‹ La Transhumance pyrénéenne et la circulation des troupeaux dans les plaines de GascogneChapitre 32 sur 83 · Voir ci-dessous, p · texte numérisé non relu

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de cas, il y à entente entre les propriétaires de la vallée et ceux de la plaine, les uns gardant l'été les brebis d'en bas, les autres pendant l'hiver celles d'en haut. Un certain nombre de propriétaires qui n'envoient pas de bétail en plaine pendant l'hiver introduisent également du bétail transhumant sur les pacages de leurs communes. Ceux-là ne peuvent s’indemniser par voie d'échange. Ils touchent, pour chaque tête de bétail introduit, 8 à 10 francs. Comme ce bétail est traité au même titre que le leur propre, ils bénéficient de la différence entre cette somme, à eux payée, et la taxe de pacage qui est très faible (0,15 à 0,50 centimes par tête, suivant les communes). Ce régime, qui est très voisin de celui de la commande, assure à certains usagers d’assez sérieux bénéfices.

Dans la vallée d’Aure, l'introduction du bétail étranger se fait sous des formes très variées

a) Le bétail de commerce est acheté par les propriétaires pour accroître leurs troupeaux, dans les foires de printemps. Tandis que les foires d'hiver sont des foires régulatrices qui permettent aux paysans de « niveler » leurs étables en proportion du foin engrangé (elles ont lieu en novembre, décembre et février à Arreau, Ancizan et Vielle-Aure), les foires de printemps leur donnent le moyen d'acheter du bétail et de l’introduire sur les pâturages, avec celui qu'ils ont entretenu pendant l'hiver, pour le revendre en septembre aux foires d'automne. Par le moyen de ces marchés, un certain nombre d'animaux sont ainsi admis chaque été sur les pacages.

b) Les animaux introduits sous le régime du bail à cheptel (gazaille) sont aujourd'hui peu nombreux. Il est naturellement impossible de donner une évaluation quelconque, le contrat étant presque toujours tenu secret. Il est certain qu'il intervient de plus en plus rarement.

c) Le régime de la commande se maintient beaucoup mieux. La commande reste, dans la vallée d’Aure, une des formes les plus habituelles de l'introduction des troupeaux étrangers. Mais elle n’est pas en usage dans toutes les communes. D'une manière générale, les communes qui ne l’admettent pas sont celles qui ont peu de montagnes (Gouaux, Lanson, Camparan, Arreau). Ce sont aussi certaines communes riches en pâturages, mais pauvres en forêts, obligées, pour alimenter leur budget, d'imposer aux usagers ie paiement d’une taxe de bacade. L'introduction du bétail, même

indigène, étant taxée, l'usager n’a pas intérêt à introduire du bétail étranger, et il se contente d'y envoyer le sien propre. C’est le cas de Bazus, de Guchan, de Vielle-Aure, de Cadeilhan-Trachères, qui introduisent quelques troupeaux, mais pas de bétail de commande.

La commande est, au contraire, couramment pratiquée par les communes riches en pâturages et en forêts. Dans celles-là, les rôles de pacage n'existent pas et l'introduction du bétail est gratuite, le budget étant alimenté par les revenus forestiers ou par la location des montagnes. C'est le cas d’Aulon, d'Azet, d'Estensan, de Grailhen, de Tramezaygues, richés en montagnes : d'Aragnouet, propriétaire de magnifiques futaies de sapins et de pins dans la gorge de Couplan et sur les abords du Néouvieille, C’est aussi le cas de la montagne du Transport, admirable domaine de forêts et de pâturages situé, au delà des hourquettes d'Ancizan et d’Aspin, sur le versant de Campan, et propriété indivise des quatre communes ou véziaux de Guchen, Ancizan, Cadéac et Grézian. Le bétail des usagers y est admis gratuitement. Les propriétaires sont tenus, seulement, de fournir le 31 mars de chaque année une déclaration portant sur le nombre de leurs hivernants.

Toutes ces communes admettent la commande, Toutes autorisent l'usager à introduire sur les montagnes un nombre déterminé d'animaux : généralement 140 à 150 brebis (chiffre limite qui n'est pas toujours atteint). Le gros bétail étranger, juments et vaches, n'est pas admis au titre de la commande. Les déclarations sont sérieusement contrôlées

L'introduction du bétail dans les montagnes sous le régime de la commande profite, non à la commune qui n'v gagne à peu près rien ou même rien du tout, mais à l'usager, qui en retire un sérieux bénéfice. Ce bénéfice se présente sous deux formes différentes

A Azet, Aragnouet, Ens, Estensan, Grailhen, Soulan, les usagers gardent les animaux de commande sur les basses montagnes pour la fumure : ce sont bien, par définition, des transhumants. Ils ne les envoient jamais sur les estives. Les propriétaires de ces animaux versent à l'usager 7 à 8 francs par tête (1929); à la commune, Ofire tourne UN ousriens

À Ancizan, Guchen, Aulon, Sailhan et Tramezaygues, le bétail est conduit sur les estives. Le propriétaire paie à l’introducteur 10 à 12 francs par tête et celui-ci verse à la commune 2 francs ou

12. Aux Quatre Véziaux, la déclaration est fixée au 31 mars (pour les hivernants et pour les animaux de commande) ; contrôlée le 24 juin, au départ pour la montagne (Règlement de pacage de 1889).

2 fr. 50. En outre, il a la charge de la surveillance. Mais, comme il garde ce bétail avec le sien, cette dépense se trouve fort réduite, et il lui reste un bénéfice très appréciable.

La pratique de la commande pouvait conduire à des abus faciles et à la surcharge des pâturages. C'est pour éviter ce danger que les anciens règlements réservaient le droit d'introduire le bétail de commande aux seuls « bientenants », propriétaires de terres ou biens-fonds, et qu'ils fixaient l'effectif des animaux à intro. duire, effectif que les consuls étaient tenus de vérifier. Aujourd’hui, ce droit est très libéralement exercé, aussi bien par des paysans n'ayant pas de terres que par les propriétaires. Il n’est pas très sûr que ce soient les petits qui en profitent. Certains jouent le rôle de prête-noms, ce qui permet à d'autres d'introduire, au lieu d’un seul troupeau, trois ou quatre. Et ainsi il semble qu'il n’y ait pas grand chose de changé. Les administrations communales ferment les yeux, surtout quand le délinquant est un ami du « parti » au pouvoir. La montagne n'en souffre pas beaucoup. Mais on n’en saurait dire autant du budget communal qui se trouve frustré de revenus légitimes.

Le bétail de commande, comme les autres transhumants d'été, se recrute dans les régions voisines de la montagne. Mais à l’inverse des « béarnais » admis à pacager sur les montagnes affermées et qui viennent des communes de la rive gauche de l’Adour (Adé, Ossun, Lourdes, etc...), il vient à peu près exclusivement des campagnes de la rive droite d’entre Adour et Garonne : Bagnèresde-Bigorre, Mauvezin, Capvern, Lannemezan, Tournay, Montréjeau, où les usagers vont, comme il a été dit précédemment, les chercher eux-mêmes. Les troupeaux de commande semblent être actuellement en voie de diminution régulière.

d) Ce ne sont pas seulement les particuliers qui introduisent du bétail étranger sur les montagnes de la vallée d’Aure. Ce sont aussi les communes et les syndicats de communes, par la location de leurs herbages. Les troupeaux admis suivant ce procédé sont de deux provenances différentes. Les uns sont français, les autres sont espagnols.

Les troupeaux français sont formés d'animaux conduits par leurs propriétaires ou par des professionnels qui les ont rassemblés dans les exploitations et les conduisent sur les montagnes par groupes de 600 à 700 bêtes pour un seul berger. La plus grande partie de ce bétail est de la même provenance que le bétail que nous avons trouvé sur les montagnes de Barèges et de Bagnères. Ce sont des « béarnais » venus des communes à l'Ouest et au Sud de Tarbes

(Jullian, Adé, Ossun) et des environs de Lourdes. Ils pacagent sur la montagne du Transport, propriété des Quatre-Véziaux, à laquelle ils accèdent par la vallée de Campan, du mois de mai au milieu ou à la fin de septembre. D’autres troupeaux, formés de la même façon, sont introduits par quelques communes peu fortunées Bazus, Guchan, Vielle-Aure, Cadeilhan-Trachères. On les désigne parfois du nom de troupeaux de commande. En réalité ces troupeaux-là sont introduits, non par les particuliers, mais par Îles administrations communales, moyennant un prix forfaitaire.

Les espagnols pacagent sur les montagnes les plus hautes de là vallée. Il y a là d'immenses estives toutes proches de la frontière, des ports herbeux où les animaux peuvent pacager à l'aise : Île Badet, propriété indivise de Vignec et de Cadeilhan-Trachères ; la Géla, qui appartient à Bazus et à Guchan ; le Moudang, dépendance de Tramezaygues ; le Rioumajou, de Sailhan et de Saint- Lary ; enfin, plus avancée en territoire français, la montagne de l’'Oule, qui est un quartier de Vielle-Aure. Dès la fin de juillet, les troupeaux français commencent à redescendre vers les quartiers inférieurs, C’est alors que paraissent les ramades aragonaises. Elles viennent de la vallée du Cinca et de ses abords, de Bielsa, de Boltaña, de Graus, de Campo où de gros propriétaires entretiennent un nombreux bétail. Il en venait, et il en vient peut-être encore, de Monzon, qui est à la lisière des sierras. Ce sont de grands troupeaux de 1.500, 2.000 et 3.000 bêtes à laine, précédés de chèvres, suivis des mulets ou des ânes porteurs du matériel de campement. Le mayoral les répartit sous la conduite de ses aides, par groupes de 300 à 400 bêtes dans les différents quartiers. Ils y demeurent jusqu'aux derniers jours d'octobre, lorsque la neige vient les en chasser.

Cette forme de la transhumance, pratiquée au profit de propriétaires étrangers, a été considérée comme une sorte d'atteinte aux intérêts des populations françaises et comme un danger pour les pâturages. Une société, aujourd'hui disparue, l'Association pour l'Aménagement des montagnes avait pris, il y a quelques années, la montagne de la Géla à sa charge et en avait expulsé les troupeaux espagnols. Ils y sont revenus depuis. En réalité, le nombre des animaux venus des vallées aragonaises est des plus modérés six à huit mille, tout au plus, chaque année. Ils ne pénètrent sur la montagne française que fort tard, vers le 25 ou le 31 juillet, restent d’abord cantonnés sur les quartiers les plus élevés et ne descendent jamais très bas. Enfin il arrive assez fréquemment que des pacages restent inoccupés, soil parce que les communes pro-

priétaires n'ont pas trouvé d'acquéreur, soit pour tout autre raison. En 1925, l’entrée du territoire français a été interdite au bétail espagnol par mesure d'hygiène, une épizootie ayant sévi chez nos voisins. Ainsi les troupeaux espagnols ne font pas tout le mal qu'on a dit, En revanche, il faut bien reconnaître qu'en fournissant à certaines communes un moyen d'utiliser des herbages qui reste-

ralent Inoccupés, ils leur procurent un très appréciable supplément de ressources.

Quel est, au total, le nombre des animaux admis, en qualité de transhumants, dans la vallée d’Aure. Il est, comme partout ailleurs, assez difficile d’en donner une évaluation absolument exacte. Mais il est possible d’en avoir une idée suffisamment précise grâce aux chiffres dont nous disposons. En 1922, les Quatre-Véziaux d'Aure ont reçu 1.500 à 1.800 brebis béarnaises. Et il y avait eu, la même année et sur la même montagne, 3.500 animaux de commande non béarnais. En 1924, les espagnols étaient au nombre de 6.025, soit 2.025 au Rioumajou, 1.975 à l’Oule, 1.185 à la Géla, 1.020 au Moudang, — chiffres fournis par l’administration des douanes. En évaluant à 3.000 environ, l'effectif des animaux introduits par les autres communes et sous des régimes divers, on peut admettre que la vallée d’Aure reçoit, chaque été, une moyenne de 15.000 brebis, moutons ou chèvres, venus de France ou d’Espagne. C'est à peu près l'équivalent du troupeau de bêtes à laine hivernant dans la vallée. Aure et Barèges sont les pays qui reçoivent, en été, le plus grand nombre de transhumants.

Ta partie basse de la vallée d’Aure, en aval d’Arreau (Sarrancolin, Ihet, Ardencost, Bevrède-Jumet, Camous, Jézeau) a un régime entièrement différent. Creusée à travers les barres de calcaires durs et de grès qui s’accotent vers le Nord aux terrains anciens, très rétrécie, pauvre en épaulements et en terrasses, elle manque de hauts pâturages d’été. Ses montagnes, de médiocre altitude, beaucoup moins étendues que celles de la moyenne et surtout de la haute vallée, plus vite desséchées aussi, ne peuvent nourrir que le bétail hivernant, composé en majeure partie, de bêtes à laine (quatre ou cinq fois plus que de vaches). C’est dire qu'elles n'admettent ni troupeaux béarnais, ni bétail de commande.

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