‹ La Transfusion Du Sang Citrate Chez Les Blessés De GuerreChapitre 30 sur 40 · TAN · texte numérisé non relu

TAN

OBservarTion XXVI

Transfusion pour blessure de guerre. — Fracas de la cuisse gauche et large seton de la cuisse droite. — Shock très marqué. — Deux transfusions citratées, l'une après l’amiputation de la cuisse, l’autre après la désarticulation de la hanche. — Survie de trente-neuf heures. (Jeanbrau, in Murard. Lyon Chirurgical, janvier-février 1918.)

R. A... blessé le 1* septembre 1917, à 19 heures; entre au poste chirurgical avancé de B..., le 2 septembre, à 2 heures du matin.

Diagnostic. — 1° Kracas par obus de la cuisse gauche, avec rupture complète de l’artère fémorale ; 2° séton de la cuisse droite par éclat d’obus.

Première intervention à 3 heures du matin.

Anesthésie au chlorure d’éthyle. M. Sambuc ampute la cuisse gauche au tiers inférieur, débride et épluche le séton de la cuisse droite, injecte 750 centimètres cubes de sérum physiologique dans la veine fémorale et place un tube de Carrel. |

À 8 heures du matin, le shock est très marqué, le pouls est très faible, à 148, avec de nombreux faux pas. Le blessé se refroidit. Son état est désespéré. On songe à faire une transfusion, mais on doit attendre, faute de donneur. L’afflux des blessés ne permet pas d’accepter l’offre des infirmiers et des infirmières qui demandent à fournir du sang.

Première transfusion à 11 heures du matin. À ce moment, on trouve un donneur parmi] les blessés légers passés à l’ambulance de triage. L'état du patient s’est aggravé; son pouls bat à 176, à peine perceptible. L'’issue fatale n’est qu’une question de minutes. MM. Jeanbrau et Sambue lui

— 75 — ; transfusent 500 centimètres eubes de sang eitraté. A la fin de la transfusion, le blessé est chaud, ses lèvres sont recolorées, le pouls et tombé à 132. II a repris entièrement connaissance et répond à toutes les questions, sans aucune défaillance de mémoire. La tension maxima est de-9,5, la tension minima de 7,5.

Le lendemain, 3 septembre, le moignon d’amputation présente un très mauvais aspect, avee l’odeur de souris caractéristique. Œdème douloureux de toute la cuisse, avec emphysème. Gangrène s'azeuse diffuse avec état septicémique grave. Pouls à 140, très dépressible.

Deuxième intervention : désarticulation de la hanche, suivie d’une deuxième transfusion. À 15 heures, MM. Sambuc et Hertz pratiquent la désarticulation de la hanche, après ïigature de la fémorale au pli de l’aine, sous chlorure d'’éthyle. A la fin de l’intervention, qui a fortement shocké le patient, l’état est désespéré; le pouls est imperceptible; le facies agonique, les pupilles dilatées.

Un donneur a été préparé dans la chambre voisine, auquel: M. Jeanbrau a pris 500 centimètres cubes de sang qu'il transfuse à l’opéré.

Celui-ci revient à lui, le pouls reparaît, mais malgré les toni-cardiaques, l’oxygène sous-cutané, la mort survient dans la nuit, à 2 h. 30. Le blessé a done survécu trente-neuf heures à la première transfusion.

TO

Ogservarion XXVII

Transfusion pour blessure de guerre. — Broiement de la jambe gauche et plaies multiples. — Désarticulation de la hanche pour gangrène gazeuse, — Survie de cinquante heures. (Jeanbrau, x Murard. Lyon Chirurgical, janvier-février 1918.) !

M. F'.., 20 ans, blessé, le 19 septembre 1917, à 7 heures. Entre au poste chirurgical avancé de B.., à 10 heures. Opéré à 11 heures.

Diagnostic. — Plaies multiples par éclats d’obus :

1° Broiement de la jambe gauche;

25 Plaies multiples de la jambe gauche;

3° Plaies de l’avant-bras gauche ;

4° Plaie de l’arcade soureilière gauche.

Aphasie motrice. Shock très prononcé. Le blessé est exsangue. Sa respiration est à 56. Sa tension impossible à prendre. Son pouls à 140 à la fémorale. [Il paraît inopérable.

Intervention. — On lui fait respirer quelques bouffées d’éther et MM. Costantini et Vigot pratiquent une amputation sus-condylienne rapide de la cuisse gauche, débrident les autres plaies et extraient les projectiles. Pendant ce temps, M. Jeanbrau prépare et fait une transfusion de 900 centimètres cubes de sang citraté.

Le pouls tombe de 150 à 126. Le facies t’améliore.

À 20 heures, le pouls est à 122, perceptible à la radiale. La tension maxima est de 10, la tension minima de 6. L'état s’aggrave le 21 septembre. Le moignon est en pleine gangrène gazeuse. Température : 40°, On ne voit de ressource que dans la désarticulation de la hanche, qui est pratiquée par M. Costantini.

DM oEmen

Malgré tous nos efforts, le blessé suecombe, le même jour à 13 h. 10, cinquante heures après la transfusion.

OBsErvarTION XX VIII

Transfusion pour blessure de guerre. — Broiement du genou gauche, — Séton du mollet droit. — Shock et anémie si marqués que péndant vingt-six heures on juge inutile de tenter même la transfusion. Celle-ci est pratiquée, remonte le blessé, qui peut supporter une amputation. — Survie de cinq jours. — Mort de septicémie. (Jeanbrau, in Murard. Lyon Chirurgical, janvier-février 1918.)

C. P..., 22 ans, blessé, le 6 octobre 1917, à 6 heures du matin; arrivé au poste chirurgical avancé, le même jour, à PRIS:

Diagnostic. — 1° Broiement par obus du genou gauche, avec vaste délabrement; 2° séton du mollet droit avec larges orifices d’entrée et de sortie. Shock intense, pouls incomptable, aucune oscillation au Pachon; blessé inerte et froid. On le juge inopérable et on ne le croit pas susceptible de bénéficier d’une transfusion, même d’un litre de sang. On le réchauffe et on pratique une injection d’un litre et demi de sérum physiologique. Dans la journée et dans la nuit, huile camphrée, spartéine, strychnine à plusieurs reprises. Le lendemain matin, 7 octobre, le blessé vit encore, quoique ayant toujours l’aspeet d’un mourant. M. Jeanbrau se décide à intervenir et commence par pratiquer une transfusion de 750 centimètres cubes de sang citraté, suivie d’une injection de sérum de 500 centimètres eubes. Le blessé se remonte au point qu’une intervention paraît possible sous le chlorure d’éthyle. On pratique aussitôt l’amputation de la cuisse au tiers inférieur et l’épluchage de la plaie du mollet droit qui présente d’ailleurs l’odeur de gangrène gazeuse,

Se

Une heure après, le pouls est à 110, très bien frappé; tension maxima: 23; tension minima: 13.

À 15 heures, tension maxima: 17; tension minima: 7.

Le blessé se maintient dans un état satisfaisant jusqu’au 10 octobre au soir. Le 11 octobre, à 10 heures du matin, on découvre un gonflement douloureux du moignan. Sous le chlorure d’éthyle, débridements multiples qui donnent issue à de la sérosité jaunâtre, mais sans gaz. Injection interstitielle de sérum de Leclainche et Vallée, deux tubes de Carrel pour instillation de Dakin. Le blessé suecombe la nuit suivante, à minuit 15, de septicémié, ayant survéeu einq jours et treize heures

Page 1