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CHAPITRE III

ORCHITINE.

Quelle est cette force qui se manifeste au moment précis où les organes génitaux sont dans un état d'éréthisme particulier en présence de la femelle ? Cette force est matérielle, elle est représentée par le suc sécrété par le testicule. Cet organe jouit de la double fonction de sécrétion et de résorption sous l’influence de l’excitation génésique, mais seulement à ce moment précis. Cette force, véritable essence de vie, sous l’influence de laquelle l’homme et les animaux peuvent acquérir la puissance créatrice est sécrétée par le testicule et répandue dans tout l’organisme par les vaisseaux qui la puisent à la source même. C’est cette force qui permet au chien épuisé par une longue et dure journée de chasse, sans avoir pris ni repos ni nourriture, •de fournir une nouvelle et importante dépense de forces pour suivre la femelle qui l’excite.

Le suc testiculaire auquel nous donnerons désormais le nom d’orchitine (j’appelle l’attention sur ce point essentiel), n’est produit qu’en présence de la femelle ou sous l’influence d’une excitation morbide de l’imagination. Pendant tout le temps que dure cette excitation, l’orchitine afflue en abondance dans la glande qui se gonfle et devient plus ferme. En même temps, et par un double travail, la résorption s’opère dans l’organe lui-même, et l’orchitine répandue dans l’économie, pare à la dépense fournie par l’animal jusqu’à l’accomplissement de l’acte de la copulation. L’acte accompli, la production de l’orchitine cesse, mais la résorption continue jusqu’à épuisement de la quantité produite et emmagasinée dans le testicule. C’est à ce deuxième temps de la fonction de résorption, qui s’accomplit pendant la période de repos qui suit le coït, qu’est due la réparation des forces dépensées par le coït même.

Le point que je viens de fixer est d’une importance majeure, puisqu’il marque l’intervalle de temps unique pendant lequel le principe régénérateur par excellence, l’orchitine, peut être saisi au lieu même de sa production. Nous aurons souvent à revenir sur ce point au cours de ce livre.

Il existe un rapport constant, pendant la durée de la vie de l’homme et des animaux, entre

1 apparition de l’orchitine dans le testicule et le développement des forces physiques et intellectuelles. L’enfant devient homme avec l'orchi-

tine et l’homme devient un vieillard quand, malgré le désir en présence de la femme, le testicule ne sécrète plus cette précieuse liqueur. La force d’un individu est en raison directe de sa puissance de production du suc testiculaire. Quand, par suite de l’âge ou de la maladie, la production diminue, l’affaiblissement se fait sentir dans les mêmes proportions. Si la production cesse tout à fait, la décadence physique et morale se fait promptement sentir, les infirmités surviennent et s’accentuent de plus en plus jusqu’à la mort. Partant de ce fait incontestable que l’homme ne jouit réellement de la plénitude des fonctions vitales qui font sa force que pendant la durée de production de l’orchitine dans le testicule, tBrown - Séquard, d’accord avec la logique serrée qui, pendant toute sa vie a été la base de son raisonnement, établit les assises de sa méthode scientifique. Fort de sa conviction, le courageux professeur du Collège de France n’hésita pas à s’introduire dans le sang, au risque des plus grands dangers, à l’aide d’injections hypodermiques, le suc extrait de testi cules d’animaux sains, jeunes et vigoureux pour remplacer celui qu’il ne produisait plus lui-même. La première communication à la Société de Eio-

logie, que j’ai donnée in extenso au commencement de ce livre, nous apprend que le succès de cette première tentative fut complet. Pendant plusieurs années, le Maître, en pleine possession de ses facultés physiques et intellectuelles, put reprendre ses cours, ses travaux de laboratoire et lutter avec succès pour le triomphe de sa découverte.

Il ne faut pas confondre l'orchitine avec le sperme. Ces deux produits de sécrétion sont distincts l’un de l’autre et possèdent des propriétés toutes différentes. Le sperme est un agent de fécondation; l’orchitine est une force sous l’impulsion de laquelle l’organisme sexuel acquiert la puissance de copulation, et l'individu répare la dépense occasionnée par le spasme du coït. Le sperme est une force aussi, mais son rôle est extérieur à l’individu qui l’a produit. L’orchitine, au contraire, ne quitte jamais l'individu, son action est intérieure. Formée dans le testicule, elle est distribuée immédiatement dans l’économie et y maintient l’harmonie des fonctions d’innervation.

L’homme qui n’a pas perdu sa faculté naturelle d’excitation génésique au contact de la femme, qui, sous l’influence du désir, produit l’orchitine, sent ses organes génitaux augmenter de volume et se contracter sous l’action de ce liquide. Il peut alors utiliser cette force qu’il vient de créer,

non seulement en la dépensant dans l’accomplissement de l’acte de génération, mais aussi en l’employant à sa propre reconstitution. Pour cela, il devra économiser le produit de l’excitation provoquée par la présence de la femme en s’abstenant rigoureusement de l’acte de copulation. Dans ce cas, la résorption de l’orchitine s’accomplit dès que l’excitation a cessé et son introduction dans la circulation où elle se mêle au sang détermine une impulsion bienfaisante aux centres nerveux dont il augmente la puissance. C’est ainsi qu’il faut comprendre et expliquer ce fait que la présence d’une femme aimée et ardemment désirée près d’un homme jeune encore, convalescent d’une grave maladie ou affaibli par une perte de sang ou une cause quelconque, contribue plus puissamment au rétablissement rapide des forces que tous les médicaments du monde. C’est qu'au contact de la femme aimée, l’excitation génésique produit l’orchitine dont la résorption sur place amène à son tour le relèvement des forces. Cette action sexuelle est si vraie qu'aucune autre femme, fut-elle une mère ou une sœur chérie ne pourrait provoquer par sa présence la même puissance dynomogéniante. Pour une raison analogue, un homme impuissant ou un vieillard qui, malgré le désir qui le brûle en présence d’une femme aimée, ne produit plus l’orchitine, ne recueillera aucun bienfait du con-

tact de cette femme. Ce désir stérile sera même pour lui une cause de déperdition de forces. La présence d’une femme amie, d’une mère, d’une sœur auront sur lui une influence beaucoup plus favorable. Dans le dernier cas l’influence morale agit seule ; dans le premier, elle est doublée d’un agent matériel, palpable, régénérateur de la vie, qui pénètre dans l’organisme auquel il rend les forces perdues. Cet agent c’est 1 orchitine.

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