‹ La Transformation Morale du Jeune Délinquant par le TravailChapitre 6 sur 50 · LES MAISONS DE DÉTENTION PRÉVENTIVE A PARIS · texte numérisé non relu

LES MAISONS DE DÉTENTION PRÉVENTIVE A PARIS

A. — La PETITE ROQUETTE. Historique. — La Petite Roquette, construite pour servir de prison de femmes, fut destinée en 1835 à faire l'application aux enfants du régime cellulaire. Puis arriva la période troublée qui précéda la révolution de 1848: l'attention publique se détacha des questions pénitentiaires ; la loi de 1850 qui survint ensuite

truction. Sur 272 filles mineures arrêtées la même année, la totalité de celles qui ont été gardées à la disposition de la justice sont passées à l’instruction, En 1895, sur 1.260 mineurs du sexe masculin arrêtés, pas un seul n’a été jugé sans instruction préalable. Sur 244 filles, 154 furent . gardées à la disposition de la justice : toutes passèrent à la grande instruction. Voy. rap. Flandin, B.S. G. P., 1894, p. 1034.

(1) Nous verrons que cette mesure n'est pas encore appliquée.

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ne la laissa subsister en théorie que comme maison d'arrêt et de correction départementale réservée exclusivement aux jeunes gens prévenus ou condamnés à 6 mois au plus d'emprisonnement. En fait elle continua à recevoir les enfants à qui les tribunaux avaient appliqué l'article 66 du Code pénal.

Évacuée momentanément en 1855 par suite d’un désaccord survenu entre l'État et le département de la Seine, la Petite Roquette fut ouverte à nouveau l'année suivante.

En 1864, après une visite qu'y fit l'impératrice Eugénie, désireuse de se rendre compte si le tableau navrant qu'en avaient fait MM. Corne et Mathieu dans leur rapport devant le Corps législatif n'était pas exagéré, cette prison fut évacuée en tant que maison d'éducation correctionnelle. Depuis cette époque, bien qu’alors sa démolition ait été décidée, elle continue à être la maison de détention préventive des mineurs du sexe masculin arrêtés sur le département de la Seine.

La Petite Roquette est maintenant organisée de la façon suivante : c'est une prison cellulaire divisée en plusieurs quartiers ; chaque enfant a une cellule, petite chambre bien éclairée où il reçoit du travail; les parloirs, la salle de réunion qui sert en même temps de chapelle, les préaux de récréation sont cellulaires (1-2).

Régime des détenus pendant la semaine. — Les jeunes

(1) M. Ducamp, Paris, t. 1, p. 239 et suiv.

(2) La Petite Roquette a un double inconvénient qui tient à sa construction même: elle est trop grande comme prison préventive de mineurs — au 2 étage on a été obligé de mettre les majeurs condamnés à de courtes peines d'emprisonnement — trop petite comme maison de travail pénitentiaire : on est forcé de claustrer les enfants dans leur cellules où ils ne peuvent se livrer qu'à des genres de travaux fort restreints, et de ne leur laisser prendre l'air que dans des préaux cellulaires qui ne contiennent même pas d’agrès de gymnastique.

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détenus sont occupés pendant les jours ouvrables durant 8 à 9 heures à des travaux manuels dans leurs cellules (1).

Les travaux sont assez variés: les enfants fabriquent des polissoirs anglais, des chaines de toutes sortes, terminent des objets en celluloïd (peignes, broches, etc.), font des fleurs artificielles, des étiquettes, des articles de modes. Tous ces objets sont fabriqués à l’entreprise. Seuls les enfants âgés de moins de 12 ans ne se livrent pas à ces travaux, et on leur fait simplement suivre l’école.

Pour remédier à l'incapacité professionnelle des jeunes ouvriers, on a recours à une très grande division du travail ; on obtient de la sorte des résultats très remarquables. Voyons par exemple les étiquettes : par jour, et pour peu qu'il s'y applique un peu, un enfant arrive à en découper 7 à 8.000, à en percer 20,000, à en empaqueter 30.000, à en enfiler 1.500.

Ce travail cellulaire est utile et profitable à différents

(1) Réglement de la Petite Roquette pendant la semaine : Lever à 6 heures en été, 6 h. 1/2 en hiver. Toilette et nettoyage dans chaque cellule.

1er Déjeuner à 8 heures: les enfants y ont le pain à discrétion, une soupe grasse 3 fois par semaine.

De 10 à 11 heures, une section va à l’école.

A midi, grand déjeuner (viande 3 fois par semaine).

De 1 à 2 heures, la section qui n’a pas été en classe le matin s'y rend.

De 2 à 3 heures, les enfants qui n'ont pas fait leur 1e communion vont tous les jours au catéchisme.

Le parloir est ouvert tous les jours de 3 à 4 heures, mais le même détenu ne peut être vu qu'une fois par semaine avec la permission du préfet de police et du juge d'instruction et après enquête sur la moralité des parents.

À 5 heures, diner.

De 6 heures à 7 h. 1/2, étude : les enfants doivent y étudier leurs leçons et faire leurs devoirs pour le lendemain,

A 7h. 1/2, coucher.

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points de vue; au point de vue physique: il occupe et fatigue les jeunes détenus, auxquels il permet de gagner jusqu’à 3 francs par jour ; au point de vue moral:ilne leur laisse pas le temps de penser au mal, et leur fait comprendre que le travail peut les nourrir au dehors, comme il contribue à les faire vivre effectivement en prison ; tous ceux que nous avons interrogés nous ont répondu, quand nous leurs demandions ce qu'ils gagnaient, la somme exacte, mais, ajoutaient-ils « nous payons notre nourriture et notre entretien » (en effet, la moitié de leur gain est réservée à cet usage).

Les enfants assistent tous les jours pendant une heure à l’école; malheureusement le nombre des instituteurs est beaucoup trop restreint (deux pour 175 enfants environ) ; la plus grande partie des jeunes prévenus sont absolument illettrés, et l’on ne saurait espérer qu'un seul professeur pût, dans ces conditions, quels que soient son dévouement et sa science, instruire 90 enfants.

Le nombre des heures de classe devrait être également accru dans une très forte mesure : l’instituteur, en effet, doit chercher à faire l'éducation de l’enfant aussi bien que son instruction. Pour accomplir cette tâche il lui faudrait être pendant une grande partie de la journée en rapport avec ses élèves. Il leur ferait des lectures prises dans de bons ouvrages, les entretiendrait par exemple des hauts faits de l’histoire de notre pays ; il chercherait par tous les

moyens à élever leur esprit et leur cœur.

Les aumôniers dont le nombre devrait également être accru aideraient les instituteurs dans leur tâche (1).

(1) Remarquons qu'il serait facile de trouver quelques heures de plus

par jour à consacrer à l'instruction et l'éducation des jeunes détenu

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