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OBSERVATIONS PERSONNELLES DE L’AUTEUR

OBSERVATION I

M. G..., notaire, quarante-trois ans, est atteint d’ataxie locomotrice confirmée depuis cinq ans. Des habitudes d’alcoolisme et des accidents syphilitiques remontant à douze ans sont les causes probables de la maladie. Le diagnostic a été posé par cinq médecins, parmi lesquels je citerai Charcot et Alfred Fournier. L’iodure de potassium à haute dose, les frictions mercurielles, l’hydrothérapie, les pointes de feu, les eaux de Lamalou et la suspension, tels ont été les moyens employés par M. G... depuis cinq ans, sans que la marche de la maladie ait pu être enrayée un seul instant.

Au commencement d’octobre 1890, M. G...

s’adressa à moi pour suivre un traitement par les injections sous-cutanées de suc testiculaire. A ce moment, je constatai les symptômes suivants : —

1° Impossibilité de marcher sans l’appui d’un bras, d’un meuble ou de la muraille, de se tenir debout les yeux fermés; par contre, possibilité de fléchir et d’étendre les membres.

2° Strabisme, rétention d’urine, constipation opiniâtre, secousses convulsives dans les membres.

*) Extrait de mon livre “ Force et Santé.”

3° Douleurs fulgurantes atroces dans les cuisses et dans les talons, perte absolue de sens génésique, anesthésie de la peau.

4° Appétit irrégulier mais très faible en somme, sommeil presque nul. Amaigrissement considérable. iM. G..., qui pesait au début de sa maladie soixante-quinze kilogrammes, n’en pèse plus aujourd’hui que cinquante-neuf.

Le 9 octobre, je commence le traitement à raison de trois injections d’un centimètre cube d’orchitine tous les deux jours pendant un mois, soit quinze séances et quarante-cinq injections. Je n’obtiens pas la moindre amélioration, M. G... suspend le traitement et, découragé, retourne en province.

A la fin de 1891, souffrant plus que jamais, il se décide à reprendre le traitement, que nous recommençons le 28 mars. Cette fois, sur mes instances, (M. G... est bien résolu à suivre la médication pendant six mois, voulant, dit-il, en avoir le cœur net. A la fin d’avril, nous en étions à la dix-huitième séance, sans avoir obtenu de résultat. Je conseille alors l’emploi simultané de l’iodure de potassium à la dose de 6 grammes par jour, et des injections séquardiennes à la dose de deux centimètres cubes tous les deux jours. Le 14 juin, M. G... accuse une diminution très appréciable dans les douleurs fulgurantes; il dort beaucoup mieux, la puissance génésique commencée à revenir, l’équilibre est moins instable. Je constate d’une façon certaine que mon malade est moins désordonné dans sa marche et qu’il montre plus d’assurance. A partir

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de ce jour, le mieux, déjà bien réel, augmente rapidement; les douleurs ont complètement disparu le 25 juin, et le 1er juillet M. G... marche seul avec l’aide d’une canne. Il peut écrire, lire; la sonde devient inutile, et l’urine s’écoule librement sous la puissance de contraction de la vessie; les garde-robes ont lieu sâns lavement. La sensibilité de la peau revient, le malade reprend de l’embonpoint. Aujourd’hui, 31 juillet, M. G... marche sans canne. S’il jette encore le pied en avant, il n’a plus peur dans la rue, qu’il traverse sans hésitation. Le strabisme subsiste à peine, les douleurs fulgurantes ont complètement disparu dans les cuisses et ne se font ressentir qu’à de rares intervalles et avec beaucoup moins d'intensité, dans les talons. Nous marchons à grands pas vers la guérison, depuis deux mois que nous avons inauguré le traitement mixte — iodure de potassium et injections d’orchitine. — Pendant ces deux mois, soixante et une séances ont eu lieu, et 350 grammes d’iodure ont été administrés.

M. G... après quatre mois de traitement était dans un état très satisfaisant. La guérison ne s’est pas démentie depuis.

Dr Goizet, Paris.

OBSERVATION IL

Le 7 avril 1892, le général L..., 56 ans,, ataxique depuis dix ans, venait me consulter. Soutenu d’un côté par sa femme, de l’autre par le docteur C..., son médecin major, ce fut avec

LA TRANSFUSION VITALE. igg

beaucoup de peine que le 'général put traverser la cour de ma maison et arriver à mon cabinet situé au rez-de-chaussée. Je fis le jour même deux injections d’un centimètre cube d’orchitine et le docteur C... fut chargé de continuer le traitement, en injectant alternativement tous les deux jours, deux centimètres cubes de suc testiculaire et deux centimètres cubes de suc cérébral.

Le 4 mai, le docteur C... me rend compte des résultats dans la lettre suivante : —

“ Mon cher confrère,

“Je viens vous parler de votre client, traité “ depuis le 7 avril jusqu’au 3 mai par les injec- “ tions séquardiennes de suc testiculaire et céré- “ bral alternativement tous les deux jours.

“ Et tout d’abord, je suis heureux de vous “ annoncer que jusqu’à présent votre traitement “ a donné de bons résultats. Les douleurs sont “ moins vives, ne restent plus des journées en- “ tières localisées au même endroit. Elles durent “ moins longtemps, les nuits sont meilleures géné- “ râlement. Le malade a éprouvé à plusieurs “ reprises un sentiment de bien-être qu’il ne con- “ naissait plus depuis longtemps. La marche “ est plus régulière, l’aplomb a augmenté, même “ les yeux fermés, la durée de la marche que “ votre client ne pouvait soutenir au delà de “ cinq minutes sans être obligé de se jeter sur “ un siège, est actuellement sur un terrain plat “ de cinquante minutes. Je dois noter aussi la “ coïncidence de l’amélioration d’un eczéma.

“ Dans ces conditions, la foi viendrait, je crois, “ au plus sceptique. Devant ces résultats que “devons-nous faire? , Si vous croyez bon de “ continuer, je vous prie de nous envoyer votre “ précieux liquide par le retour du courrier pour “ ne pas avoir d’interruption. Nous n’en possé-

“ dons plus. Enfin, veuillez me donner toutes “ vos instructions concernant la direction que “ vous comptez donner au traitement.

“ Veuillez agréer, mon cher confrère, l’assur- “ ance, etc.,

“ Dr C...,

“ Médecin major de 1ère classe.”

Le 26 mai, nouvelle lettre du Dr C...

“ Mon cher confrère,

“ L’état du général s’est encore amélioré depuis “ ma lettre du 4 courant. Il a pu rester sur “ ses jambes pendant deux heures pour assister “ à une revue de casernement, c-à-d. monter et “ descendre à plusieurs reprises les escaliers “ d’une caserne élevée, lui qui, au commencement “ du traitement ne pouvait pas marcher pendant “ dix minutes. La marche est de moins en moins “ hésitante, l’incoordination a disparu au point que souvent elle ne serait observée que par un “ œil exercé et prévenu.

“Il y a donc une amélioration indiscutable “ que je n’ai jamais vu obtenir par aucun moyen “ connu et qui est toute entière due à votre “ méthode.

“ J’attends vos indications pour la continua- “ tion du traitement et vous prie d’agréer, etc.,

“ Dr C...,

“ Médecin major de 1ère classe.”

A la fin de juillet le général était aussi bien que possible, je fis suspendre le traitement. Cette suspension fut occupée par une saison à Aix-les- Bains. Voici le bulletin de la santé de mon malade après la saison, c-a-d. le 20 août.

“ Mon cher confrère,

“ Le général est de retour des Eaux d’Aix. ■"Je l’ai trouvé dans le même état qu’au départ. " L’amélioration dans la co-ordination des mouve- " ments, la solidité sur les jambes, l’aplomb, la “ puissance musculaire, en un mot tout ce que “ nous avons gagné depuis le début du traitement “ se maintient bien. Le général part pour les “ grandes manœuvres le 5 septembre et reviendra “vers le 20; il ne pourra donc reprendre le traite- “ ment qu’à cette dernière date.

“ Agréez, etc.,

“ Dr C...,

“ Médecin major de 1ère classe.”

“ St... le 28 septembre 92.

“ Mon cher confrère,

“ Après avoir fait sans trop de fatigues les “ grandes manœuvres, le général est rentré ici. “ J’ai été heureux de constater combien votre “ traitement lui avait été favorable. L’état géné- “ ral est très bon ; les douleurs ont complètement cessé ; et les résultats acquis tant au point de “ vue de la force musculaire, de la co-ordination “ des mouvements des membres inférieurs que “ de l’équilibre dans la station verticale se sont “ maintenus après une suspension du traitement “ déjà assez longue.

“ Il y a là certainement de quoi fléchir le scep- “ ticisme le plus enraciné, et lorsque je vois quel- “ quefois nos confrères qui ne les ont pas expéri- “ mentées parler avec un sourire moqueur des “ injections séquardiennes, j’ai bien souvent re- “ gretté que le devoir professionnel m’empêcha “ de leur mettre sous les yeux l’observation de “ votre malade. Il s’agit actuellement de re- “ prendre le traitement tant pour assurer les

“ résultats acquis que pour en obtenir d’autres si c’est possible.

“ Nous attendons avec impatience vos conseils “ et yotre liquide.

“ Recevez, mon cher confrère, etc.,

“ Dr C...,

“ Médecin major de 1ère classe.”

J’ai tenu à mettre sous les yeux de mes lecteurs cette observation très détaillée et très complète parce que, pendant toute sa durée, cette cure a été suivie jour par jour par un confrère qui au début ne croyait guère au succès, mais qui, devant le fait accompli, est devenu un des fervents adeptes de la méthode.

Dr L. H. Goizet.

OBSERVATION III

M. R..., 45 ans, est ataxique depuis 1886.. La maladie paraît être d’origine rhumatismale.. L’iodure de potassium, les pointes de feu, l’hydrothérapie de JLamalou, la suspension, tels sont les moyens thérapeutiques employés avec courage et persévérance mais sans le moindre succès depuis le commencement du traitement jusqu’au 9 juin 1892, époque à laquelle M. R... fit la première injection d’orchitine. A ce moment il ne pouvait plus sortir de son bureau sans être appuyé au bras d’un domestique; les douleurs étaient intolérables, les nuits sans sommeil. Au mois de novembre, après cinq mois de traitement et 81 injections d’un centimètre cube d’orchitine

tine, voici ce qu’il m’écrivit : “ La marche est “bonne; je monte les escaliers jusqu’à huit fois “ par jour sans trop de fatigue jusqu’au point le “ plus élevé de l’usine. Je n’ai plus guère de “ douleurs aux jambes. Je mange et dors bien.” t Dr Goizet, Paris.

123 ataxiques ont été traités par moi depuis dix ans, 98 ont obtenu un résultat heureux.

Hémiplégie.

Communication du Dr Goizet à la Société de Biologie , dans sa séance du 8 novembre 1890 (' Observation V, pages 105 et 106 des Comptes rendus commençant par ces mots : “ Le cas de M. C...”).

OBSERVATION I

Le cas de ;M. C..., âgé de cinquante et un ans, demeurant à Levallois-Perret, est curieux. Le succès, dans ce cas, est-il dû aux injections de liquide testiculaire ? est-il dû à la suggestion ? Je n’en sais rien. Toujours est-il le traitement a produit, à deux reprises différentes, un effet qui tient du miracle.

Après la première communication de Brown- Séquard, IM. C..., qui était alors affligé d’une hémiplégie remontant à quelques mois, pria son

médecin, |M. le docteur Guéneau, de Levallois, de le soumettre au nouveau traitement. Mon confrère pratiqua chaque jour, pendant quatre jours, plusieurs injections de liquide testiculaire. Au bout de quatre jours, le succès était complet et M. C... marchait sans canne.

Mais, toutes les piqûres ayant amené des abcès énormes, le malade et le médecin abandonnèrent le traitement.

Néanmoins, iM. C... conserva le mieux acquis pendant deux mois et demi.

Au mois d’août ,1890, M. C..., ayant appris que je pratiquais les injections de suc testiculaire, m’écrivit pour me demander si je consentirais à le soigner, et, sur ma réponse affirmative, il se fit apporter chez moi, car il lui était complètement impossible de monter l’escalier.

Je commençai le traitement le jour même et, comme la première fois, après quatre séances de trois injections chacune, le malade marchait sans bâton, et si bien, que c’est à peine s’il traînait la jambe. Ce mieux a persisté au moins pendant plusieurs années à ma connaissance.

(Extrait de mon livre “ Force et Santé.”)

OBSERVATION II

Mme la comtesse de C..., cinquante-huit ans, avait été frappée d’apoplexie cérébrale, il y avait trois semaines. La paralysie était complète du côté droit. La perte de connaissance était absolue, et, depuis l’accident, la paralytique, qui

était dans un état comateux constant, n’avait pas proféré une seule parole ni avalé une goutte de liquide. Les mucosités encombraient les bronches, et l’expulsion en était impossible. La mort était imminente.

Sur la demande du mari et du fils de la malade, je pratiquai le soir même frais injections d’un centimètre cube d’orchitine, et je répétai cette dose les jours suivants, pendant six jours.

Le sixième jour, [Mme de C... reconnut les personnes qui l’entouraient; le lendemain, septième jour du traitement, elle parlait de façon à ne laisser aucun doute sur sa lucidité. Chaque jour fournissait la preuve irrécusable que la vie revenait. Le vingtième jour, Mme de C... expulsait facilement les mucosités qui encombraient les voies respiratoires, buvait chaque jour deux: à trois litres de lait, et le vingt-cinquième jour elle remuait la jambe. Le mieux s’accentuait de plus en plus, lorsque, le quarante-cinquième jour après le commencement du traitement, une nouvelle attaque emporta Mme de C... en quelques heures. J’avais fait en tout dix huit séances.

Il a été manifeste, pour tous ceux qui ont assisté à çe traitement, que les injections de suc testiculaire ont procuré à Mme de C... une survie de quarante-cinq jours.

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