IS
Le 6 octobre, je reçus une nouvelle lettre : —
“Je suis tout à fait bien, i’ai repris mon poste “ à l’usine et je travaille avec autant de facilité “ et de courage qu’aux meilleurs jours.
Il y a trois semaines i’ai dû cesser les injec- “ tions. J’avais des érections si fortes la nuit “ que mon sommeil en était troublé. Un petit “ voyage, à deux, sur les côtes de Bretagne, avant “ ma rentrée à l’usine m’a démontré d’une façon “ certaine que j’étais bien guéri au physique, si- “ non au moral.
“ Avec tous mes remercîments, recevez, mon- “ sieur le docteur, l’expression de mes sentiments “respectueux et dévoués. E. D...’’
OBSERVATION II
Madame V..., 34 ans, institutrice, à la suite d’un surmenage prolongé et de l’infîuenza, a dû suspendre ses fonctions depuis un an. Incapable de tout travail physique ou intellectuel, c’est à peine si elle peut penser. Au moindre effort de son cerveau, elle est prise de violentes douleurs au sommet du crâne, douleurs semblables à une décharge électrique à travers la tête; si elle se baisse, elle éprouve des vertiges qui lui font perdre l’équilibre. Elle ne peut lire, car l’action de fixer les lettres lui brûle les yeux, comme si ces lettres étaient de feu. Elle ne peut marcher sans le secours d’un bras, car, prise d’agoraphobie, elle ne pourrait traverser une place. C’est dans ces conditions que je commençai le traitement par les injections de suc testiculaire à la dose d’un centimètre cube tous les deux jours le
29 novembre 1893. Six mois après, Madame V... avait repris ses fonctions qu’elle n’a interrompues depuis que pour prendre ses vacances d'un mois chaque année. Madame V... n’a pas cessé de faire, depuis sa guérison, une injection chaque semaine.
OBSERVATION III
Mr R..., 24 ans, avocat, est d’une constitution naturellement faible. A la suite du surcroît de travail nécessité par les examens de licence, il est devenu neurasthénique. Incapable de tout travail suivi, il a dû suspendre la préparation des examens de doctorat. Le séjour à la campagne et six mois d’hydrothérapie n’ont produit aucune amélioration. C’est à la suite de cet insuccès que Mr R... vint me consulter. Je lui conseillai les injections de suc testiculaire qu’il commença le 13 avril 1895. Voici textuellement la lettre qu’il m’adressa le 5 juin dernier:—
“ Monsieur le docteur,
“ Comme je sais votre opinion finement scepti- “ que sur les protestations de reconnaissance, je “ me contente de vous en faire à part moi. Et “ je viens simplement vous dire les résultats du “ traitement que j’ai suivi.
“ Pour plus de clarté, je diviserai cette période “ du 13 avril au 4 juin en deux époques : la
“ première jusqu’au 23 mai, la seconde depuis.
“ Jusqu’au 23 mai. — Pendant ces 40 jours, j’ai “ fait 16 injections. J’ai constaté au point de “vue intellectuel une progression rapide. Du “ 18 au 20 avril je commençai à pouvoir travailler
“ le matin deux heures de suite, mais le soir le “ travail m’était très pénible encore. J’avais de “ fortes envies de dormir, je fermais les yeux " sur mes livres, sans pouvoir jamais fixer mon “ attention. Au 23 mai, j’étais arrivé, pour la “ préparation de mon examen, à fournir une " somme de travail considérable. Levé à cinq " heures, je travaillait de 5 à 7 heures. A 7^ “ heures j’allais dans un jardin avec mes livres " et je travaillais sans perdre une minute jusqu’à “ 10 heures.
“ Après déjeuner, promenade d’une heure, puis “ travail à la bibliothèque jusqu’à 5 heures. “ Après dîner, deux heures de travail. En “ somme, dix à onze heures de bon travail tous " les jours.
“ Au point de vue physique, je gagne beau- “ coup en force.
“ J’ai essayé plusieurs fois, pendant ce temps, “ d’espacer les injections, mais immédiatement “ c’était un recul, et, pour me remettre au niveau “ de la progression ; j’étais obligé d'en faire deux “ jours de suite.
“ En résumé, au 23 mai, voici mes observa- “ tions : la chair raffermie, les reins plus râblés, “ les muscles plus solides, développement et cha- " leur des parties sexuelles, désirs fréquents, donc “ grande amélioration. J’éprouve âes énergies “ que je soupçonnais à peine. J’ai conscience “ d’une force et d’une supériorité inconnues “ jusqu’ici. J’ai une joie intense à vivre et à “ sentir vivre autour de moi. Je me suis réveillé “ délicieusement poète et amoureux.
“ Depuis le 23 mai, j’ai cessé complètement “ les injections, ma provision d’ampoules étant “ épuisée. Le mieux persiste, dois-je, malgré “ cela, reprendre le traitement ?
“ J’attends votre réponse et vous envoie avec “ mes remercîments l’expression de mon respectueux dévoûment. A. R...”
Je pourrais citer plus de cent neurasthéniques traités par moi personnellement et qui ont trouvé dans l’usage des injections de suc testiculaire la guérison qu’ils avaient vainement cherchée ailleurs.
Dr L. H. Goizet.
Congestion de la Moelle épinière.
Paraplégie.
OBSERVATION I
Madame de B..., 60 ans, atteinte de paraplégie depuis quatre ans, était condamnée, pour prendre l’air, à se faire rouler dans une petite voiture. Après un mois de traitement à raison de deux injections d’un centimètre cube de suc testiculaire tous les deux jours, Madame de B... pouvait monter, avec l’aide d'une canne, dans sa chambre. Six mois d’un traitement régulier ont suffi pour permettre à Madame de B... une promenade quotidienne d'une heure sans canne et sans éprouver la moindre fatigue. Pendant deux ans, la guérison n’a fait que se confirmer; la santé générale a constamment gagné. Les fonctions digestives qui étaient en très mauvais état ont retrouvé toute leur énergie. Madame de B... a cessé les injections depuis plus de quinze ans. Elle a aujourd’hui quatre-vingts ans passés; son état est très satisfaisant. Madame
de B... est devenue un apôtre de la méthode. Elle a traduit et imprimé à ses frais, en plusieurs langues, mon livre “ Force et Santé," la vie prolongée par la méthode de Brown-Séquard.
OBSERVATION II
Voir page l’observation de Mr Masseron.
Ataxie locomotrice.
L'ataxie locomotrice a toujours pour origine soit un virus, comme le virus syphilitique, soit une diathèse, comme la goutte, le rhumatisme ou l’herpétisme, soit un poison, comme l’alcool ou le tabac. Les lésions anatomiques qui caractérisent cette terrible maladie sont l’atrophie et la sclérose des cordons postérieurs de la moelle épinière.
Jusqu’ici les agents connus de la thérapeutique externe et interne, depuis l’hydrothérapie, l’électricité et les pointes de feu jusqu’à la suspension; depuis l’iodure de potassium jusqu’au nitrate d’argent ont toujours été d’une impuissance notoire.
Après l’échec de la suspension, la découverte de Brown-Séquard est devenue l’unique espoir des ataxiques. Cette espérance, heureusement, a été pleinement justifiée par les résultats que
j’ai obtenus personnellement et par tous ceux qui sont consignés dans la communication faite à l’Académie des Sciences, le 27 avril 1893:
Les ataxiques ont aujourd’hui à leur disposition un moyen efficace de traitement et de guérison qu’ils s’empresseront de mettre à profit. Mais ils ne doivent pas perdre de vue qu’en raison même de la nature des lésions anatomiques qui constituent leur mal, le traitement doit être de longue durée pour être efficace. Ils s’armeront donc de patience; cela leur sera d’autant plus facile que l’amélioration progressive qu'ils ressentiront les encouragera à persévérer dans l’accomplissement de leur cure.
Les effets de l’orchitine sur les ataxiques sont aujourd’hui universellement reconnus. Ils sont la démonstration évidente de la puissance de régénération que possède sur les centres nerveux et sur la moelle épinière en particulier, cet agent thérapeutique incomparable.
Observation d’un cas d'ataxie locomotrice guéri par les injections sous-cutanées d'un suc retiré des testicules de cobayes venant de mourir.
(Communication faite, dans le séance du 30 mai 1891 à la Société de Biologie, par le Dr Deponx).
IM. X..., ex-sergent maître d’armes, est venu me consulter le 1er mai 1890. Malade depuis décembre 1889, il a été obligé par ordre d’entrer
à l’hôpital militaire du Val-de-Grâce. M. Du Cazal, médecin principal, ayant constaté l’existence de l’ataxie locomotrice et se trouvant impuissant à empêcher les accidents de croître de jour en jour, a proposé la réforme, qui a été prononcée le 22 avril 1890.
Avant d’examiner le malade, je lui demande de me faire connaître les débuts de la maladie, son état au moment de l’entrée à l’hôpital et les divers moyens employés par le médecin traitant.
(A) Débuts de la maladie. — En décembre 1889, le malade, qui avait les ganglions du cou engorgés, s’est aperçu qu’il n’avait pas la marche aussi sûre, et que les services habituels qu’il demandait à ses jambes dans l’exercice de sa profession n’avaient plus leur précision habituelle. En marchant, il heurtait toujours le sol avec le talon en ramenant fortement, malgré lui, le pied en arrière. Il existait aussi à ce moment des taches rouges à la paume des deux mains; le malade croyait que c’était des durillons.
Le manque d’équilibre dans la marche et dans les diverses positions qu’il était obligé de prendre ayant augmenté, le malade entra à l’hôpital.
(B) Etat au moment de l’entrée à l’hôpital du Val-de-Grâce. — Les désordres dans la marche sont encore plus accentués qu’au début. Le malade peut néanmoins monter encore en omnibus et en descendre sans faire arrêter, si l’allure des chevaux est un peu ralentie. C’est après une chute faite en descendant d’omnibus que le
malade se décide à entrer à l’hôpital. Il lui était d’ailleurs déjà impossible à ce moment d'exercer sa profession de maître d’armes.
A son entrée à l’hôpital, on constate en plus: 1° l’abolition complète du réflexe rotulien; 2° la diminution très grande (presque la disparition) de la puissance des organes génitaux; 3° l’impossibilité de se tenir debout, sur une jambe, les yeux fermés.
Pendant son séjour à l'hôpital, le malade est soumis à une observation rigoureuse qui fait reconnaître: 1° que le malade ne se rend pas compte de la position où se trouvent ses jambes quand il est au lit; 2° qu'il n’y a pas paralysie, puisqu’un stagiaire très musclé n’a pas pu ployer la jambe étendue du malade en employant toutes ses forces ; 3° que les yeux sont intacts, l'examen en a été fait parlM. le médecin principal Chauvel; 4° que les accidents observés à la paume des mains sont de nature syphilitique.
(C) Traitement suivi à l’hôpital. — L’hydrothérapie sous forme de douches, les pointes de feu sur la colonne vertébrale, la pendaison (trois fois seulement, et l’iodure de potassium, voilà les moyens employés à l’hôpital militaire du Valde-Grâce.
L’iodure de potassium a été donné, dès le début, à la dose de 4 grammes, et l’on est arrivé, en augmentant chaque jour de 50 centigrammes, à la dose quotidienne de 14 grammes, qui a été administrée pendant dix-sept ou dixhuit jours consécutifs.
LA TRANSFUSION VITALE. igi
Le malade, allant de mal en pis, malgré ce traitement, fut réformé.
(D) Etat du malade le 1er mai, lorsqu’il se présente à moi. — Le malade, étant sur la chaussée, ne peut plus monter sur le trottoir. Il ne peut plus marcher qu’en s’appuyant d’une main sur une canne et de l’autre sur le bras de la personne ;qui l’accompagne. Quand il est assis, c’est avec la plus grande difficulté qu’il se lève en s’aidant de sa canne et en donnant la main à quelqu’un. Il lui est impossible de se tenir debout, les yeux fermés, les jambes écartées ou rapprochées. Il a journellement des crampes dans les mollets ; il y a anesthésie de la plante des pieds, abolition complète du réflexe rotulien, impuissance absolue des organes génitaux. En outre: la paume des mains et les doigts sont le siège de picotements et de tremblements; la lèvre inférieure et la supérieure sont insensibles; la vue est un peu faible. Le malade dit avoir éprouvé quelquefois des douleurs fulgurantes dans les genoux.
(E) Traitement par les injections sous-cutanées d’un suc retiré des testicules de cobayes, venant d’être tués. — Les professeurs de l’Ecole de médecine militaire du Val-de-Grâce ont une réputation scientifique justement méritée. Avant de proposer un soldat pour la réforme, ils le soumettent toujours à une observation sévère, minutieuse. Je me trouvais justement en présence d’un malade reconnu incurable par M. Cazal, médecin principal de l’armée, professeur à l’Ecole du Val-de-
Grâce, ainsi que par les membres de la Commission spéciale de réforme de la subdivision de Paris.
J’étais entièrement de l’avis de ces honorables confrères. Néanmoins, étant donné les guérisons vraiment étonnantes que j’ai déjà obtenues par les injections sous-cutanées d’un liquide retiré des testicules de cobayes, je commençai, séance tenante, ce traitement que l’on doit aux travaux de Brown-Séquard.
Pendant trois semaines, du 1er au 21 mai, une injection d’un centimètre cube est faite deux fois par semaine; du 22 mai à la fin de juillet, une injection d’un centimètre cube trois fois par semaine. Pas d’injection durant tout le mois
d’août.
Pendant ce temps, chaque jour, voltaïsation ascendante de la colonne vertébrale ; 10 milliampères pendant trois minutes.
Du 1er septembre au 20 octobre, j’ai fait une injection tous les deux jours. Au 20 octobre, j’ai cessé tout traitement.
Une heure après chaque injection, le malade se trouvait toujours plus fort. Dès la première injection, il a ressenti les bons effets de ce traitement: à la quatrième injection, il a eu un peu de fièvre; au niveau de la piqûre, on remarquait un gonflement et une rougeur de 5 à 6 centimètres de diamètre.
A la fin de juin, le malade pouvait commencer à se baisser, à se fendre et à bêcher. Il pouvait faire seul des promenades d’une heure.
Le 14 juillet, il a pu marcher pendant 5 heures consécutives. A la fin d’octobre, il commençait à donner des leçons d'armes. Tous les jours, il travaillait à la salle le matin et l’après-midi. Au mois de décembre dernier, il prenait part à un assaut public, et, depuis cette époque, toutes les trois semaines il constatait des progrès sensibles.
Depuis le 7 février (jour de l’assaut annuel de sa salle), le malade dit que ses forces ont augmenté de plus d’un quart. Pour lui, il se sent aussi fort et aussi bien portant qu’avant d’être malade. Il a retrouvé tous les moyens qu’il avait auparavant comme tireur et comme professeur d’armes. Il peut faire et il a fait ces temps derniers jusqu’à huit, dix et même douze assauts d’armes consécutifs, en un jour. Il sent simplement que la jambe gauche est un peu moins forte que la jambe droite. De plus, je constate que le réflexe petit rotulien n’est pas tout à fait revenu à son intégrité normale.
Ce résultat, qui se passe de tous commentaires, a été obtenu en quatre mois et demi de traitement, et il y a sept mois que le traitement est terminé.
La question de savoir si l’ataxie locomotrice, avec son cortège symptomatique prémonitoire et les manifestations morbides, peut disparaître, le malade n’ayant plus que fort peu de troubles, ou étant même complètement guéri, peut certainement être résolue par l’affirmative.
Les lettres que j'ai reçues de nombre de médecins et les publications faites en Amérique, en Russie et ailleurs depuis l’apparition de ma première note sur les injections testiculaires, dans les Comptes rendus de la Société de Biologie, en 1889, montrent que l’ataxie locomotrice a pu être guérie, d’une manière plus ou moins complète, sous l’influence du liquide testiculaire sur la moelle épinière.
Je ne sache pas que, dans aucun cas, la guérison ait été aussi parfaite que chez le sujet montré à la Société de Biologie. Il ne reste, en effet, chez ce maître d’armes, aucun des symptômes qui avaient existé à un si haut degré, excepté cependant à l’égard du réflexe rotulien, qui, bien qu’il soit revenu à un degré notable, n’a pas encore toute l’énergie de l’état normal. Mais l’ataxie a cessé, la sensibilité est revenue (il est même arrivé à cet égard, ce qui n’est pas rare après de l’anesthésie, c’est qu’il y a un peu d’hyperesthésie tactile aux membres inférieurs). Le sens musculaire, dans tous modes, est parfait aux quatre membres. La puissance sexuelle, qui avait été complètement perdue, est revenue à son état normal. Les muscles des membres inférieurs, qui étaient un peu atrophiés, sont maintenant énormes et d’une densité considérable, comme avant la maladie. Leur vigueur, exceptionnellement grande, l’est tout autant
maintenant qu’avant les premiers symptômes de l’ataxie.
Ce maître d’armes a-t-il encore la lésion que l’on sait être liée à l’ataxie tabésique ? Il y a au moins un cas dans la science où un individu atteint d’ataxie en a été guéri par l’élongation du nerf sciatique, malgré la persistance de la lésion caractéristique du tabes ataxique, constatée après la mort par une autre affection. Ce fait est incontestable, puisqu’il a été publié par mon ancien élève, aussi regretté qu’éminent, le professeur Westphal, de Berlin. Il est donc possible que, chez le jeune homme montré à la Société de Biologie, les injections de liquide testiculaire aient modifié l’état dynamique de la moelle épinière et fait ainsi cesser les manifestations morbides sans faire disparaître l’altération organique de ce centre nerveux. C’est là ce que nous voyons souvent pour d’autres lésions de l’encéphale ou de la moelle épinière, et surtout pour celles qui produisent de l’anesthésie, qui, ainsi qu’on le sait, peut disparaître complètement, malgré la persistance intégrale de la lésion qui l’avait produite.
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