‹ La Transformation Morale du Jeune Délinquant par le TravailChapitre 40 sur 50 · IT, — LE PATRONAGE DES JEUNES LIBÉRÉS EN FRANCE · texte numérisé non relu

IT, — LE PATRONAGE DES JEUNES LIBÉRÉS EN FRANCE

Nous étudierons d'abord les sociétés de patronage proprement dites, qui continuent l’œuvre commencée par les colonies pénitentiaires, l’œuvre de la transformation morale de l'enfant par le travail, travail agricole ou industriel : patronnés qui sont des ouvriers. Nous nous occuperons ensuite de la société des jeunes libérés engagés volontaires : ici il s'agit aussi de la transformation morale du jeune délinquant par le travail, par un travail doublement noble, puisqu'il a directement pour but la sauvegarde de l'intégrité de la patrie: patronnés qui seront des soldats.

1° Fonctionnement général des sociétés de patronage des jeunes libérés.

Les sociétés de patronage françaises des jeunes libérés sont toutes des sociétés privées. Par suite léur fonctionnement diffère par certains points de détail.

Les enfants sortant de la colonie pénitentiaire sont envoyés, par les soins du directeur de la colonie, au siège de la société de patronage qui s'occupe du placement des libérés de cette colonie.

La plupart de ces enfants ignorent complètement la pratique courante du métier qui leur aura été appris dans la colonie ; seuls, les quelques libérés provisoires pourront, à l'époque de leur libération définitive, être parfaitement aptes à l'existence des ouvriers libres.

Le jeune libéré ne reste au siège de la société que le temps strictement nécessaire pour qu'on puisse l’observer et lui chercher une place ; dès que, cette place une fois trouvée et présentant toutes les garanties requises, on reconnaît la possibilité de l'envoyer, nous ne dirons pas en apprentissage, le mot serait impropre, mais de le placer comme un ouvrier d'une nature un peu spéciale, l’enfant quitte le siège de la société ; dès lors il n'y revient en général même plus pour coucher. On ne le revoit qu'aux réunions qui se tiennent chaque dimanche.

Quand la société craint la faiblesse de caractère de l’enfant, elle s'arrange avec l'ouvrier chez lequel le pupille est placé pour qu'il lui fournisse ses repas et sa chambre; ou bien, si cela lui est possible, elle le loge et le nourrit ellemême.

Quel est le sort du jeune libéré placé de la sorte dans une famille d'ouvriers? Nous avons dit qu'il serait un

ouvrier d’une nature un peu spéciale : ce que nous enten- . dions par là, c’est que, bien que la pratique du métier lui fasse encore défaut, et qu'il soit en ce sens un apprenti, il est indispensable cependant qu'un salaire lui soit alloué,

Il sera, dans ces conditions, difficile de trouver des ouvriers qui veuillent prendre les patronnés à leur service. L'enfant qui sort de la maison de correction est encore aujourd’hui souvent considéré comme un petit voleur; dès lors pourrait-on toutau plus trouver des ouvriers qui accepteraient de leur donner le prix dérisoire qu'ils sont habitués de payer aux pupilles de l’Assistance publique, qui, eux, à la vérité, ne savent en général pas faire grand’chose, mais qui n'ont pas la tache du passage par la maison de correction.

Afin de vaincre leurs hésitations, on a proposé très justement de leur verser une certaine somme par jour, jusqu’à ce que l'enfant ait atteint sa 18° année.

Mais ce n'est pas tout que de décider l'ouvrier à accueillir le jeune libéré ; il faut que l’on soit assuré que l'enfant sera bien traité tant au point de vue physique qu'au point de vue moral. Pour cela, il faut qu'un contrat intervienne entre la société de patronage et l'ouvrier, et qu'il délimite soigneusement les droits et les devoirs des deux parties.

Nous trouvons, dans le rapport de M. Puybaraud à la séance du 4 avril 1897 du comité de défense des enfants traduits en justice, un projet de contrat de louage pour un enfant libéré provisoirement et placé par le directeur de la colonie dans une famille ouvrière. Ce contrat est applicable dans ses grandes lignes au placement de l'enfant libéré définitivement {1}. Nous ne saurions mieux faire que

(1) Puybaraud, Cond. des enfants sorlant de correction, p. 11.

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de le reproduire en y faisant les modifications nécessaires:

« Le patron (l'ouvrier à qui l'enfant libéré est confié) doit s'engager : ;

« 1° À traiter le jeune détenu {le jeune libéré) qui lui est confié avec bienveillance, et à ne pas l’employer à des travaux au-dessus de ses forces ;

« 2 A le loger et à le nourrir convenablement, à faire blanchir et raccommoder ses effets, à lui donner et faire donner tous les soins voulus s'il vient à tomber malade, ou bien en cas de maladie grave, sur l'autorisation écrite du médecin, et sans danger pour la santé de l'enfant, le ramener dans la colonie (ceci n’est évidemment plus applicable à notre cas), ou le conduire dans un hôpital de la contrée qui sera indiqué par le directeur de la colonie (par le président de la société de patronage) ;

«3° À surveiller sa conduiteet à prévenir le directeur de la colonie {le président de la société de patronage) pour le cas où elle deviendrait mauvaise ;

« 4° À ne le sous-louer à personne ;

«9° À lui payer des gages annuels de 69 à 150 francs par an. — Pour le jeune libéré dontnous nous occupons, ilserait facile de stipuler, au moins dès que l'enfant se serait accoutumé au travail libre, des gages peu inférieurs (surtoutsi l’ouvrier patron recevait une allocation journalière) à ceux d’un ouvrier ordinaire. — Les dits gages, continue M. Puybaraud, seraient versés par mois entre les mains du directeur de la colonie (du président de la société de patronage) ou envoyés par mois, ou tout au moins par trimestre, à la caisse d'épargne postale, au profit du jeune colon, (Pour les libérés dont nous nous occupons, nous pensons qu'il vaudrait mieux laisser l'initiative du président

de la société libre en cette matière). Chaque dimanche une gratification de 50 centimes lui sera octroyée. (Cette gratification devra dans notre cas varier avec l'argent gagné par le libéré et son äpplication plus ou moins soutenue) ;

«6° À prévenir immédiatement le directeur de la colonie (le président de la société de patronage) par télégramme ou par lettre affranchie dans le cas où le jeune homme quitterait sa maison sans autorisation (1);

«7 À le ramener àla colonie (au siège dela société) dans le cas où il aurait des raisons sérieuses pour ne pas le conserver chez lui. (On peut fort bien admettre qu'un manque subit de travail survienne et il certain qu'’alors la société de patronage devraitrecueillir provisoirement son pupille);

« 8° À n'élever aucune prétention-au cas où l’adininistration {le directeur de la société de patronage) songerait à retirer le jeune libéré. »

Mais il faudrait que ce contrat ne restât pas lettre morte, et que l'ouvrier-patron ne puisse le violer impunément. Ici apparaîtle rôle le plus délicat de la société, celui de surveillance. Pour arriver à de bons résultats, il faudrait qu’une personne fût chargée de veiller sur l'ouvrierpatron et sur l'élève, qu'elle n’eût qu'un petit nombre de patronnés àsurveiller, qu'elle fût suffisamment dévouée, et assez peu occupée d'autre part pour s'occuper avec fruit des enfants qui seraient confiés à sa surveillance. Dans les plus petites communes où sont placés des libérés par la société de patronage, un comité permanent devrait fonctionner, composé des plus intelligents et des plus éclairés des citoyens. Il est évident que les directeurs

(1) Dans l'état actuel du patronage français, purement privé, nous ne savons quels moyens le président de la société de patronage aurait à sa disposition pour reprendre l'enfant échappé.

des sociétés de patronage dont le siège est forcément dans les grandes villes, à côté du tribunalou de la cour d’appel, sont insuffisantes pour ce rôle de surveillance.

On a proposé de créer, soit une sorte de conseil de famille, soit un comité local. M. de Robernier proposait pour ce comité la composition suivante : le maire, président ; le curé, le délégué cantonal, l'instituteur de la commune, le médecin, membres. (Ce comité est, on le remarquera, en grande partie composé de fonctionnaires, car l’auteur s'occupait de cette organisation dans une étude sur la création en France du patronage légal ; la composition devrait en être un peu modifiée, notre patronage actuel étant purement privé).

Le rôle de ce comité devrait être le suivant: « Veiller à ce que la maison de l'ouvrier auquel est confié l’enfant offre toutes les garanties äe moralité désirables, que ce dernier y soit bien traité, que les conditions de l'engagement contracté envers lui et envers la société de patronage soient fidèlement respectées. » Le maire serait chargé de faire tous les trois mois un rapport à la société de patronage sur la situation morale et matérielle du jeune libéré ;ilrecevraitses salaires etluiremettrait seulementla quote-part que la société de patronage aurait décidé de laisser à sa disposition. Le reste serait versé par les soins du maire à la caisse de la société. Toutes ces formalités ne seraient pas très difficiles à remplir, chaque maire de petite agglomération n'ayant à s'occuper que d'un faible nombre de libérés. Un comité ainsi composé aurait le grand avantage de ne rappeler en rien une surveillance de police quelle qu'elle soit ; et c’est ce qu'il faut soigneusement éviter, car on a déjà trop de tendance à considérer

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l'enfant sortant des colonies pénitentiaires comme un petit malfaiteur (1).

Selon nous, cependant, ce n'est pas au maire qu'il faudrait confier la présidence du comité de surveillance local : les maires des petites communes, qui auraient à s'occuper des placements faits à la campagne, sont souvent des paysans qui, parfois sachant à peine lire etécrire, sont fort occupés aux travaux de leurs fermes ; étant plus ou moins parents ou amis avec tous les habitants de la commune, ils pourraient avoir intérêt à ménager ceux auxquels seraient confiés des jeunes libérés. Ilexiste dans chaque commune un fonctionnaire instruit, n'ayant la plupart du temps aucun lien avec les habitants, étant à même cependant de les connaître et de les apprécier mieux que personne : c’est l'instituteur ; c’est à lui que nous confierions le rôle de président de notre comité de surveillance; nous pourrions le faire aider dans ses fonctions par le curé, qui se trouve dans les mêmes conditions que lui.

Ces deux personnages seraient suffisants pour constituer le comité local d’un village. Pour une petite ville, on pourrait, comme le proposait M. de Robernier, leur adjoindre le médecin et le délégué cantonal (on choisirait celui d’un

autre canton, afin d'éviter toute pression électorale).

(1) L'utilité de cette surveillance locale des jeunes libérés s’est déjà fait sentir il y a longtemps: une circulaire ministérielle du 17 février 18 17 prescrivait des mesures de ce genre à l'égard des jeunes libérés qui, indépendamment de tout patronage organisé, s'étaient établis sur les communes rurales ou urbaines. Le maire devait transmettre au préfet du département lesrenseignements qu'il recueillait, et ce dernier les transmettait à son tour au ministre compétent.

Cette circulaire nous montre que le rôle de surveillance du maire peut exister en dehors de tout patronage légal.

Le rôle de l’instituteur et du curé ne s'arrêterait pas là : ils profiteraient de leur situation et des rapports fréquents qu'ils se verraient forcés d’avoir avec la société de patronage, pour renseigner cette dernière sur les placements qui pourraient être faits dans la commune; il serait tout naturel qu'ils surveillassent ensuite des enfants qu'ils auraient contribué par leurs renseignements à placer, etla surveillance dont ils seraient chargés serait singulièrement facilitée par ces premières investigations [{\.

2 Particularités de quelques sociétés de patronage

françaises.

A. — Sociétés de Paris (2).

a) Comité de défense des enfants arrêtés ettraduits en justice (3).

Le comité de défense a pour but de signaler à l’attention des pouvoirs publics les questions de répression et d'assistance relatives aux enfants, de signaler aux magis-

(1) Notons, en terminant l'étude du comité local de patronage, une curieuse disposition que nous avons rencontrée dans une circulaire de M. de Lavalette datée de 1867 : le ministre y recommandait aux sociétés de patronage de s'adresser aux comices agricoles afin d'obtenir tous les renseignements dont elles auraient besoin ; il est facile de comprendre en quoi péchait cette disposition, qui, du reste, n'eut aucun succès: si les comices agricoles sont très bien placés pour voir les résultats obtenus par les fermiers dans leur exploitation, s'ils peuvent, en toute connaissance de cause, donner aux sociétés de patronage tous les renseignements qu'elles pourraient désirer sur l'éducation professionnelle qui serait donnée aux jeunes libérés, comment pourraient-ils lesrenseigner sur l'éducation morale qu'ils recevraient dans telle ou telle famille?

(2) B. S. G. P., Flandin, 1888, p. 331 et suiv.

(3) B.S. G. P., Bournat, 1891, p. 463.

trats les ressources qu'ils peuvent trouver dansles établissements de charité publique ou privée, d'assurer enfin aux jeunes prévenus la plénitude des garanties que la loi accorde aux adultes, et avant tout le patronage d'un défenseur.

Le comité n'est donc pas, on peut le voir par cette explication rapide de son but, une société de patronage au sens étroit du mot. Il ne se charge pas de placer les jeunes libérés et de les surveiller lorsqu'ils seront placés ; mais il y contribue souvent en fait.

b) Société de patronage des jeunes détenus et libérés

du département de la Seine (1).

Dans l'esprit de ses fondateurs, ce patronage, établi rue de Mézières, ne devait recueillir que des enfants âgés de moins de 8 à 10 ans, et issus de familles notoirement indignes.

L'explication de ces mots « notoirement indignes » nous est donnée par les statuts dans les termes suivants : « Sont en danger moral, les enfants dontles parentssont honnêtes, mais qui n'écoutent pas leurs conseils; ceux dont les parents travaillent du matin au soir; ceux que la maladie ou l'infirmité de leurs parents contraignent à mendier; les garçons orphelins de père qui repoussent l'autorité paternelle ; les filles auxquelles manquent les conseils et la direction d'une mère ; les enfants qui s'éloignent de leur famille parce que le père ou la mère a convolé en secondes noces ou vit en union illégitime ; les jeunes garçons ou les jeunes filles qui quittent leurs parents avant d’avoir ter-

miné leur apprentissage; les enfants que leurs parents ont envoyés de province pour se placer dans les grandes villes et qui, perdant leur place, se trouvent sans appui; les jeunes gens qui s'expatrient. »

Le premier soin du patronage de la rue de Mézières est de se faire transmettre le signalement des enfants arrêtés. Pendant la durée de la prévention, les membres de la société font des visites à l'enfant et à sa famille ; le but poursuivi est de chercher à profiter de ce que les deux éléments (famille démoralisatrice et enfant vicié) sont séparés l’un de l’autre, pour chercher à obtenir leur relèvement moral

à tous les deux.

Elle reçoit ensuite, à leur sortie de la colonie, les enfants libérés tant à titre provisoire qu'à titre définitif. Elle les place et les surveille une fois qu'ils sont placés.

Notons les particularités suivantes : la société préfère multiplierles petits groupements : elle fait surveiller chacun d'eux par une mère de famille, personne charitable qui jouit de moyens d'existence suffisants pour pouvoir se pas-

ser de rémunération.

En 1893, on se mit à faire aux patronnés réunis chaque dimanche des conférences hebdomadaires ; les sujets de ces conférences, et les personnes desconférenciers étaient admirablement choisis ; nous remarquons en effet une conférence de M. Lacoin sur le « courage militaire ; » de M. Passey sur la «nécessité du travail ;» de M. de Courey sur les «lettres des absents; » enfin de M. Guillot sur « les obli-

gations des patronnés vis-à-vis du Patronage. »

Dom Bosco avait fait sortir de prison, une journée, tous les jeunes vauriens détenus dans les prisons de Turin, et,

sous sa propre responsabilité, les avait promenés à lacam-

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pagne ; pas un d'eux ne s'était mal conduit. Les directeurs de la société de la rue de Mézières se sont souvenus de cet exemple, et ce que Dom Bosco avait pu faire, aidé par l'influence un peu surnaturelle qu'il exerçait, ils l'ont réussi grâce aux résultats mêmes de l'éducation correctionnelle : six cents enfants, patronnés par la société après leur libération de colonies pénitentiaires, prirent leurs ébats toute une journée à Gros-Bois, dans le parc du prince de Wagram. Tous eurent une conduite irréprochable (1).

(1).C. Autres sociétés de Paris.

Citons parmi les sociétés de patronage de Paris : 1° Le vestiaire es petits prisonniers (B. S. G. P., p. 209, 1893), fondé en 1892 par un groupe de dames charitables qui avaient eu l'idée touchante de fournir pendant leur prévention des vêtements aux enfants arrêtés pour la première fois, afin de les préserver du froid, et de les habiller proprement à leur sortie de prison s'ils étaient l’objet d'une ordonnance de nonlieu.

20 L'œuvre de préservation d'Argenteuil (pour les filles). Les dames qui font partie de cette œuvre visitent au dépôt ou dans les prisons les jeunes filles arrêtées ; elles prêtent leur concours aux magistrats et à l'administration pénitentiaire pour favoriser toutes les mesures tutélaires qui sont de nature à aider à leur sauvegarde ; elles reçoivent enfin dans leur asile d'Argenteuil celles qui ont été l’objet d'une ordonnance de non-lieu, celles qui ont été condamnées avec le bénéfice de la loi de sursis, celles qui, leur peine subie ou la durée de leur envoi dans une colonie pénitentiaire terminée, sont libérées définitivement. Elles reçoivent aussi celles pour lesquelles il leur a été possible d'obtenir

une suspension de peine ou la libération conditionnelle.

L'œuvre de préservation d'Argenteuil se met en rapport avec les familles afin d'essayer d'y faire rentrer les jeunes filles après leur relèvement, si toutefois les garanties de moralité de la famille sontsuffisantes. Elle rapatrie à ses frais celles dont les parents habitent la province ; enfin, elle visite les jeunes filles placées par ses soins.

Un principe absolu y est mis en application : ne jamais s'occuper de jeunes filles récidivistes ou condamnées pour affaires de mœurs.

B. — Sociétés de province.

Toutes les villes de quelque importance, même bon nombre de sous-préfectures ont aujourd’hui leur société de patronage.

Citons parmi les plus importantes les sociétés de patronage pour jeunes libérés de Marseille, de Lyon et de Toulouse. Le développement de cette dernière est dû en grande partie à M. Vidal, professeur à la Faculté de droit, lequel a su communiquer ses idées à ses élèves réellement devenus ses «disciples. » En 1896, 88 étudiants de Toulouse faisaient partie de la société de patronage.

C. — Sociétés de patronage spéciales aux jeunes libérés d’une seule colonie.

La plupart des sociétés de patronage françaises, notamment celles dont nous venons de nous occuper, et la société de M. Voisin, que nous étudierons bientôt, se chargent de placer des libérés de diverses colonies ; à côté nous trouvons des sociétés de patronage ne s'occupant que d’enfants provenant d’une colonie déterminée.

Les fondateurs des écoles de réforme de Frasnes-le- Château et de Saint-Éloi (1) ont voulu suivre jusqu'au bout l'éducation des enfants qui leur étaient confiés : pour cela ils se sont chargés eux-mêmes de placer leurs jeunes libérés, et de les surveiller après le placement.

L'école Saint-Joseph (Frasnes-le-Château) possède à Besançon un patronage dirigé par cinq religieuses. Tous les matins, les enfants quittent le patronage, chacun vêtu d'un costume approprié à son métier; tous ceux qui le peu-

(1) Puybaraud, Condit. enfants sortant de correction, p. 17.

ventrentrent pour déjeuner au patronage ; un carnet de correspondance sert d’intermédiaire journalier entre le directeur de l'établissement, celui du patronage, et les ouvriers chez lesquels sont placés les enfants.

L'école Saint-Éloi a son patronage à Limoges; il est dirigé par un honnète ménage, qui, sous la surveillance dela directrice de l’école, place les jeunes libérés et les sur-

veille.

III. — PARTICULARITÉS DE QUELQUES SOCIÉTÉS DE PATRONAGE DE JEUNES LIBÉRÉS ÉTRANGÈRES.

Nous devrons nous borner à quelques indications sommaires sous peine d’être excessivement prolixes et de sor-

tir du cadre de notre étude.

Angleterre et États-Unis.

Nous ne trouvons dans ces pays rien de bien remarquable ; la raison en est facile ‘à trouver: toute leur initiative s'est portée sur l’organisation des colonies pénitentiaires (écoles industrielles, écoles de truants, reformatories) et sur l’étude des moyens les plus propres à sauvegarder l'enfant en l’arrachant, au besoin dès sa première enfance, à sa famille ; on a pensé qu’un enfant soumis à l'éducation pénitentiaire, dès l’âge de 5 ou 6 ans, et rendu à lui-même seulement à 18 ans, devait être après une aussi longue période absolument corrigé ; aussi s’eston peu occupé de diriger et de surveiller l'enfant à sa

sortie des maisons de correction.

Autriche-Hongrie.

Dans l'empire d’Autriche-Hongrie, la protection de la société de l'établissement de Marburg s'étend au temps

que les jeunes libérés de cette maison passent sous les drapeaux.

C'est surtout en Suisse, en Allemagne et en Belgique que nous trouvons des sociétés de patronage de jeunes li-

bérés dont nous pouvons étudier l’organisation.

Suisse.

L'article 81 du Code pénal suisse {ancien) ordonnait que les jeunes détenus sortant d'une maison de correction subissent un patronage légal de 5 ans ; ce patronage devait s'exercer de deux façons : soit dans la maison de correction d'Aarbourg, soit par un placement dans des familles d'ouvriers, sous les soins et le contrôle d'une société de patronage qui réglait les conditions de leur pension et de leur apprentissage.

Les communes, afin de seconder l’œuvre du patronage,

paient une redevance annuelle.

Allemagne.

Les sociétés de patronage sont constituées en Allemagne d'une facon très forte : les Allemands ont vu les graves inconvénients de notre patronage purement privé ; ils ont senti ce qu’aurait de difficile et coûteux un patronage purement légal.

Formées en union comme les nôtres, les sociétés de patronage allemandes ont leur budget spécial et sont soumises à une hiérarchie qui les met toutes sous la dépendance de cette union, mais en lalaissant elle-même libre. Parmi les sociétés de patronage allemandes les plus prospères, citons celles de Francfort sur le Mein et celle de Berlin.

Société de patronage de Francfort sur le Mein (1).

Le but poursuivi par cette société est double : 1° Pendant la prévention ou pendant la durée de la peine chercher à moraliserles jeunes délinquants ; à ceteffet, elleleurenvoie des instituteurs et des livres, etassure l'existence de leur famille par des secours ;

2° A la sortie de la prison ou de la colonie pénitentiaire, venir en aide aux jeunes libérés, en les plaçant, en administrant leur pécule, au besoin en payant leurloyer et en leur fournissant des vêtements.

La société de patronage de Francfort sur le Mein comprend environ 1.500 membres.

Société de patronage de Berlin (2).

C’est à plus d’un millier dejeunes gens que la société de patronage de Berlin donne actuellement ses secours.

L'une des grandes causes de sa prospérité est la facilité avec laquelle elle ouvre ses rangs à tous ceux quels qu'ils soient qui se présentent, proposant de lui apporter leur appui moral, physique ou pécuniaire ; à côté de cotisations annuelles de 300 marks, des cotisations d’un mark sont admises.

Belgique.

Il existe à la tête des sociétés de patronage belges une commission royale du patronage, quiserecrute elle-même, et est composée de 29 membres : le roi doit donner son con-

sentement à leur nomination,

Les membres des sociétés de patronage belges qui visitent un enfant sont très respectés ettrès écoutés ; on ne les considère pas comme remplissant une œuvre de charité

privée, mais bien comme remplissant une mission sociale.

L'État belge a une très grande confiance dans lessociétés de patronage (1); il se repose absolument sur elles du soin de continuer l'éducation correctionnelle commençgée dans les écoles de bienfaisance ; c’est aux sociétés à rechercher elles-mêmes les familles dans lesquelles elles placeront leurs pupilles (disposition diflicile à appliquer à cause des exigences de l'administration qui conserve sur eux un droit de tutelle) ; les sociétés doivent prendre des renseignements nombreux sur leur patronnés et leur faire des visites fréquentes ; un rapport annuel doit être remis par

elles à l’autorité compétente.

Société de patronage de Verviers (2).

Notons différents points remarquables d'organisation :

Les dames sont autorisées à faire partie de la société ; les enfants, pourquion peutespérerunamendement facile, sont, par les soins de la société, remis, sans passer au préalable par la maison de correction, à leurs familles, ou confiés à des patrons que l'on choisit en général parmi les ouvriers des champs. Les résultats obtenus par le patronage de Verviers sont bons; en effet on ne trouve guère que ? 0/0 de récidives en moyenne {pour l’année qui suit le jour où les enfants lui sont confiés); 340 enfants ont

reçu en 1894 les secours de ce patronage.

(1) B. S. G. P., Mettetal, 1896, p. 770.

(2) B. S. G. P., Vingtain, 1896, p.941 ; id., 1895, p. 853.

Société de patronage de Bruxelles (1).

Nous remarquons les points suivants : Le comité de la société se rend plusieurs fois l'an, en corps, aux différentes écoles de bienfaisance. La société obtient quelquefois pendant la prévention des garanties pour l'avenir chez l'enfant et chez sa famille suffisantes pour qu’il soit possible de surseoir à la mise à la disposition de l'État.

De plus un concours d'épargne a été organisé par la

société entre ses pupilles.

Sans chercher à faire l'étude des institutions de patronage dans les différents pays, étude qui serait sans grand intérêt, ces institutions étantsouvent fortpeu développées, et très longue, faisons simplement remarquer que, dans la plupart des pays, les sociétés de patronage pour jeunes libérés sont groupées entre elles ; que de plus une «union générale » réunissant les sociétés des divers pays existe depuis quelques années. Cette union générale tient des congrès annuels, où sont discutées toutes les mesures propres à obtenir le meilleur fonctionnement des sociétés

de patronage.

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