CHAPITRE X
Doses comparatives entre les liquides préparés par le procédé du Collège de France et Vorchitine extraite selon ma méthode. — Mode d’administration du traitement, sa durée. — Nombre d’injections indispensable pour déterminer si Vorchitine aura un effet favorable. — Les mauvais liquides, leur influence sur l’opinion des praticiens.
Les liquides préparés selon la formule de d’Arsonval sont administrés tous les jours et quelquefois deux fois par jour à la dose variable de quatre à dix et même 'quinze centimètres cubes, représentant une quantité de principe actif variant de 12 à 45 milligrammes.
La dose ordinaire de l’orchitine de mon laboratoire est d’une injection d’un centimètre cube tous les deux jours. Cette injection représente 6 centigrammes ou 60 milligrammes du même principe actif. Je n’injecte jamais une dose inférieure à un centimètre cube, de même que je n’augmente jamais la dilution de mon liquide.
Pour les sujets qui ont besoin d’une quantité moindre de suc testiculaire, i’éloigne les séances d’injection en laissant entre elles un intervalle de deux, trois, quatre et même cinq jours. Dans certains cas, au contraire, la dose doit être portée à deux, trois, quatre et même cinq centimètres cubes tous les jours — cette dose, si forte qu’elle soit, sera toujours administrée en une seule séance.
Les injections de mes liquides peuvent être faites à n’importe quelle heure de la journée. Elles n’exigent aucune préparation avant, aucun repos après. Elles ne dérangent en rien les occupations habituelles ni les repas.
D’après ce qui précède, il est facile de se rendre compte que mes liquides, malgré leur prix élevé, comparé à celui de certains laboratoires, sont de beaucoup les moins dispendieux en raison de leur titre et de leur puissance qui permettent de réduire le nombre des séances et des injections. Si l’on ajoute à céla une efficacité incomparable et une sécurité absolue, on voit qu’il n’y a pas à hésiter à leur donner la préférence.
La durée du traitement est variable suivant les cas. Quelquefois cinq ou six séances suffisent à ramener l’harmonie dans les fonctions physiologiques et à rétablir la santé; d’autres fois, au contraire, plusieurs mois d’inoculations sont indispensables pour obtenir un résultat
appréciable et durable. J’observe à ce sujet une règle de conduite dont je me suis toujours bien trouvé. Voici comment je procède: Une fois
la dose établie, je - continue le traitement tant que l’amélioration augmente; quand arrive le moment où je ne gagne plus rien, je suspends les injections. Ou mon malade est guéri définitivement, et, dans ce cas, le traitement est terminé ; ou le résultat obtenu n’est que partiel, et, alors, je reprends le traitement après quelques jours de repose. Il est rare qu’à la reprise je n’obtienne pas encore quelque chose. Et ainsi, de reprise en reprise, avec des intervalles de repos, j’arrive à la guérison complète.
Quand les injections s'adressent à des sujets jeunes encore, simplement affaiblis, le résultat obtenu par un premier traitement est définitif et il n’y a plus à y revenir. S’il s’agit d’un vieillard qui veut retourner en arrière ou s’attarder sur le plateau avant de le descendre, il doit avoir recours de temps en temps à une série de cinq ou six injections. Il peut ainsi éviter pendant longtemps l’apparition des infirmités et des ennuis de la vieillesse.
La durée moyenne du traitement chez les sujets simplement affaiblis est de quarante jours et le nombre des injections est de vingt.
L’orchitine étant un produit inoffensif, il n’y a jamais contre-indication à son emploi. Elle
ne peut en aucun cas être nuisible et procure souvent des résultats inattendus et excellents. On ne saurait trop en conseiller l’usage à tous ceux qui pour une raison ou pour une autre ont quelque faiblesse à renforcer ou quelque mal à combattre. Ils ont tout à espérer des inoculations et ne risquent qu’un échec. En effet, certaines personnes, et le nombre en est heureusement restreint, sont réfractaires à l’action de l’orchitine. Celles - là en seront quittes pour l’ennui de la dépense et d’un nouvel insuccès. Cependant, en faisant cet essai infructueux elles n’auront pas perdu leur temps, car elles seront désormais assurées qu'aucune médication ne leur sera favorable et elles devront attendre du temps seul un remède à leur mal. Je n’ai jamais vu réussir un traitement quelconque chez les malades réfractaires aux injections d’orchitine. Mais, me direz-vous, après combien d’injections peut - on savoir si l’on est réfractaire au traitement ?
Presque toujours, quelques injections suffisent pour procurer une modification heureuse dans l’état du malade, quelquefois même dès la première séance, on a l’impression d’un bien-être inconnu depuis longtemps. Mais, si, après dix à douze injections, aucun changement ne s’est produit, le succès devient douteux ; après vingt séances, le doute n’est plus permis, il faut renoncer à la médication. On trouvera cependant
dans la deuxième partie de ce livre, l’observation d’un ataxique qui avait suivi le traitement pendant plusieurs mois sans le moindre succès, et qui, après un repos de quelques semaines, reprit l’usage des injections et guérit radicalement. Il est vrai de dire qu’à la reprise, j’avais, concurremment au vaccin séquardien, administré un traitement spécifique qui, employé seul, avait échoué précédemment. L’action combinée de ces deux agents, impuissants séparément, avait complètement réussi. Mais, ce cas est une exception et, je le répète, si, après vingt injections, un mieux très appréciable ne s’est pas manifesté, il est inutile de poursuivre le traitement.
Les sucs organiques, extraits par les procédés que je viens d'indiquer, soit selon la méthode de d'Arsonval, soit selon la mienne, ont une valeur thérapeutique bien différente, mais ils possèdent les uns et les autres des propriétés curatives agissant d’une façon identique et amenant des résultats de même nature si l’on prend le soin de rétablir l’égalité de la puissance par la quantité du liquide injecté. Pour cela, le praticien devra administrer à son malade vingt centimètres cubes du liquide de d’Arsonval, contre un centimètre cube de l’orchitine de mon laboratoire.
Malheureusement, depuis le dernier rapport de Brown - Séquard, à l’Académie des Sciences, le laboratoire du Collège de France a cessé de
t)6 LA TRANSFUSION VITALE.
préparer le suc testiculaire. La qualité des liquides livrés aux médecins par l’industrie privée a eu beaucoup à souffrir de cette suppression. Les préparateurs se sont conformés strictement à la formule trop peu explicative de d'Arsonval sans tenir compte suffisamment des trois conditions essentielles à l’obtention d’un suc actif: santé, vigueur des animaux, et, par dessus tout, ablation des organes au moment de Y excitation génésique. Soit par ignorance du seul moment physiologique où la récolte est possible, soit par manque de confiance dans la méthode, soit par économie, ce qui est plus probable, ils vont se pourvoir aux abattoirs sur des taureaux et des béliers hors de service chez lesquels l’âge et la perspective de la mort prochaine ont supprimé toute excitation génésique.
Cette matière inerte, dépourvue complètement ou presque complètement du principe de vie et de force, qu’est l’orchitine, n’a jamais fourni et ne pourra jamais fournir qu’un liquide pauvre, ayant tout au plus la valeur d’un sérum extrait d une glande ou d’un tissu quelconque ne possédant aucune des qualités indispensables pour produire les effets de régénération constatés par Brown - Séquard, par moi-même et par tous ceux qui ont pratiqué la méthode avec conscience en employant des produits bien préparés et par cela même efficaces.
Qu’est-il arrivé? Les sucs, ayant semblable origine, sont d’une fabrication facile, et pouvant être installée sur une large échelle, à peu de frais. Les courtiers en produits pharmaceutiques parcoururent le monde et établirent des dépôts partout. Les médecins, en voyant sur tous les prospectus ces mots placés en vedette: Sucs organiques préparés selon la formule de d’Arsonval, eurent confiance. Devant un bon marché contre lequel je ne pouvais lutter, le plus grand nombre a employé ces liquides au lieu de prendre ceux de mon laboratoire. Les déceptions s’accumulèrent, quelques accidents survinrent et bientôt la valeur de la découverte fut remise en discussion. La méthode eut ses partisans convaincus et ses détracteurs acharnés, émettant avec une égale bonne foi les opinions les plus contradictoires. Les uns affirmaient hautement, les autres — c’étaient les plus nombreux — niaient avec la même sincérité. Cette divergence d’opinions n’avait pas d’autre cause que celle-ci : Ceux qui affirmaient avaient pratiqué la méthode dans de bonnes conditions, les autres ne l’avaient réellement pas expérimentée. Je m’explique: Jusqu’à présent, il n’a pas été possible de déterminer, par les propriétés physiques et chimiques qui lui sont propres, le principe de, vie et de force qui se forme dans les organes génitaux des animaux mammifères mâles sous l’influence de l’excita-
tion génésique. De sorte que le praticien ne sait jamais si ce principe existe réellement dans le liquide injeété. C’est seulement par les effets produits qu’il révèle sa présence. De là, des opinions contradictoires chez des gens également de bonne foi. Les uns ont employé le liquide régénérateur, les autres ont injecté de l’eau légèrement additionnée de glycérine, de chlorure de sodium et d’un peu de sérum. Les premiers affirment, les seconds nient.
Pour obtenir de bons résultats, il faut de bons produits. Les bons liquides, préparés d’après la méthode que j’ai indiquée dans le chapitre précédent, sont chers. Les médecins n’ont pas attaché jusqu’à présent, assez d’importance à la qualité et à l’origine des sucs employés. Voilà pourquoi tant de malades n’ont pas bénéficié d’une découverte que le corps médical, maintenant éclairé par le résultat de mes expériences, proclamera bientôt, à l'unanimité, le plus grand bienfait du siècle.
Si Brown-Séquard n’est plus là pour tenir haut et ferme le drapeau du séquardisme, si d’Arsonval, absorbé par d’autres travaux, ne l’a pas relevé au milieu de la tourmente, moi, du moins, je ne l’ai jamais abandonné, et derrière moi, l’armée des médecins convaincus et des malades guéris est encore assez grande pour le conduire au triomphe définitif. Pour cela, il suffit que
les médecins et les malades, mieux avisés, ne se laissent plus prendre à l'appât d’un bon marché fictif et fassent usage de la seule orchitine extraite des organes sexuels de cobayes, remplissant la triple condition indispensable: jeunesse , vigueur, excitation génésique. Ils ne seront pas longtemps à reprendre confiance et ils verront que cette préparation, qui joint la sécurité à l’efficacité, est encore celle qui coûte le moins cher.