici quel en

cilo, se retroiivcnl d'un bout à Tautre de rislam chez un nombre de philosophes, de sainls et d'illumin('»s qui rcsie assez faible par rapport à Icnsemble des fidèles. Le derviche d'I^gypte. c est le fakir (ou pauvre) musulman de Tlnde. Si on laisse de côt('î ces traces d'influence asiatique qui ne sont pas générales, le musulman pratiquant rappelle assez le puritain protestant des siècles passés ; il use du Coran comme Taulre de la Bible, le cite en toute circonstance et lui demande les principes de sa conduite.

Des deux parts, môme sévérité de mœurs, malgré des conceptions très opposées du mariage. Le vrai croyant mène une vie décente et on le scandaliserait en lui faisant connaître une faible partie des romans qui ont cours chez nous sur la sensualité de la religion du Prophète. Les purs — c'est de ceux-là seuls qu'il est question — songent à leur salut beaucoup plus qu'aux houris du paradis, et ils hésitent à user de la tolérance que Mahomet accorde aux polygames ( i ) ; le Prophète a permis, — il n'a pas ordonné comme

(i) Pour l'influence des idées occidentales sur la conception du mariage, voir page 72.

LA ME INDIGENE.

Au Cairo, beaucoup do hauts fonctionnaires et «!♦' uolahles indiirènes vivent ou du moins reroiveid i\ Teuropéennc», accommodant le faste oriental au goût des maîtres du jour : ils ont enipruiilé aux Fraïu^ais leur cuisine et leurs vins, aux Anglais, le luxe de la vaisselle et du service: sous rinllueiue française et celle des Européens méridionaux, la conversation est devenue plus animée, les manières plus libres qu'autrefois.

Pour voir le type traditionnel du riche Égyptien, on doit se faire présenter aux notables des petites villes et des villages. Quand on est conduit dans une riche maison indigène, on arrive

LA VIE INDIGÈNK 71

dcviuil une fîujadc presque aveugle : le premier étage projrlte (l(»s niourliarahiés par où les feniincs p(nivenl, sans rire vues, r(»ganler les passants, mais liî re/-(le-ehausséen'a d'autre ouverlure qu'une porte. On entre par un couloir étroit et coudé gardé par un serviteur, (|ui siège sur un eadr(î d'osier ou sur un cube de maçonnerie, on déhouche dans une cour intérieure, petite et fraîche, où les habitants se liennent ordinairenienl et sur lacpielle donnent les lenétres (i); (îii bas, se Irouve la salle de réception, en haut Pap|>arlenient des femmes ; d'habitude celles-ci prennent Tairdans la cour; aussi I étranger se fait-il annoncer quelques minutes d'avance, afin qu'elles aient le temps de remonter dans leurs chambres «l'où elles verront tout sans se montrer.

Si le mari tient à Tancienne étiquette, on ne devra pas lui parler de sa femme, et lui-même croirait manquer aux convenances s'il vousentre-

(ii Toiles ôUiionl déjà les maisons des notables sous les Plianions ; la maison d'un riche en(.ir^<•euu à Uoino présentait à jK'u près la même disposition (pi'on retrouve aujourd liui plus ou moins modifléc depuis Tlnde jusqu'à l'Espagne.

72 i.A TRANSKORMATION DE L KGYPTK

lenail cJVllo. Mnis los Ejçypti(*iis iiistriiits, qui connaissonl nos haliiliulos ouropéomies, n'ignorcnl pas non plus nos piTJuirrs irlalifs au niariajro orii»nlal ri pour los comballro, uicllonl volontiers la conversation sur ce lliènio.

« Vous vous imaginez, <lisent-ils, que nous sommes tous polygames; mais nous le serions au moins ouvertement, tandis qu'il existe en Eu-' ropc beaucoup d hommes qui partagent leurs soins entre une femnie légitime et des maîtresses qu'ils cachent. Nous sommes fidèles à celle que nous avons épousée et nous n'épousons qu'une femme; il est vrai que le Prophète en permet quatre, mais c'est une simple tolérance dont un homme bien élevé n'use pas. Avoir quatre femmes, cela est bon pour les fellah (|ui ne voient en leurs compagnes autre chose que des servantes. Ouandun Egyptien inslruitetde bonne condition a plusieurs femmes, nous lui retirons notre estime.

« Les Européens s'imaginent encore que nous achetons nos femmes, c'est faux. \'oici comment se font les mariages soit chez les Coptes, soit chez les musulmans. D'abord, l'usage est que

L\ vu: INDIGKNi: 7H

loiil îulullo loiulo uno rainillo : \r crlihnl paraît un<» nionslrnosiU». Dès 'in'iin jniiH» liomnio osl dVigo à s(* inari<n\ sa moro ol s(»s Sduirs vonl on visite chez tontes lenrs aini(»s cX cheirhenl la fille qni lui ronvieinlra : lui de son eolé, voudrait bien connajtn» celle qu'on lui choisira, mais c'est im[)Ossible; dans les visites que les (hunes rendent à sa mère et iv ses s<eurs, il lAche (Tapfîrcevoir à la dérobée un <eil, un coin de visai»:<\ nue boucle de cheveux, il questionne s(»s amis hantés par les mêmes i)réoccupations, et les imaginations travaillent sur des indices souvent imajjrinaires. Ouand h) choix est <lécidé, les honunes règlent les avantages matériels qui seront laits à la fiancée. Son père lui assure souvent une dot qui reste exclusivement sa propriété ; dautre part, le mari doit lui donner des vêlements, des bijoux et, de plus, s'il est riche, de rarg(*nt et des biens dont <dl(* peut disposer et qu'elle conservera dans le cas où elle serait répudiée; cVsl une garantie pour elle, car un mari musulman peut demandeur le divorce et il a seul le droit d'initiative en cette matière ; chez les Coptes, le mariage est indissoluble. Les fel-

71 LA Tlt.WSFORMATION DK L KCYPTE

la II donnent (|uei<|uos hracelcls, une bague el une paire «le >ouliers vernis <|ue la femme con- Ncrve susp(*n«lus au plarond <le terre battue, car elle marche toujours pieds nus. lîref nous constituons à notre fenmie un douaire en rapport avec notre fortune. Et vous nous accusez de racheter! »

Tous les présents que les parents et les amis donnent h la fiancée sont exposés le jour des noces.

Chez les gens du commun, l'usage est de faire défiler les cadeaux dans le cortège; rien de plus original au Caire qu:* de voir ainsi porter solennellement les choses les |)lus différentes ; nous avons croisé une noce où paradait tout un mobilier dont la pièce la plus remarquable était une armoire à glace qu'un fellah trottinant tenait en équilibre sur sa léte. Les hommes seuls prennent part à ces démonstrations; ils viennent ensuite au rez-de-chaussée ou dans la cour de la maison nuptiale manger des sucreries autour des chanteurs, des musiciens, des danseuses, qu'a fait venir le nouveau marié; derrière les moucharabiésdu premier étage, la mariée et ses invi-

LA VIK rXDIGKNK 75

lées se passent les bonbons el les tasses, fument, écoutent et regardent.

La fiancée ne verra son époux (|u'après la fôte, on ne lui présentera jamais d'autre homme; ses fils sortironi du harem quand ils'seront en Age d'aller à l'école, ses filles auront quelques libertés jusque vers dix ou onze ans, puis elles prendront le voile et ne verront plus que les personnes de leur sexe; les femmes, en effet, peuvent sortir de chez elles et se visiter Tune l'autre. Ce n'est pas exclusivement la jalousie des hommes qui les oblige à vivre entre elles, car presque tous ceux qui connaissent l'Europe assurent qu'ils aimeraient voir leurs femmes prendre part à la vie de société, mais, dans leur ignorance, les dames résistent énergiquemcnt à ce qu'elles croient être un déshonneur pour elles. On remarque cependant un adoucissement des anciennes rigueurs. Au Caire, les femmes du |)euple qui circulent à pied ou en tramway conservent le voile noir fixé à la coiffe par une sorte de bobine, mais cela ne les empêche pas d'entrer en conversation d'allure assez familière avec les jeunes hommes qu'elles rencontrent. Les dames

Tfî LA TUAN>roit.\IATION llB L KGYPTK

riches ne sorlfiil i|uVii voilure, les slores hais- >«-s, iiiîiis <*IlrN iir rr«'*c{ii<Milont pas sciiIcMiient les hiirf'iiis: on \r> trouve, an:oni|>a^nr(*s do dômesli<|ue>. diins l«»s jrrands magasins européens où elles font leurs achats, sans se presser, demandant conseil aux vendeurs, écartant ou laissant tond)er par mégarde leur voile de mousseline Idîmche, acceptant les compliments qu'on ne leur marchande pas. Ce n'est pas encore une transformation des mo'urs, mais les progrès de linstruction européenne parmi les filles et d'autre part, les invitations aux fét<»s américaines et anglaises qui commencent à être acceptées par les dames indigènes, accentueront le changement.

Dans rK<L'yple actuelle, les femmes font un monde et les hommes un autre; avant d'entrer dans son harem, un maître» de maison se fait annoncer pour que les amies de sa femme», <|ui pourraient être en visite, [)uissent regagner leur voiture sans se heurter à lui. Mais le gynécée s'ouvre sans difficulté aux Kuropéenncs qui vont visiter les dames indigènes; on leur offre le café à rorienlalc, parfois le thé à l'anglaise, et

LA VIE INDIGKNK 77

l)oaiicoiip do bonbons; In (tonvrrsalion nVsl pas ViU'iôo, elle porlo (ou jours sur los uK^nies points: les bijoux, 1rs enfants, la loiletb». Les renmies s'amusenl h se faire expliquer les détails des vêlements oceidenlaux. Elles-mômes commandent d(*s robes ou s'en confectionnent en peluche, en velours, en soie aux couleurs éclatantes sur le modèle de ce qu'elles ont vu, mais avec des modideations inspirées par leur goût personnel.

Pendant que les dames européennes sont présentées aux Icnmies de la maison, les visiteurs masculins restent dans la salle du rez-de-chaussée et ne sont reçus que par les hommes. On leur offre des cigarettes et on les prie d'attendre le café pour lequel un domestique se hâte d'allumer le feu à la cuisine ou même dans un coin de la cour ; le café, bientôt prêt, est offert brûlant dans de petites tasses posées sur une sorte de coquetier.

Telle est la forme plus simple d'hospitalité. Voici un exemple du mode somptueux pris chez un bey musulman, agent consulaire de France.

Le bey, prévenu de notre visite, a envoyé son fils et un professeur de l'école indigène, qui lui sert

:n LA TItWSFORMATION DE L*ÉGYPTE

<lo dro^man, nous allentlrc h la gare. On nous

fait iiionUT dans iino voilure si doux rlievaux; un

sais à la vosie hrodre, aux jambes nues, eourl en

avant, le b;)lon à la main et nous annonee à grands

cris |iour faire ranger la foule dans les rues

étroites. A côté du cocher esl assis un dômes-

tique habillé en janissaire ou kaouass^ avec le

costume bleu à culotte bouiTante et un grand

sabre. Le bey nous reçoit au seuil de sa maison,

en caftan de cérémonie, le turban sur la tête, les

mains occupées à égrener un chapelet d'ambre;

de longues formules polies et fleuries s échangent

; entre nous, par rinlermédiairc du drogman. On

i ^. nous invite à nous laver les mains, puis on nous

introduit dans une salle à manger où Ton a dressé

la table à Teuropécnne; comme vin, on nous offre

du Porto : la vaisselle d'importation qu'on em-

•; ploie est disparate ; chaque convive a devant lui

j un nombre d'assiettes correspondant à celui des

i plats qui seront servis; deux candélabres indi-

j gènes d'argent massif éclairent la table ; 5 la fin

i . du repas, on nous présente, pour nous laver les

mains, une aiguière ciselée et une serviette brodée

d or. On nous conduit enfin dans une chambre à

LA VIE INDIGKNK 79

coucher OÙ inîinqiioiit bien des meuliles modestes, mais où les moustiquaires sont en tuîle doré et les rideaux ornés dcî glands d'or. Le contrasie eiitn» le luxe orienlal de ces demeures et l'absence d'objets nécessaires à notre confort ne doit pas surprendre. Les usages n'ont |)as été faits pour les Européens, mais celle hospitalité largement offerte n'a-t-elle pas irautant plus de charme qu'elle est moins occidentale?

On nous dit un jour : « Vous êtes Français, peut-être accepleriez-vous de venir à une |)arlie de campagne arabe? Kxcusez les détours que nous prenons [)Our vous le proposer, car de|)uis que les Anglais sont nos maîtres, ils nous oui déshabitués de mêler les Euroi)éens à nos amusements. » Lorsqu'on fait une partie de plaisir à la mode indigène, on pari à cheval ou Ton monte un baudet de race au poil argenté, portant une selle de velours ou de cuir ouvragé ; on ne marche jamais, car aller à pied est signe de pauvreté ou de condition inférieure. On iremporte pas de fusil, on ne chasse pas, on se plaît à regarder les alouettes voler et les lièvres courir. (Juand vient l'heure du repos, les domestiques déballent les

«..I I. A TRANSFORMATION l>E L KGYPTE

|iro\ i>iMiis «1 l'oinlin* (i'iiii tnnplo antique ou sous iiii liiriiiiT. Ni \;iiss*»ll«\ ni fourrliollo, on mango iwrr >v> «loijrls. Irrs |iro|)remcnl; nvjint cl aprrs If ro|ia>. un domestiquo verse sur les mains des eonvives if^audune aiîruièrc et leur pr(»senle une srrvirlU* pour s'essuyer les doigls. Le dîner Uni. vos Initrs qui onl fait une bonne rhétorique îiux racoles arahos, raconleni des histoires ordonnrf>iivrr mir »^x[»osilion, un drame, un dénouenitMil e( toujours u\u^ nioralilé. Knsuite, ils vous di>«'iil : Maintrnanl. faites-nous un récit de Pnris. >ur la police et les voleurs par exemple, puis vous nouse\[iliqiiercz le sens philosophique qui! laiil lui donner. » Ils aim<Mit, et c'est encore le fruit des études arabes, mêler a leur conversation une poésie rpii ne va pas sans recherche. Moiifraiit à l'un d(» nos hôtes les pigeonniers en forme de tours carrées qui couronnent les maisons indigènes, nous lui disions que les oiseaux innombrables dont ils sont habités mangent beaucoup de grains, qu'on ne les lue jamais pour les manger à leur tour, que Futilité de leur fumier ne comi>ense point leurs dégûts et nous demandions pourquoi on les conservait. « Par

LA vu: indigkm: 7h

loiil îhIiiIIo loiuUr une fîunillo : \r rrlibal paraît iiiK». nioiislruosilé. Dos '|ii'iin joniK* lioinmo nst d'àj^o à so inaricM', sa nirro cl s<\s sduirs vont 011 visite chez toutes leurs amies et rlierchcnl la fille qui lui conviendra : lui de son côté, voudrait bien connaître celle (|u'on lui choisira, mais c'esl impossible; dans les visites (juc les dames rendent à sa mère et j^i ses sceurs, il lAchc d'apercevoir à la dérobée un (eil, un coin de visat;:<\ une bouch» de chevcuix.il cpiesUonnc ses amis hantés par les mômes |)réoccupations, et les imaginations travaillent sur des indices souvent imaiifinaires. Ouand 1(î choix est décidé, les honmies règlent les avantages matériels qui seront faits à la fiancée. Son père lui assure souvent une dot qui reste exclusivement sa propriété ; d'autre part, le mari doit lui donner des vêtements, des bijoux et, de plus, s'il est riche, de TargcMit et des biens dont <dl(^ peut disposer et qu'elle conservera dans le cas où elle serait répudiée; c'est une garantie pour elle, car un mari musulman peut deinander le divorce et il a seul le droit d'initiative en cette matière ; chez les Coi)les, le mariage est indissoluble. Les fel-

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