‹ La Transfusion Du Sang Citrate Chez Les Blessés De GuerreChapitre 36 sur 40 · AL ORE · texte numérisé non relu

AL ORE

Réflexions. — Ti’ineident qui s’est produit pendant la transfusion prouve qu’il est plus prudent de recueillir le sang au moment même où on veut le transfuser. Le contact de l’extrémité de la canule avec le sue musculaire suffit en effet à amorcer la coagulation dans la canule, dont le sang aspiré en dernier lieu n’est pas mélangé au citrate. Il faudrait, si on ne peut transfuser aussitôt, envelopper la canule d’un tampon de coton stérilisé imbibé de la solution de citrate de soude au dixième.

OBsErvATION XLIV

Transfusion pour blessure de guerre. — Plaies multiples avec fracas de la jambe gauche. — Fracture de la cuisse gauche. — Cont sions par éboulement. — Shock prononcé. Transfusion de sang citraté. — Survie de trois heures. (Jeanbrau, ir Murard, Lyon Chirurgical, janvier-février 1918.)

R. M... blessé, le 20 septembre 1917, à 16 heures. Entre au poste chirurgical avancé de B... à 20 heures. |

Diagnostic. — Plaies multiples par éclats d’obus et contusions multiples par éboulement :

1° Fracture ouverte de la jambe gauche avec lésion des vaisseaux ;

2° Fracture fermée de la cuisse gauche;

Le shock est très marqué; le blessé, qui a perdu énormément de sang, est couvert de sueurs froides. Son facies est terreux. Sa langue est sèche. Son excitation est très marquée. Le pouls est à 140 très mou, la respiration à 36.

Intervention. — À 21 heures, M. Jeanbrau fait une transfusion de 500 centimètres cubes de sang citraté, suivie de 900 centimètres cubes de sérum physiologique. Puis, sous le chlorure d’éthyle, il pratique une désarticulation du genou. Le blessé avait probablement des lésions internes produites au cours de son ensevelissement,

L'amélioration ne fut pas marquée et il est mort le 21 septembre à k heure du matin, trois heures après 1a transfusion. | = À

OBsERvATION XL V

Transfusion pour blessure de guerre. Plaies multiples des membres et du thorax. — Transfusion de sang citraté. — Survie de sept heures. (Jeanbrau, in Murard, Lyon Chirurgical, janvier-février 1918.)

S. A..., 21 ans, blessé le 26 septembre 1917, à 4 heures; : entre au poste chirurgical avancé de B..., le 26, à 8 h. 15.

Diagnostic. — Plaies multiples par obus:

1° Plaie pénétrante de la région scapulaire postérieure gauche avec projectile sous l’omoplate ;

2° Kéton de l’avant-bras droit;

3° Séton de l’avant-bras gauche, avec fracture du eubitus au tiers inférieur ;

4° Séton de la jambe droite au tiers inférieur, avec fracture comminutive des deux os.

A son arrivée, le pouls du blessé est imperceptible à la radiale; il ne donne aucune oscillation au Pachon. A 14 heures, après réchauffage, sérum et huile camphrée, le pouls est à 172 à la fémorale. La respiration est à 52, sans sêne ni dyspnée. Le shock s’est atténué.

Intervention. — M. Jeanbrau pratique une transfusion de 750 centimètres cubes de sang citraté; le pouls tombe à 140. Ensuite, sous anesthésie à l’éther, M. Jeanbrau pratique une esquillectomie de la fracture de jambe et de l’avant-bras, une esquillectomie de l’omoplate, extrait les projectiles, débride et épluche toutes les plaies.

L'amélioration ne persiste pas. Le blessé meurt, à 20 h. 30, sept heures après la transfusion, |

20h inf À

OBservaTION XLVI

Transfusion pour blessure de guerre. — Arrachement complet de la cuisse par obus. — Hémorragie très abondante et shock très grave — Deux transfusions de sang citraté, l’une de 750 centimètres cubes, l'autre de 500, à trois heures d'intervalle. — Survie de six heures. (Jeanbrau, in Murard, Lyon Chirurgical, janvier-février 1918.)

A. À... blessé le 12 octobre 1917, à 17 heures. Arrivé au poste avancé, à 19 heures.

Diagnostic. — Broiement de la cuisse droite, arrachée en totalité au tiers supérieur. Le blessé est exsangue et sans pouls. Aucune oscillation au Pachon.

Immédiatement après l’arrivée du patient, M. Jeanbrau pratique une transfusion de sang citraté de 700 centimètres cubes. À 21 heures, soit trois heures après, M. Jeanbrau pratique une deuxième transfusion de sang citraté, suivie d’une injection de 500 centimètres cubes de sérum.

Le pouls est à 152. Chloréthyle. Amputation à section plane, très haute, de la cuisse par M. Costantini, à minuit. Le blessé, après s’être remonté légèrement, suecombe à 1 h. 30 du matin, ayant survécu six heures après la première

transfusion.

TR OgservarTionN XLVII

Transfusion pour blessure de guerre. — Seton de la cuisse gauche avec section de la fémorale. — Anémie aigue. — Transfusion du sang citraté. — Survie de huit heures. (Jeanbrau, in Murard, Lyon Chirurgical, janvier-février

D. M. maître pointeur, blessé, le 12 octobre 1917, à 17 heures. Arrivé au poste avancé de B..., à 20 heures.

DO

Diagnostic. — Tiarge séton par éclat d’obus de la cuisse gauche, avec hématome volumineux. Vaste plaie de la fesse gauche. Blessé inerte, shock très marqué, pâleur extrême, pouls incomptable, pas d’oscillation au Pachon à l’avantbras.

Après réchauffement et injection de toni-cardiaques, à 21 heures, M. Jeanbrau pratique une transfusion de 750 centimètres cubes de sang citraté, 500 centimètres cubes sont transfusés en deux minutes dix secondes, les 250 centimèêtres cubes suivants sont transfusés en une minute trentehuit secondes. Immédiatement après, le pouls est perceptible à 152.

À 1 h. 30 du matin, on juge le blessé opérable et, sous chlorure d’éthyle, MM. Jeanbrau et Costantini pratiquent la ligature de l’artère fémorale totalement sectionnée, dont l’hémostase spontanée s’est faite au milieu d’un vaste hématome. Excision de la chambre d’attrition musculaire, épluchage de la plaie fessière.

Après s'être remonté momentanément, le.blessé succombe à 5 heures du matin, huit heures après la transfusion.

. Ogservarion XLVITII Transfusion pour blessure de guerre. — Blessures multiples. Shock très mar qué. — Transfusion de 500 centimètres cubes de sang citiaté. Mort six heu-

res après. (Hertz, in Murard, Lyon Chirurgical, janvier-février 1918.)

TM. O.., tirailleur sénégalais, blessé, le 16 octobre, à 17 heures ; entre au poste chirurgical avancé, le même jour, à 20 heures.

Diagnostic. — Plaies multiples par éclats d’obus :

1° Broiement de la jambe droite à la partie supérieure;

L mAOQ RES

2° plaie du mollet gauche; 3° séton de la cuisse gauche avee fracture du fémur ; 4° plaies de la cuisse gauche.

Intervention sous la rachinovocaïnisation, par M. Hertz. - Après injection intraveineuse de sérum adrénaliné, M. Hertz pratique: 1° l’amputation intra-condylienne de la cuisse droite ; 2° l’épluchage de toutes les autres plaies; 3° V’esquillectomie de la fracture du fémur. Le lendemain matin, 17 octobre, le pouls est filant, extrêmement faible. Le blessé paraît surtout shocké. M. Hertz pratique une transfusion de sang citraté, de 500 centimètres cubes, emprunté à un Malgache. Le blessé se remonte, son pouls passe à 130, puis à 110 très rapidement. Mais une heure après, il présente des vomissements, expulse du sang rouge par l’anus. Il succombe, le soir, dans l’algidité, probablement par le fait d’une lésion viscérale méconnue. /

Ogservarion XLIX

lranefusi n au cours de se Licéruie consécutive à une blessure de guerre. — Fracture de cuisse par éclat d'ubus. — Arthrite suppurée du ger ou — Amputation. — Etat désespéré — Transfusion de sang citralé. — Amél'oration immédiate. — Guérison. (Jeanbrau, Bulletin de la Société de chirurgie de Paris, 11 juillet 1917, p. 15:9, obs. no VI)

N. F..., blessé le 28 avril 1917.

Diagnostic. — Séton par éclat d’obus de la cuisse gauche à la partie moyenne. Orifice d’entrée et de sortie très larges. Fracture tangentielle du fémur, avec long biseau.

Le 29 avril, débridement large, épluchage. Immobilisation provisoire.

Le 5 mai, extension continue dans un appareil américain,

À partir du 15 mai, tuméfaction du genou, au niveau duquel se développe une arthrite suppurée. Arthrotomie et drainage. Septicémie.

Le 27 mai 1917, on doit pratiquer l’amputation au niveau du foyer de fracture. L'état général s’est aggravé. La température oscille entre 38 et 40. On constate des fusées purulentes dans la cuisse et dans la jambe. L'état du patient est désespéré.

M: Combier pratique la transfusion de 250 centimètres eubes de sang citraté. L'état du blessé s'améliore aussitôt et, le lendemain, paraît hors de danger. [1 est évacué, le 10 juin, en excellent état.

OBservaTIoN L

Trausfusion au cours de septicémie consécutive à uue blessure de guerre. — Arthrite suppurée du genou — Résection puis désarticulation de la han che, Mort imminente. — Transfusion de sang citraté. — Guérison. (Hertz, in Murard, Lyon Chirurgical, janvier-février 1918.)

A. D... tirailleur sénégalais, blessé le 4 août 1917, par un éclat d’obus qui a pénétré dans le genou droit: Opéré le jour même de la blessure dans une autre ambulance. On l’apporte à l’auto-chirurgicale 13, le 9 août, en pleine arthrite aiguë, avec fièvre élevée.

M. Combier fait la résection du genou et draine une fusée crurale d’odeur fétide.

Après une amélioration durant quelques jours, aggravation rapide de l’état local et général, vers le 15 août. La cuisse présente une infiltration œdémateuse qui remonte jusqu’au bassin.

Le 16 août, sous rachianesthésie, après hémostase au Monbourg, M. Hertz pratique la désarticulation de la hanche. L’opéré, dont l’état était très alarmant avant l’intervention, paraît sur le point de succomber. M. Hertz lui transfuse aussitôt 275 centimètres cubes de sang citraté,

recueilli à un noir en convalescence de blessure. Il termine par une injection intraveineuse de 250 centimètres cubes de sérum.

Le blessé se remonte très rapidement et, dès le lendemain, paraissait hors de danger. Il guérit normalement dans la suite, et son moignon put être suturé secondairement. ;

Page 1