‹ La Transfusion Sanguine d'UrgenceChapitre 8 sur 27 · DE LA · texte numérisé non relu

DE LA

TRANSEUSION SANGUINE D'URGENCE

Cette œuvre est née de l’accroissement du nombre des transfusions faites dans les hôpitaux de Paris, ainsi que de l'emploi fréquent des transfusions massives. Ces conditions obligeaient le transfuseur à perdre un temps précieux, à choisir lui-même les donneurs éventuels ou à convoquer des donneurs connus mais souvent difficiles à joindre. Il était donc naturel de songer à confier cette sélection des donneurs et leur convocation selon les besoins, à une organisation autonome. Cette organisation ne pouvait s'inspirer des réalisations étrangères : en Europe, rien de comparable n’avait été fait; en Amérique, les organisations comparables étaient à peine ébauchées, et en tous cas ne visaient pas particulièrement la clientèle hospitalière. Au surplus, ces organisations étaient alors inconnues en France. Il fallait trouver une formule particulière qui permit d’indemniser les donneurs de leurs frais de déplacement, de leur temps perdu, et même de la fatigue causée, mais sans prétendre donner le « prix du sang ». On conservait ainsi au geste du donneur son caractère généreux.

Dès 1925, MM. Lévy-SoraL et TzANCK avaient jeté les bases de l’organisation actuelle, trouvé dans leur entourage un certain nombre de donneurs bénévoles et, aidés

tout d’abord de MM. JuBÉ et Paul RENAUT, puis, avec les besoins croissants de l’organisation, de MM. WeEiss- MANN-NETTER, HAMBURGER, ROUCHÉ, Jean DALSACE, Su- REAU, répondaient à des appels hospitaliers encore restreints. Mais, devant la multiplication progressive de ces appels, il fallait trouver autre chose.

C’est alors qu’en fin d’année 1928, en plein accord avec lAssistance Publique, se fonda l'Œuvre de la TRANSFUSION SANGUINE D'URGENCE, dont le conseil médical fut composé par M. le Professeur GOSsET, M. le Professeur COUVELAIRE, M. le Professeur Agrégé LÉVY-SOLAL et M. le Docteur ARNAULT TZANCK.

Le mérite du succès revient en grande partie au Conseil d'Administration de l’Œuvre, dont les membres eurent toute la charge des négociations avec l’Assistance Publique, et, au fur et à mesure du développement de celles-ci, la charge de l’organisation matérielle de l’œuvre qu’il fallait créer officiellement et peu à peu étendre. Le 18 décembre 1928, en présence du Professeur ROGER, doyen de la Faculté de Médecine de Paris, une Assemblée Constitutive, réunissant les dévouements les plus divers, « proclamait à l’unanimité l’utilité de l'Association de la TRANSFUSION SANGUINE D'URGENCE et en adoptait les Statuts » (Rapport de la Secrétaire Générale à l’Assemblée Générale du 5 février. 1930). Avec l'autorisation du Directeur Général de l’Assistance Publique, un essai avait été tenté pendant un an dans trois centres organisés : à la Salpêtrière, à l'Hôpital Saint-Antoine et à l'Hôpital Tenon. Le personnel de l’Assistance Publique donna son sang et, chose plus précieuse, sa bonne volonté : la majorité des donneurs était en effet, à ce moment, constituée par le Personnel Médical qui avait donné l’exemple, et par le

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Personnel Infirmier. D’ailleurs, les infirmières de l’Assistance Publique de Paris donnèrent leur sang avant même l’organisation de l’œuvre, avec un dévouement sans égal et qui ne s’est jamais démenti, mais sans pouvoir suffire aux trop nombreuses demandes de sang. Les donneurs utilisés à ce moment avaient en général subi un, deux, rarement trois examens, examens faits au hasard des circonstances. Les résultats de ces examens étaient communiqués au donneur, mais, le plus souvent, n'étaient consignés nulle part. En pratique, il existait, à l'Hôpital Saint-Antoine par exemple, une liste des donneurs connus : c’était habituellement la surveillante du Docteur TzANcxk qui, lorsqu'un transfuseur le lui demandait, envoyait celui des donneurs de la liste qu'elle pouvait atteindre. En somme, l’organisation était encore insuffisante; on avait souvent de la difficulté à trouver des donneurs; les services hospitaliers, le plus souvent, avaient recours aux seules infirmières se trouvant sur place. Il était surtout difficile d'obtenir des examens réguliers : les analyses avaient lieu assez rarement. La multiplication des examens, le classement et la distribution méthodique des donneurs devaient être accomplis grâce à la TRANSFUSION SANGUINE D'URGENCE. Dans le courant de l’année 1929, les listes, ou mieux, les registres contenant les noms des donneurs et les principaux renseignements les concernant étaient également établis : à la Salpêtrière, dans le service du Professeur GossET; à la Pitié, dans le service du Docteur Clovis VINCENT; à Tenon, dans le service du Docteur P.-E. WEILL.

Cet auteur avait depuis longtemps parfaitement organisé, pour son service, le recrutement des donneurs en vue de la transfusion sanguine, même d'urgence.

Dès cette année 1929, 220 transfusions étaient effectuées dans différents Hôpitaux de l’Assistance Publique. En outre, 42 transfusions étaient faites, les unes à l’'Hôpital Américain de Paris, les autres à la Maternité Cognacq-Jay, d’autres enfin à la Maison de Santé du Docteur pe MarTEeL. La progression du nombre des transfusions rend compte, mieux que n’importe quel document, de l'effort fait et de son opportunité, ce dernier point n'étant pas un des moindres à mettre en évidénces

On pratiqua en 1929 pendant

le premier trimestre : 26 transfusions;

le deuxième trimestre : 59 transfusions; le troisième trimestre : 58 transfusions; le quatrième trimestre : 119 transfusions.

Pour la seule Maternité de l'Hôpital Saint-Antoine, la mortalité par hémorragies, qui était de cinq cas par an, tombe à zéro. (Rapport médical du Docteur TzaNck à l’Assemblée générale du 5 février 1930.) Dès cette période, il existait une liste de transfuseurs qui, en pratique, assuraient le service des gardes de transfusion. Les frais de l’organisation comprenaient les frais généraux de l’œuvre et 50 % des indemnités allouées aux donneurs, l’Assistance Publique ayant déjà à sa charge l’autre moitié des indemnités.

Dans le courant de 1930, la même ligne générale d’action est suivie : DIX hôpitaux possèdent leurs registres propres de donneurs, et, dans chacun de ces hôpitaux, les examens de ces donneurs sont faits périodiquement et régulièrement; plus de cent services appartenant à 24 Hôpitaux différents ont eu recours à l’Œuvre de la TRANSFUSION SANGUINE D'URGENCE. 779 transfu-

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sions sont pratiquées dans l’année. C’est de cette année que date l’autorisation du Préfet de Police permettant aux gardiens de la paix de se faire inscrire comme donneurs et de se faire appeler pour une transfusion au poste de police même où ils sont attachés.

Les donneurs sont indemnisés à date fixe dans quatre hôpitaux. La charge financière devenant tellement lourde, et le service public rendu devenant évident, l’Assistance Publique acceptera, à partir de juin 1931, de supporter les trois quarts des indemnités versées aux donneurs pour les transfusions faites dans ses hôpitaux.

Le 14 janvier 1931, la TRANSFUSION SANGUINE D'UR- GENCE est reconnue d'utilité publique.

L'Assemblée Générale du 3 février 1932 doit voter un budget de plus de 700.000 francs. Dans son rapport moral, la Présidente donne les chiffres suivants pour 1931 : il a été pratiqué 2.038 transfusions à l’aide de 519 donneurs, dont 360 du groupe IV; le nombre des Hôpitaux intéressés est passé à 31, celui des services à 178. Les gardiens de la paix, qui comptent parmi eux de nombreux donneurs, bénéficient de l’organisation de Ia TRANSFUSION SANGUINE D'URGENCE pour leur Maison de Santé.

Au point de vue matériel, la TRANSFUSION SANGUINE D'URGENCE dispose, à l'Hôpital Saint-Antoine, d’un box où, entre un appareil téléphonique et un fichier, une seule secrétaire administrative suffit encore pour répondre aux appels.

C’est de 1931 que datent l’organisation du service des donneurs de garde et l’ébauche d’une organisation d’'immuno-transfusion. C’est également depuis cette époque que les Sapeurs-Pompiers fournissent des don-

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neurs dont le contingent est maintenant très important.

En 1932, le nombre de transfusions atteint 3.738. On utilise près de 500 donneurs du groupe IV, et ce chitfre est insuffisant.

L'Assistance Publique a pris à sa charge la totalité des indemnités versées aux donneurs et aux transfuseurs pour les transfusions effectuées dans ses services.

Telles sont les étapes qui ont marqué le développenent de la TRANSFUSION SANGUINE D'URGENCE et qui ea ont fait un organisme d’une vitalité exceptionnelle. Nous allons en montrer le fonctionnement actuel.

LES TRANSFUSEURS

Leurs techniques.

Nous nous étendrons peu sur le problème du recrutement des transfuseurs : l’organisation hospitalière de Paris ayant fourni presque automatiquement les techniciens nécessaires.

Il fallait mettre à la disposition des services hospitaliers, tout d’abord des techniciens capables de réaliser des transfusions aussi parfaites que possible, même si elles étaient difficiles à faire. Au début (1), ce furent des Médecins déjà spécialisés qui acceptèrent de se charger de ces fonctions et qui prirent les premières gardes de transfusion; puis vinrent se joindre à eux des Externes et des Internes des Hôpitaux, qui opérèrent d’abord sous leur direction.

Actuellement, ce sont les Internes des Hôpitaux de Paris qui assurent le service de garde, sauf entre 8 et 13 heures, moment où deux Externes, attachés au service de la Transfusion, les suppléent. Chaque jour, deux Internes prennent la garde de Transfusion. Leur tour de garde revient une fois par semaine.

D’autre part, chaque Chef de Service peut faire agréer, comme transfuseurs, ses Internes pour toutes les transfusions qu’il y a à faire dans le service même auquel ils appartiennent. Dans ces limites, ils disposent

(x) Cf. page 7: dès 1925.

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des donneurs de la TRANSFUSION SANGUINE D'URGENCE, absolument comme les transfuseurs de garde ; mais ils ne doivent empiéter sur les attributions de ceux-ci dans les services voisins que dans les cas où la gravité ou l’urgence imposent leur intervention.

Au point de vue pratique, il faut remarquer que partout où le Chef de Service fait lui-même les transfusions, il fait nécessairement école, et que c’est là une ressource essentielle du recrutement des transfuseurs.

On peut poser comme un principe absolu que chaque transfuseur est maitre de choisir sa technique. Il a, en effet, une technique qu’il préfère et qu’il exécute mieux que n'importe quelle autre; de plus, au cours de la transfusion, c’est lui seul qui doit rester maître des modifications à apporter à la technique qu’il a choisie. Il en est de même de la dose de sang à transfuser : le Médecin traitant peut demander une transfusion et en fixer la dose, mais il doit laisser une marge d’appréciation au transfuseur, marge que ce dernier utilise selon le comportement du malade au cours de la transfusion; dans beaucoup de cas même, il y a avantage à laisser la dose à la discrétion complète de l’opérateur. Les techniques sont innombrables, des ouvrages entiers leur ont été consacrés : certains auteurs sont restés fidèles au sang stabilisé (arséno-benzol, citrate de soude); la plupart préfèrent transfuser du sang pur. Ils utilisent pour cela les appareils classiques de JUBÉ et de TzANCK, ou l’un quelconque des très nombreux appareils dérivés de ceux-ci. Ce n’est pas ici le lieu de reprendre la discussion au sujet des avantages respectifs du sang citraté et du sang pur. Nous rappellerons seulement l’opinion du Docteur TzANcx qui, dans une conférence faite à l’Union Fédérative des Médecins de Ré-

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serve, faisait remarquer qu’il avait bien vu des partisans du sang stabilisé se mettre à faire des transfusions de sang pur, mais jamais l’inverse.

Quant aux détails de technique, chaque transfuseur en a mis au point un certain nombre; beaucoup de ces détails sont de petits moyens qui ne valent que pour celui qui les a inventés, mais qui sont souvent l’origine de son succès.

Il y a évidemment des difficultés techniques particulières pour les transfusions des jeunes enfants. Il faut de même citer comme particulièrement intéressantes, les recherches techniques qui permettent d'utiliser, chez le receveur, la veine fémorale, ou même directement les cavités cardiaques. C’est une intervention qu’on n’entreprend que contraint, mais dont on peut tirer un excellent parti; c’est la seule rationnelle quand la circulation de retour est arrêtée.

Ces considérations sont, en réalité, du domaine du transfuseur. C’est lui qui appréciera le mieux ce que commandent l'intérêt du malade, la sécurité du donneur, et enfin sa maitrise propre.

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