CHAPITRE XI
La Phtisie pulmonaire.
Traitée et guérie par ma méthode.
Nombreuses observations à l’appui.
Depuis plus de vingt ans, je n’ai pas perdu de vue la terrible maladie qui, seule, entre pour un quart dans le chiffre de la mortalité de nos grandes villes. Toujours en lutte, profitant de toutes les découvertes, essayant tout, j’ai été de toutes les espérances et de toutes les déceptions. Aujourd’hui, les combattants ont ouvert une brèche, bientôt, j’en ai la ferme conviction, ils seront dans la place et le fléau sera vaincu. Je suis parmi les combattants. Si je n’ai pas l’honneur d’arriver le premier, j’aurai toujours la suprême joie d’avoir fourni mon appoint à la victoire.
Dans l’état actuel de la question, le traitement des phtisiques se résume: —
1° A attaquer le bacille de Koch avec un ou plusieurs antiseptiques; 2° à soutenir ou à relever les forces des malades par des agents divers, afin de donner aux antiseptiques le temps de chasser ou de tuer le bacille.
Parmi les antiseptiques nombreux qui ont été essayés, celui dont ma longue expérience m’a démontré la puissance réelle est le phosphate de cuivre. C’était un agent difficile à administrer, en raison de son insolubilité et de la douleur que cause son introduction dans les tissus : je suis arrivé, à force de recherches, à trouver un véhicule absolument stérilisé qui, tout en remplaçant avantageusement la glycérine employée jusqu’ici, réduit la douleur à son minimum et rend l’injection supportable pour les sujets les plus impressionnables. La lenteur d’absorption du phosphate de cuivre introduit dans les tissus sous-cutanés fait disparaître tout danger d’intoxication. Plus de deux mille injections, faites sur des malades de tempéraments divers, • n’ont jamais provoqué le moindre malaise. Ces injections ont, en plus de ce que je viens de dire, l’avantage immense de n’être renouvelées que tous les huit ou dix jours. C’est donc au phosphate de cuivre que j’ai habituellement recours pour attaquer le bacille par la voie d’absorption sous-cutanée. Mais il existe des agents antiseptiques qui peuvent pénétrer directement dans
les voies respiratoires et qui, pour être moins efficaces, sont cependant des auxiliaires puissants qu’il ne faut pas négliger. Je veux parler de certains corps gazeux ou volatils, tels que l’ozone, le thymol, l’acide phénique, l’eucalyptol, le goudron, la térébenthine, la créosote, etc., etc... En un mot, tous les corps qui composent la série aromatique. J’emploie ces agents en inhalations légères dans la chambre des malades, pendant la nuit et même pendant le jour, quand ceux-ci doivent garder la chambre.
C’est surtout quand le larynx et les bronches sont le siège d’ulcérations tuberculeuses et le réceptacle de sécrétions et de crachats mucopurulents infectés par les bacilles que ces inhalations rendent de grands services.
Pour soutenir ou pour relever les forces des phtisiques, les injections sous-cutanées d’orchitine ne peuvent être comparées à aucun autre tonique. Elles ont une action prépondérante et rapide qui se manifeste par l’abaissement de la température, le retour de l’appétit, la disparition des sueurs et de la diarrhée. Grâce à elles, le malade reprend bien vite courage et espoir. Joignez à cela la pureté de l’air respiré, l’égalité de la température, l’alimentation abondante, naturelle ou artificielle par tous les moyens possibles, les révulsifs divers, et plus particulièrement les pointes de feu, les larges cataplasmes
sinapisés et les bains de jambes snapisés^ vous aurez tout le secret de la médication qui m’a donné des succès réels, et incontestables. Injections sous-cutanées de phosphate de cuivre et d’orchitine, inhalations d'ozone ou de substances de la série aromatique, révulsifs, aération, alimentation appropriée, voilà ma méthode.
Je puis affirmer que cette méthode, employée avec intelligence et sagacité, assure le succès dans les proportions énormes de 60 p. 100. Que les phtisiques au premier et au second degré viennent avec assurance; à de très rares exceptions près, ils seront guéris. Les observations qui vont suivre sont la preuve vivante de ce que j’avance. Ceux qui ont bénéficié de l’emploi de ma méthode sont là, chacun peut les voir, les interroger, les examiner.
Chez les phtisiques au dernier degré, le phosphate de cuivre, les inhalations n’ont plus aucune action, mais le suc testiculaire trouve encore son application; et c’est sans contredit le moyen le plus certain de prolonger l’existence qui s’en va.
Ainsi qu’on peut le voir par ce qui précède, le suc testiculaire n’est pas un remède contre la phtisie; il n’est, dans ce cas particulier comme dans beaucoup d’autres cas, qu’un auxiliaire. Mais cet auxiliaire est si puissant que, sans lui, les agents directs antiseptiques échouent certaine-
ment. Après ce que i’ai fait et vu, il n’est pas permis de nier que la découverte de Brown- Séquard est dans le traitement des phtisiques un facteur que non seulement il ne faut pas négliger, mais que sans lui il n’y a pas de salut possible.
Dès le commencement d’avril 1890, c’est-à-dire bien avant la publication du mémoire du Dr Uspensky, j’avais fait usage des injections séquardiennes chez les phtisiques ; et j’aurais annoncé, longtemps avant mon confrère de Saint- Pétersbourg, le résultat de mes recherches, si mon illustre maître, Brown-Séquard, ne m’avait donné le conseil d’attendre encore, ainsi qu’il le dit lui-même dans sa communication à la Société de Biologie, 20 décembre 1890.
Les trois malades qui font l’objet de la note de Brown-Séquard étaient des phtisiques au deuxième degré. Ces malades, en traitement depuis le mois d’avril et que je considérais au 14 décembre comme guéris, je ne les ai pas perdus de vue et je puis affirmer que la guérison ne s’est pas démentie un seul instant.
Depuis la communication faite à la Société de Biologie, j’ai traité avec succès un grand nombre de malades atteints de diverses formes de tuberculose. Je me bornerai, afin d’éviter les répétitions, à citer les quatre observations suivantes.
OBSERVATION I
M. D..., trente ans, d’une constitution robuste, né de parents sains, jeunes, vigoureux, a été pris, au milieu d’une santé parfaite, à la suite d’un refroidissement, d’une pleurésie double avec épanchement plus considérable à gauche qu’à droite. De ce fait, M. D... ne se remit pas; et, dès qu’il voulut reprendre son travail, il commença à tousser. Les forces, au lieu de se relever, continuèrent à diminuer, l’appétit languit, les quintes de toux, fréquentes après le repas, provoquaient souvent des vomissements d’aliments. Le malade, fatigué le soir, dînait sans appétit, avait de la fièvre, dormait mal et était pris de sueurs vers trois heures du matin. La température, prise régulièrement chaque soir, .variait de 38° à 38°, 5 et retombait de 37° à 37°, 5 le matin. Les digestions étaient mauvaises, le ventre était ballonné, douloureux, et le malade avait régulièrement quatre à cinq selles liquides et abondantes en vingt-quatre heures. L’amaigrissement avait été si rapide que, du 6 octobre 1888 au 10 mars 1889, c’est-à-dire en cinq mois. M. D... avait vu son poids tomber de 77 à 61 kilos. En janvier 1889, la percussion accusait de la matité très prononcée à gauche dans les fosses sus et sous-épineuses. A l’auscultation, la respiration était courte, rude, avec souffle très marqué au sommet gauche. En février, le tiers supérieur du poumon était le siège de râles humides. En même temps, la toux devenait moins sèche, les crachats étaient verts et plus abondants. Il n’était plus permis d’en douter,
■c’était la phtisie qui évoluait rapidement dans le poümon. Au commencement de mars, la moitié du poumon gauche était envahie par la maladie, et j’entendais déjà quelques craquements au sommet du poumon droit. L’examen des crachats au microscope avait révélé la présence de nombreux bacilles de Koch.
C’est à cette date précise, 10 mars 1889, que je commençai les injections sous-cutanées de phosphate de cuivre, à raison d’une injection chaque semaine d’un centimètre cube d’un mélange au dixième de phosphate de cuivre et de gélatine. Dès la troisième injection, la fièvre s’arrêta et le thermomètre ne marqua plus que 37°, 5, le soir, et 37°, 2, le matin. Les sueurs cessèrent également, l’appétit commença à revenir, les digestions devinrent meilleures, la diarrhée se réduisit à une selle liquide chaque jour. Le malade fit quelques sorties dans l’aprèsmidi, dans le courant d'avril, et, à la fin du mois, le poids du corps était remonté à 63 kilos, gagnant par conséquent 2 kilog. en cinquante jours. Les forces s’étaient relevées sffisamment pour que M. D... pût s’occuper de ses affaires pendant quelques heures. J’avais fait, à fa fin d’avril, 6 injections seulement. L’auscultation fournissait toujours la perception de râles humides dans le poumon gauche et de quelques craquements à droite. Pourtant il n’était pas douteux ■que la respiration s’améliorait, et que le malade allait mieux. Un temps d’arrêt s’était produit sous l’influence bienfaisante du phosphate de cuivre. Mais, malgré la continuation des injections, les choses restèrent dans le statu quo pour
le côté gauche. A droite les craquements avaient disparu, et, à part la rudesse des bruits, la respiration était à peu près normale.
En somme, M. D... était satisfait de son état, lorsque, le 25 octobre, il reçut une averse pendant quelques minutes à peine. Le lendemain, il avait un rhume qui ne tarda pas à être le point de départ d’une poussée nouvelle dans le poumon droit. En vingt jours, M. D..., repris de fièvre vespérale violente, de points de côté, de sueurs nocturnes, avait perdu tout appétit et ne pesait plus que 57 kilos. Le thermomètre marquait 38°, 5 à 39° le soir, et ne descendait plus audessous de 38° le matin. Malgré tous mes efforts, ces vingt jours avaient suffi pour amener dans le poumon droit, dans toute l’étendue de la fosse sus-épineuse, en arrière, et de la fosse sousclaviculaire en avant, les mêmes désordres que dans le poumon gauche. Je rapprochai alors les injections de phosphate de cuivre et je les fis alternativement à gauche ou à droite tous les quatre jours.
Du 15 novembre 1889 au 2 janvier 1890, je fis ainsi 12 injections. Le même effet que la première fois se produisit : la fièvre s’arrêta, les sueurs cessèrent l’appétit revint, et avec lui un peu d’embonpoint, 60 kilos, malgré 1 abondance des crachats. Les choses continuèrent ainsi jusqu’au mois d’avril sans avancer ni reculer. Je pratiquais une injection tous les quinze jours. Les forces continuaient à languir, malgré l’apparition d'une température plus clémente.
Ce fut à ce moment d’avril que je proposai à M. D... de lui pratiquer, concurremment aux
injections de phosphate de cuivre, les injections de suc testiculaire. Je commençai le jour même par l’administration de deux centimètres cuDes de suc testiculaire chaque semaine, et d’une injection antiseptique au phosphate de cuivre. Le 2 juillet, j’avais pratiqué 11 injections de phosphate de cuivre, et 44 injections de suc testiculaire en quatre-vingts jours. M. D... ne toussait plus, ne crachait presque pas, marchait, montait lesescaliers comme tout le monde, mangeait avec un grand appétit, dormait bien. Son poids, revenu à 72 kilos, avait regagné 12 kilos. L’auscultation accusait encore de temps en temps quelques râles sibilants, et l’analyse des. crachats révélait dans 'ceux-ci la présence d’un petit nombre de bacilles de Koch.
Je considère que M. D... est guéri, puisque, depuis le 2 juillet 1890, c’est-à-dire depuis 21 ans malgré un travail fatigant, la maladie ne s’est manifestée par aucun symptôme : ni l’analyse des crachats, ni la percussion, ni l’auscultation ne permettraient aujourd’hui, au praticien le plus exercé, de constater les désordres qui existaient à un si haut degré, dans les deux poumons. M. D... pèse aujourd’hui 80 kilos, c’est-à-dire 3 kilos de plus qu’avant sa maladie. •
OBSERVATION IL
En 1892, un des enfants de M. D..., un garçon âgé de 9 ans, fut pris de symptômes inquiétants du côté du sommet gauche, avec toux, fièvre vespérale, à 39 degrés, perte d’appétit et vomisse-
ments. L’œil était brillant, l’amaigrissement venait avec une rapidité affrayante. L’auscultation et la percussion fournissaient des signes évidents d’induration. L’état du ventre n’accusait aucuns signes de fièvre typhoïde. Les révulsifs locaux, le chlorhydrate de quinine, n’amenant aucune rémission dans les symptômes alarmants qui s’accentuaient tous les jours, je conseillai une consultation avec le Dr Jules Simon, de l’hôpital des Enfants. Celui-ci diagnostiqua une tuberculose aiguë avec induration du sommet gauche et formula le plus fâcheux pronostic. Après huit jours du traitement indiqué, l’enfant dépérissait de plus en plus, le doute n’était plus permis. D’accord avec les parents de l’enfant qui m’avaient demandé déjà pourquoi je n’employais pas dans ce cas les injections qui avaient si bien réussi chez le père, je pratiquai le jour même, une injection d’un centimètre cube d’orchitine, cessant toute autre médication. Pendant la nuit qui suivit l’injection le thermomètre n’accusa plus que 38° et le lendemain matin 37°, 6 seulement. Je continuai les injections à raison d’une injection d’un centimètre cube tous les jours. Après quinze jours, l'enfant était sur pied; plus de fièvre le soir, plus de toux, la respiration n’était plus courte et l’appétit ne laissait rien à désirer. Je fis conduire le petit malade à la campagne, en plein air, et j’instituai le traitement mixte, une injection d’orchitine tous les deux jours, une injection cuprique tous les cinq jours. De plus les fonctions digestives étant en parfait état, je fis prendre concurremment aux injections des pilules composées d’un mélange
d’iodoforme et de créosote. Le traitement dura trois mois. L’enfant rentra à Paris, reprit ses. études, et pas le moindre symptôme alarmant n’a reparu depuis. Il y a 18 ans de cela; je crois pouvoir compter ce cas au nombre des guérisons.
OBSERVATION III
M. D..., trente-sept ans, tousse et crache tous les hivers depuis longtemps. La voix est enrouée de façon continue, et plusieurs examens au laryngoscope, pratiqués par des spécialistes distingués, ont amené un diagnostic identique: phtisie laryngée. En janvier 1890, atteint très violemment par l’influenza, il vit tout à coup son état empirer, si bien qu’en février tout le sommet du poumon droit était envahi par la tuberculose, dont la présence matérielle était révélée à l’auscultation par des râles humides. L’état général était pitoyable, les crachats d’un jaune vert très abondants et difficiles à expectorer. Les sueurs étaient profuses au point d’obliger le malade à changer de linge de corps trois et quatre fois pendant la nuit. L’appétit était nul, et les aliments, ingérés à contre-cœur, étaient presque toujours rejetés par les vomissements survenus à la suite de quintes de toux. Le dépérissement était considérable. De janvier à février, M. D... avait maigri de 20 livres (de 135 à 115 livres).
Le 16 février, je commence les injections de phosphate de cuivre au dixième, à raison d’une injection d’un centimètre cube par semaine, et je
fais faire des inhalations permanentes dans la chambre avec un mélange d’acide phénique, de térébenthine et de goudron. Le 8 mars, après quatre injections de phosphate de cuivre, l’état aigu avait cessé. La marche de la maladie subissait un temps d’arrêt, le malade allait mieux; je continuai les injections de phosphate de cuivre et les inhalations jusqu’en avril. Le mieux s’accentua, et M. D... put descendre de sa chambre et sortir quelques instants dans la journée. Mais l’analyse des crachats, l’auscultation et l’examen du larynx ne permettaient pas de douter que le mieux n’était que temporaire. Du reste, les forces ne revenaient pas, les pieds restaient enflés et l’appétit n’était que peu développé. Malgré une suralimentation à l’aide du gavage, le poids n’avait augmenté que de ;2 livres. Je résolus d’essayer l’usage du suc testiculaire en injections sous-cutanées, pratiquées concurremment avec les injections de phosphate de cuivre. Et, le 22 avril, je fis deuN injections d’un centimètre cube du suc testiculaire et une injection de phosphate de cuivre, et je continuai ainsi jusqu’au 6 août, à raison de 4 injections de phosphate de cuivre, chaque semaine. J’avais fait, du 22 avril au 6 août, en trois mois et demi, 15 injections de phosphate de cuivre et 60 injections de suc testiculaire. M. D... était complètement guéri, il avait atteint le poids de 140 livres, c’est-à-dire 5 livres de plus qu’il n’avait jamais eu. Depuis lors, la guérison ne s’est pas démentie un seul instant, et tout porte à croire iqu’elle est bien définitive. Toutes les fonctions physiologiques de la respiration et de la digestion s’accomplissent normalement. La
voix est bonne, l’examen au laryngoscope ne .montre ni ulcérations ni granulations ; les crachats ne contiennent plus de bacilles, et l’auscultation ne révèle dans les poumons aucuns vestiges de lésions antérieures.
(Extrait de mon livre “ Force et Santé. ”V
OBSERVATION IV
M. G..., dix-neuf ans, employé à la compagnie ■du gaz, de bonne taille, robuste, bien développé, est atteint le 27 avril d’une pleurésie avec ■épanchement à droite. Le 11 mai, une ponction fournit 1,100 grammes de liquide purulent. A la suite de la ponction, le malade se remet tant bien que mal; mais, dès le courant de juin, les tubercules se développent dans le sommet du poumon gauche, et la phtisie prend une marche aiguë qui fait présager un dénouement' fatal et prochain. Le 23 juin, je commence d’emblée le traitement mixte par les injections de liquide testiculaire tous les deux jours. Le 14 juillet suivant, le mal est enrayé, et le 12 août, M. G... est sur pied. Le 23 septembre, il est guéri et reprend son travail. En trois mois, j’avais obtenu la guérison avec 19 injections de phosphate de cuivre et 92 injections de suc testiculaire. Jusqu’à présent rien n’est venu troubler les bons résultats obtenus, et le présent semble répondre de l’avenir.
J’ai appris que ce jeune homme, accepté au conseil de révision, a fait son service militaire dans l’artillerie, à la frontière de l’Est.
OBSERVATION V
M. A..., trente-six ans, commis de banque, est d’une famille de tuberculeux: la mère est morte phtisique à l’âge de trente-huit ans; le père, herpétique, catarrheux, goutteux, cardiaque, a succombé à soixante-deux ans, par suite des accidents progressifs, d’une insuffisance mitrale d’origine rhumatismale. Cinq enfants sur sept sont morts de phtisie pulmonaire en quatre ans, âgés de vingt-deux à vingt-huit ans. Le frère restant, actuellement âgé de vingt-quatre ans, et M. A... qui fait l’objet de cette observation, sont tous deux atteints de tuberculose. . Depuis sept ans, je donne mes soins à Ml. A..., et, chaque année, dans le courant du mois de novembre, à l’exception du mois de novembre dernier, des accidents morbides de même nature se sont produits quatre fois dans le poumon droit, deux fois dans le poumon gauche. Ces accidents consistent en une poussée 'congestive, accompagnée de toux, de douleur confusive dans le dos, d’oppression considérable suivie d’hémoptysie abondante durant plusieurs jours. Puis surviennent des frissons, la fièvre le soir, les sueurs la nuit, l’appétit disparaît complètement, les crachats purulents sont abondants, le malade maigrit et perd rapidement ses forces.
La percussion donne, sur une étendue de cinq à six centimètres, de la matité au début et de la sonorité exagérée à la fin de la crise. L’auscultation révèle l’obscurité du bruit respiratoire et quelquefois son absence complète, puis un bruit de souffle auquel succèdent, par ordre.
des râles crépitants et caverneux. Pendant tout ce temps, dont la durée habituelle est de novembre à mai, le thermomètre accuse une température toujours au-dessus de 38° et quelquefois s’élevant jusqu’à 39° le soir. Le poids du malade, qui est, pendant la bonne saison, de 55 kilogrammes, s’abaisse pendant la mauvaise à 46 et même à 44 kilogrammes.
Avec les beaux jours, vers le mois de mai, la poussée s’arrête, la fièvre tombe, l’appétit renaît, le mieux s’accentue chaque jour. M. A... reprend ses occupations, perdant chaque année un peu de ses forces et se trouvant avec une caverne de plus.
Depuis plusieurs années, M. A... passait une grande partie de l’hiver dans le Midi. En 1889 à 1890, il fut forcé par ses affaires de rester à Paris, et fut, cette année-là, particulièrement éprouvé. Il dut garder la chambre comme les années précédentes, mais sans sortir une seule fois jusqu’à la fin de mai 1890. Le poids du corps s’était abaissé jusqu’à 44 kilogrammes, les sueurs étaient profuses, et la diarrhée avait fait son apparition à la fin d’avril.
Les beaux jours, que M. A... attendait avec impatience, n’avaient amené aucune modification heureuse dans son état. Nous étions à la fin du mois de juin 1890, lorsque je proposai l’emploi des injections antiseptiques aux sels de cuivre combinées avec les injections de suc testiculaire de cobaye. Le malade accepta les injections antiseptiques et refusa les injections séquardiennes. L’examen microscopique des crachats
révélait en forte proportion la présence du bacille de Koch.
Au commencement d'août, après six injections, pratiquées à sept jours d’intervalle, le mieux se produisit. La température tomba à 37°, 8 le soir, et 37° le matin; l’appétit, quoique languissant, revenait un peu, la diarrhée avait disparu, les sueurs diminuaient; les quintes de toux, beaucoup moins longues et moins fréquentes, ne provoquaient plus que rarement des vomissements d’aliments. Le poids s’était relevé à 46 kilogrammes, mais les forces restaient stationnaires, la marche était pénible et les pieds étaient enflés le soir. A la percussion et a l’auscultation les signes locaux ne s’amendaient guère. Le malade sentait qu’une nouvelle poussée était imminente, et tout faisait craindre que ce serait la dernière. En effet, au commencement d’octobre, M. A... dut prendre le lit à la suite d’un très léger refroidissement.
Cette fois, après de chaudes exhortations de malades que j’avais déjà soignés par ce moyen, je réussis à faire accepter l’emploi des injections de suc testiculaire. La première séance eut lieu le 18 octobre, la seconde le 23, la troisième le 29 du même mois. Une seule injection avait été faite à chaque séance. Enfin M. A..., se sentant un peu mieux et n’ayant plus peur du traitement nouveau, reçut régulièrement, à partir du 5 novembre, trois fois par semaine, 3 injections d’un centimètre cube de liquide testiculaire à chaque séance. Le 20 novembre, après six séances, le malade mangeait avec appétit, dormait bien, toussait et crachait beaucoup moins. Le ther-
momètre accusait 36°, 8 le soir et 36° le matin, le pouls était à 76, les forces 'revenaient, le malade se sentait renaître. Malgré la rigueur de la saison, M. A... n’a pas manqué son bureau une seule fois du 28 novembre jusqu’aujourd’hui 28 mars.
Le nombre des injections antiseptiques a été de 16, et celui des injections séquardiennes de 126 en quarante-deux séances. Le poids, qui était au début du traitement de 43 kilogrammes, est aujourd’hui de 61 kilogrammes, soit 17 kilogrammes d’augmentation. M. A... tousse à peine et fait régulièrement ses affaires avec autant de facilité qu’il y a six ou sept ans, c’est-à-dire au début de la maladie.
L’examen microscopique des crachats, pratiqué à nouveau, accuse une grande diminution du bacille de Koch. J’ai appris en décembre 1910 la mort de M. A... qui s’était suicidé à la suite de pertes d’argent. La guérison avait donc été complète.
Conclusions. — Ces cinq observations prouvent : —
1° L’insuffisance de l’injection antiseptique appliquée isolément.
2° L’action réelle et incontestable de l’injection séquardienne chez les phtisiques toutes les fois qu’il y aura urgence à soutenir ou à relever les forces du malade en dynamogéniant son système nerveux. Dans ces cas, comme dans tous ceux qui ont été signalés par mes confrères, les
injections de suc testiculaire ont rendu la force,, l’appétit, le sommeil, en régularisant les fonctions physiologiques dont la bonne harmonie est indispensable à la santé.
3° Qu’on est en droit de fonder, dans le traitement de la tuberculose, les plus grandes espérances sur l’emploi combiné des injections antiseptiques au phosphate de cuivre avec les injections séquardiennes, qui sont, par excellence,, l’élément de force et de vie.
(Extrait de mon livre “ Force et Santé.”)
OBSERVATION VI
Lady C..., vingt ans, grande, très maigre, pèse 40 kilogrammes. Son unique frère est mort phtisique il y a quatre ans, à l’âge de vingtdeux ans. Lady C... s’enrhume très facilement, mange peu, tousse presque constamment d’une petite toux sèche. Les règles firent leur première apparition à treize ans ; mais, depuis cette époque, elles ne viennent que très irrégulièrement, en petite quantité, laissant quelquefois un intervalle de cinq et six mois entre deux époques. Le médecin de la famille conseille le séjour en France, et depuis quatre années Lady C... passe six à sépt mois sur le littoral de la Méditerranée. A plusieurs reprises, depuis quatre ans, des hémoptysies assez abondantes se manifestent. L’ausculation et la percussion prouvent d’une
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façon évidente que le poumon gauche est dans un état permanent de congestion. Pas une semaine ne se passe sans que l’application de révulsifs plus ou moins puissants soit jugée nécessaire. La tuberculose est là cachée et menaçante, ce n’est pas douteux, ne demandant qu’une occasion favorable pour éclater. Lady C... vit sans cesse sur un volcan toujours prêt à s’ouvrir un cratère, et sa famille est dans une inquiétude de tous les instants. L’hiver dernier, en janvier 1891, Lady C..., en villégiature à Cannes, eut les pieds mouillés dans une promenade. Malgré tout l’empressement qu’on mit à la rentrer et à lui donner les soins nécessaires, la cause déterminante fut suffisante, la fièvre commença le soir même, et quinze jours plus tard, le sommet du poumon gauche était le siège de râles humides qui ne laissaient aucun doute sur l’éclosion de la phtisie. La jeune malade déclinait rapidement. Le 15 février, je fus appelé par la famille pour appliquer le traitement par les injections sous-cutanées de suc testiculaire. Je conseillai en même temps les injections de phosphate de cuivre; mais la crainte de la douleur empêcha Lady C... de s’y soumettre immédiatement. Le 16 février, j’injectai deux centimètres cubes de suc testiculaire, et le lendemain une dose égale. Je laissai une provision de liquide au médecin de la famille, qui continua le traitement à raison de deux séances de deux injections d’un centimètre cube par semaine. A la fin de février, la fièvre avait diminué, les forces de la malade étaient un peu revenues: mais la tuberculose n’était
pas encore enrayée dans sa marche. Ce fut à
ce moment qu’à force de supplications Lady C... se décida à essayer, concurremment avec les injections de suc testiculaire, celles de phosphate de cuivre. Le 1er mars, la première injection fut administrée et bien supportée; pendant toute la durée du mois, le médecin traitant fit, tous les cinq iours, une injection antiseptique et, deux fois par semaine, deux injections de suc testiculaire. Dès la cinquième injection antiseptique, c’est-à-dire le 20 mars, la fièvre avait complètement cessé; la malade allait beaucoup mieux, le progrès de la maladie semblait arrêté et la période de réparation commença. En effet, à partir de ce jour, l’amélioration ne fit que s’accentuer, si bien qu’à la fin d’avril Lady C... était de retour en Angleterre, et sa famille m’invitait à aller constater sa guérison. En deux mois, 12 injections de phosphate de cuivre et 48 de suc testiculaire avaient été faites. Avec ce traitement, l’appétit s’était développé, les règles étaient venues normalement, le poids du corps avait augmenté de 5 kilogrammes; la respiration, libre dans toute l’étendue du poumon, ne révélait à l’auscultation aucune trace de la maladie grave que venait de traverser Lady C... Depuis cette époque, les fonctions physiologiques continuent à s’accomplir normalement. Aucune rechute n’a paru, bien que tout traitement ait cessé dqpuis le mois de mai. Par conséquent, nous pouvons conclure que cette guérison est définitive.
(Extrait de mon livre “ Force et Santé.”)
OBSERVATION VII
Mme H... T... du Grand-Duché de Luxembourg, vingt-quatre ans, tempérament lymphatique, est depuis deux ans atteinte de phtisie pulmonaire, caractérisée, au moment où je la vois, par des râles humides, une caverne au sommet du poumon et un chapelet de ganglions à droite et à gauche. Deux de ces ganglions de gauche sont ramollis et suppurés. Le 20 janvier 1891, après avoir opéré le curage des ganglions suppurés, je commence les injections de suc testiculaire à raison de deux injections d’un centimètre cube de liquide, deux fois par semaine, pour relever les forces très déprimées et l’appétit qui est presque nul. Le 10 février, l’appétit commençait à revenir, et les règles, supprimées depuis six mois, reparaissaient. La malade est un peu mieux, la fièvre a presque disparu le soir; le thermomètre, au lieu de 38°, 5 qu'il accusait avant le traitement, est tombé à 37°, 8. Pourtant l’auscultation ne révèle aucun changement dans les lésions matérielles de la tuberculose; les ganglions opérés suppurent encore. L’état général continue à s’améliorer pendant le mois de février et le commencement de mars. Sous l'influence du traitement séquardien, Mme H... T... a engraissé de trois livres. Le 26 mars, nouvelle apparition des règles plus abondantes qu’en février. Les ganglions ne suppurent plus, les plaies sont fermées, mais les râles humides signalés à droite et la caverne n’ont subi aucune modification; l’analyse des crachats décèle la présence du bacille de Koch en quantité presque aussi
considérable que celle constatée par une première analyse, faite par le même chimiste deux jours avant le commencement du traitement. Je me décide alors, le 31 mars, à pratiquer une injection de phosphate de cuivre tous les huit jours, sans abandonner pour cela le traitement séquardien. Dès la troisième injection antiseptique, c’est-à-dire le 15 avril, le mieux progressa avec rapidité : les crachats deviennent plus blancs et diminuent notablement en quantité. A la fin du mois de mai, Mme H... T... était tout à fait bien. Les ganglions du cou étaient à peine perceptibles, les râles humides avaient disparu, à part un très faible gargouillement dans la fosse sus-épineuse droite, qui annonçait que la caverne n’était pas encore cicatrisée; le poids du corps avait augmenté de 8 livres depuis le 31 mars, et de 11 livres depuis le commencement de la médication. C’est à peine si l’analyse des crachats dénotait encore la présence de quelques bacilles. Le 5 juillet, tout était rentré dans l’ordre, et je puis dire aujourd’hui, sans crainte de me tromper, que Mme H... T... est guérie. J’avais pratiqué en cinq mois et demi 90 injections de suc testiculaire et 14 injections de phosphate de cuivre.
(Extrait de mon livre “ Force et Santé.”)
Ces deux dernières observations, comme les précédentes, prouvent clairement l’action bienfaisante des injections de suc testiculaire chez les phtisiques, mais elles démontrent avec non moins d’évidence que ces injections sans le se-
•cours du traitement antiseptique par le phosphate de cuivre sont impuissantes à guérir les phtisiques. C’est avec la combinaison de ces deux agents, auxquels il est souvent utile d’adjoindre les inhalations aromatiques, que la phtisie peut être combattue victorieusement. Et je crois pouvoir dire aujourd’hui, sans être taxé de témérité, que je pourrai me rendre maître de la tuberculose pulmonaire toutes les fois que celle-ci n’aura pas poussé la déorganisation à un degré où toute réparation est devenue impossible.