TERRE
surrections chez des blessés inertes et froids, paraissant sur le point de mourir, qui, sous l’influence de la transfusion, revenaient à eux, se recoleraient et répondaient, avec une lucidité parfaite, aux questions qu’on leur posait. On n’a, en somme, observé des insuccès, que chez les shockés, atteints de blessures multiples dont l’état, particulièrement grave, ne permettait de compter sur aucune thérapeutique.
20 Effets immédiats de la transfusion dans les grandes hémorragies: le sang étranger supplée le sang perdu comme s’il y avait autotransfusion (Jeanbrau).
Cette question des effets immédiats de la transfusion est d’une importance capitale et il convient d’insister particulièrement sur elle. Comment peut-on expliquer qu’un sujet, dont la mort paraît imminente, malgré tout ce qu’on a pu tenter pour le ranimer, puisse être rappelé à la vie et se rétablir ensuite définitivement? « Ce ne peut être, dit M. Jeanbrau, que sous l’influence de l’apport d'oxygène aux noyaux du bulbe, à l’écorce cérébrale, aux ganglions du cœur, par les globules rouges étrangers. Il y aurait donc, greffe globulaire? Et celle-ci, qu’on admet comme possible dans l’autotransfusion, paraît très hypothétique lorsqu’il s’agit d’homo-tranfusion ».
Voici ce que M. Hédon répond à cette objection:
« Dans la tranfusion de globules étrangers de même espèce et de même groupe sanguin, il ne peut s’agir de greffe à proprement parler, le sang étant un tissu en étaf de rénovation continuelle, puisque les hématies se détrui/ sent constamment. Les témoins de cette destruction continue sont constitués par les pigments biliaires qui dérivent de l'hémoglobine.
» Les hématies disparaissent à leur tour, mais aucune constatation expérimentale n’autorise à penser qu'ils présentent une fragilité plus grande que les globules du récepteur et une vie moins longue dans le corps de ce dernier.
» On ne voit pas, en effet, après des transfusions interhumaines massives, de 800 grammes à un litre, apparaître d’hémoglobinurie, sauf le cas où le sang du récepteur était hémolytique pour les globules du donneur. Il est évident que l’hémoglobinurie apparaîtrait fatalement s’il y avait destruction massive. On ne constate pas non plus une chute globulaire qui puisse être interprétée par la destruction des hématies. Celle-ci résulte de la dilution du sang dans un plasma qui s’est régénéré par l’augmentation de la masse liquide du sang (apport des liquides interstitiels apportés par les boissons).
» Par contre, si on injecte à un animal des globules de même espèce, ou même ses propres globules, préalablement tués par un séjour dans un liquide toxique (chlorure de potassium isotonique, par exemple), la transfusion est suivie d’hémoglobinurie, par suite de la destruction massive des hématies injectées.
» Done, il est permis, actuellement, d’interpréter le premier effet des transfusions dans les hémorragies très abondantes, comme le résultat de la suppléance du sang perdu par le sang injecté. La cause de la restauration est complexe. On peut l’attribuer à tout ce que le sang apporte avec lui; à ses qualités physico-chimiques inhérentes à la constitution du plasma (densité, viscosité, état colloïdal des albumines), à la nature et à la proportion normale de ses sels, ete. Maïs, avant toute chose, le facteur principal de la restauration doit être, comme on l’a pensé jusqu'ici, dans l’apport des globules qui relèvent immédiatement la fonction respiratoire et, en particulier, l’oxygénation des cen-
ROUTE tres nerveux à un taux suffisant pour empêcher la mort et qui rétablit l’excitabilité des tissus, en particulier du tissu nerveux, si sensible au défaut d'oxygène ».
Des recherches récentes de W. Ashby ont d’ailleurs montré que la durée de survie des globules transfuses est beaucoup plus longue qu’on ne le pensait tout d’abord. Ashby peut, en effet, séparer dans un sang les hématies appartenant au sujet et celles qui lui ont été transfusées. Il découvrit ainsi que La vie d’un globule rouge transfusé peut atteindre jusqu'à trente ou quarante jours.
Ce n’est donc pas l’action stimulante que la transfusion exercerait sur l’hématopoièse qui provoquerait le retour à la vie dans les cas grave d’anémie hémorragique, et il semble bien que ces effets bienfaisants soient plutôt dus à la suppléance du sang perdu par le sang étranger immédiatement utilisé. Il y a donc intérêt à employer des transfusions aussi abondantes que possible chez les blessés qui ont beaucoup saigné. Aussi, après avoir injecté, au début, 250 centimètres cubes, M. Jeanbrau a-t-il augmenté rapidement les doses en transfusant 500 puis 800 centimètres cubes de sang à ses blessés.
M. Costantini a même fait construire une ampoule du même modèle que celle utilisée par M. Jeanbrau, qui permet de faire des transfusions d’un litre de sang.