I. — Le domaine et les effectifs de la transhumance
Une première observation se dégage des faits qui précèdent : la transhumance d'été est partout en régression. Les Espagnols ne descendent plus dans les vallées françaises. Les troupeaux venus des plaines sont moins nombreux, et les montagnes où ils pacageaient sont aujourd'hui occupées par le bétail hivernant, à moins, ce qui est fréquent, qu'elles ne soient délaissées. Pour l’ensemble des vallées où nous les avons suivis, les transhumants d'été ne semblent pas dépasser aujourd’hui l'effectif de 70.000 têtes de petit bétail.
Naturellement cette évaluation ne doit être acceptée que sous bénéfice d'inventaire, non seulement parce qu'un grand nombre de déclarations et de statistiques ne sont qu'approximatives, mais aussi parce qu'il est assez difficile, dans les Pyrénées, de tracer une ligne de démarcation tout à fait précise entre les troupeaux des vallées et ceux de la plaine, nous avons eu l'occasion, dans les pages qui précèdent, d’en faire plusieurs fois la remarque. Toutefois il y a des raisons de penser qu'elle exprime assez exactement la réalité. En supposant que la proportion des {ranshumants d'été soit, dans l'ensemble de la chaîne, la même que dans le domaine qui nous occupe (ce qui est une supposition assez raisonnable) on atteindrait un effectif global légèrement inférieur à 200.000, proche de 180.000 têtes. Or Dralet évaluait, il y a un peu plus de cent ans, le nombre de ces animaux à 300.000. Les pâturages d'été, dit-il, « nourrissent chaque été, outre les bestiaux qui vivent toute l’année dans les montagnes, près de 300.000 bêtes à laine qui sont amenées des plaines voisines, soit françaises, soit espagnoles. » ! Etant donné ce que nous savons de la diminution du nombre des transhumants, les chiffres auxquels nous nous sommes arrêtés sont parfaitement acceptables,