VALLKE ET DELTA DU NIL
été tracée In promenade circulaire de Gliézireli, que les Anglais ont mise à la mode et où affluent chaque soir les voitures de maîtres. Ce quartier élégant et froid est celui qui s'agrandit le plus vite. On y bâtit des maisons, on y aménage des hôtels h l'usage des riches anglais ou américains qui viennent chaque année plus nombreux passer l'hiver en Egypte. Partout les capitalistes indigènes se mettent à construire pour les Européens. L'un d'entre eux possède la maison donnant sur l'Ezbékieh où nous avons pris notre logement : il en fait élever une autre beaucoup plus belle dans le quartier anglais du Nil. Nous allons la visiter. C'est un grand édifice de la Renaissance italienne devant lequel on place un maguifique perron en marbre de Carrare, récemment arrivé de Livourue, ainsi (pie l'escalier et les cheminées ; le Caire et Alexandrie achètent chaque année pour plus de cinq cent mille francs de marbre. Les parquets sont venus tout façonnés de Norvège et de Trieste; le gaz, l'eau sont installés pardes ouvrierseuropéens.En cherchant dans tous les coins, on ne trouve que deux détails égyptiens, la salle de bain sans bai-
gnoire et le toit en terrasse où les domestiques indigènes viendront faire la lessive dans de grandes jarres de terre, suivant l'usage local. La maison est disposée de manière à pouvoir, selon les besoins, être louée à des particuliers ou transformée en hôtel meublé.
Le Caire a pour cadre les derniers escarpements des deux falaises dorées qui bordent le Nil depuis la Nubie, gradins de deux plateaux déserts, le lybique à l'occident, l'arabique à Torient, qui s'écartent et font place au delta. Au pied du Mokattam, dernier promontoire du plateau arabique, se trouve la vallée des tombeaux, cité de nécropoles, où la mémoire des anciens sultans est rappelée par des mosquées aux couleurs tendres surmontées de dômes et de minarets. Comme dans tout l'Orient, les monuments ne sont pas entretenus, mais, pour ceux-ci, leur délabrement s'accorde avec la solitude de la vallée; au delà des tombeaux on voit s'étendre au loin une plaine sans maisons et sans habitants, nue sous l'éclatant soleil ; du côté de la ville, arrive, par-dessus un mamelon brûlé, la rumeur confuse du Caire, semblableau bruitlointain d'une récréation d'écoliers.