LA MORT PAR HEMORRAGIE
EFFETS COMPARES DES INJECTIONS DE SERUMS ARTIFICIELS ET DE LA TRANFUSION DU SANG.
La mort par hémorragie se voit rarement en temps de paix. À la guerre, les blessés, qui succombent dans les quarante-huit premières heures, succombent d’anémie. posthémorragie et de choc toxémique combinés.
L’hémorragie grave tue par ischémie des centres nerveux. Ceux-ci, comme l’a rappelé récemment Charles Richet, sont essentiellement « aérobies ». Privés d’oxygène pendant quelques instants, ils cessent de fonctionner et la mort survient. Hayem l’avait clairement exposé, dès 1882, dans son beau livre sur le sang: « Quand le bulbe reçoit une quantité insuffisante de liquide nourricier, il se trouve placé dans des conditions fonctionnelles comparables à celles que produit le sang asphyxique. Ce qui trouble alors le dynamisme cérébral, c’est la privation d’oxygène et non l'influence soi-disant excitante de l’acide carbonique, invoquée d’abord bien à tort, par des expérimentateurs, en - ticulier par Brown-Séquard »,
D'ailleurs, la mort survient par hémorragie lorsqu'il reste encore une certaine quantité de sang dans le corps. Sur des chiens, tués par saignée, on trouve du sang dans les sinus craniens et les veines des méninges encéphaliques. La réplétion des sinus est un acte purement mécanique. « Ce n’est pas le sang qui reste dans l’encéphale qui entretient la vie, à dit Piorry, c’est celui qui y circule. »
Le mécanisme de la mort par hémorragie abondante s’éclaire singulièrement par les She suivantes, citées par Charles Richet.
Si l’on attache un lapin sur une planche et qu’on place l’animal verticalement, la tête en haut, il meurt au bout de | quelques minutes, par anémie cérébrale, son myocarde n’ayant pas la force d’irriguer suffisamment le bulbe dans la position & bipède ». La seconde expérience, qui appartient à Charles Richet, n’est pas moins probante. Lorsqu'on saigne un chien du tiers de son sang, il supporte cette hémorragie sans paraître en souffrir. Maïs, si après l’avoir attaché sur une table, on le place la tête en haut, l’animal sucecombe au bout de quelques minutes d’anémie cérébrale. Mais replacez-le horizontalement quelques secondes avant la mort et le chien revient à la vie. On peut ainsi, dit Charles Richet, faire mourir et revivre alternativement l’animal en le faisant passer de l’horizontale à la verticale et vice versa. La mort par hémorragie résulte done surtout de l’anémie bulbaire, puisque la même quantité de sang suffit pour entretenir la vie d’un quadrupède dans la position horizontale tandis qu’elle ne permet pas le fonetionnement des noyaux du bulbe dans la position verticale.
Ces expériences devaient faire penser qu’en temps de guerre la transfusion constituerait la suprême ressource | pour ranimer les blessés atteints d’hémorragies graves.
1° La transfusion seule permet la survie définitive dans les hémorragies graves (Üh. Richet).
Hayem avait montré, dès 1882, que la transfusion pouvait seule faire survivre un sujet ayant subi une hémorragie fatale. («Une perte unique et rapide de 2 kilos à 2 ki-
los et demi au plus, chez l’homme sain, écrivait Hayem, est
toujours très grave-et souvent même fatale ».
En 1902, M. le professeur Hédon découvrit qu'après avoir saigné à blanc un animal, on ne peut le ranimer que momentanément si on se contente de lui injecter du sérum physiologique. Mais si on ajoute au liquide de transfusion une certaine quantité de globules rouges d’un animal de même espèce, préalablement lavés et débarrassés par centrifugations répétées, de toute trace de plasma interstitiel, on réussit à le sauver.
On pouvait done penser que, s’il suffisait d’ajouter des globules rouges à l’eau salée, pour empêcher un animal de mourir d’hémorragie, une transfusion de sang total donnerait des résultats-encore plus favorables. MM. David et Curtis démontrèrent d’ailleurs, en 1912, que des chiens saignés à blane et traités par des injections d’eau salée, mouraient dans la proportion de 77 p. 100, au cours des dixhuit heures suivantes, tandis que ceux transfusés de sang de chien, ne mouraiïent que dans la proportion de 6 p. 100.
Cependant, comme le Service de santé ne délivrait aux ambulances que des ampoules d’eau salée, on se demanda si, à défaut de sang humain, les sérums à minéralisation complexe de Ringer, de Locke, de Hédon, de Fleig, ne seraient pas plus actifs.
M. le professeur Charles Richet et ses collaborateurs,
LC OATEE
Brodin et Saint-Girons, firent, en 1918, sur l’action de ces différents sérums, des recherches très précises qui ont entièrement confirmé les conclusions de Hayem, Hédon, David et Curtis.
- Dans une série d’expériencse, ils ont saigné vingt-trois chiens, d’une quantité de sang globulaire variant entre 40 et 85 p. 100 de la quantité totale, cakulée d’une manière très précise, au cours de recherches antérieures. |
Ces vingt-trois chiens ont reçu aussitôt, en injections intraveineuses, des sérums artificiels à minéralisation complexe, sérums lactosés, glucosés, gommés, etc. Six seulement ont survécu définitivement, soit une mortalité de 71:38 p.100.
Dans une seéonde série d’expériences, ils ont saigné vingt et un chiens dans les mêmes proportions et ils leur ont pratiqué des transfusions de sang, citraté ou non. T'ous les chiens ont survécu définitivement.
Voici, d’ailleurs, les conclusions formulées en dernier lieu par MM. Charles Richet, Brodin et Saint-Girons :
« De tous les sérums, le meilleur nous paraît être un’ sérum sucré-salé, renfermant, pour 1.000 centimètres cubes d’eau distillée, 7 grammes de NaCl et 5 grammes de lactose et de glucose. Ce sérum, capable de prolonger l'existence de quelques heures en maintenant la masse sanquine et en assurant la vie du cœur et du centre.respiratoire, ne permet cependant pas d'obtenir la survie définitive après des lhémorragies répétées. Seule, la transfusion peut, dans ces cas désespérés, sauver le blessé ».
Tous les chirurgiens, qui ont eu l’occasion, au cours de la guerre, de pratiquer la transfusion sur des blessés dont les centres nerveux n’étaient pas altérés par une anémie remontant à plusieurs heures, ont pu contrôler ces démonstrations expérimentales. Ils ont assisté à de véritables ré-