‹ La Transhumance pyrénéenne et la circulation des troupeaux dans les plaines de GascogneChapitre 27 sur 83 · RER · texte numérisé non relu

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La vallée d’Aspe admet, chaque été, 4 à 5.000 transhumants sur ses montagnes. Ces animaux lui viennent des communes du bas pays : Escot et Sarrance, en Aspe ; Arette, Issor, Aramits, en Barétous ; Arros, Précilhon, Aren, Préchacq, Gurs, Dognen, Jasses, Navarrenx, qui sont de la vallée du Gave d’Oloron ; Arbus, Parbayse, Pardies, des coteaux de la rive droite ; Esquiule, Géronce, Barcus, qui s’étagent sur les hauteurs de la rive gauche, aux confins de la Soule. Les communes qui les accueillent sont naturellement celles du haut de la vallée, toutes, à l’exception d'Urdos, riches en montagnes. Etsaut afferme, tous les cinq ans, les pacages de Yèze, à l'Ouest du pic de Sesques. Ils étaient, en 1928, occupés par un propriétaire des environs de Navarrenx qui y tenait, de mai à septembre, 1.300 à 1.400 brebis rassemblées dans le voisinage de sa propre exploitation. La même commune admet, sur sa belle montagne de Sencours, voisine de la vallée d'Ossau, 300 à 400 vaches ou juments, à l'exclusion des bêtes à laine. Ces animaux pacagent, moyennant le paiement d’une forte bacade, avec le bétail indigène qu'ils suivent dans ses déplacements, notamment, en Espagne, sur la montagne d’Astu où Etsaut a des droits d'usage. La commune de Cette-Eygun afferme tous les cinq ans la montagne de Narbé (non loin de Yèze, qui est d'Etsaut) à un berger d’Issor en Barétous qui y conduit environ 1.300 brebis. Elle admet, en outre, comme bacades étrangères, 1.600 à 1.706 têtes de petit bétail à Pevyrenère, au voisinage du Somport. Borce et Accous reçoivent un certain nombre de vaches et de juments (une centaine pour Accous) qui pacagent avec leur propre bétail moyennant Île paiement d’une double bacade. Enfin Lèes-Athas introduit 700 à 800 brebis de race manèche, venues de la Soule, sur ses montagnes inférieures, ces animaux ne pouvant subsister sur les estives. Les usagers les reçoivent « en garde » et les font pacager sur le communal, en retour d'une redevance à eux payée, non à la commune, régime qui se rapproche de la commande auroise. (Voir fig. 1, D 20)

Enfin la vallée d’Aspe introduit, chaque été, entre le 23 juillet et le 25 septembre, sur la montagne de Pevrenère et sur ses abords, un certain nombre de troupeaux espagnols. Ces troupeaux représentent d'assez médiocres effectifs : 2.570 têtes en 1913 ; 3.050 en 1921 °. Encore se trouvent-ils actuellement (1928) écartés de la vallée par le refus des bergers de se soumettre à nos règlements sanitaires.

5. Il va sans dire qu'il n’est pas fait état, dans ces effectifs, des animaux qui pacagent cinq années sur six, dans la montagne d’Estaens, laquelle est en territoire espagnol.

Au total, la vallée d’Aspe ne reçoit guère plus de 5.000 transhumants de provenance exclusivement française, y compris les animaux venus des deux communes aspoises d’Escot et de Sarrance, pauvres en pacages. Dans quelle mesure convient-il de majorer ces chiffres, si l’on admet qu'il est prudent de tenir compte d’introductions occultes, toujours possibles ? Il est assez difficile de le dire. L'importance de la fraude varie naturellement avec le profit que l'on en peut tirer et le risque que l’on court. Il est certain que l'élévation qui s’est produite, au lendemain de la guerre, dans le prix de tous les produits d'élevage a été une prime offerte aux fraudeurs. Il est évident, d'autre part, que les risques diminuent quand s'accroît le nombre de ceux qui s’affranchissent de lobservation des règlements. Il y a apparence que les communes de la vallée d’Aspe ne sont pas toutes également soucieuses d'observer les sages dispositions que la tradition et les règlements imposent aux usagers. Mais, dans l’ensemble, il ne semble pas que les infractions soient très considérables ni très dangereuses. Dans la plupart des communes, la fraude est surveillée et partant difficile. À Lescun, notamment, où l'introduction des animaux étrangers est complètement interdite, il y a un accord librement consenti entre les usagers pour la stricte application des règlements : la montagne ne reçoit réellement que les troupeaux en droit d'y pacager.

Dans la vallée d’Ossau, le nombre des transhumants d'été semble encore plus réduit que dans la vallée d’Aspe. Ni le haut Ossau, ni le bas Ossau n’admettent de bétail étranger sur les Montagnes générales ‘. Quatre communes seulement reçoivent régulièrement des troupeaux du dehors. Encore viennent-ils en partie des communes de la basse vallée ou de communes montagnardes très voisines.

Castet (du bas Ossau), propriétaire d’une haute montagne (Gabardère) peu éloignée de la frontière, et Laruns (du haut Ossau) dont le communal, enchevêtré dans les Montagnes générales, est d'une grande étendue, reçoivent des troupeaux de brebis et de vaches. Ils viennent, pour la plupart, de Buzy, de Sainte-Colome, de Bescat, de Sévignacq, communes du bas Ossau, qui sont riches en bétail, pauvres en montagnes particulières et ne peuvent se contenter de leur part des Montagnes générales. Les parcours de ces troupeaux relèvent des mouvements intérieurs plutôt que de la transhumance proprement dite. Les seuls qui soient entièrement

6, Sur les Montagnes générales, voir la Vie pastorale, p. 233-243.

étrangers au pays viennent des communes inférieures de la vallée d'Aspe (Escot) et de Barétous (Aramits) ; des campagnes de Pau (Rébénacq, Gan, Gélos, Mazères, par intermittence), d'Oloron (Buziet, Herrère, Evsus, Ogeu, Escou); des abords du Pays basque (Barcus, Esquiule, hameau de Chéraute, hameau d'Orin, hameau de Géronce). (Voir fig. 1 et 2).

Deux autres communes de la vallée d'Ossau, Béost et Louvie- Soubiron, reçoivent des troupeaux étrangers. Toutes deux disposent dans le domaine des chaînes calcaires et sur leurs abords méridionaux, Aubisque, Arbaze, le Gabizos, de vastes montagnes étendues vers l’Est jusqu'au voisinage immédiat de Ferrières et d’Arbéost, en Lavedan. Sur ces herbages, chaque usager à le droit d'introduire cent brebis étrangères, movennant le paiement à la commune d’une bacade spéciale plus élevée que la bacade locale. Au propriétaire des animaux introduits par lui, l’usager donne 20 francs par « brebis de lait », rien pour les autres. Il garde pour lui le lait des laitières et la laine de toutes, — opération actuellement très fructueuse, étant donné, surtout, le prix fort élevé des fromages.

On peut évaluer le bétail introduit par les quatre communes à un millier de bêtes à laine et une centaine de vaches pour Laruns (1927) ; à 3.000 ou 3.500 brebis (1928) pour Béost et Louvie-Soubiron. En outre, un certain nombre de bergers se rendent, au début de l’été, à Saint-Palais, en Soule, d'où ils ramènent du bétail de race manèche. Ces animaux leur sont confiés, non par des propriétaires, mais par des commerçants qui spéculent ‘sur les troupeaux et les font garder en été sur les montagnes en attendant de les revendre en octobre dans les foires. à

Béost admet en outre sur ses montagnes le bétail venu d’Arbéost en Lavedan. Cette commune est, à la fois, très riche en troupeaux et pauvre en montagnes, son territoire se trouvant étroitement resserré entre ceux de ses voisines d'Ossau et d’Azun., Chaque année, les délégués du Conseil municipal de Béost se rendent à Arbéost et inscrivent tous les animaux en quête d’herbages, environ 1.500 brebis et 140 vaches. Louvie-Soubiron. dont les pacages jouxtent au Sud ceux de Béost et à l'Est ceux de Ferrières, admet, de son côté, une petite partie des troupeaux de Ferrières. Ces mouvements s’expliquent par l’inégale répartition des montagnes entre deux vallées contiguës. Il paraît difficile de les considérer comme des faits de transhumance.

Au total, et si l’on excepte les troupeaux d’Arbéost, on peut estimer que la vallée d'Ossau reçoit chaque été quatre à cinq mille animaux étrangers. Encore est-on obligé de comprendre dans ce

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