‹ La Transhumance pyrénéenne et la circulation des troupeaux dans les plaines de GascogneChapitre 30 sur 83 · en 1913 ; 2804 en · texte numérisé non relu

en 1913 ; 2804 en

elles peuvent mettre moins de sévérité et de soin dans l'application des règlements traditionnels. Il semble bien qu'il y ait, en cette

matière, plus de relâchement qu'il n'y en a en Aspe et surtout en Ossau.

En Azun, les choses se passent à peu près comme dans les vallées béarnaises. Ferrières et Arbéost, qui en dépendent, n’ont pas de hautes montagnes et ne peuvent se suffire. Nous avons montré qu'elles sont obligées de recourir chaque été aux deux communes ossaloises de Béost et de Louvie-Soubiron. C’est dire qu’elles sont dans [impossibilité de recevoir du bétail étranger, à l'exception d’un très petit nombre d'animaux venus des communes inférieures de l’Ouzon. Dans le reste du canton, cinq communes (Gaillagos, Arcizan-Dessus, Arras, Bun, Sireix) afferment des montagnes aux enchères publiques. À Arrens et à Marsous, il en va autrement : les deux communes admettent des animaux du dehors à titre de bacades étrangères, moyennant une taxe plus élevée que celle qui est acquittée par le bétail indigène. Elles autorisent en outre les particuliers à introduire sur le communal, avec leurs propres troupeaux, un certain nombre d'animaux. L'’usager se fait payer généralement en espèces. Mais ceux qui reçoivent des brebis béarnaises prennent, en retour de l’herbe qu'ils leur fournissent, le lait, dont ils se servent, comme en Ossau, pour la fabrication du fromage. C’est, avec les vallées béarnaises, un trait de ressemblance entre beaucoup d’autres.

Les troupeaux qui transhument en été sur les montagnes d'Azun viennent du Béarn et du bas Lavedan. Les premiers ont leurs étables d'hiver dans la région des coteaux relevés, au pied des montagnes, sur la rive gauche du Gave de Pau (Arthez d’'Asson, Asson, Bruges, du canton de Nay-Ouest) et dans un très petit nombre de communes de la rive droite (Ger, en particulier, qui est du canton de Pontacq). Les plus nombreux viennent d’Argelès et de Lourdes, qui sont en Lavedan. Suivant qu'ils viennent de l’un ou de l’autre de ces deux domaines, ils sont dits béarnais ou labédanais. Souvent les deux appellations sont employées indifféremment. Il est assez malaisé d'en fixer l'effectif. Pour Arrens et Marsous, on compte 4.000 brebis et une cinquantaine de vaches. Il faut probablement doubler ce chiffre pour avoir une estimation approchée du nombre des animaux qui viennent, chaque été, transhumer en Azun.

La vallée de Cauterets, que régit le syndicat de Saint-Savin,

ne reçoit qu'un nombre assez limité de transhumants, environ 4.000 à 5.000 bêtes à laine et 1.200 têtes de gros bétail, vaches ou juments, ces dernières peu nombreuses. L'introduction se fait sous les deux formes accoutumées.

1° Le syndicat introduit environ 2.000 moutons et 600 vaches sur la montagne de Jarret, voisine du Marcadau. En vertu des dispositions du traité de 1862, la jouissance de cette montagne est indivise entre la vallée de Saint-Savin et le Quiñon ou quartier de Panticosa, qui est espagnol. Tous les quatre ans, les herbages sont mis en adjudication. Les enchères se font à Argelès, d'ordinaire le 29 avril, lendemain de la foire de Lourdes que les Espagnols fréquentent par tradition. La somme qui provient de l’afferme est partagée par moitié entre les deux vallées. L'adjudication revient d'ordinaire aux Français et c'est du bétail français qui pacage au Marcadau.

2° Sur les autres montagnes de la vallée : Lutour et Estom, Cambasque et Lis, le Marcadau (sauf la partie indivise), le bétail transhumant est introduit par les particuliers. Chaque propriétaire habitant sur le territoire de l’une des sept communes de Saint-Savin est autorisé à prendre en garde vingt brebis ou moutons, deux vaches avec leur suite, deux juments ou chevaux, moyennant une redevance de cinq francs par tête pour les bêtes à laine, vingt francs pour chacune des autres. Un certain nombre d'habitants usent de cette faculté ; certains l'interprètent sans doute assez largement. La fraude est à peu près inévitable. Toutefois le mal ne paraît pas très grand. Les troupeaux, venus exclusivement du bas Lavedan (Extrême de Salles et Batsouriguère) sont peu nombreux et pacagent à l'aise sur les vastes montagnes de la vallée. Dans les montagnes de Saint-Savin et de Cauterets, comme partout ailleurs, la transhumance est en recul. I suffit, pour s'en convaincre, de lire les quelques pages de Chausenque que nous avons citées précédemment.

Dans la vallée de Barèges, un certain nombre de montagnes sont mises de quatre ans en quatre ans en adjudication par la Commission syndicale, chargée de l'administration des biens de la vallée. Seuls sont autorisés à concourir les habitants des communes barégeoises ou les étrangers munis d’une caution dans la vallée. Les adjudicataires sont souvent des propriétaires du pays même qui s'associent pour acheter en commun une montagne : souvent aussi des gens du bas pays lavedanais *. Quel qu'il soit, l’adjudicataire

8. Une partie de ces montagnes est actuellement exploitée par une société bordelaise.

LE PRÉSENT 35 traite avec les propriétaires de bétail ou avec des bergers professionnels qui ramassent les animaux à droite et à gauche. Dans les deux cas, ce sont les propriétaires ou leurs représentants qui conduisent le bétail sur les pacages au début de l’estivage et le ramènent dans la plaine à la fin de la belle saison. Sur la montagne, c'est le fermier qui en a la garde. Il se fait représenter par trois ou quatre bergers à son service.

Le nombre et l’étendue des montagnes affermées tendent actuellement à se restreindre. Il y a quelques années encore, la Commission syndicale admettait les transhumants à pacager dans les quartiers d’Escoubous et d’Avgue-Cluse, hauts bassins lacustres, encombrés de pierrailles et semés de pins rabougris, ouverts sur les parties septentrionales du Néouvieille. Il en venait, tous les ans, 1.500 en moyenne. Depuis 1924, à la demande des communes du Bastan, qui les exploitent, Escoubous et Aygue-Cluse ont cessé d’être affermées... C’est plus au Sud, vers le haut de la vallée du Gave de Pau, que les troupeaux continuent à s’acheminer. On les trouve à droite et à gauche de Pragnères, dans les profonds ravins du Barada et de Cestrède ; au-dessus de Gèdre, sur les terrasses de Camplong et de Coumélie qui se font face, entre 1.700 et 2.000 mètres, des deux côtés du torrent de Héas ; plus haut encore sur les immenses herbages d’Estaubé et de Troumouse. À Gavarnie, ils s'élèvent, sur les pentes des Sarradets que domine le glacier de la Brèche. Une partie de ces montagnes recevaient autrefois des troupeaux espagnols. Les Français, seuls, y sont admis aujourd’hui. Ils étaient, en 1925, 13.000 environ, dont les deux tiers pacageaient à Estaubé (35.000) et à Camplong (4.000) ; le reste se répartissant entre Barada et la Hitère (1.000), Cestrède (2.000) et les Sarradets (un millier). Sur ce nombre, le gros bétail ne figure guère que pour 300 à 400 têtes. C'est de bêtes à laine que se composent la presque totalité des troupeaux transhumants. (Voir fig. 3, p. 39).

En dehors des troupeaux amenés sur les montagnes affermées, la vallée de Barèges a prohibé * toute introduction des bacades étranoères. Elle autorise, il est vrai, les usagers à faire entrer dans leurs étables. entre le 1* novembre et le 25 mars, pour le joindre à leur propre bétail, tous les animaux, brebis, vaches, chevaux ou mules qu'ils peuvent faire venir du dehors, mais ces acquisitions sont nécessairement limitées par les réserves fourragères dont les proprié-

9, Par un règlement en date du 21 janvier 1844, toujours en vigueur.

taires disposent. L'introduction occulte est surveillée par les gardes de la vallée et par les usagers eux-mêmes. Il ne semble pas qu’elle soit très considérable. On peut en dire autant des quelques animaux que les habitants de Gèdre et de Gavarnie étaient, récemment encore, autorisés à prendre en charge et à introduire, moyennant une redevance déterminée (20 francs par vache, 3 francs par brebis ou mouton) sur les pacages syndicaux. On introduisait ainsi (1925) sur les pâturages d'Aussoue et de Héas environ 250 bêtes à cornes provenant des environs d’Argelès et un certain nombre de bêtes à laine. Cette pratique, qui favorisait la fraude, est aujourd'hui à peu près abandonnée.

Quel que soit le régime sous lequel il est admis sur les montagnes, ce bétail vient aujourd'hui, à peu près exclusivement, du bas Lavedan et des campagnes d’Adé, d'Ossun, de Juilian qui s’étendent au Nord de Lourdes en direction de Tarbes. À l'Ouest, il ne se recrute guère au delà de Saint-Pé. Les plaines de Pontacq et de Nay, jadis pourvoyeuses de bétail transhumant, n'envoient aujourd'hui qu'un très petit nombre d'animaux sur les estives de Barèges. Cependant les gens de la montagne emploient aussi volontiers, pour désigner les troupeaux étrangers à leur vallée, le nom de béarnais que celui de lavedanais. C'est là une erreur qui mérite d’être retenue : d’abord parce qu'elle rappelle l’ancienne primauté des parcours béarnais dans les montagnes bisourdanes, d'autre part parce quelle exprime assez bien un fait parfaitement réel, c’est que les troupeaux transhumants viennent des cantons de la Bigorre les plus voisins du Béarn. Tous, en effet, se recrutent sur la rive gauche de l’Adour. Ceux de la rive droite s’en vont ailleurs : nous les retrouverons en parlant de la vallée d’Aure.

Restent les troupeaux espagnols. Ceux-là ont cessé depuis longtemps de louer des herbages dans la vallée, Ils ne viennent aujourd'hui ni à Troumouse, où Ramond les a vus, ni dans la vallée de Lutour, où ils pacageaient encore au temps de Chausenque. Sur ces montagnes, les ramades espagnoles ont cédé la place aux troupeaux français, à moins qu'elles ne l’aient laissée vide. En revanche, elles continuent, chaque été, à occuper, à titre d’usagères, les pâturages si longtemps disputés de la montagne d’Aussoue.

Le territoire désigné sous le nom de « montagne d’Aussoue » s'étend, le long de la frontière, du Vignemale à la Brèche de Roland. Il comprend : 1° le vallon de Pouey-Aspé (suivi par le chemin de Gavarnie au port du même nom, à Boucharo et à Torla);

2° le vallon des Espécières : 3° la vallée d'Aussoue, inclinée du Vignemale à Gavarnie. C’est cette dernière partie qui est la plus vaste et la plus riche en pacages. Sur les deux rives du grand torrent descendu des glaces du Vignemale, s'élèvent à 200, 300 et 400 mètres au-dessus du fond, et sur près de dix kilomètres de longueur, une série de larges et spacieuses terrasses : au Sud, Pouey-Arrabi, Sècres, le Plà de la Coume, relevées en pentes douces vers les hauteurs de la frontière et dans les ravins qui en descendent ; au Nord, la Coste et Pouey-Mourou, plus escarpées. Etalées sur un sol de schistes ou de calcaires dévoniens, abondamment ensoleillées, pourvues d'eaux suffisantes, presque exemptes de ravins et d’éboulis, elles portent des herbes excellentes et épaisses où les gens de Gavarnie faisaient, il y à peu de temps encore, d'abondantes récoltes de foin. De très nombreux troupeaux y peuvent trouver à vivre. Il n’y a peut-être pas, dans toutes les Pyrénées, de plus belles montagnes que celles d'Aussoue.

Il n'y en a guère, non plus, à cette altitude, qui soient d'accès aussi facile, non seulement pour les Français, mais aussi pour les Espagnols. De Boucharo, par le port de Gavarnie (2.282 mètres), les gens de Brato atteignent directement et sans peine les pacages de Pouey-Aspé et des Espécières. Pour la montagne d’Aussoue, ils ont le choix entre cette même voie, qui les faisait passer par Gavarnie dont le pont était jadis entretenu à frais communs par les deux vallées, et la voie plus haute, mais plus directe du port du Bernatoire (2.341 mètres), qu'ils empruntent aujourd’hui de préférence. On comprend très bien que les Espagnols, dont les troupeaux sont nombreux et les pacages plus vite desséchés que les nôtres, aient toujours convoité ces montagnes. À la vérité, ils n’ont jamais cessé de les considérer comme faisant partie de leurs domaines de parcours. De leur côté, les Barégeois ne reconnaissent comme limites de ces parcours que les crêtes séparatives des eaux et se sont toujours refusés à admettre les prétentions de leurs voisins. De là les interminables querelles dont nous avons précédemment indiqué les étapes successives.

L'exploitation de la montagne d’Aussoue est actuellement régie par les deux conventions du 14 avril 1862 et du 26 mai 1866 conclues au cours des négociations qui, sous le second Empire, ont fixé la frontière commune de la France et de l'Espagne. En vertu de ces arrangements, les sept quartiers d’Aussoue doivent être, tous les ans, mis en adjudication. Les enchères auront lieu, en avril, à la mairie de Luz, en présence du président et des représentants de la Commission syndicale de la vallée et d’un nombre égal

de délégués de la Mancomunidad de Broto. Le prix des herbages sera partagé par moitiés égales entre les deux vallées. Dans la pratique, des arrangements interviennent, de quatre ans en quatre ans, entre les parties, pour la répartition des quartiers. Actuellement (1930), les Français occupent Pouey-Aspé, les Espécières et la Coste, qui sont les plus voisins de Gavarnie ; les Espagnols, Pouey- Arrabi, Sècres, le Plà de la Coume et Pouey-Mourou, qui en sont plus éloignés, mais que leurs troupeaux peuvent atteindre directement par la passe du Bernatoire.

Par l'effet du traité de 1862, les troupeaux espagnols occupent donc, chaque été, du milieu de juillet à la fin de la belle saison, de très belles montagnes qui ne leur coûtent rien. Sans doute, ces troupeaux ne sont pas très nombreux. D'après les déclarations contrôlées, faites à l'administration des douanes, le nombre des animaux ne dépassait pas, en 1930, 8.100 têtes de moutons ou brebis, répartis à raison de 1.500 pour Pouey-Arrabi, 1.600 pour Sècres, 3.100 pour le Plà de la Coume, 1.300 pour Pouey-Mourou, pacageant à l'aise sur ces vastes surfaces. Mais les troupeaux de la vallée n’en sont pas moins frustrés de la jouissance des herbes qu'elles portent. Chaque année, à date fixe (le 18 juin), ils sont obligés de les évacuer, un mois environ avant l’arrivée de leurs successeurs. On comprend que les Barégeois n'aient jamais cessé de protester contre une solution qu'ils considèrent comme une grave atteinte à leurs intérêts et à leurs droits. |

Au total, la vallée de Barèges reçoit, chaque année, à titre de transhumants, 18.000 à 20.000 bêtes à laine, françaises ou espagnoles. Ce contingent dépasse légèrement celui des hivernants, évalué, en 1928, à 16.385 animaux. Quant à la transhumance du gros bétail, elle n'intéresse guère que 400 ou 500 vaches ou juments. La plupart des bêtes à cornes que l’on voit, au cours de la belle saison, pacager sur les estives, appartiennent aux communes de la vallée. Depuis un siècle, la transhumance estivale à subi une forte réduction. Les Espagnols ont cessé de louer des montagnes dans ia vallée de Barèges. Les pacages qu'ils fréquentaient au voisinage de la frontière sont aujourd'hui occupés par des troupeaux français, indigènes où « béarnais ». Les Béarnais, de leur côté, ont dû abandonner des quartiers (Aygue-Cluse, Escoubous, etc...) qu'ils occupaient par l'effet d’une tradition séculaire ”, laissant la place aux troupeaux du pays.

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