VALLEE ET DELTA DU NIL
L'Egypte est un pays où le ciel ne se trouble presque jamais et où il ne pleut que par exce})tion. Alexandrie, sur la Méditerranée, reçoit tio centimètres de pluie par an ; le Caire 3 seulement, vingt-cinq fois moins que la moyenne pour la France, et l'on s'étonne quand l'eau tombe sur la capitale plus d'une fois en douze mois consécutifs. Le fait se répète un peu plus souvent (|u'autrcfois, par suite de l'ouverture du canal de Suez selon l'explication des météorologistes, depuis
que les étrangers sont les maîtres du pays, dit le fellah d'Egypte. Cependant une averse au Caire est toujours un événement. Comme on n"a rien fait pour l'écoulement des eaux, tant leurs chutes sont rares, les rues et places disparaissent sous les mares et l'on ne peut plus traverser certains endroits avant que les ruisseaux aient trouvé passage ou se soient infiltrés dans le sol. La pluie fournit un sujet de faits divers important et peu commun aux journaux locaux.
Comme tous les climats secs, celui de l'Egypte est sujet à des variations extrêmes. Dans la partie égyptienne du désert lyhique (Sahara occidental) la température va de + oo" dans les après-midi d'été à — 5" dans les nuits de janvier ; les différences sont considérahles dans une même journée, surtout en hiver où le jour reste chaud (-1- 3o à 35") mais où le froid commence après le coucher du soleil et devient de plus en plus intense jusqu'à l'aurore. Au désert, la gelée se fait sentir pendant quelques nuits, à peu près tous les ans ; elle s'étend parfois jusque dans la vallée où elle gâte les pousses des cannes à sucre.
Sur la côte, les variations sont un peu moins
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nmplos grAce à l'influence tempera trice de la mer, el le Ihermomètre ne descend pas ordinairemenl jusqu'à o ; à Fintérieur, sur les bords du Nil, le climat reste, avec quelque adoucissement, le même que dans le Sahara. La moyenne d'Alexandrie est 4-'^o",le minimum 4- >, lo maximum approche de 4- 40°. Au Caire, la moyenne est de + i3° en hiver, -f-aS'^.a en été, le minimum tombe à -t- 2°, le maximum s'élève à -i- 46° quand souffle l'ardent khamsin. Plus on se rapproche du tropique, plus la moyenne s'élève ; elle dépasse celle du Caire de 4 ^ 6 degrés, à Louqsor, celle de Louqsor de 3 degrés à Assouân. Les rosées qui tombent pendant les nuits froides de janvier aux environs de la capitale, deviennent de plus en plus rai'cs à mesure qu'on remonte le fleuve et sont inconnues à la première cataracte.
Partout, l'hiver reste nocturne et ne se fait pas sentir pendant le jour, partout il ne dure que |)endant une période très courte, ordinairemenl la fin de janvier ; il n'y a point en Egypte de morte-saison où la végétation s'arrête.
Les vents du désert qui se l'ont sciilir dans tout le pays accentuent les variations de t(Mii[)é-
rature. En hiver, le Sahara occidental, où le thermomètre descend plus bas qu'aux bords du Nil, envoie à la vallée et au delta un courant d'air glacé. Au commencement de Tété, le désert se trouve, au contraire, plus chaud que lÉgypte fluviale et maritime ; alors le khamsin ou la cinquantaine, ainsi nommé suivant le nombre de jours pendant lesquels il dure, souffle, brûlant, du sud-ouest et apporte des flots de poussière aveuglante. La sécheresse atteint son comble, le Nil est au plus bas, on se croirait près d'une fournaise. Mais bientôt, dans cette atmosphère surchauffée et raréfiée afflue l'air frais de la mer ; ce sont les vents étésiens ou annuels des Grecs, « les souffles délicieux du nord », suivant les termes des inscriptions. Ils s'établissent vers la fin de mai et durent jusqu'en octobre, d'autant mieux venus qu'ils coïncident avec la crue dont les premiers symptômes apparaissent en juin.
Si le Nil déborde, c'est grâce aux pluies de l'été tropical qui tombent sur les montagnes abyssines et dans les régions soudaniennes à 3.000 kilomètres de la frontière égyptienne. Pour les anciens, qui ne connaissaient pas les sources
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du fleuve ni la zone à saison humide où se trouve son cours supérieur, l'origine de l'inondation périodique était un mystère. On l'expliquait sous les Pharaons par la chute d'une larme d'Isis dans le lit du Nil, et il reste des traces de cette croyance sous la religion islamique : aujourd'hui encore la crue est attribuée à une goutte que Dieu fait tomber dans le fleuve. Les astrologues annoncent l'heuro de la chute qu'ils placent toujours dans une nuit de juin et la nuit de la (jontte se passe en cérémonies et en fêles ; cliaque famille met alors de la pâte sur son toit et, si la pâte lève, c'est signe de prospérité pour la maison ; une foule d'autres pratiques fort anciennes s'accomplissent à la môme occasion.
On comprendra l'émoi religieux (pii saisit le peuple d'Egypte en face de la crue, si l'on se rap[)elle c[n'il ne })leut presque [)as dans le pays ol qu'a[)rès avoir reçu en Nubie l'Atbara, dernier cours d'eau permanent venu de l'Abyssinie, le Nil coule jusqu'à la Méditerranée pendant plus de r^.ooo kilomètres sans recevoir un se'ul aftlucnt. Il disparaîtrait sans parvenir à la mer comme tant d'autres fleuves du désert, si les énormes réser-
voirs des grands lacs ne continuaient à l'alimenter après la fin des pluies tropicales. D'ailleurs, il ne cesse de s'appauvrir. Entre Assouàn et le Caire sa largeur diminue.
Dans le monde, le Nil n'occupe que le vingtseptième rang par son débit, alors qu'il vient le second, après le Mississipi-Missouri, pour la longueur de son cours (plus de 6.000 kilomètres dont i.-^oo en Egypte). Sa crue est dix à quinze fois plus forte que les plus grosses de la Seine, mais à l'étiage il tombe au-dessous de ce dernier fleuve. Toutefois, ses eaux suffisent à entretenir dans le désert une longue et étroite oasis, la plus singulière et la plus étendue de Tunivers, qui comprend, en remontant le fleuve, un delta ferlile au milieu des sables, puis une vallée verte de :i à 16 kilomètres de large, creusée sur près de 1 .000 kilomètres entre deux plateaux de rocher aride. Véritable anomalie que ce triangle et ce mince sillon de cullures, — la tète et la queue du serpent.
Les territoires soumis au khédive, avec une étendue deux fois supérieure à celle de la France, n'auraient pas 200.000 habitants, si l'on en re-