CHAPITRE II
Communication du professeur Brown-Séquard à la Société de Biologie .*)
Du rôle prépondérant que jouent les testicules dans l'organisme. — Infirmes. — Affaiblis. — Eunuques. — Déductions tirées par Brown-Séquard des expériences qu'il fit sur lui-même du suc testiculaire et de sa puissance stimulante chez les animaux et chez l'homme. — Le chien fatigué. — La jument en avant.
“ 1. L’histoire physiologique et clinique des “ testicules est pleine de faits intéressants que “ tout le monde connaît, et qui ne laissent aucun “ doute sur le rôle important de ces organes.
“ Qui ne sait qu’à l’égard de leur intelligence, “ de leur moralité et de leurs puissances phy- “ siques, les individus qui, dans l’enfance, ont “ perdu leurs testicules par maladie ou autrement, “ ou chez lesquels ces organes sont restés dans “ l’abdomen (auquel cas ils ne possèdent pas “ leurs fonctions), sont bien inférieurs aux autres “ hommes i
“ Ce sont des êtres dégradés.
*) Archives de physiologie (octobre 1889).
“ Il ne peut être douteux pour personne que “ c’est là une preuvre que les testicules contri- “ buent largement au développement et au rnain- “ tien des plus nobles et des plus utiles attributs “ de l’homme.
“ Ne dit-on pas d’un homme actif, intelligent, “franc, honnête .courageux et fort: “ C’est un “véritable mâle?’’ D’un autre côte; il est bien “connu que, chez les hommes non malades, la “ variété dans le degré des puissances cerebrales “et médullaires {c’est-à-dire de la moelle) est “ liée avec une variété très grande , aussi a “ la puissance testiculaire : plus 1 activité sperma- “ tique est grande, plus la puissance des curtus “ nerveux l’est aussi.
" Tout le monde sait que chez les individus “ ayant des testicules malades, chez ceux qui “ abusent du coït ou qui sont adonnes a la " masturbation, et surtout chez ceux qui soutirent “ de pertes séminales, il y a une grande dimmu- " tion de forces physiques et morales.
“ Le livre si instructif de Lallemand sur les “ pertes séminales involontaires est rempli de “ faits décisifs à cet égard.
“ L’étude des faits montre que dans ces cas, » en outre, des effets fâcheux qui peuvent provenir des irritations des organes génitaux, 1 “ y a des diminutions de force semblables à celles “ qu’on observe chez les eunuques, diminutions “ qui dépendent incontestablement de ce que le “ sang, à cause des émissions spermatique Ire- “ quentes, ne contient pas en quantité suffisante “ les principes que les testicules lui fournissent “ par résorption.
“ Des faits d’un tout autre genre conduisent “ aussi à la conclusion que par résorption cer- “ taines substances contenues dans le sperme " agissent en augmentant les puissances des “ centres nerveux.
“ Les hommes bien organisés, de l’âge de vingt “à trente-cinq ans, qui, pour un motif ou un 1 autre, restent absolument sans communications “ sexuelles ou sans dépense de semence, à part “ celle qui a lieu quelquefois dans un rêve “ érotique, sont dans un état d’excitation s’accom- “ pagnant d’une activité mentale et physique,
“ morbide peut-être, mais très grande.
“ Cet état de pléthore spermatique démontre “ aussi bien la puissance dynamogénique des prin- “ cipes séminaux résorbés que les faits d’anémie “ spermatique.
“ J’ai reçu, dans ces derniers mois, les confi- “ dences de bien des gens, âgés de quarante-cinq “ à cinquante-cinq ans. Ils m'ont affirmé que de- “ puis que leur puissance sexuelle s’est un peu “ diminuée, ils ont constaté que leur puissance “ physique et intellectuelle s’affaiblissait après “ chaque coït et grandissait ensuite graduellement “ jusqu-au coït subséquent qui avait lieu de deux “ à quinze jours après le premier sans les fatiguer “ beaucoup. Le coït, comme je l’ai dit, dimi- “ nuait leur activité; mais au fur et à mesure “ que la provision de sperme se renouvelait en- “ suite, cette activité s’augmentait et très notable- “ ment chez quelques-uns.
“II. Ces faits et d’autres encore m’ont conduit
depuis bien longtemps à l’idée que la faiblesse “ des vieillards dépend en partie de la diminution “ graduelle de l’activité des testicules.
“ Dans un cours fait à la Faculté de Médecine “ de Paris en 1869, i’avais dit que, s’il était “ possible d’injecter sans danger du sperme d’un “ vigoureux animal dans les veines d’un vieillard, “ on obtiendrait probablement une amélioration “ notable des puissances affaiblies de cet individu.
“ Des idées de même ordre m’ont conduit à " faire, en 1875, de très nombreuses expériences “ dont quelques-unes ont donné des résultats fort “ intéressants, mais dont une seule, cependant*,.
“ a bien montré l’influence considérable que des “ testicules d’un jeune animal peut avoir sur un “ vieux chien.
“ Depuis quelques années, j’ai eu l’idée de faire,
“ sous la peau d’animaux mâles, âgés et faibles,
“ des injections d’un liquide extrait des testicules “ de mammifères vigoureux et jeunes.
“ Des essais faits, il y a neuf mois, sur de “ vieux lapins, ayant bien démontré, d’une part,
“ l’innocuité du procédé, et, d’autre part, l’im- “ portance de son emploi, je me suis décidé à “ faire sur moi-même des recherches qui me “ paraissent devoir être, à tous les égards, bien “ plus décisives que celles faites sur des animaux.
Ainsi s’exprimait le docteur Brown-Séquard dans l’exposé où figure sa première communication, à la Société de Biologie, sur les effets produits chez l’homme par des injections souscutanées d’un suc retiré des testicules d’animaux vivants ou venant de mourir.
Et, après avoir constaté les résultats heureux qu’il avait obtenus sur lui-même, il ajoutait:—
“ Il est évident, d’après ces faits, et d'autres “ dont je n’ai pas parlé, que toutes les fonctions “ dépendant de la puissance d’action des centres “nerveux et surtout de la moelle épinière, se “ sont notablement et rapidement améliorées par “ les injections employées.
“ La dernière de ces injections a été faite le “ 4 juin, il y a aujourd’hui plus de trois mois et “ demi.
“ Pendant plus de quatre semaines, il n’y a eu “ chez moi aucun changement, toutes les amé-
liorations ont persisté.
“ Mais graduellement et rapidement, depuis le “ 3 juillet, j’ai constaté un retour, maintenant “ presque complet, de l’état de faiblesse qui “ existait avant la première injection.
“ Cette perte de force graduelle est une excel- “ lente contre-épreuve en ce qui concerne la “ démonstration de l’heureuse influence exercée “ sur moi par des injections sous-cutanées d’un “ liquide retiré des testicules.
Et il concluait en disant : —
“ Dans un nombre considérable de cas, des “ injections semblables aux miennes ont été faites “ sans que les individus mis en expérience sussent “ qu’on cherchait s’ils gagnaient en force, et ce “ résultat a été obtenu.
“ Ceux que j’ai signalés ne dépendaient donc “ pas de mon idiosyncrasie personn'elle, ni d'une “ auto-suggestion sans hypnotisation, et il est bien “ évident que ce n’est pas par suite d’une illusion “ que les puissances des centres nerveux s’aug- “ mentent, et que c’est bien à une action spéciale “ du liquide injecté que cet effet est dû.
Le suc testiculaire est donc une force dont les animaux comme les hommes fournissent d’irréfutables preuves.*
Un chien rentre de la chasse, la journée a été rude et le chien est exténué.
N’en pouvant plus, il refuse toute nourriture et se couche; on l'appelle, il ne bouge pas; à peine daigne-t-il entr’ouvrir les yeux et soulever sa queue, pour donner signe de vie; la nécessité du
*) Les faits suivants signalés dans mon livre, “ Force et Santé,” La vie prolongée par la méthode de Brown- Séquard (Ire partie, page 31) et que chacun a pu constater, confirment l'opinion du Maître.
repos le domine. Mais, qu’à ce moment même une chienne en rut entre, aussitôt notre chien se lève et vient la flairer; l’ardeur le gagne, il oublie sa fatigue, et si la chienne fuit, il la suit, gai, alerte, pendant plusieurs jours, sans effort, sans boire ni manger, soutenu par une force qui domine tous ses besoins et combat victorieusement sa lassitude.
Un autre fait, tout aussi concluant que le précédent et que tout le monde connaît, est le suivant : —
Un cheval entier attelé à une lourde charrette est arrivé au bas d’une côte qu’il ne peut gravir sans le secours d’un cheval de renfort.
Au lieu d’atteler un deuxième cheval dont l’effort viendra s’ajouter à celui du premier, contentez-vous de placer à quelques pas en avant du premier cheval une jument que vous n’attellerez pas et que vous ferez simplement marcher.
Surexcité par le voisinage de la jument, le cheval sent ses organes génitaux se gonfler, se tendre par l’effet de la production du suc testiculaire qui se répand bientôt dans tout l’organisme; il hennit joyeusement et monte la côte sans s’apercevoir qu’il traine un fardeau naguère trop lourd pour ses forces.
Est-il besoin de dire quelles fatigues est capable de supporter un homme amoureux, en présence d’une femme qu’il désire?
Combien d'autres cas pourrais-je citer encore pour prouver l’exactitude de la théorie.
Par les faits précédents, je crois avoir clairement démontré que le testicule produit, dans certaines conditions déterminées, un suc particulier qui fournit à l’homme comme aux animaux un élément de force d’une puissance considérable.