‹ La Transfusion Du Sang Citrate Chez Les Blessés De GuerreChapitre 24 sur 40 · OBSERVATION XV · texte numérisé non relu

OBSERVATION XV

Transfusion pour blessure de guerre. — Plaie du cœur avec hémopéricarde. — Shock marqué. — Suture du cœur. — Mort ituminente. — Transfusion du sang à la fin de l'intervention. — Rappel à la vie. Guérison. (Costantini,

in Murard, Lyon Chirurgical, janvier-février 1918.)

M. G.., blessé le 1° septembre 1917, à 7 heures du matin ; entre au poste chirurgical avancé de B..., à 9 heures.

Symptômes à l’entrée. — Plaie pénétrante de poitrine par éclats d’obus. Orifice d’entrée dans le deuxième espace intercostal gauche, près du sternum. Cyanose de la face. Pouls petit à 70. ; RACE GANT Li

NEO Es

Examen radioscopique. — 11 décèle un projectile se projetant sur le bord gauche du cœur, qui est immobilisé, en un point correspondant au sillon auriculo-ventriculaire, à 4 centimètres de profondeur. MM. Costantini et Vigot por- . tent le diagnostic de plaie du cœur et décident d’intervenir.

L'état du blessé s’est notablement aggravé pendant l'examen radioscopique et la localisation du projectile. A la fin de l’examen, le blessé est mourant. Le pouls est incomptable, le facies cyanosé, les battements du cœur presque imperceptibles, la dyspnée extrême.

Intervention. — À 10{heures du matin, trois heures après la blessure. Opérateur : M. Costantini; aide: M. Vigot.

Anesthésie à l’éther. M. Costantini taille rapidement un volet chondro-sternal correspondant aux troisième, quatrième, cinquième cartilages costaux droits et gauches, et aux segments du sternum compris entre ces cartilages. Ce volet est rabattu vers la gauche. La face antérieure du péricarde est ainsi largement exposée. On décolle les culs-desac pleuraux du péricarde, lequel bombe fortement, parce qu’il est distendu par le sang. Ouverture large du péricarde, qui est asséché avec des compresses. L'examen du cœur permet de constater, à la partie supérieure de l'oreillette gauche, un orifice par lequel s'échappe un jet de sang Cet orifice laisse passer un crayon. On harponne ses lè- vres en les traversant d’un fil à l’aide d’une aiguille courbe montée sur une pince. Ce premier fil permet d’en placer facilement un second. L’orifice est fermé hermétiquement.

On examine le cœur pour rechercher un second orifice que l’on ne retrouve pas. Le projectile a déterminé une plaie tangentielle et s’est perdu dans le poumon gauche. L’hémorragie est arrêtée. Mais le cœur bat très faiblement. On a l’impression que le blessé va mourir. On ne recherche pas le projectile dans le poumon.

FR

tOUe-—

Pendant que le péricarde est refermé et le volet rabattu, M. Hertz pratique une transfusion de 500 centimètres eubes de sang citraté, suivie d’une injection de 500 centimètres cubes de sérum physiologique.

Le blessé se remonte aussitôt, son facies se colore, le pouls devient perceptible.

Suites opératoires. — Le lendemain, le pouls est encore rapide, avec des faux pas, mais bien frappé. Pas de dyspnée. Tension maxima : 10 et demi.

Dans la suite, il se produit un hémothorax gauche et une collection de sérosité rétro-sternale. Evacuation de l’hémothorax et drainage.

Le 3 octobre 1917, le blessé est en parfait état. Tout épanchement thoracique a disparu. Les fragments sternaux sont consolidés. Le pouls est régulier, sans faux pas. L'état général du blessé est excellent. Il est évacué sur l’intérieur

à la fin d’oetobre, presque complètement guéri.

OBSERVATIdN VE

- Transfusion pour blessure &e guerre. — Plaies multiples par obus. — Anémie aiguë. — Transfusion. — Guérison. (Constantini et Visot, in Murard. Lyon Chirurgical, janvier-février 1918.)

B. B.., blessé le 14 septembre 1917, à 21 heures. Entre au poste chirurgical avancé de B..., le 15, à 1 heure du matin. Opéré à 4 heures.

Diagnostic. — Plaies multiples par éclats d’obus:

1° Plaie avec fracture du tibia au tiers inférieur de la jambe droite;

2° Séton de la cuisse gauche;

L'art 3° Plaie borgne de la fesse gauche, avee projectile dans les adducteurs du même côté;

4° Séton du cuir chevelu;

L'état général très mauvais (le blessé ayant perdu énormément de sang par la plaie de sa jambe droite) rend impossible toute intervention.

Aussitôt, MM. Costantini et Vigot font une transfusion de 500 centimètres cubes de sang citraté. La transformation est immédiate. Le blessé se recolore, il reprend complètement connaissance. Il se plaint de mourir de soif et de sueurs froides. Le pouls est perceptible à la radiale et bat à 140. RASE

Intervention. — Anesthésie à l’éther. MM. Costantini et Vigot font le débridement et l’épluchage de toutes les plaies et retirent cinq projectiles. À la fin de l’intervention, le pouls est tellement rapide, à 180, qu’il est difficilement compté. On pratique une injection, intraveineuse de 250 centimètres cubes de sérum physiologique, puis une injection sous-cutanée d’huile camphrée. Malgré toutes les précautions, le blessé avait perdu un peu de sang pendant les interventions sur ses multiples plaies. L'amélioration a été remarquable. Le lendemain, son pouls était à 160, L’améloration a persisté. Le pouls est toujours allé en diminuant, la tension en augmentant. Le 21 septembre, le pouls est à 100. La tension maxima à 14 et demi, la tension mi- . nima à 9. Les urines décèlent des traces insignifiantes d’albumine.

Secondairement, il a très bien supporté une amputation sus-malléolaire droite. En pleine convalescence dans les premiers jours d'octobre,

OBservaTion XVII

Transfusion pour blessure de guerre. Plaies multiples avéc arrachement du pied gauche, fracture du fémur gauche et gangrène gazeuse.— Amputation. — Transfusion citratée. — Guérison. (Jeanbrau, in Murard. Lyon Chirurgical, janvier-février 1918.)

M. E..., 21 ans, blessé, le 16 septembre 1917, à 18 heures; entré au poste chirurgical avancé de B..., le 17, à 5 h. 30. Opéré à 8 heures. ;

Diagnostic. — Plaies multiples par éclats de grenade :

1° De la jambe gauche et de la cuisse gauche, avec arrachement du pied gauche ;

2° Fracture ouverte du péroné au tiers supérieur; fracture de la cuisse au tiers supérieur. Gangrène gazeuse avec infiltration remontant au milieu de la cuisse.

Le blessé présente une teinte terreuse. [l étouffe. Sa respiration est à 52. Son pouls est à 152, perceptible seulement à la fémorale. Aucune oscillation à l’appareil de Pachon,

Intervention. — Après anesthésie à l’éther, M. Sambue pratique une amputation haute, circulaire de la cuisse gauche. Le blessé est sur le point de succomber sur la table pendant les ligatures.

M. Jeanbrau pratique alors une transfusion de 500 centimètres cubes de sang citraté et d’un litre de sérum intraveineux spartéiné et strychniné.

L'’opéré se réveille, se met immédiatement à erier. L’effet est instantané. Il répond à toutes les questions, son facies se transforme. Son pouls est à 132, perceptible à la radiale. À 15 heures, il est à 120. Sa tension maxima est à 11, sa minima à 9 et demi.

L'amélioration persiste, le 19 septembre, le pouls est à

OO 84, la tension maxima à 14, la tension minima à 9. Pas d’albumine dans les urines. :

Le blessé est rapidement hors de danger. Il est en pleine convalescence dans les premiers jours d’octobre et il est évacué, guéri, vers le 10 octobre 1917.

Page 1