‹ La Transhumance pyrénéenne et la circulation des troupeaux dans les plaines de GascogneChapitre 36 sur 83 · II. — Les bergers et leurs genres de vie · texte numérisé non relu

II. — Les bergers et leurs genres de vie

Les bergers des troupeaux transhumants ressemblent fort peu, dans les Pyrénées, à des nomades. D'abord, ils ne font jamais, au cours de l'été, de très grands voyages : leurs déplacements les plus étendus n'excèdent jamais plus de deux ou trois jours de marche. D'autre part, un très grand nombre d’entre eux se recrutent dans les vallées où viennent pacager les animaux dont ils ont la garde. Par leurs occupations, par leurs habitudes, par leur manière de vivre, ils se distinguent fort peu des bergers de troupeaux hivernants. Très rarement ce sont des étrangers. Il v a lieu, toutefois, de distinguer parmi eux quelques types assez différents.

Il est une première catégorie de troupeaux dont les parcours et

5. Dans la partie centrale et orientale de la chaîne, la situation est exactement la .même Dans le Couserans, ce sont les cantons proches de la montagne, Saint-Girons, Saint-Lizier. qui envoient leur bétail pacager, avec celui des communes montagnardes du Castillonnais. sur les montagnes espagnoles du plà de Bèret, et du val d’Aran. Dans le pays de Foix, les troupeaux transhumants se recrulent au Sud d’une ligne qui court du Mas d'Azil à Mirepoix en passant par Pamiers D’Ax-les-Thermes, où ils rejoignent C'ux de l'intérieur, ils gagnent le haut de la vallée et les pâturages de l'Andorre. Ces parcours ont êté parfaitement étudiés et décrits par H. Cabannes, 18, et Pée-Laby, 49. Nos recherches personnelles nous ont permis de constater la parfaite exactitu le des renseigne nents qu’ils donnent.

la surveillance se confondent avec ceux des troupeaux indigènes. Ce sont tout d’abord les animaux « de commerce » achetés dans les foires au début de la belle saison, et les quelques unités, d’ailleurs peu nombreuses et recrutées dans les vallées elles-mêmes au moins aussi souvent qu'en plaine, que l'usager introduit sur les herbages au titre de la gazaille, C’est aussi le bétail de commande, qui vient pacager dans la vallée d'Aure et que nous avons trouvé, ici et là, sous d’autres noms, dans plusieurs parties des vallées. Ces animaux, les derniers surtout, sont bien des transhumants, car ils viennent en majeure partie des cantons extérieurs à la montagne qui les reçoit. Mais leurs gardiens ne sont pas des transhumants. Ce sont, sans exception, des propriétaires ou des bergers du pays qui, au cours de l'été, grossissent leurs troupeaux d’un nombre plus ou moins considérable de bêtes étrangères, sans modifier en rien leur manière de vivre. Leurs occupations sont celles de tous les autres propriétaires de troupeaux.

Mais la plupart des troupeaux transhumants sont conduits sur les pacages par leurs propres bergers. Ceux qui estivent, en Aspe, en Ossau ou ailleurs, comme bacades étrangères sont, le plus souvent, conduits par le propriétaire lui-même ou par le fils de la maison. Arrivé à destination, celui-ci en assure en personne la surveillance, à moins qu'il ne charge de ce soin un domestique ou un berger à ses gages.

Sur les grandes montagnes affermées des vallées bigourdanes et auroises, par exemple à Camplong, à Estaubé, à Cestrède, Îles choses ne peuvent se passer tout à fait de la même façon. C'est encore le propriétaire qui conduit son troupeau sur la montagne. Mais, une fois les animaux comptés et marqués, ce sont les bergers du fermier qui en assurent la surveillance. Et le maître du troupeau, qui est le plus souvent un paysan de la plaine ou des coteaux et nullement un montagnard, peut s’en retourner à ses affaires. En septembre seulement, il reviendra compter et chercher ses bêtes. La transhumance qu'il pratique pour son troupeau ne lui impose aucune occupation spéciale. Tout au plus, lui fournitelle, an cours de ses travaux agricoles, un sorte de répit et de délassement, une occasion de cheminer avec des voisins et de voir du nouveau. Ces voyages périodiques ont pour lui le même attrait qu'il trouve à se rendre à la ville les jours de foire, C’est un sédentaire, tout au plus un campagnard en vacances. Ce n’est pas encore un transhumant.

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En revanche celui auquel il a confié son bétail est bien obligé de suivre les destinées du troupeau, L' adjudicataire des herbages, qui est un propriétaire aisé, voire un homme de la ville, se fait représenter, sur les quartiers qu'il à loués, par un berger-chef, le mayourau d'autrefois, lequel a sous ses ordres un nombre variable de pâtres. Ce personnel est payé, partie par les propriétaires de bétail (proportionnellement au nombre des bêtes), partie par l’adjudicataire (suivant la même estimation). Les bergers se nourrissent à leurs frais. Une ou deux fois par semaine, suivant la distance à franchir, on leur porte, du village le plus voisin, le pain et les autres provisions indispensables. Quand ils n’ont, dans leurs troupeaux, ni brebis ni vaches laitières, ils ont du moins quelques chèvres qui leur fournissent du lait. L'abri est fourni par la commune ou par la Commission syndicale des communes propriétaires des herbages. C’est une « cabane » faite de pierres entassées, recouverte de pierres plates ou de gazon, souvent accompagnée

d'une étable rudimentaire, le « courau », spécialement destinée à

recevoir les veaux nés au cours de l’estivage. Tout autour s'étend le « coueylà » ou « cujalà », où le bétail se rassemble, chaque soir, au retour du pacage, et où il passe la nuit à l’air libre.

Sur sa montagne, le berger du troupeau transhumant mène une existence qui ne se distingue en rien de celle du berger indigène. Conduire les animaux au pacage ; leur distribuer, à certaines heures, le sel ; ramener les bêtes égarées ; rassembler, le soir venu, le troupeau ; surveiller les vaches prêtes à mettre bas et soigner les nouveaux nés, tel est le cycle quotidien des travaux auxquels il est assujetti pendant les trois ou quatre mois de l’estivage. Son existence ne devient un peu plus variée que s'il a, sous sa garde, un troupeau de brebis laitières. Il lui faut alors, traire, matin et soir, ses bêtes, chauffer et cailler le lait, mettre la pâte dans des moules, la saler puis en.assurer le transport jusqu'au plus prochain saloir. Ainsi font les gens de Barétous qui s'en vont transhumer en Aspe : ceux d’Aspe qui pacagent à Laruns et plusieurs des troupeaux

béarnais » qui estivent en Azun, On en trouve même quelquesuns, dans les coueylas de Camoudiet, sur la montagne du Transport, propriété des Quatre-Véziaux d’Aure, Mais la fabrication du fromage, en dehors des vallées béarnaises et de la vallée d’Azun, est de pratique exceptionnelle. Elle n'est pas habituelle chez les transhumants de la Bigorre et des Quatre-Vallées.

Les troupeaux espagnols sont d’authentiques transhumants. Ils

ne viennent pas de très loin. Leurs propriétaires ont, pour la plupart, leurs domaines le long des vallées des grands tributaires de l’Ebre, dans cette région intermédiaire qui s'étend entre la haute chaîne et la bordure des sierras. Mais ils ne demeurent guère dans les étables de leurs villages. Comme les Béarnais d’Aspe et d’Ossau, même en plus grand nombre, ils descendent, en hiver, dans les plaines inférieures, où ils séjournent, autour de Barbastro, de Moïizon et de Saragosse, dans. les propriétés cultivées et dans les champs dépouillés de leurs moissons. Au printemps, ils reprennent la route des montagnes, pacageant d’abord dans les plus basses où ils reviendront à l'automne. En été, ils s'élèvent dans les régions supérieures. Ce sont leurs avant-gardes que l’on rencontre sur les estives françaises, distribuées en grandes ramades de 1.500 et 2.000 bêtes dans les parties les plus hautes de nos vallées. Leurs bergers y mènent, sous la direction du mayoral, l'existence la plus simplifiée et la plus monotone. Comme le troupeau, formé de mérinos plus où moins métissés, n'est élevé que pour la laine et pour le croît, il n'est pas question de traire les bêtes ni de fabriquer du fromage. Le jour, le pâtre surveille son troupeau, La nuit, les moutons rassemblés sur l’aire du couevlà, il se retire dans sa cabane étroite et enfumée. Sa seule distraction, c'est de descendre au village le plus voisin, espagnol ou français, pour se ravitailler en vivres... Les Espagnols demeurent, sur les estives, le plus longtemps possible. Après les premières neiges, qui tombent presque toujours, sur la haute chaîne, aux environs de l'équinoxe d’automne, il arrive très souvent que le beau temps se rétablisse. Les nuits sont froides, mais les journées chaudes et ensoleillées. Ainsi la saison de l’estivage se poursuit, pour leurs troupeaux, jusqu'au milieu, quelquefois jusqu'à la fin d'octobre.

Conclusion

La transhumance d'été à perdu une partie de son ancienne activité. Les troupeaux venus des plaines françaises sont moins nombreux, les Espagnols relégués sur les pacages les plus immédiatement voisins des crêtes frontières. À la place des troupeaux étrangers, c'est le bétail indigène qui s’est installé sur les estives, où il pacage à l'aise. Partout les effectifs de la transhumance ont diminué.

Mais ses caractères n'ont pas changé. L’étendue de la région où elle se recrute au pied des montagnes est la même que par le passé. Peut-être trouverait-on, si les documents ne faisaient le plus

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souvent défaut, quelques communes, des plus éloignées de la chaîne, qui envoyaient autrefois des troupeaux vers les montagnes et qui n'en envoient plus aujourd'hui. Elles sont certainement peu nombreuses. S'il y a moins de troupeaux étrangers sur les pacages, c'est parce qu'il y a, dans l’ensemble du pays où ils se recrutent, moins de bétail, non parce que ces pays sont moins étendus qu'autrefois. Leur limite, du côté des plaines, n’a pas sensiblement varié.

La transhumance d'été est donc aujourd’hui ce qu'elle était autrefois. Elle déplace un bétail relativement assez nombreux, mais ses parcours sont de faible extension. Entre les mouvements qui entraînent les troupeaux de la plaine vers la montagne et ceux auxquels sont soumis, entre leurs étables d'hiver et leurs pacages d'été les animaux qui vivent toute l’année dans l’intérieur des vallées, la différence n'est pas très grande. Parfois elle est difficile à discerner. Ce sont toujours des mouvements de faible amplitude que lon observe. Nous verrons qu'il en est tout autrement de la transhumance d'hiver.

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