‹ La Transfusion Du Sang Citrate Chez Les Blessés De GuerreChapitre 16 sur 40 · OBSERVATION PREMIÈRE · texte numérisé non relu

OBSERVATION PREMIÈRE

Transfusion pour blessure de guerre. — Plaie du rein par éclat d’obus. — Hématuries très abondantes. — Mort imminente. — Sérum intra-veineux, puis néphrectomie. — Transfusion citratée.— Guérison. (Jeanbrau. Bulletin de la Société de chirurgie de Paris, séance du 11 juillet 1917, p. 1578.)

nd

B. À... blessé, le 11 mai 1917, vers 9 heures.

Diagnostic. — Plaie de la région lombaire droite par éclat d’obus, décelé par la radioscopie dans l’abdomen, à 11 centimètres de profondeur, en dehors de la première vertèbre lombaire droite.

Entre, dans une ambulance voisine, trente-six heures après la blessure. À ce moment, on constate que le ventre est souple, sans contracture de la paroi. Ni vomissements, ni nausées. Aurait eu plusieurs hématuries. On a conelu à l’expectation.

Le 15 mai, à 9 heures, c’est-à-dire quatre jours après la blessure, hématurie foudroyante: le blessé urine du sang pur et remplit un urinal, puis un second peu après. On appelle M. Jeanbrau auprès de lui, au moment où une infirmière lui fait une injection sous-cutanée de sérum. Pouls

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incomptable, lèvres grises, extrémités froides, pupilles dilatées, sueurs froides. Par acquit de conscience, mais sans espoir, M. Jeanbrau lui dénude une veine et lui injecte deux litres de sérum adrénalisé spartéiné. Il fait ensuite relever les pieds du lit pour le placer tête basse.

Contre toute espérance, à 16 heures, le blessé est encore vivant, avec un pouls à 140. La région lombaire droite est fortement tendue. Une sonde, introduite dans la vessie, ramène du sang pur. M. Jeanbrau juge opportun d’intervenir.

Rachianesthésie, avec 5 centigrammes de novocaïne. [neision lombaire. Evacuation d’une énorme quantité de caillots. Le rein est largement perforé de part en part, audessus du hile. Néphrectomie rapide. À

Transfusion de 200 centimètres cubes de sang citraté. Le pouls se remonte aussitôt, le facies se recolore,

Le soir, le blessé a repris connaissance; son pouls est à 120, bien frappé. Guérison rapide, sans incidents. Le 2 juil-

let, le blessé écrit de l’intérieur qu’il est en convalescence.

OBsSERVATION II

Transfusion pour blessure de guerre. — Contusion lombaire par obus. — Eclatement du rein. — Néphrectomie d'urgence. Transfusion citratée. — Guérison après une série d'accès de fièvre palustre, inoculée au cours de la transfusion. (Jeanbrau, ir Murard, Lyon chirurgical, janvier- février 1918, p. 37.)

D. A..., 22 ans. Blessé, le 17 août 1917, à 8 heures.

Diagnostic. — Contusion sans plaie de la région lombaire droite par un gros éclat d’obus. Hématurie de sang pur, dès la première miction.

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Symptômes à l’entrée, à 15 heures. — Douleur violente lombo-iliaque droite. Hématurie assez abondante à chaque miction. La région lombaire est tendue et contracturée. Pouls à 100, assez bien frappé. Réchauffement, toni-cardiaques. À 23 heures, l’état du blessé s’est aggravé. Le pouls est à 130, faible; le facies est grippé, sueurs froides. Une sonde, introduite dans la vessie, laisse couler du sang pur. M. Jeanbrau porte le diagnostic de rupture du rein droit et intervient immédiatement. |

Néphrectomie lombaire sous la rachianesthésie à la novocaïne (8 centigr.). L’incision de la peau permet de constater un vaste décollement des téguments, soulevés par un énorme hématome sous-cutané en partie liquide. L’aponévrose lombaire et les muscles sous-jacents étaient déchirés et broyés, preuve de la violence du choc. Les plans anatomiques étaient méconnaissables, les muscles étaient transformés en une pulpe, mélangés à des filaments aponévrotiques effilochés. Le sang qui infiltre sous tension l’atmosphère graisseuse du rein donne à celle-ei l’aspect d’une énorme bosse sanguine. Par une fissure du fascia rétro-rénal, du sang liquide s’écoule, qui s’épanchaït sous les téguments décollés. Après résection de la douzième côte fracturée, on incise le fascia rétro-rénal, on enlève à pleines mains plus d’un litre de caillots, on libère le rein qui est nettement divisé en deux parties, l’une supérieure, l’autre inférieure, par une déchirure transversale. Le parenchyme rénal, broyé et déchiqueté, saigne abondamment. Néphrectomie rapide et ligature du pédieule. On vérifie l’état du péritoine qui est intact. Mais la plèvre présente une petite déchirure que l’on ferme complètement avec trois points de cateut. Suture partielle autour d’une mèche et d’un drain. A la fin de l’opération, le blessé paraît exsangue, facies

agonique, lèvres grises, pouls presque imperceptible à la radiale. M. Jeanbrau, qui songe à faire une transfusion, ne trouve pas de donneur. À la salle de réchauffage, un Sénégalais, blessé, vient d’être apporté. Il lui découvre la médiane basilique, mais ne peut obtenir que 150 centimètres cubes de sang, probablement parce que le patient a fait des hémorragies assez abondantes au niveau de ses blessures. Bien que ee fut le sang d’un sujet d’une race différente, dont il n’était pas possible de connaître les antécédents pathologiques, M. Jeanbrau le transfusa à son opéré, dont l’état était de plus en plus inquiétant. La transfusion fut suivie d’une injection intraveineuse de 750 centimètres cubes de sérum spartéiné-adrénaliné.

Le blessé revint à lui et, dès le lendemain matin, paraissait hors de danger. Il a guéri dans la suite, après avoir présenté des accès de fièvre, qui ont revêtu l’allure typique d’accès de paludisme à forme tierce. Ces accès parurent le douzième jour après la transfusion. Ils cédèrent définitivement à la médication quininique.

Le sang ne put être malheureusement examiné qu'après le commencement du traitement par la quinine, de sorte qu’on n’a pas pu constater la présence d’hématozoaires, mais la coùrbe de température, l’action décisive de la quinine ne laissent aucun doute: il s’agissait bien d’accès palustres. Comme ce blessé n’avait jamais présenté auparavant d’accidents de ce genre, qu'il a été transfusé avec le sang d’un noir de l’Afrique occidentale, où le paludisme est endémique, il y a lieu d’admettre que le sang transfusé a servi de véhicule à l’hématozoaire.

Le malade a été évacué, guéri, le 10 octobre,

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