HISTORIQUE
Nous n’envisagerons pas ici l'étude historique de la transfusion sanguine, mais seulement comment a évolué l’organisation de celle-ci lorsqu'elle est devenue une intervention courante.
Cette évolution est admirablement illustrée par les modifications qui sont survenues dans le mode de sélection des donneurs. C’est l’évolution de ces modifications que nous étudierons comme exemple.
Choix du donneur dans l'entourage du malade.
Le problème du donneur de sang a d’abord trouvé une solution de nécessité : Le transfuseur devait, pour chaque transfusion, choisir extemporanément le donneur. C’est seulement dans l’entourage immédiat, dans la famille du malade, que l’on pouvait trouver un donneur de bonne volonté; on était donc contraint, chaque fois, de rechercher ainsi un sujet capable de donner son sang sans inconvénient. Ce procédé comporte des avantages minimes mais certains : La comptabilité sanguine est déterminée par l’opérateur lui-même, l'emploi des proches parents comme donneurs peut être considéré comme un réconfort moral, la consanguinité du donneur et du receveur lève les objections, ou atténue les préjugés du malade et de la famille (si illusoires que soient en réalité les avantages de cette consanguinité); enfin, le donneur ainsi choisi n’aura pas à être indem-
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nisé, et c’est là un facteur important. La croyance à “un risque particulièrement grand pour le donneur, risque qui a réellement existé, a rendu cette pratique inévitable pendant longtemps, et alors même que ce risque avait complètement disparu. Le petit nombre de transfusions faites permettait de se contenter d’une telle méthode.
Peu à peu, les conditions matérielles et psychologiques des transfusions se sont modifiées avec les progrès techniques : la transfusion de sang dit stabilisé, la pratique des transfusions par des médecins spécialisés, firent entrer en scène des donneurs sinon spécialisés, du moins connus du transfuseur et utilisés habituellement par lui. On s’était, en effet, vite aperçu des inconvénients de l’emploi des donneurs choisis dans le milieu familial : ils sont fréquemment émotifs et capables, de ce fait, de provoquer des incidents susceptibles de compromettre la réalisation de la transfusion; leur santé est à discuter complètement, comme s’il s'agissait d'individus absolument étrangers. (Il est curieux d’ailleurs de noter que le plus grand nombre des transmissions de syphilis par transfusion ont été observées après emploi de donneurs pris dans le milieu familial.) On doit de même discuter complètement le groupe sanguin du donneur choisi dans le milieu familial. On sait qu’il n’y a aucune garantie à tirer de la consanguinité du donneur et du receveur, puisque le groupe sanguin d’un sujet donné est un caractère biologique héréditaire transmissible, selon les lois de Mendel, et que ces lois ne permettent de prévoir le groupe sanguin que dans des cas très limités, et encore la constance de ces faits est-elle discutée (père et mère du groupe IV engendreraient un enfant du groupe IV?). Il existe enfin des
obstacles psychologiques et moraux : le donneur bénévole est souvent la seule personne de la famille capable de soigner ultérieurement le malade; il n’est évidemment pas opportun d'affaiblir précisément la seule personne sur le dévouement de qui on peut compter. Il est des cas d'espèce où l’entourage refuse de donner. Dans une observation qui nous est personnelle, le père a refusé énergiquement de donner du sang à son fils; ultérieurement, il nous a avoué qu’il avait contracté la svphilis après la conception de ce fils. Dans une autre cbservation toute récente, les frères d’une malade saignée à blanc montraient le plus grand désespoir, mais refusaient de donner du sang. On voit que les obstacles à l’emploi systématique du donneur bénévole choisi dans l'entourage du malade sont, en réalité, nombreux.
Choix du donneur dans l'entourage du médecin-transfuseur.
Une deuxième étape dans le choix des donneurs a donc été accomplie le jour où les transfuseurs se sont mis à utiliser habituellement des donneurs connus d'eux. Un moment particulier en France paraît avoir été celui où, pendant la Grande Guerre, JANBRAU a utilisé systématiquement les donneurs de son entourage et non pas ceux de l’entourage du blessé, camarades de combat de celui-ci et qui devaient se trouver en aussi mauvais point que lui. Cette utilisation méthodique des donneurs de l’entourage du médecin est restée une pratique très employée en clientèle privée : elle comporte ses avantages propres : connaissance particulière des donneurs par le transfuseur, connaissance de leur groupe sanguin, connaissance de leur état de santé, connaissance
de leurs aptitudes propres, et enfin possibilité de mobi-
otre
liser ces donneurs dans le minimum de temps puisque, par définition, ils se trouvent en contact avec le transfuseur. Cette façon de faire laisse sans solution un certain nombre de problèmes, parmi lesquels il faut citer le problème des transfusions dans les collectivités de malades ou de blessés, et le problème des transfusions faites sinon à des indigents, du moins à des individus ne possédant pas les ressources nécessaires pour payer la totalité des frais que comporte une transfusion abondante. C’est en s'inspirant de ces considérations particulières que s’est progressivement constituée l’'Œuvre de la TRANSFUSION SANGUINE D'URGENCE, qui est demeurée le type des organisations analogues créées depuis. Elle réalise une troisième étape : le choix du donneur per un ORGANISME AUTONOME.