‹ La Transfusion Sanguine Dans Le Traitement Des Maladies Du Premier ÂgeChapitre 21 sur 29 · AE 1 LES · texte numérisé non relu

AE 1 LES

La transfusion voit encore une application dans certains cas particulièrement sévères et rebelles de chloro-anémie par carence (oligosidérémie, avitaminose C) dans lesquelles un simple régime riche en fruits, légumes frais, vitamines et fer, s’est montré inopérant ou insuffisant.

L'observation suivante est un exemple des guérisons rapides que l’on peut obtenir dans des cas de ce

genre :

Obs. II. — L. C..., 15 mois, a déjà présenté à l’âge de 9 mois, une anémie traitée par l’extrait hépatique et la vitamine C.

L'anémie est extrêmement sévère, avec pâleur profonde de la peau et des muqueuses ; 2.420.000 G. R. ; H. : 40 % ; V. G. : 0,8 ; anémie à laquelle nous ne trouvons pas d’autre cause qu’un régime presque exclusivement lacté, pauvre en vitamines.

Malgré un régime riche en aliments frais, en fer et en vitamines, l’état de l'enfant ne s’améliorant pas suffisamment vite, on pratique une transfusion de 100 cc. En quelques jours le nombre de G. R. et le taux de l’hémoglobine sont revenus à la normale.

Plus tard, grâce à un régime approprié, la guérison s'est maintenue.

Les syndromes agranulocytaires sont tellement exceptionnels chez le nourrisson que nous ne les retiendrons même pas comme justiciables de la transfusion.

Halberstma rapporte qu’il a obtenu un succès dans un syndrome de Von Jaksh-Luzets.

Quant à la leucémie aiguë, chacun sait combien il

est inutile de lui opposer la transfusion. Bruce Robertson, Brown et Simpson n’ont enregistré aucun indice d'amélioration.

Cependant il arrive que parfois l’anémie y atteint un tel degré qu’elle impose bon gré mal gré la transfusion sanguine. Le relèvement du chiffre des hématies et du taux de l’hémoglobine est éphémère et n'empêche nullement l’évolution fatale. Nous en ap-

portons ici une preuve :

Obs. III. — D. M., 22 mois. Début d’une affection fébrile le 1° mars 1937 par des douleurs dans les membres, une grande fatigue et l’apparition très rapide d’une pâleur intense qui oriente immédiatement le diagnostic vers une affection sanguine. De fait, il existe de petits ganglions dans les aines, les aisselles, et l’on perçoit le pôle inférieur de la rate. En outre, il existe quelques ecchymoses au genou droit, quelques pétéchies aux membres supérieurs et le signe du lacet est positif.

L'examen du sang et celui de la moelle montrent la présence de nombreux leucoblastes et permettent d’affirmer à coup sûr la leucémie aiguë.

Etant donné l'intensité de l’anémie :

Hier

L'ÉNE SRE Le?

on pratique, le 8 mars, une transfusion de 60 cc. qui est parfaitement supportée ; elle paraît même agir légèrement sur la fièvre qui, de 39°5, s’abaisse pendant 48 heures à 38°, mais l’état général n’est pas modifié, ni l’état hématologique.

Le 9 mars, on constate 990.000 G. R.

lt

Le 10 mars, on pratique à nouveau une transfusion de 60 cc. et, bien que le chiffre globulaire ait légèrement augmenté (1.190.000 G. R. le 13 mars), l’état général s'aggrave sans cesse et l’enfant meurt quelques jours plus tard.

Il. — Les Infections

De nombreux auteurs ont expérimenté la transfusion sanguine dans les infections sévères aiguës ou traînantes du nourrisson et Phélizot et Tassowatz, qui ont étudié leurs résultats, constatent que tous ont obtenu des succès dans l’érysipèle et dans quelques autres infections, des succès et des insuccès dans les septicémies, mais-des échecs fréquents dans les cas de broncho-pneumonies graves.

Avant l’avènement des médications chimiothérapiques, la transfusion constituait le traitement le plus actif de l’érysipèle.

Robertson, Brown et Simpson rapportent en effet que sur 4 cas d’érysipèle chez des enfants de moins d’un mois, ils eurent, grâce à la transfusion, 3 succès, 1 échec.

Schaeffer et Rothmann voient la mortalité, dans des cas analogues, tomber grâce à la transfusion de 53 à 20 4, avant 1 an et à 0 % après 1 an.

Mile Abricossoff, dans sa thèse, consigne plusieurs observations qui sont de véritables succès.

La transfusion est encore utilisée heureusement dans certaines septicémies.

RTE

Tzanck, Huber et Abricossoff rapportent l’observation de deux cas de septicémie sévères ayant cédé à l’immuno-transfusion, alors que la transfusion simple avait été sans résultat.

Robertson, Brown et Simpson ont obtenu, sur 29 cas de septicémie traités par exsanguino-transfusion, 8 guérisons complètes.

Mme Bellocq et Corcan ont traité avec succès par transfusion un cas de septicémie à streptocoque viridens avec syndrome cholériforme, formation d’abcès et apparition d’une coqueluche.

P. E. Weill et Ish Wall, étudiant l’action de la transfusion dans les septicémies, arrivent à cette conclusion :

« Les septicémies guéries sont-des septicémies sans atteinte du cœur. La transfusion sanguine combinée au traitement local du foyer infecté donne des résultats splendides. »

La transfusion a été recommandée dans de nombreuses autres infections localisées présentant un caractère de gravité particulier : ostéomyélites aiguës. endocardites.

Nous citons ici deux cas du service du Professeur Debré où les résultats obtenus ont été favorables :

Obs. IV. — CI. L.., 21 mois, souffre depuis trois mois d’une adénoïdite bientôt compliquée d’une otite suppurée bilatérale, puis d’un foyer pleuro-pulmonaire.

L'état général est très atteint, l’amaigrissement rapide et la température élevée oscille autour de 39°.

On pratique une mastoïdectomie bilatérale qui montre

SES} ISUE

des lésions osseuses suppurées très importantes. Cependant la température reste élevée et le poids continue à baisser tous les jours. Un examen du sang montre une anémie importante : 2.670.000 globules rouges, avec anisocylose et poïkilocytose. On pratique alors une transfusion sanguine de 80 cc. de sang. Les jours suivants, la température tombe à 37°, le poids commence à s'élever. Un peu plus tard les troubles se sont parfaitement amendés.

Obs. V. — Enfant J. C..., 2 ans. Le 16 mars 1936, début brusque d’une broncho-pneumonie à foyers denses, du lobe supérieur et du lobe moyen. La température tombe en lysis à partir du 1° avril et atteint 37° le 5, mais elle remonte bientôt et le 8 avril on constate une otite bilatérale. Malgré la paracenthèse, la température continue à s'élever et un nouveau foyer pulmonaire fait son apparition.

Le 10 avril, transfusion de 80 cc. ; le 11 avril, la température est à 37°. A part quelques crochets à 37°5, elle se maintiendra désormais à la normale. Les signes pulmonaires s’améliorent progressivement.

Le traitement de la broncho-pneumonie par la transfusion sanguine a été particulièrement étudié à Strasbourg par le Professeur Rohmer et son école. A cet effet ces auteurs font une revue des opinions soutenues en dehors de chez eux et des résultats obtenus par les autres :

Opitz n’admet pas la transfusion comme procédé thérapeutique dans les broncho-pneumonies.

Baumann lui reproche d’encombrer la circulation

pulmonaire déjà sérieusement empêchée.

Pa

Adam, Bossert-Buckholz, Spohn contestent son efficacité et la croient dangereuse.

En France, même réserve. Lesné et G. Dreyfus-Sée n’ont constaté aucune amélioration du pronostic dans les broncho-pneumonies graves chez les enfants du premier âge. Il est vrai que de leur propre aveu ils avaient tenté leurs transfusions trop tard dans des cas par trop sévères où toute thérapeutique eût été vouée à l’échec.

A la Société Américaine de Pédiatrie, en 1929, Thomas B. Cooley dit les déceptions qu’il a eues dans le traitement des broncho-pneumonies aigués.

Carlton Hacker et Olivier n’ont pas eu de résultats.

Le Professeur Rohmer essaye d’expliquer ces échecs en alléguant que beaucoup d’auteurs ont pratiqué la transfusion sur des enfants anémiques, dans des formes traînantes et trop tard.

Mais Krahnlich et L. A. Koch publient un travail important où ils montrent les heureux effets de la transfusion sur 73 cas de broncho-pneumonie grave. Ils n’ont eu que 24,6 %, de mortalité.

Puis Rothmann, Sisbury, Burns, Ross et Hund, Ribadeau-Dumas et J. Debray publient également des résultats favorables.

Une telle discordance dans les résultats obtenus par des auteurs différents provient, à ce qu’il nous semble, du fait que les indications de la transfusion n'étaient pas encore nettement établies.

Le Professeur Rohmer et son école ont essayé de les préciser. Ils ont, tout d’abord, été amenés à clas-

CRE Te RER

ser les formes de la broncho-pneumonie chez le nourrisson. Ils distinguent donc :

1° DES FORMES SIMPLES, dans lesquelles l'enfant présente des signes pulmonaires classiques, les foyens n'ayant qu’une faible tendance à lextension. La fièvre peut être élevée ; il y a battement des ailes du nez, légère cyanose, mais le cœur reste bon, la tension normale, le pouls bien frappé. L'enfant résiste à la maladie. Le pronostic est bon, la guérison va survenir au bout d’une ou deux semaines sans que l’on ait besoin d’avoir recours à la transfusion.

2° Les FORMES GRAVES, c’est-à-dire les formes qui revêtent d'emblée un caractère de gravité anormal ou qui prennent ce caractère dans le courant de leur évolution, sont-elles justiciables de la transfusion ?

C’est dans la forme toxt-infectieuse — la plus fréquente d’ailleurs — que la transfusion trouve son indication majeure. La température est très élevée, l'enfant présente un facies infecté : teint gris, prostration ou agitation, anorexie complète. La toux et la dyspnée sont intenses. Le fléchissement cardio-vasculaire est très marqué, le pouls est faible, la tension artérielle effondrée, les bruits du cœur sont assourdis ; gros foie, parfois grosse rate, albuminurie.

Dans ces cas, vraiment très alarmants, où l’on était autrefois désarmé, on peut aujourd’hui faire œuvre utile grâce à la transfusion. En 24 à 48 heures, en effet, le tableau clinique se transforme et la maladie

évolue vers la guérison.

Il n’en est pas de même dans les formes « bleues » ou asphyxiques, ni dans les formes « blanches ». Parfois on obtient une amélioration transitoire, mais la mort survient inévitablement. Certes dans ces cas on devra tenter une transfusion, mais sans espoir. Cependant si, pour quelque raison que ce soit, on n’a pas pu la tenter, on n’aura pas de remords.

Enfin, dans la bronchite capillaire, Phélizot et Tassowatz prétendent que l’on doit faire une transfusion après avoir retiré toutefois une quantité de sang supérieure à celle que l’on se propose d’injecter.

En résumé, le Professeur Rohmer et son école estiment que, grâce aux transfusions sanguines, la mortalité dans les formes graves de broncho-pneumonies du premier âge peut être abaïssée de 70 à 30 % et même à 20 %. Mais l’évolution de la maladie est en réalité si déroutante et le pronostic si malaisé qu’il nous semble difficile d'exprimer une opinion formelle sur la valeur de cette thérapeutique.

Nous rapportons ici une observation du Professeur R. Debré qui est un exemple des cas dans lesquels la transfusion nous a paru influencer favorablement le cours de la maladie.

Obs. VI. — G. A... 18 mois. Début brusque, le 4 juin, par des vomissements et de la dyspnée. Les jours suivants, la température est élevée à 40°, l’enfant agité, la toux fréquente. Présence d’un foyer très important localisé à la moitié inférieure du poumon gauche et d’un

foyer plus discret à la base droite. L'état général est

pre

gravement atteint, la pâleur est extrême, la température dépasse 40° ; albuminurie à 0 gr. 12 par litre. Il s’agit d’ailleurs d’un enfant retardé dans son développement, pesant 8 kilogs à 18 mois et présentant des signes de rachitisme. On pratique le 8 juin une transfusion de 50 cc. de sang qui est très bien supportée.

L'action immédiate sur la température est nulle, mais l'enfant est nettement mieux ; il est moins pâle, moins agité et deux jours après la température commença à descendre en lysis. La guérison survient sans incident.

Page 1