‹ La Transfusion Du Sang Citrate Chez Les Blessés De GuerreChapitre 4 sur 40 · HISTORIQUE DE LA TRANSFUSION · texte numérisé non relu

HISTORIQUE DE LA TRANSFUSION

PREMIÈRE PHASE. — Phase empirique. Transfusion de l’animal à l’homme

La notion de l’action vivifiante du sang est très ancienne mais nous n’avons que des données très imprécises sur la facon dont on l’utilisait autrefois dans le traitement des maladies.

En 1492, le pape Innocent VIIT fut, dit-on, soigné par un médecin juif qui prétendit le guérir, avec le sang de trois enfants. Mais le pape n’en guérit pas, et, les trois enfants étant morts, le médecin dut s’enfuir pour ne pas être pendu.

En somme, ce n’est qu’à la suite de la célèbre découverte de Harvey, sur la circulation, qu’un bénédictin francais, Dom Robert des Gabets eut l’idée, en 1656 « de faire passer le sang d’un homme sain ou de quelque autre animal, dans les veines d’un homme faible ou malade, à l’aide d’un petit tuyau dans lequel le sang est poussé pour aller au cœur et, de là, passer dans les artères et se distribuer à tout le corps ». Mais il se borna à indiquer la technique de la méthode sans la pratiquer, et ce fut Denys, de Montpellier, médecin de Louis XIV, professeur de mathémati-

les

ques et de philosophie, qui réalisa, le premier, cette auda- . cieuse entreprise, sur l’homme, en 1667. L'expérience fut faite sur (un porteur de chaise, fort et robuste, âgé d’environ 45 ans, qui, pour une somme assez modique, offrit d’endurer l’opération. Comme il se portait bien et qu’il avait bien du sang... on lui tira environ dix onces de sang et on lui rendit à peu près une fois autant du sang d’un agneau dont on avait ouvert l’artère crurale pour diversifier l’expérience. Cet homme, qui de son naturel était assez gai, fut de très (belle humeur pendant toute l’opération, fit plusieurs réflexions, suivant sa portée, sur cette nouvelle manière de soigner dont il ne pouvait assez admirer l’invention et ne se plaignit de rien, si ce n’est qu’il ressentait une grande chaleur depuis l’ouverture de la veine jusqu’à l’aisselle. Aussitôt après que l’opération fut faite, on ne put l’empêcher d’Chabiller » lui-même l’agneau dont il avait recu le sang; ensuite de quoi, il alla trouver ses camarades avec lesquels il but une partie de l’argent qu’on lui avait donné ».

À notre époque, où il est démontré que le sang d’un animal est toxique pour un autre d’espèce différente, nous ne nous expliquons pas comment une semblable opération a pu réussir. Le triomphe de Denys fut, d’ailleurs, de courte durée. Il eut beau affirmer que « les hommes, étant agités de multiples passions et peu réglés dans leur manière de vivre, doivent avoir un sang plus impur que les bêtes qui sont moins sujettes à ces dérèglements et que le sang des enimaux est meilleur pour l’homme que celui des hommes eux-mêmes »: les résultats de ses expériences ne vinrent plus confirmer ses belles théories. Un jour qu’il tentait une nouvelle transfusion, se servant cette fois de sang de veau, son malade lui cria: « Arrêtez! je me meurs! je suffoque! » — « Vous n’en avez pas encore assez, Monsieur »,

/ — 12 — lui répondit gravement Denys. Et, quelques secondes plus tard, le malade expirait.

Dès ce moment, la transfusion fut l’objet des plus séveres critiques. On s’indigna contre ce procédé étrange qui consistait (à changer de sang comme de chemise » et une sentence, rendue au Châtelet, le 17 avril 1668, défendit, . sous peine de prison, la transfusion sur l’homme, à moins qu’elle n’ait été approuvée, au préalable, par les médecins de la Faculté de Paris.

Il n’en fut plus question jusqu’au xix° siècle où elle reparut sous un nouveau Jour. |

DEUxIÈME PHASE

Premières transfusions inter-humaines

Le sang est recueilli par saignée dans un récipient et refoulé dans la veine d’un autre homme à l’aide de serinques.

Prévost et Dumas avaient montré, en 1812, que si on injecte du sang, à globules circulaires, à un oiseau, l’animal meurt ordinairement au milieu d’accidents nerveux, comparables par leur rapidité à ceux qu’on obtient au moyen des poisons les plus intenses. D’où cette nouvelle notion, désormais bien établie : le sang d’un animal, injecté à un autre d’une espèce différente, constitue un poison violent pour ce dernier. |

À cette époque, tout le monde était done d’aecord pour ne plus pratiquer la transfusion que d’homme à homme.

Le procédé, le plus communément employé, consistait à recueillir le sang dans un récipient et à l’injecter ensuite, à l’aide d’une seringue, dans la veine d’un autre homme. Blundell fit même des recherches tendant à démontrer que les qualités du sang n’étaient pas modifiées par son pas-

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