FN LE SR
sage dans un récipient ou à travers une seringue. Il n’en est pas moins vrai que la transfusion, ainsi pratiquée, restait une opération des plus dangereuses qui dut être abandonnée, en 1878, faute d’une technique permettant d'éviter les accidents dus à la coagulation du sang.
M. Jeanbrau raconte, dans la conférence qu’il fit au Centre d’enseignement médico-chirurgical des armées à l’H6pital d'évacuation de Bouleuse, qu’il questionna à ce sujet M. Collin père, qui avait connu, au cours de sa longue carrière, tous les chirurgiens célèbres d'Europe, depuis 1845, et qui fut l’ami de Civiale, de Mercier, de Maisonneuve, de Chassaignae, etc.
M. Collin lui raconta qu'il avait construit un transfuseur se composant: 1° d’un entonnoir en métal nickelé; 2° d’un petit réservoir, vissé sur la pointe de l’entonnoir dont l’orifice s’obture automatiquement à l’aide d’une bille creuse d'aluminium; 3° d’une pompe seringue, comme celle de Potain, adaptée à ce petit récipient qui est muni d’une seconde tubulure en caoutchouc sur laquelle on monte un trocart pour l’injection intraveineuse. Le jeu de la bille obturatrice empêche le refoulement de l’air dans le vaisseau.
M. Collin, durant sa carrière, aida à pratiquer 72 transfusions avec son appareil. Le sang du donneur était recueilli, par saignée, dans l’entonnoir, puis on ponctionnait la veine du récepteur avec.le trocart et on y injectait le sang. Au moment où M. Collin aspirait le sang dans la seringue, la bille d’aluminium, qui surnageait, obstruait l’orifice de l’entonnoir et empêchait l’entrée de l’air. Quand il repoussait le piston, le sang pénétrait dans la tubulure adaptée au trocart intraveineux. Chaque coup de piston iujectait seulement dans la veine du patient dix eentimètres cubes de sang. M. Collin renouvelait cette manœuvre
QUE six ou huit fois, puis il était obligé de s’arrêter parce que le sang se coagulait dans l’entonnoir, ce qui l’exposait à envoyer des caillots dans la veine de l’opéré.
La plupart des appareils construits à cette époque (appareils d’Oré, de Dieulafoy, de Roussel) étaient tous basés sur le même principe: aspiration du sang dans un récipient et refoulement de ce sang dans la veine du patient. C'était, en somme, des petites pompes aspirantes et foulantes, plus ou moins perfectionnées.
On pouvait leur faire à tous le même reproche, c’est que, dans de telles conditions, la coagulation du sang était impossible à éviter.
C’est alors qu’on prétendit, à la suite des travaux d’Oré, que la fibrine était cause de la coagulation du sang. Pour Dieffenbach, elle constituait un véritable poison auquel étaient dus tous les accidents. D’où la nécessité de n’employer que du sang défibriné, les hématies seules ayant quelque valeur au point de vue thérapeutique. Cependant, tous les chirurgiens ne tombèrent pas d’accord sur ce point. Beaucoup nièrent l’action de ce sang «{battu à mort » qui paraissait même toxique dans certaines conditions.
TRoistèMe PHase. — La transfusion est abandonnée au profit des injections de sérum artificiel.
L'emploi de l’eau salée, à 7 p. 1000, improprement appelée sérum artificiel, dans le traitement des hémorragies, Êt tomber, une fois de plus, la transfusion dans l’oubli.
L’injection intraveineuse de solutions salines isotoniques, préconisée par Hayem, parut d’une technique autrement simple. De plus, ce n’était jamais une opération dangereuse et elle donnait d’excellents résultats dans les hé-
EG Len morragies de moyenne intensité. De 1880 à,1912, on eut recours exclusivement à ee procédé.
QUATRIÈME PHase. — Transfusion artérioveineuse inter-humaine
Vers 1910, grâce aux remarquables travaux de Crile (aux Etats-Unis), la transfusion du sang reprit ses droits. Crile imagïha la transfusion directe artérioveineuse.
À. Transfusion artérioveineuse directe. — Elle fut pratiquée, pour la première fois, par Crile, aux Etats-Unis.
C’était une nouvelle méthode qui consistait à aboucher l’artère du donneur, retournée comme la manche d’un vétement, dans la veine du récepteur. La coagulation du sang était ainsi supprimée, puisque le sang cireulait directement entre le donneur et le récepteur.
Cette opération fut pratiquée, avec succès, par Carrel, qui, après avoir libéré une artère du donneur sur une longueur de 8 centimètres et l’avoir sectionnée entre deux pinces, placées à 4 centimètres l’une de l’autre, la suturait à la veine du récepteur, préparée de la même façon, à l’aide d’aiguilles très fines, enfilées de soie floche vaselinée.
Ce procédé, long et minutieux, fut simplifié par la canule d’Elsberg, sorte de petite clef anglaise, entre les mors de laquelle on introduit l’artère radiale du donneur, sectionnée et disséquée, sur une longueur de 5 centimètres et dont on retourne ensuite l'extrémité. L’artère, ainsi retroussée, est introduite dans le bout central de la veine du récepteur et le sang passe dans l’éndothélium artériel sur l’endothélium veineux, sans subir de contact étranger. ee
LS tva
B. Transfusion artérioveineuse indirecte. — En 1912, la méthode de Crile, importée en France par deux chirurgiens du Havre, MM. Guillot et Dehelly, fut reprise par MM. Carrel et Tuffier, qui cherchèrent à simplifier son instrunmentation en intercalant un tube de métal paraffiné entre l’artère et la veine. |
Le calibre de ces tubes est sensiblement égal à leur diamètre extérieur, à cause de la minceur de leur paroi. Ils sont renflés à leurs deux extrémités pour mieux retenir le fil de serrage, une fois l’extrémité introduite dans le vaisseau.
MM. Guillot et Dehelly se servaient de tubes d’un plus gros calibre, afin de réduire les chances de coagulation. L'introduction du tube était facilitée par la dilatation préalable du vaisseau à l’aide d’un dilatateur à trois branches.
C. Inconvénients de la transfusion artérioveineuse. — Malgré tous ces progrès incontestables, la transfusion était peu employée, avant la guerre, par nos chirurgiens. Gautrand, qui fit sa thèse sur ce sujet, en novembre 1914, à Montpellier, ne put réunir que quarante-cinq observations françaises de transfusion artérioveineuse, De l’avis de tous, c'était une opération encore trop délicate et trop compliquée pour qu’on puisse songer à la vulgariser.
Les reproches qu’on lui faisait ne manquaient pas:
1° La dissection d’une artère, comme la radiale, sur 5 ou 6 centimètres, est une opération longue et minutieuse, à cause du grand nombre de fines collatérales qui se détachent de l’artère et qui exigent une ligature pour chacune d’elles ; | LUE
2° Le sacrifice de la radiale peut avoir des suites fâcheuses dans les cas où la cubitale manque (engourdissement de la main, impotence fonctionnelle, atrophie).
PEN Ps
3° On peut avoir, dans ces conditions, de grandes difficultés à trouver un donneur, auquel on ne sera pas autorisé d’affirmer qu'il ne s’agit pour lui que d’une petite opération, sans conséquences ;
4° Chez les sujets émotifs, il se produit souvent, au moment de l’opération, une vaso-constrietion telle que l’introduction du tube dans la radiale devient impossible ;
9° Au cours de ces opérations, il est impossible de contrôler la quantité de sang transfusé ;
6° Il arrive souvent que, dans la transfusion indirecte, au moyen du tube de Tuffer, il se forme un caillot à l’intérieur du tube.
Cinquième PHase. — La transfusion pendant la guerre. Son application au traitement des hémorragies graves chez les blessés de guerre, grâce à la stabilisation du sang par le citrate de soude. nr
Pour toutes ces raisons, on comprend très bien qu’on n’ait pas songé tout d’abord à appliquer de telles méthodes au traitement des blessés de guerre.
Cependant, en décembre 1916, à Vadelaincourt, MM. Jeanbrau et Murard pratiquèrent une transfusion artérioveineuse, à un aide-major, eriblé d’éelats d’obus, qui allait succomber au collapsus post-hémorragique. Le blessé revint à la vie et se remit parfaitement. Mais tous les chirurgiens qui assistèrent à l'opération, furent découragés par ja longueur et la minutie de l’anastomose artérioveineuse.
À partir de ce moment, M. Jeanbrau résolut de chercher une technique simple de la transfusion, permettant de la rendre pratiquable dans les formations sanitaires du front.
RATIO ere
Dans ce but, M. Jeanbrau chercha à réaliser les quatre conditions suivantes :
1° Réduire l’importance, les difficultés, la durée de l’acte opératoire à la dénudation d’une veine superficielle, soit pour recueillir le sang, soit pour le transfuser;
2° Réduire le sacrifice du donneur à la prise d’une quantité de sang qu’on ne dépassera jamais, sauf en cas de parenté des patients ;
3° Réduire la technique de la transfusion proprement dite à une injection intraveineuse de sang;
4° Réduire l’outillage au minimum et le choisir susceptible d’être improvisé dans une ambulance.
Ce fut d’abord la transfusion veino-veineuse que M. Jeanbrau essaya. Il se servit, pour cela, de l’ampoule de Kimpton. Celle-ci est formée d’un cylindre en verre, dont la contenance est de 250 centimètres eubes et qui se termine à l’une de ses extrémités, par un bec contourné en col de cygne. L'intérieur de l’ampoule est enduit de paraffine pour éviter la coagulation. Le bec effilé est introduit dans la veine du donneur, l’ampoule se remplit de sang, puis on l’apporte au contact de la veine du récepteur dans laquelle pénètre le bec, et le sang y est refoulé à l’aide d’une soufflerie.
Malgré toutes les précautions qui furent prises, cet appareil ne donna pas les résultats qu’on en attendait. Le sang se coagulait dans la canule et dans l’ampoule,
L’ampoule de Vincent ne fut pas utilisée avec plus de succès.
M. Jeanbrau demanda alors, à M. le professeur Hédon, s’il ne serait pas possible de retarder la coagulation du sang en se servant d’une substance telle que l’extrait de tête de sangsue ou le eitrate de soude.
M. Hédon lui conseilla d’abord d'employer le sang défi-