CHAPITRE XIII
Le pouvoir d’un livre.
Nécessité d'une nouvelle publication.
Il y a vingt ans que j’ai publié la première édition de mon livre “ La Vie prolongée.” A ce moment, la découverte de Brown-Séquard subissait une crise dangereuse. Elle s’épuisait en luttes vaines pour essayer de remonter le courant d’incrédulité qui l’avait accueillie à sa naissance. Les vents étaient contraires; les gros bonnets du corps médical, qui n’avaient rien vu parce qu’ils n’avaient rien expérimenté, étaient franchement hostiles ou restaient muets quand on leur demandait leur avis sur la méthode. La masse de la corporation suivait l’opinion de ses chefs, et les communications à la Société de Biologie, si éloquentes qu’elles fussent, ne faisaient pas avancer de la longueur d'une rame la barque qui portait cette vérité scientifique. Le naufrage était imminent. Pour conjurer le danger,
il fallait frapper un coup décisif, et dégager cette vérité qui s’était manifestée à moi, sous toutes ses faces, par des milliers de faits irréfutables. S’attarder aux portes des sociétés savantes et s’égarer dans les recueils scientifiques que le public ne lit pas, c’était enterrer à tout jamais une découverte dont les conséquences sont incalculables. Ma conviction étant faite, mon parti fut bientôt pris. Sous ce titre: La vie prolongée pav la méthode Brown-Séquard, je publiai un livre destiné au grand public, et non aux médecins. Ce livre, qui donne l’historique de la méthode, les moyens simples de l’appliquer soi-même, et qui renferme un très grand nombre de faits faciles à contrôler et impossibles à nier, eut un immense succès.
La grande presse s’émut de cette publication, me dépêcha ses reporters, fit vérifier les faits annoncés; un grand bruit se fit autour de la méthode. Je disais: “ C’est à coups de faits que “ je forcerai les sourds à entendre, les muets à “ parler, les aveugles à voir, ceux même qui ne “ veulent ni voir, ni entendre, ni parler.”
J’avais raison, car c’est grâce aux faits, que je n’ai cessé de proclamer hautement que les sourds ont entendu, que les aveugles ont vu, que les muets ont parlé.
Les docteurs Hénocque, Lemoine, Dumont- Pallier, Variot et Corail, émus par ce tapage de la
presse, voulurent contrôler l’exactitude des faits que j’avais signalés dans ma communication du 20 décembre 1890 et que les journaux de la grande presse commentaient dans tous les pays du monde. Dès lors, la porte des hôpitaux, muraille plus infranchissable que celle de la Chine, était franchie. C’était le baptême scientifique de la méthode, c’était sa consécration officielle. Cette première victoire fut décisive. En un mois, mon livre avait plus fait que deux années de communications à la Société de Biologie. Combien de malades guéris ou soulagés qui n’ont fait usage de la découverte de Brown-Séquard qu’après avoir lu “ La vie prolongée,” seraient morts ou sentiraient encore le poids de leurs maux s’ils n’avaient eu pour les renseigner d’autres organes que le compte-rendu des sociétés savantes. Ceux-là au moins me sauront gré d’avoir employé des moyens plus à leur portée. '
Ce premier pas fait de la reconnaissance officielle de la vérité scientifique de la méthode de Brown-Séquard, les choses allèrent grand train. Chacun, selon ses aptitudes, se mit à l’œuvre, et l’on put entrevoir bientôt toutes les conséquences de cette précieuse découverte. C’est d’abord la transfusion nerveuse, c’est-à-dire la médication par le liquide de substance grise cérébrale qui fait son apparition avec les travaux de
Constantin Paul, Balées, Collere et Althaus. Viennent ensuite les médications thyroïdiennes avec le suc de la glande thyroïde; carditique avec la Cordine de Hammond; les médications pancréatique, hépatique, capsulaire, musculaire, rénale dont les applications thérapcuthiques font naître les plus grandes espérances; les médications spermiques, hémopoiétique par l’emploi de l’extrait de rate et de moelle des os. Enfin, tout à fait à l’ordre du jour, le vaccin antidyphtérique de Roux, le vaccin contre la tuberculose, le vaccin anti-cancéreux, anti-syphilitique, etc., etc., sans compter toute la série des sérums. Les choses en sont à ce point que la vieille thérapeutique est à la veille de s’écrouler et de céder la place à une science nouvelle née tout entière de la grande découverte de Brown-Séquard.
Je le répète, les choses ont marché avec une telle rapidité qu’une nouvelle publication était nécessaire pour bien montrer qu’au dessus de toutes ces substances organiques employées à la guérison des maladies qui affligent l’humanité, le suc précieux découvert par Brown-Séquard, l’orcliitine, tiendra toujours la place d’honneur comme le dynamogéniant par excellence, véritable principe de vie donnant l’existence forte, la vieillesse sans infirmités.
Laissant à d’autres, pour le moment du moins, le soin d’exposer les résultats des découvertes
nouvelles, nées de la grande découverte de Brown - Séquard, je continuerai à m’attacher à celle-ci jusqu’à ce que j’en ai extrait tous les trésors qu’elle renferme en elle pour le grand bien de l’humanité.
Dr L. H. Goizet.