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LE SANG CITRATÉ AU POINT DE VUE BIOLOGIQUE

Il ne suffisait pas que la technique de la méthode précovisée par M. Jeanbrau fut simple et facile à réaliser, ni qu’elle fut rapide et précise. Il fallait encore savoir quelle était l’action exacte du citrate de soude sur le sang et si, en même temps qu'il le rendait incoagulable, ee sel ne l’altérait pas dans sa composition au point d’en faire une substance toxique pour l’organisme. De plus, il fallait se demander aussi, si le citrate de soude, introduit dans le torrent circulatoire du récepteur n’allait pas déterminer l’hémophilie chez ce dernier et l’exposer à de nouvelles hémorragies,

Pour être fixé à ce double point de vue, M. Jeanbrau demanda conseil à M. le professeur Hédon, lequel pratiqua une série d’expériences qui aboutirent aux deux conclusions suivantes : 1

1° Le citrate de soude n’est pas toxique aux doses nécessaires pour rendre le sang incoagulable ;

2% Le sang citraté ne risque pas de déterminer l’hémophilie chez le récepteur.

Au sujet de la question concernant la toxicité du citrate, M. Hédon disait: « Si l’on ajoute le citrate au sang à la dose juste suffisante pour rendre le sang incoagulable, il est clair qu'il ne peut se produire d'action fexique, anelle que soit la quantité de sang citraté (et, par conséquent, la quantité de sang injecté), car le citrate forme, avec les sels de chaux du sang, un composé qui n’est pas toxique ». Et

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M. Hédon ajoutait, au sujet des risques d’hémophilie aceïdentelle chez.le récepteur: « Cette perspective n’est pas à craindre, car, après l’hémorragie la plus forte, il reste toujours dans les vaisseaux une notable quantité de sang. Celle-ci, avec le sang transfusé incoagulable, donnera forcément un mélange coagulable, car les sels de calcium du sang restant dans l’animal et ceux de la masse de la lymphe sont amplements suffisants pour rétablir, dans le sang ‘ransfusé, les conditions de coagulation ».

Ces considérations rassurèrent M. Jeanbrau qui, du 13 au 15 mai 1917, pratiqua, coup sur coup, trois transfusions citratées, chez trois mourants, avec deux résurrections suivies de deux guérisons définitives. à

Dans la suite, l’innocuité du eitrate de soude pour le sang apparut de plus en plus nette, à mesure que se précisa son action. C’est en (immobilisant » le caleium et en le faisant passer, comme disent les chimistes, «à l’état dissimulé », que le citrate de soude empêche le sang de se coaguler. « Le sang citraté, dit Marcel Bloch, est un sang à calcium inactivé, comme le sang fluide dans l’organisme. C’est un sang stabilisé, de même qu'est stable le sang dans les vaisseaux. Il ne subit plus l’influence des contacts altérants ». Il suffit d’ailleurs, pour qu’il devienne instantanément coagulable, d’y ajouter une faible proportion de chlorure de caleïum ; or, d’après M. Hédon, les sels de calcium du sang restant chez le récepteur, y suffisent largement. |

Pour compléter ces données, M. Jeanbrau pria M. le médecin major Giraud, chef de laboratoire de l’auto-chir. 13, de rechercher l’influence du eitrate sur le pouvoir hématosique du sang, ainsi que son action lhémolysante. Voici ses conclusions : |

En ce qui concerne le premier point, on peut conclure

que le citrate n’empêche pas la transformation de l’hémoglobine en oxyhémoglobine. En effet: |

1° Le sang veineux, citraté, versé en couches minces sur une plaque de verre, devient rouge vif par étalement ;

2° Dans l’ampoule à transfusion, les couches superficielles du sang, qui sont au contact de l’air, deviennent rutilantes, et l’agitation du récipient détermine l’apparition de flammes rouge vif qui tranchent avec le sang noir des couches profondes.

Recherchant l’action hémolysante des solutions de eitrate, M. Giraud a constaté que les solutions de 3 à 20 p. 100 ne sont pas hémolytiques. Au-dessous de 3 p. 100, on constate une très légère teinte persistante du liquide surnageant, due à l’action hémolytique de l’eau distillée et à l’hypotonie de la solution. Maïs si la solution à 3 p. 100 est réalisée, non pas avec de l’eau distillée, mais avec le sang lui-même, on n’observe aucune hémolyse après sédimentation dans le liquide surnageant.

Restait une dernière objection qui fut faite par M. TE fer: « Les produits de sécrétion des glandes vasculaires sanguines ne seraient-ils pas neutralisés par le citrate de soude ? »

Pour résoudre la question, M. Jeanbrau s’adressa à M. Derrien, professeur de chimie à la Faculté de Montpellier, qui répondit ce qui suit: «Je ne crois pas que le citrate de soude puisse avoir une influence nocive, aux doses où vous l’utilisez, sur les produits des sécrétions internes. Vos succès cliniques, d’une part, et les expériences de M. Hédon, d’autre part, en sont la preuve. De plus, il ne faut pas oublier que le citrate de soude n’est pas un produit aphysiologique ou antiphysiologique. L'organisme des mammifères produit un liquide physiologiquement citraté: c’est le lait. Le lait des mammifères renferme des citrates (envi-

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ron 2 grammes de citrate trisodique par litre). Or, le lait transmet au nourrisson les sécrétions internes de la mère. Cela est démontré pour la sécrétion des parathyroïdes ».

Et M. Jeanbrau conclut: « Les résurrections auxquelles nous avons assisté, les succès obtenus aux Etats-Unis par Lewisohn, chez des enfants de neuf mois, six mois et même huit jours, prouvent que le citrate de soude, aux doses utilisées, n’est pas toxique.

«(L’absence d’hémorragie secondaire nous a montré enfin qre le citrate n’expose nullement le récepteur aux dangers d’une hémophilie temporaire; somme toute, la transfusion de sang veineux citraté est aussi efficace que la transfusion artérioveineuse. Pour moi, qui ai l'expérience des deux méthodes, j’ai l’impression très nette que, dans la pratique du temps de paix, comme dans celle du temps de guerre, l’avenir est à la transfusion du sang, stabilisé par le ei. trate de soude, qui réunit quatre avantages de première importance en chirurgie d’extrême urgence: la facilité, la rapidité, l’efficacité et la sécurité ».

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