TUBERCULOSE GANGLIONNAIRE ET OSSEUSE
M. Richard, âgé de 50 ans, adjoint au maire de Levroux (Indre), est atteint, depuis plusieurs années, d’une tumeur ganglionnaire. Le diagnostic de tuberculose ganglionnaire posé par le Dr Guérineau, de Levroux, a été confirmé ensuite par le Dr Verchère, chirurgien des hôpitaux de Paris, qui pratiqua, en 1891, l'ablation de la glande. Cette intervention radicale n’arrêta pas la marche du mal; la plaie consécutive «à l'opération ne se ferma pas. M. Duguet, médecin des hôpitaux de Paris, appelé en consultation, conseilla une saison à Cauterets. Cette cure sulfureuse produisit une amélioration légère qui dura quelques semaines à peine. Puis, la plaie .s’ouvrit à nouveau et la poussée tuberculeuse continuant affecta le tissu osseux. La maxillaire
inférieur, une côte, une phalange du médius droit subirent successivement l’opération du grattage. De même qu’après l’ablation de la glande, les plaies ne guérirent pas. La fièvre vint chaque soir, le malade perdit l’appétit et maigrit rapidement. En juillet 1892, une énorme tumeur se manifesta dans la fosse iliaque gauche, les ganglions du même côté grossirent et s’indurèrent. M. Richard fît appeler le professeur Lannelongue qui, en raison des échecs précédents, s’abstint de toute opération nouvelle. Une suppuration abondante s’établit dans la région inguinale et contribua à enlever à M. Richard le peu de forces qui lui restaient. C’est à cette époque, fin octobre 1892, que le malade commence la cure séquardienne avec le liquide que je lui envoie. Le Dr Guérineau, à Levroux, pratique les injections. Bientôt la fièvre cesse, l’appétit renaît, les forces reviennent, les suppurations disparaissent, les plaies se ferment. Après un mois de traitement et 30 injections d'un centimètre cube, Le malade quitte son lit et suspend les injections. Mal lui en prend, car au bout de trois semaines les suppurations reparaissent par les plaies rouvertes. La médication est reprise, cette fois sans interruption, jusqu’en août 1893. A cette époque, kf guérison semble définitive. Les injections, d’abord éloignées, sont suspendues tout à fait au commencement de septembre. M. Richard reprend sa vie d’homme bien portant, ses occupations et ses plaisirs. Malgré la cessation complète du traitement depuis plus de six mois, la guérison ne s’est pas démentie. En novembre 1892, avant de commencer la cure séquardienne,
■M. Richard pesait 124 livres, il en pèse aujourd’hui 160. La durée du traitement a été de neuf mois environ, 260 injections d'un centimètre cube de suc orchitique ont été pratiquées.
Dr L. H. Goizet, Paris.
Seize malades, atteints comme M- Richard de tuberculose ganglionnaire ou osseuse ont été traités par moi avec le même succès. Chez tous les malades aucune autre médication 11’a été suivie concurremment avec les injections séquardiennes. Ces faits se passent de tous commentaires.
Voilà plus de quarante ans que je m’occupe de la tuberculose. Je n’ai pas perdu une seule occasion de vérifier par moi-même les effets des traitements si variés qui ont été conseillés pour combattre cette terrible maladie qui compte pour plus d’un quart dans le chiffre des causes des décès enregistrés chaque semaine par le docteur Bertillon. Mon opinion est faite sur la valeur de ces médications.
Aujourd’hui un mouvement de défense commence à se faire sentir en dehors même du corps médical et de l’administration de l’assistance publique. La société, menacée dans son bien le plus cher, la santé, s’émeut et cherche à organiser la lutte. Sous le patronage de hautes personnalités, des caisses sont fondées. Et bientôt l’argent, provenant de dons volontaires, sera
suffisant pour réunir et mettre en œuvre tous les éléments de succès connus jusqu’à ce jour, sous la direction de médecins dévoués qui se consacreront entièrement à cette œuvre de régénération.
Mais les promoteurs sont bien embarrassés. Le cri d’alarme poussé a été entendu, l’argent afflue dans les caisses et personne n’a de plan arrêté pour l’organisartion de la mise en pratique de la défense.
Un de nos éminents confrères, le docteur B... qui a pu se convaincre par lui-même que l’orchitine recueillie et préparée comme elle doit l’être, d’après les -procédés que j’ai indiqués dans ce livre, est l’agent le plus sûr et le plus puissant à employer pour la régénération des tuberculeux a été appelé à diriger le service d’un de ces sanatoriums privés où les phtisiques seront recueillis et soignés. Il me demandait, ces jours derniers, mon avis sur l’installation d’un établissement de ce genre. Je ne fus pas très embarrassé pour répondre, car depuis longtemps, j’ai pesé dans mon esprit toutes les conditions de succès de maisons établies dans ce but. Voici ma réponse: La question doit être examinée du double point de vue de la société à protéger, de la contamination et du malade à soigner, c’est-à-dire: —
1° Empêcher l’extension du fléau par l’isolement rigoureux des phtisiques.
2° Ceux-ci, une fois isolés, les traiter par les moyens les plus propres à améliorer leur état ou à le guérir.
Isolement du phtisique. — La phtisie est une maladie essentiellement transmissible par contact, c'est-à-dire contagieuse, au premier chef. La triste expérience en est faite dans les familles, où certains des membres absolument sains ont contracté le mal en soignant un frère, une sœur, un enfant, un père ou une mère. Dans les établissements hospitaliers, des malades entrés à l’hôpital pour d’autres maux, des étudiants sains ont pris le germe de la tuberculose dans les salles où se trouvaient des phtisiques. La première précaution à prendre pour parer à la contagion est donc de placer, aussitôt que possible, le tuberculeux dans des conditions telles qu’il ne puisse contaminer personne. Cet isolement du phtisique est facile à décider, mais beaucoup moins facile à mettre en pratique. L’affection, le dévouement, l’inconscience même du danger, sont autant d’obstacles qui viendront se mettre en travers de la route de l’isolement, quand celui - ci sera réclamé par le médecin. Dans cette question, le cœur prévaudra toujours sur l’intérêt de la préservation personnelle. Pour ré-
soudre cette première partie du problème, une loi ou tout au moins un arrêté de police est indispensable. On criera d’abord très fort contre la violation de la liberté individuelle, contre la barbarie de la loi. Mais, comme cette loi sera juste, comme ce sera une loi d’intérêt général, elle passera vite dans les mœurs et sera définitivement acceptée, si elle est appliquée d’une façon équitable, c’est-àldire égale pour tous dans sa rigueur inflexible.
Une fois l’isolement décrété, il s’agira de le rendre effectif. Pour cela, toute communication entre les isolés et le reste de l’humanité devra être interdite. Le personnel du service intérieur de chaque sanatorium sera recruté parmi les malades les plus valides de chaque établissement. Chaque établissement devra autant que faire se pourra se suffire à lui-même de façon à éviter dans la limite du possible les rapports avec l’extérieur.
Pour les fournitures qu’on sera obligé de prendre au dehors, celles-ci seront déposées dans un magasin spécial par les fournisseurs sans qu’il y ait contact entre ceux-ci et le personnel de la maison. Chaque sanatorium aura son administration qui enregistrera les entrées, les sorties par guérisons et les décès. Un four crématoire sera installé pour brûler les morts dont les cendres seront rendus à la famille.
Avec un isolement rigoureux, la tuberculose suivra rapidement une progression décroissante et nous la verrons peu à peu devenir aussi rare que la lèpre dans nos contrées.
Traitement à instituer. —-Ce traitement comprendra le choix du lieu, son aménagement, l’alimentation, l’exercice corporel, les soins de la peau, l’hygiène des vêtements, les traitements accessoires tels que pédiluves, lavements, révulsifs, inhalations, et enfin le traitement principal.
Choix du lieu. — Le lieu, qu’il soit sur un plateau élevé ou dans un vallon bien abrité, devra toujours être situé en pleine campagne, dans un climat tempéré, légèrement chargé d’humidité par l’évaporation naturelle de l’eau emmagasinée par les plantes. Autant que possible l’emplacement destiné aux constructions d'habitation devra être taillé au milieu d’une forêt de pins et de chênes. Les eaux devront s’écouler facilement et par conséquent ne jamais séjourner sur le sol. En France, je préfère certains de nos départements du centre ou du ^Sud-Ouest, au littoral proprement dit de la Méditerranée où l’air est trop sec, trop chargé de La poussière des routes soulevée par un vent fréquent violent et brûlant; où les transitions de la température sont brusques à différentes heures de la journée.
Aménagement. — Dans chaque Colonie de phtisiques, il y aura deux bâtiments d’habitation, l’un situé sur le plateau, largement aéré d’un air vif; l’autre bien abrité, situé dans la vallée, recevant un air plus doux, plus tempéré, arrivant sans violence.
. A leur entrée dans la Colonie, on fera la sélection des phtisiques en deux catégories. Les phtisies à marche aiguë, seront dirigées sur l’habitation du vallon, les phtisies à marche lente seront envoyées à l’habitation du plateau. Chaque groupe respirera ainsi l’air approprié à la nature de son tempérament et à la forme de sa maladie.
Le transport des malades sur les voies ferrées sera effectué dans des wagons spéciaux, appartenant à la colonie; et, en dehors des chemins de fer, dans les voitures de la colonie.
Chaque bâtiment aura deux locaux distincts, celui des hommes et celui des femmes. Chaque local comprendraa le dortoir, le réfectoire, les cuisines et accessoires, et aussi une vaste galerie vitrée, garnie de plantes aromatiques et de tables de leuture, de jeu, de travail. Le dortoir, le réfectoire et la galerie seront exposés au midi. Les murs des habitations seront en bonnes briques, doublées intérieurement d’une épaisse cloison en bois de pin recouverte de quatre couches de peinture.
Entre la cloison de briques et la cloison de bois, il y aura un vide de cinq centimètres dans lequel l’air pourra circuler librement. Le dortoir sera divisé en boxes suffisants pour recevoir un bon lit, une table de toilette, une chaise, un vaste crachoir mobile, une petite armoire vestiaire, pour du linge de rechange, un habillement et des chaussures également de rechange. Une demi-baignoire avec douche supérieure sera installée dans chaque boxe, ainsi que deux patères pour prendre les habits. Tous les boxes seront sur une seule rangée adossée à la cloison nord du dortoir. Cette cloison ne sera percée d’aucune ouverture. Celles-ci, portes et fenêtres, s’ouvriront au midi. A l’est et à l’ouest, il n’y aura non plus aucune ouverture. De cette façon, les courants d’air ne pourront venir atteindre les malades dans leurs boxes. Toutes les fenêtres seront munies d’une toile métallique très fine et mobile. Le réfectoire et la galerie vitrée auront également toutes leurs ouvertures au midi.
Toutes ces constructions seront au rez-dechaussée, mais, entre le sol et les planchers existera un espace vide bien aéré, d une hauteur de trois mètres, dans lequel seront installés les appareils de chauffage et de circulation d'eau conduisant l’eau chaude et froide à chaque boxe et faisant passer sous les planchers des differentes pièces des courants d’eau chaude, destinés à
entretenir dans ces pièces, pendant la mauvaise saison, une température constante.
Des crachoirs vastes et bien stérilisés seront installés dans le réfectoire et la galerie. Autour des bâtiments d’habitation, un espace assez étendu, destiné à la culture des fleurs, des arbustes, des légumes, sera réservé pour que les malades puissent s’y livrer à un exercice physique en proportion avec leurs forces et de nature à les intéresser. Une buanderie et une étuve de désinfection seront installées également sous les bâtiments d’habitation ou à proximité.
En dehors des bâtiments d’habitation, La colonie aura des bâtiments d’administration et des bâtiments d’exploitation, comprenant la vacherie, la bergerie, la volière, etc., les écuries, les ateliers pour les divers corps d’état, etc., etc., en un mot, l’installation nécessaire à une petite république destinée ià vivre en dehors du reste de l’humanité. Directeur, contre-maîtres, bureaucrates et médecins seront choisis parmi les malades eux-mêmes.
Alimentation. — Les œufs, le lait, sous toutes les formes, les légumes verts et farineux (les choux et tous les crucifères sont particulièrement recommandés comme légumes verts, les farines de maïs, de blé, d’orge, d’avoine, de seigle, de fèves, de pois bien secs, de haricots, de lentilles,
toutes les pâtes, comme farineux). Puis, les poissons, la viande. Parmi les poissons, la morue fraîche, l’anguille, et tous les poissons un peu gras, peuvent être recommandés. Comme viande, je donne la préférence au mouton, au porc, à la volaille grasse, au jeune canard, à l’oie. Les légumes verts et farineux arrosés de jus de viande ou de volailles, sont excellents.
Une question importante est de régler les repas. Mais cette question, subordonnée à la tolérance, à l’appétence et au goût de chaque malade, ne peut être résolue que par le malade lui-même ou tout au moins avec son concours. Le malade et le médecin doivent s’aider mutuellement dans la solution de ce problème. Cependant, on peut dire d’une manière -générale, qu’il est préférable de couper les repas, c’est-à-dire, de manger peu à la fois et souvent. Les repas copieux, pour être fructueux exigent des malades un repos absolu pendant au moins deux heures après le repas— si l’on veut éviter les vomissements.
Levin. — Le vin est un aliment précieux pour tous les phtisiques à forme lente. 11 les soutient, les ranime, leur donne de la force et de la gaîté. Je le donne aux repas, pur et en quantité suffisante (une demi-bouteille et même une bouteille n’a rien d’exagéré pour chaque journée). 11 est indispensable que le vin soit de bonne qualité et
pur de tout mélange. Le vin de Bordeaux est préférable à cause du tannin qu’il contient et de la facilité avec laquelle il est digéré. Parmi les vins de Bordeaux, les vins des Graves sont ceux qui répondent le mieux aux indications et je leur accorde la préférence à cause de leur légèreté et de la quantité de tannin qu’ils renferment. Sur la question du vin comme boisson régulière pour les phtisiques à marche lente, j’insiste tout spécialement malgré l’avis contraire de beaucoup de praticiens éminents. J’ai étudié avec un soin tout particulier les effets des diverses boissons sur la marche de la phtisie, et le résultat de mes longues et très nombreuses observations est tout à fait favorable au vin. Quand le vin • est ' pur, bien fait et qu’il possède les qualités qu’on trouve en général dans les vins de Bordeaux et plus particulièrement dans les vins rouges des Grandes-Graves, c’est la boisson qu’il faut choisir à moins de contre-indications idiosyncratiques.
La bière — La bière convient mieux que le vin aux phtisiques à forme aiguë. Je leur conseille soit la bière de malt, soit le stout anglais. Une bouteille par jour, n’a rien d’exagéré, c’est un excellent aliment.
Le lait. — Le lait est précieux pour les phtisiques, il convient à toutes les formes de
phtisie. Il doit surtout venir en excédant à la dose d’un litre ou d'un litre et demi pris la nuit et ■entre les repas. De cette façon il contribue puissamment à la suralimentation.
Exercice. — L’exercice au grand air et au soleil, est très salutaire aux phtisiques, surtout aux phtisiques du premier et du deuxième degré. La marche, les travaux de jardinage, de culture, exécutés en proportion .des forces du malade, jusqu’à ce qu’une sueur abondante perle à la surface du corps et sans prolonger le travail jusqu’à la fatigue, produisent un effet salutaire et aident beaucoup à l’expulsion du mal. Quand ces exercices sont répétés deux fois par jour, et exécutés avec pondération, ils augmentent l’appétit et la force de résistance du malade. Ils contribuent pour une bonne part à la guérison en activant la respiration et la circulation dans le parenchyme pulmonaire.
Les soins de la peau. — Après le travail, quand la peau est en plein fonctionnement et mouillée de sueur, le phtisique doit rentrer à son boxe, et passer à la douche. Placé dans la baignoire les pieds dans l’eau chaude, il recevra sur le corps, sans mouiller les cheveux, depuis la nuque jusqu’aux pieds, pendant deux minutes, une douce pluie chaude. Puis, il sera frictionné vigoureusement et rapidement avec une flanelle chaude
légèrement imprégnée d’un mélange de térébenthine, d’alcool et d’essences aromatiques. Il pas sera vivement un vêtement de corps propre et chaud. Cette ablution suivie de friction, renouvelée chaque jour, ou même deux fois par jour, tient la peau dans un état constant de propreté et de bon fonctionnement, évitant ainsi la sécheresse fébrile habituelle aux phtisiques, et les sueurs profuses du matin.
Le vêtement. — Le vêtement comprendra un maillot de coton, et un vêtement de laine plus, ou moins épais selon la saison. Le maillot devra être changé après chaque sudation et envoyé à l’étuve où il sera soumis à une température suffisante pour détruire les bacilles et lavé ensuite. Les mouchoirs seront toujours étuvés avant le blanchissage. Toutes les semaines, le vêtement de laine passera à l’étuve.
Traitements accessoires. — Tous les soirs, le phtisique prendra un bain de jambes tiède et légèrement sinapisé avant de se mettre au lit, ou, si les jambes sont fatiguées par les bains, il remplacera ceux-ci de temps en temps par des maniluves également sinapisés. Ces révulsifs ont pour effet de parer à la congestion qui se fait toujours au moment où le malade s’étend dans son lit et provoque une quinte de toux pénible.
Inhalation. — Pendant la. nuit, l’air se renouvellera constamment dans le dortoir à travers
les toiles métalliques placées devant chaque fenêtre laissée ouverte, et des vapeurs aromatiques dégagées dans le sous-sol et amenées par des tuyaux chargeront légèrement l’atmosphère respirable de principes antiseptiques volatils qui pénétreront jusqu’au fond des cellules pulmonaires à chaque inspiration, pendant toute la durée du sommeil, sans même que le malade s’en aperçoive.
Enfin, la constipation sera évitée avec soin au moyen de lavements d’eau bouillie rendus immédiatement. Ceux-ci seront suivis d’un lavement à minima d’huile créosotée que le malade devra garder comme médicament dans le cas où il ne pourrait supporter les injections cupriques.
Traitement proprement dit. — Ce traitement sera celui que nous avons décrit au commencement de ce long chapitre et comprendra l’injection antiseptique, cuprique ou autre et l’injection d’orchitine.
Voici, tels que je les comprends, l’installation d’une colonie de phtisiques et les soins que les malades devraient y recevoir pour arriver à des résultats vraiment curatifs. Je puis affirmer que dans ces conditions, ces colonies, non seulement empêcheraient la propagation du mal, par l’isolement rigoureux des contaminés, mais encore, rendraient, complètement guéris à leurs familles et à la société, la majeure partie des colonisés.