II. — L’affranchissement des parcours
Les droits de passage disparurent progressivement, d abord sur les terres de Béarn, plus tard sur les terres relevant du duc de
Gascogne.
C’est le vicomte de Béarn qui cessa le premier de prélever des taxes sur les troupeaux passant sur ses terres. Si l’on en croit le Mé-
4. J. Klein, 36, p. 26. Les animaux porteurs de cloches, notamment, étaient exempts de
taxe.
moire des Ossalois (1748), ces droits auraient été abolis à l’époque de la réunion des vallées à la vicomté, c’est-à-dire au plus tard à l'avénement de la maison de Moncade (fin du XII siècle). Mais cette affirmation est loin d’être convaincante. D'abord les Fors des vallées, qui furent rédigés à l’époque de la réunion définitive, celui d'Ossau en 1221, celui d’Aspe vers 1247, ne parlent ni l’un ni l'autre de cette concession, pourtant si importante pour les gens des montagnes. D'autre part, le traité de 1279, en dépit de son obscurité, prouve que le seigneur de Béarn percevait à cette époque, c'est-à-dire postérieurement à la réunion, deux deniers par tête de gros bétail et un denier par tête de petit bétail traversant ses domaines. Enfin (et ce témoignage est beaucoup plus clair), le texte de la sentence rendue en 1345 à l’occasion du débat entre les Ossalois et les Aspois fait allusion à un droit de 4 deniers perçu par le vicomte sur chaque tête de gros bétail, et établit nettement qu'il y avait un fermier chargé de le percevoir (arendador deu guiit de Bearn). Les droits de passage furent donc persus en Béarn plus longtemps que ne l’affirment les Ossalois dans leur requête.
La maison de Foix les abolit, vraisemblablement dans la seconde moitié du XIV° siècle, C’est la grande époque des libertés béarnaises, celle où l'assemblée des Etats conquiert le droit de discuter et de voter les impôts et devient, à côté du pouvoir seigneurial, l'organe essentiel du gouvernement ; celle où les anciennes franchises sont complétées et étendues. Sous le comte Archambaud, en 1598, la vallée d’Aspe fait reconnaître les privilèges qui formèrent désormais comme sa charte constitutive, charte dont elle ne cessa de se prévaloir jusqu'à la réunion définitive de la pro. vince à la France en 1789. Parmi ces privilèges figure l'exemption des droits de péage sur ses troupeaux pacageant en plaine dans toute l'étendue du pays de Béarn. La Déclaration générale *, rédigée le 19 juillet 1692 par le syndic de la vallée, Jean de Laclède, déclaration qui donne le texte de ces libertés, ne précise pas que cette concession, si importante, soit une de celles qui furent accordées en 1398, mais c'est extrêmement vraisemblable. En tout cas, elle ne doit pas être très postérieure à cette date. À la même époque les autres vallées durent faire reconnaître la liberté de parcours pour leurs propres troupeaux. Nous avons la preuve qu’elles en jouissaient complètement en 1472, au temps de la reine Catherine *. C’est donc à la maison de Foix que les vaHées béarnaises durent