IT. — RÉSULTATS DE L'ÉDUCATION CORRECTIONNELLE
Nous avons maintenant examiné les différentes étapes de l'éducation moralisatrice de l'enfant délinquant; voyons maintenant les résultats obtenus, examinons si l'éducation correctionnelle a donné ce qu'on croyait pouvoir attendre d'elle, si au contraire le principal facteur de cette éduca-
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tion correctionnelle, la colonie pénitentiaire, n'a été, ainsi que certains l'ont prétendu, qu'une école de vice.
Nous nous garderons bien de baser nos observations sur l'enfant qui vient de sortir de la colonie pénitentiaire : on pourrait trop facilement nous objecter que l'influence de l'éducation donnée à l'enfant dure encore, alors que, dans quelques mois, elle se sera évanouie. Celui que nous étudierons, ce sera l'enfant déjà rendu depuis plusieurs années à la liberté.
Voyons d’abord ce qu'il serait devenu si sa première faute avait été punie de quelques jours de prison, ou s'il avait été acquitté purement et simplement. Il suffit de considérer le nombre relativement considérable de voleurs et d’assassins âgés de quinze à vingt ans que l’on à jugés pendant ces dernières années; tous ont un passé de fautes: vols impunis, meurtres ignorés, ou bien condamnations à quelques jours de prison, acquittements avec envoi pour quelques semaines dans une colonie pénitentiaire.
Presque tous ces enfants ont été perdus faute d'une peine appliquée à temps; c’est pour cela qu'ils iront peupler les bagnes et grossir les bataillons de discipline.
Que devient au contraire l'enfant qui, dès sa première faute, a été envoyé pour plusieurs années dans une colonie pénitentiaire ? Dèsle jour de son arrestation on aura cherché àl'arrêter dans sa marche versle mal: on l'aura essayé, nous l'avons vu, en lui donnant un travail forcé, mais rémunérateur, image du labeur auquel il devra se livrer plus tard quand il sera rendu à la vie libre, et auquel il faut chercher dès à présent à l'habituer. Dans la maison de détention préventive, ce travail n'aura été pour l'enfant qu'une occupation de l'esprit et du corps, destinée à amener une
saine fatigue qui mâte les mauvais instincts et dissipe les
idées perverses ; dans la colonie pénitentiaire, il est devenu réellement un apprentissage du travail de l’ouvrier libre, travail physique aussi bien que moral compris au sens large du mot latin labor, « tout ce qui est contraire à l'oisiveté. »
Rendu à la vie libre, cet enfant a été aidé par une société de patronage qui l’a placé chez des ouvriers, ou lui a fait
contracter un engagement militaire.
Nous baserons nos observations sur des jeunes libérés sortis depuis plusieurs années de la colonie pénitentiaire, soldats ou ouvriers.
De nombreuses lettres, aussi bien de patrons que de libérés, nous montrent que la plupart des anciens colons cherchent à se montrer dignes de la liberté qui leur a été
rendue {{). Sans doute l’on pourrait nous objecter que ces
(1) Lettres tirées du Livre d'or de Mettray. -
Lettre d'un enfant sorti de Metlray le 4 août 1894 à son ancien directeur (écrite le 17 février 1895) :
Je vous dirai que je ferai mon possible pour venir faire un voyage jusqu'à Tours où jeserais heureux de revoir les lieux où j'ai passé une partie de ma jeunesse, et de vous remercier de vive voix d'avoir fait de moi un homme sérieux qui n'aspirera qu’à une chose, amasser un peu de pain pour sa vieillesse.
Lettre d’un enfant sorti le 14 décembre 1894 (écrite le 26 mars 1895): … Voici trois mois que je vous ai quitté, et depuis ce temps, pas un jour ne s'est écoulé sans que je pense à vous. Fier et heureux de pouvoir me suffire par mon travail, je fais remonter la source du plaisir que j'en ressens aux bons préceptes que vous avez su m'inculquer..
Lettre d'un colon sorti le 19 février 1844 [écrite le 2 juillet 1895):
Mon digne bienfaiteur, si un colon est reconnaissant des bons conseils qu'il a reçus dans son enfance, c'est moi: depuis 51 ans que j'ai quitté la colonie il n'y a pas de jour que ma pensée ne s'envole vers elle. Et dire que je ne la reverrai peut-être jamais, pourtant je serais si
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lettres, bien que très belles, et ayant dans leurs formules souvent maladroites et naïves toute apparence de sincérité, ne prouvent pas grand’chose ; que, si quelques pupilles se rappellent avec émotion leur ancienne maison, cela ne prouve nullement que la plupart des élèves des colonies pénitentiaires soient devenus des honnêtes gens et de bons ouvriers.
heureux si je pouvais m'y rendre, afin de m'y agenouiller sur la tombe de M. Demetz, de M. de Courteilles et de Mme la comtesse de Nanteuil.
Lettre d'un colon sorti le 11 août 1870 {écrite le 25 novembre 1895):
J'ai l'honneur par la présente de solliciter de votre haute bienveillance l'autorisation de me rendre à la colonie le dimanche 15 décembre prochain ; en ma qualité d'employé de chemin de fer, je voyage gratuitement, et ce serait un grand plaisir pour moi, après 25 ans, de revoir le lieu de ma naissance.
(Les lettres de ce genre pullulent dans le livre d’or de Mettray. N'importe quelle colonie pourrait en montrer l'équivalent. Voir les lettres écrites au directeur de la colonie des Douaires, 'citées par M. Puybaraud, Cond. enf. sortant de correction, p. 22;. |
Lettres de parents ou d’ouvriers-patrons aux directeurs de la colonie.
Un père écril:
Monsieur le Directeur, je suis heureux de pouvoir vous dire que votre ancien élève ne laisse rien à désirer sur la conduite et sur son travail : il est auprès de nous placé en condition pour l’agriculture.
L'inspecteur des enfants assislés du Pas-de-Calais écrit à M. Cluze :
24 août 1896.
Je suis heureux de vous faire connaître que L... nous donne toute satisfaction ; il apprend le métier de boulanger, et son patron est tres content de lui : sa conduite est excellente et il est économe. »
Le pére d'un pupille sorti depuis deux ans de la colonie écrit :
Le 8 décembre 1897.
Albert se porte bien, il est très fort et ses maîtres sont contents de son travail, et nous aussi. C’est grâce à vous qu'il est honnête...
Terminons ces citations par une lettre d’un jeune libéré : lettre fort touchante et qui montre mieux que de longues phrases tout ce que l’on peut obtenir à l’aide de l'éducation correctionnelle par le travail.
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Nous répondrons à cette objection que ces lettres émanent de la presque totalité des libérés ; nous montrerons surtout les résultats renfermés dans les statistiques.
Nous ne saurions mieux faire que de résumer celles que M. Puybaraud a produites à l'appui de son rapport sur les résultats de l'éducation correctionnelle en France ; il a pu, grâce à sa situation, puiser à des sources que nous ne saurions connaitre ; il a dù certainement, grâce à son expérience, en tirer le meilleur parti possible : il a eu l’idée très ingénieuse d'établir ces statistiques à la fois sur des colonies pénitentiaires publiques et privées, de genre et d'éducation différents; il les a établies pour une durée de quatre ans après la sortie de la colonie. Cette durée de quatre années a été choisie par l’auteur comme la plus propre à donner des résultats exacts pour le calcul de la récidive. En effet : 1° Le chiffre de la récidive augmente pendant les quatre années qui suivent la
sortie de la colonie pénitentiaire, et s'accroît surtout de -
la troisième à la quatrième année ; ?° il n'augmente plus
après la quatrième année {{).
Cette lettre est datée du 25 décembre 1896, deux ans après la libératien du colon : «J'aurai le plaisir, écrit-il à M. Cluze, de vous envoyer,le 1€r janvier, une somme de 15 francs, pour qu’elle soit répartie entre les deux colons qui ont fait preuve, un de l'atelier des peintres par son travail et sa conduite, l’autre de la famille A. J'attends votre décision et votre acquiescement pour les envoyer, »
(1) Puybaraud, Cond. des enfants sortant de correction, p. 46. [résumé]. Fin de la Douaires. Mettray. St-Maurice. Ste-Foy. Bologne.
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