CHAPITRE V
Des effets immédiats locaux ou généraux qui se produisent ou peuvent se produire pendant et après l'inoculation. Effets physiologiques sur la moelle , le cerveau , le Grand Sympathique.
Pendant l’inoculation, le malade éprouve la douleur insignifiante de la piqûre de l’aiguille et celle de l’introduction de l’orchitine dans les tissus. Cette dernière, le plus souvent presque nulle, est quelquefois assez aiguë, mais toujours éphémère. Elle dépasse rarement une durée de cinq minutes et donne la sensation de la brûlure causée par une piqûre d’abeille. Quelquefois, par rare exception, quand on retire l’aiguille après l’injection, une ou deux gouttes de sang s’écoulent. Il ne faut pas ajouter d’importance à ce fait.
Au début de la méthode, il arrivait presque toujours que des phénomènes de réaction générale caractérisés par de la courbature, des frissons
*) Voir “ Force et Santé,” La vie prolongée (Ire partie, page 86).
violents, de la céphalalgie, une élévation de la température, se produisaient dans la nuit qui suivait l’injection et duraient quelquefois pendant 24 heures. Presque toujours aussi le siège de l’injection devenait le foyer d’une lymphite légère, se traduisant par la persistance de la douleur, du gonflement et de l’induration des tissus. Ces petits accidents se dissipaient généralement au bout de deux ou trois jours sans laisser aucune trace. Mais les choses ne se passaient pas toujours avec autant de bénignité. Plusieurs fois, des furoncles, des anthrax, des abcès, des phlegmons gangréneux ont été la conséquence des injections et Brown-Séquard lui-même a failli payer de sa vie ses premières expériences.
Tous ces accidents, depuis les plus légers jusqu’aux: plus graves, étaient la conséquence de l’impureté des sucs injectés et du mauvais soin des aiguilles. Nous verrons dans le chapitre suivant, comment je suis arrivé à éviter ces inconvénients et ces dangers.
Quant aux multiples effets de l’orchitine: —
1° Sur la moelle;
2° Sur le cerveau;
3° Sur le grand sympathique; ils sont les suivants :
Sur la moelle, ils se traduisent par une activité plus grande du système musculaire : la marche
est plus facile, moins fatigante, d’une plus longue durée; la pression des doigts et la traction des bras augmentent en force, et on peut en acquérir aisément la preuve par le dynamomètre.
Ils exercent également sur le muscle cardiaque une action tonique qui se produit par une activité plus grande de la circulation, la diminution de la tension dans les vaisseaux, la force et la régularité du pouls, action qui peut être comparée à celle de la digitale.
En outre, ils augmentent la puissance de la respiration: les catarrheux voient leurs mucosités diminuer et leurs bronches devenir plus libres; les emphysémateux reconquièrent assez promptement l’élasticité des vésicules pulmonaires, l’étouffement diminue et l’ascension devient moins pénible.
Les fonctions digestives sont heureusement influencées: l’appétit augmente et la facilité de la digestion s’accentue ; c’est même là une des premières manifestations du traitement.
Selon que la vessie a perdu plus ou moins sa puissance de contractilité ou que son sphincter seulement est affaibli, la force de projection de l’urine augmente ainsi que la longueur du jet.
De même, quand le sphincter seul est intéressé et qu’il y a incontinence, celle-ci diminue ou disparaît complètement.
En un mot, la vessie reprend de la tonicité, soit dans son ensemble, soit par son sphincter seulement.
L’action sur la défécation est de même nature: les matières sont expulsées plus facilement, lorsque la difficulté de défécation a pour cause la paresse du gros intestin; et elles peuvent être retenues en cas de relâchement du sphincter.
Une des manifestations les plus certaines et les plus promptes de la puissance de l’orchitine sur la moelle épinière se traduit par 'le retour de la faculté d’érection tant que la virilité h1 a pas complètement disparu.
On verra plus loin, à ce sujet, plusieurs observations très intéressantes qui confirment mon dire.
Un des effets non moins curieux du suc testiculaire est d’augmenter la température du corps tombée au-dessous de la normale, et de l’abaisser quand elle est au-dessus, de sorte que le même agent peut avoir sur le même individu, à des moments différents, deux actions diamétralement opposées. ,
A l’appui de ceci et pour bien l’expliquer, prenons un malade atteint d’une affection aiguë des voies respiratoires; pendant toute la durée de la période fébrile, alors que la température peut s’élever jusqu’à 39 et même 40 degrés,
l’administration du vaccin séquardien l’abaissera certainement de 1 ou même de 2 degrés. Mais, chez le même malade, lorsque la fièvre a cessé et qu’il va entrer en convalescence, c’est-à-dire au moment de la grande dépression des forces, par les injections la température remontera de 35 degrés où elle était tombée à 36j et même à 37 degrés.
Ce fait, qui paraît étrange au premier abord, vient pourtant prouver une fois de plus que l’orchitine a pour effet principal le rétablissement de l’harmonie dans toutes les fonctions physiologiques.
Sur le cerveau, les effets se traduisent par une activité plus grande de l’organe, une plus grande aptitude au travail, par le retour de la mémoire, par la disparition des vertiges, l’assurance pendant la marche, l’énergie des résolutions, la rapidité de la conception et la facilité d’élocution, par la souplesse des mouvements de la langue, la faculté de supporter sans fatigue l’éclat des lumières, le bruit des foules, une longue soirée théâtrale, les nuits de jeu, etc., etc.
En outre, l’usage du vaccin rend le sommeil à ceux qui l’avaient perdu, et le fait plus calme s’il était agité, provoquant ainsi un repos réel dont l’influence réparatrice n’a pas besoin d’être démontrée.
Tels sont les effets ordinaires produits sur les cerveaux sains; ces effets ne sont pas moins remarquables sur les cerveaux malades.
En donnant à la circulation une activité plusgrande, le suc testiculaire facilite chez les apoplectiques l’organisation et la résorption du caillot épanché.
C’est ce qui explique les effets miraculeux obtenus dans certains cas d’hémiplégie, et la disparition rapide des maux de tête congestifs chez ceux qui suivent le traitement.
Les expériences du professeur Mairet, de Montpellier, contenues dans ce volume, démontrent de la façon la plus évidente l’action bienfaisante du vaccin séquardien dans les cas les plus divers de l’aliénation mentale.
[Mais c’est surtout dans l’hypochondrie que nous avons pu personnellement apprécier la. rapidité des résultats ; il est rare, en effet,, qu’après quelques semaines de traitement, les moroses et même les hypochondriaques n’accusent pas une tendance marquée à un retour de gaieté.
A tous ceux, sans exception, qui suivent pendant un certain temps la médication, la vie semble meilleure, bienfait inespéré jusqu’ici, on doit le reconnaître.
Le grand sympathique et par conséquent le système musculaire spécial aux fonctions duquel il préside, bénéficient également de son action.
Tout ce que nous avons dit à propos du cœur, de l’estomac, des intestins, des yeux, en est une preuve absolue.
Cette action spéciale sur les fibres lisses se trouve souvent confondue avec celle qu’il exerce sur la moelle; mais elle n’en existe pas moins.